Quitte à être ridicule, autant bien se marrer. C’est la philosophie de notre Président. Après tout, il en est de pires.
En flanquant Villepin et Sarko dans le même marigot presqu’à sec, Chirac nous fait miroiter un grand numéro de cirque. Ça va nous changer des raffarinades patelines.
Et je le comprends, car que faire d’autre dans cette situation proprement ububuesque ? Le suicide ? La démission ? Ce serait d’un orgueil gaullien déplacé. Même si, à sa manière, moins directe mais plus radicale, Chirac vient de torpiller l’Europe politique, emboîtant ainsi le pas à Badinguet, son style est différent, et c’est important de conserver son style aujourd’hui, d’être soi-même. Surtout quand on a un tempérament à faire se pâmer tout un Cours Pigier et à vider une caisse de Corona bien fraîche sans roter.
Non, laissons les démissions fracassantes aux vieilles badernes et aux instits aigris, amusons-nous un peu.
La scène est éclairée en permanence. Les acteurs prêts à tous les rappels. La pièce a déjà commencé – Feydeau est au programme.
Je résume le premier acte pour les benêts, encore absorbés dans la lecture de la Constitution européenne à la veille du référendum et qui n’ont pas suivi :
Nicolas le Petit, ouvrant ses grandes oreilles, entend la rumeur de la victoire du Non, la charge de Villiers, Le Pen, Besançenot, Chevènement et Mélanchon, tous ces barbares après qui l’herbe ne repoussera pas. Courageux mais pas téméraire, il préfère se débiner, protéger ses avants, et refuse d’aller prêcher une dernière fois la bonne cause du "Oui" sur TF1. Prétexte : le coup de bambou ! Ça ne prend pas, bien sûr. La bonne humeur de Jacques et Bernadette a des limites et Villepin, Sancho Pança maigre, entre en action, délaissant un instant les poètes obscurs. Le linge sale de Cécilia et Nicolas est étendu sur la place publique. Vendetta.
Mais au fait, où est passé Giscard ? Il se cache dans le placard ?
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Psdt ch. lapin blanc p. tour passe-passe
Jacques Chirac restera sans doute dans l’Histoire comme le pire chef d’État de l’après-guerre en Europe. Et les Français comme la populace la plus vaniteuse et la plus stupide. Mais moi, ça ne suffit pas à me consoler, cette banqueroute du gaullisme.
Comme si la barque n’était pas déjà chargée à plein bord de démagogie, de syndicalisme et de chauvinisme, il a fallu rajouter ce vote négatif, cet esprit de contradiction imbécile, ce refus de coopérer avec l’Allemagne qui laisse l’Europe à la merci des Américains. Déjà les gaullistes et leurs alliés communistes, en 1954, avaient fait capoter la communauté de défense.
Il a fallu solder l’Indochine, puis l’Algérie – sanglante braderie –, c’est au tour de l’hexagone maintenant.
Le “grand frère” américain se frotte les mains. On le comprend, ce n’est pas demain la veille qu’on l’empêchera de faire la pluie et le beau temps, jusque sur notre territoire européen, ne parlons même pas du reste du monde devant qui nous venons d’étaler notre incurable impuissance.
Et dire qu’il se trouve des naïfs pour croire aux vertus civilisatrices de la Pax Americana…
