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  • La méthode Rousseau

    La rhétorique des sentiments, en même temps, c'est ça qui est intéressant. Voilà deux ans maintenant que je farfouille sur internet et les trois ou quatre blogues qui m'intéressent, que je lis régulièrement, ce sont des journaux intimes. Celui de Raphaël Juldé, notamment. Même si avec Juldé on est un peu plus dans les sentiments que dans la rhétorique. Mine de rien, Juldé se pose des tas de problèmes existentiels, un peu comme Rousseau.

    Mais Rousseau, c’est un petit malin, il fait paraître les Confessions après sa mort, pour régler ses comptes, en particulier avec son ex-poteau Diderot. C’est le bon vieux coup du testament déposé chez le notaire et qui fait flipper les héritiers. Diderot sait qu’il va devoir se défendre contre un mort, célèbre dans toute l’Europe qui plus est. Pas facile. Et comme Rousseau a bien mitonné sa vengeance, les Confessions ne vont pas paraître immédiatement après qu’il a calté, il va faire durer le plaisir. Diderot va avoir le temps de gamberger : « Qu’est-ce que Jean-Jacques a bien pu balancer sur mon compte ? » Il va même rédiger des défenses contre les accusations que Rousseau pourrait porter contre lui dans ses Confessions !

    Dès le début des Confessions, on est en plein dans la dialectique, puisque Rousseau entame sa confesse en promettant qu’il va faire preuve d’une sincérité inégalée jusque-là dans le récit autobiographique, alors que ses biographes ont montré au contraire comment il s’était affranchi de certains faits - à propos de son père, de ses enfants -, de faits gênants pour le philosophe.

    Rousseau se livre ensuite à ce qu’on qualifie généralement de “psychologie de comptoir” pour parler des spéculations psychologiques qui ne sont pas pratiquées dans un cabinet par un “spécialiste” contre des honoraires - spéculations sur son propre compte, celui de Madame de Warens, de ceux qu’il croise sur son chemin initiatique. Avec verve, avec humour, autant qu’un Genevois est capable. Le meilleur avocat de Rousseau, c’est son talent.

    Plus en détail, prenons la fameuse anecdote dite “du vol du ruban”. Rousseau a gardé ce ruban en travers de la conscience, il prétend même que c’est une des raisons qui l’ont poussé à écrire ses Confessions, il veut se décharger d’un poids : « (…) le désir de m'en délivrer en quelque sorte a beaucoup contribué à la résolution que j'ai prise d'écrire mes confessions. ».

    Il a donc dérobé un ruban un peu précieux dans la maison du comte de la Roque où il est employé comme domestique. Le ruban découvert sur lui, Rousseau nie le vol et accuse la jeune et jolie cuisinière Marion. Alors que les apparences plaident contre lui, il sème le doute et Marion est renvoyée comme lui.

    Tel quel, dit crûment, Rousseau pourrait passer pour un beau salaud. Mais il va se blanchir très habilement. D’abord il avoue sa faute, et c’est beau de reconnaître ainsi ses torts, le vol d’un ruban, quarante ans après, n’est-ce pas ?

    Première étape, donc : Rousseau s’est mal comporté dans sa jeunesse en volant un ruban et en calomniant une innocente, mais il a une conscience, ce n’est pas un vulgaire chenapan.

    Deuxième étape : Rousseau s’applique à édulcorer sa faute en utilisant cette espèce de dialectique des sentiments. Il a commis une faute, certes, mais il était jeune. Et timide. Les circonstances dans lesquelles on a voulu le forcer à avouer l’ont effarouché, il s’est entêté, par peur, par réflexe panique, dans sa calomnie. Le Comte de la Roque n’a pas su le faire accoucher en douceur de son péché : « (…) Si l’on m’eût laissé revenir à moi-même, j'aurais infailliblement tout déclaré. Si M. de la Roque m'eût pris à part, qu'il m'eût dit: Ne perdez pas cette pauvre fille; si vous êtes coupable, avouez-le-moi; je me serais jeté à ses pieds dans l'instant ».

    En outre, il en pince pour celle qu’il accuse. Sous l’emprise de ces sentiment pour Marion, il la désigne pour se venger de son indifférence : « lorsque je chargeai cette malheureuse fille, il est bizarre, mais il est vrai, que mon amitié pour elle en fut la cause. Elle était présente à ma pensée ; je m'excusai sur le premier objet qui s'offrit. Je l'accusai d'avoir fait ce que je voulais faire, et de m'avoir donné le ruban, parce que mon intention était de le lui donner. »
    On peut trouver cette dernière tirade de Rousseau non pas seulement “bizarre” mais un peu tirée par les cheveux, ou admirer son habileté, son imagination, c’est selon.

    Bon, jusqu’ici dira-t-on, il n’y a somme toute que le penchant commun à beaucoup de pécheurs qui s’auto-confessent à s’absoudre presque entièrement pour continuer à pouvoir dormir sur leurs deux oreilles ensuite, avec peut-être en plus ce goût particulier du protestant de faire toute une montagne de son péché, qu’il aime gravir de temps à autre par le versant de la culpabilité, afin de contempler toute l’étendue de son vice, avant de s’en effrayer et de redescendre la montagne en courant par le versant de l’amnistie ; mais Rousseau va plus loin, là où je le trouve proprement diabolique, c’est dans la troisième étape.

