Dieu a fait l’homme à son image, particulièrement les Français, si paradoxaux. C’est un peu la thèse de Jean Guitton, me semble-t-il, du moins ce que j’en ai compris.
Je le lisais vers la fin de mon adolescence. Les œuvres de l’extrême maturité surtout, où la malice chrétienne de Guitton s’exprime plus librement. Il faut douter pour croire. Ce sens du paradoxe dans un monde de brutes cartésiennes me plaisait. Même si, on n’est plus à un paradoxe prêt, Guitton n’est pas si loin de Descartes.
C’était avant que je découvre Bloy, et que de buveur de petite bière je devienne buveur de vin, en quelque sorte.
Avec Bloy, fini les jeux de l’Esprit, mais je garde quand même un bon souvenir de Guitton, qui ne craignit pas d’avouer sa couardise quand il fut à l'abri. Ainsi, il attendit d’être centenaire pour avouer que c’était Le Pen qui l’avait sauvé d’un lynchage par des étudiants staliniens, après la Libération. Guitton s'était compromis aux yeux du monde une première fois, par inadvertance, et il ne tenait pas à rechuter en parlant de Le Pen.
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Paradoxes
Il se rengorge en racontant ses derniers combats de rue, toute la force qu’il met dans ses directs, ses manchettes et ses crocs-en-jambe ; en fait, il ne ferait pas de mal à une mouche et détale dès qu’il flaire un danger.
Elle raconte qu’ elle aime se faire raboter dans toutes les positions, dix fois de suite. Mais elle ne ratera pas son train de 7h16 pour si peu.
Il ne croit pas beaucoup en Dieu, mais très fort en lui.
Elle n’est pas raciste, ni homophobe ! Mais ne fréquente aucun pédé noir.
Il dit, « Je suis agnostique », et allume quand même des cierges au Sacré-Cœur à tout hasard.
Elle dit : « Va, je ne te hais point », bien qu’elle n’aime pas Corneille.
« Un coup comme moi, ça ne s’oublie pas », lance-t-il à la cantonade, alors qu’il vit seul avec son chat depuis trois ans.
Il dit : « Je n’ai aucun tabou ! », mais on ne l’a jamais vu s’aventurer hors de ses préjugés.
Elle n’a peur de rien, sauf d’être imprudente.