    Rousseau ne sait pas ce que Marion est devenue, il ne la reverra jamais. Mais il suppute qu’elle aura été contrainte, vu sa condition et le motif de son renvoi, de faire commerce de ses charmes pour subsister : « Qui sait, à son âge, où le découragement de l'innocence avilie a pu la porter! » Et ça, une telle conséquence, qui équivaut dans la morale de Rousseau pour Marion à sauter directement les pieds joints dans les flammes de l’enfer, le jeune domestique voleur de ruban qu’il était ne pouvait l’envisager. Contrairement à Monsieur de La Roque, bien sûr, homme d’expérience, lui.

    Cette conclusion demeure implicite. Rousseau a voulu que le lecteur la tire lui-même pour qu’il en soit plus ébranlé. « Ce La Roque, quelle belle ordure en fin de compte ! » Et là je ne peux pas m’empêcher de m’incliner : « Chapeau l’artiste ! »

  • Rhétorique des sentiments

    À un moment, mon honorable correspondante a eu cette répartie qui m'a fait sourire :

    « - Ah, ah, tu te crois à l'abri qu'une femme te mène par le bout du museau, Lapinos ? »

    Cette phrase, je pouvais l'interpréter comme une allusion à ses propres pouvoirs de séduction, mais je n'y pensai pas d'abord. Je pensai surtout qu'elle venait de me fournir l'occasion de lui causer de Véronika.
    Je lui ai répondu comme ça du tac au tac que ça me rappelait le jour où je traversais la passerelle en compagnie de Véronika. Elle me faisait un effet bœuf, Véronika. Une autre gonzesse pourrait-elle me faire plus d'effet ? J'en doute. En tout cas je ne risque pas de rencontrer une Véronika tous les jours.

    Sur la passerelle, une idée violente dans la cervelle de Véronika me distrait de la contemplation de son corps quand elle marche. J'essaie d'être plus attentif à la manière dont les femmes marchent qu'à ce qu'elles racontent. Véronika se partage entre moi et un Italien. Je suis plus beau, d'un meilleur milieu social, mais je suis moins brillant intellectuellement que Marco, moins fiable aussi sans doute, estime Véronika. En outre, il est plus drôle que moi, elle affirme – ça c'est le morceau que j'ai un peu de mal à avaler, avouons-le.

    Cette idée dont j'ai senti l'odeur de sang bien que Véronika ne l'ait pas exprimée clairement, c'est l'idée d'un affrontement physique entre ses deux amants, l'Italien et le Français. Hélas, il m'est difficile d'évaluer exactement le degré de perversité de Véronika. J'ai tendance à l'absoudre, naturellement. Elle est en plein dilemme, incapable de choisir entre Marco et moi, c'est vraiment du fifty-fifty, c'est horrible ! J'imagine que dans sa tête ça doit bouillonner et l'empêcher de dormir. Un duel antique, ce serait une manière de régler le casse-tête, une sorte d'ordalie.
    Je n'écarte pas tout à fait l'hypothèse selon laquelle Véronika a voulu savoir de quel bois je me chauffais la concernant, mais je crois que c'était un motif secondaire.

    J'ai tout de même eu un petit frisson. Je me suis dit qu'à vingt ans, à mon pic de testostérone, je serais peut-être allé trucider cet Italien, une femme comme Véronika aurait peut-être su déclencher chez moi une colère assassine ? C'est ça que je voulais dire à ma correspondante, que je ne suis plus exactement le laperaut de la semaine que j'ai pu être, même si je ne suis pas dupe de son petit défi.

    Ce que j'aime chez ma correspondante, c'est qu'elle essaie de décrypter ma rhétorique des sentiments dans nos conversations. Et moi je m'amuse à décrypter la sienne. Nous nous trompons presque toujours.
    Je pense à Rousseau, qui fait un usage habile de cette rhétorique des sentiments, eh bien on se laisse abuser très facilement par Rousseau.
    Il est d'autant plus facile de se laisser abuser par cette rhétorique, je crois, que l'auteur peut s'abuser soi-même parfois sur ses sentiments. Et là je songe à Weyergans. Il donne pourtant l'impression de bien s'orienter, Weyergans, dans son petit labyrinthe psychologique, il va voir des psys et tout, pourtant je me demande s'il ne s'égare pas un peu, s'il ne se sème pas lui-même en chemin. Mais je reviendrai une autre fois sur Rousseau et Weyergans car c'est assez de ces salades sentimentales pour aujourd'hui. Il faut baiser un peu de temps en temps, aussi.

  • Tel quel

    « POURQUOI JE SUIS CATHOLIQUE. », par Philippe Sollers, c'est la manchette du dernier Monde des Religions que j'aperçois en devanture d'un kiosque… On peut penser tout le mal qu'on veut de Sollers, qu'il n'a aucun talent littéraire, qu'il est compromis jusqu'au cou avec les pires bradeurs de papier, qu'il ressemble à un moine défroqué, qu'il cache son absence d'originalité derrière des grimaces, impossible cependant de nier son endurance, qui égale presque celle de Johnny Halliday, ni surtout son goût de la blague. Des blagues qui sont un mélange de culot naïf et de rouerie. Il y a un côté Rousseau chez Sollers.

    Ainsi, après avoir été maoïste, tel quel c'est-à-dire à peu près rien, puis décoré du titre de "Maquignon des lettres" par Jean-Edern Hallier, préfacier à plein temps, puis balladurien avec l'âge, voilà-t'y pas que Sollers franchit un nouveau palier en devenant catholique ! Ouh-là, "catholique !", le lecteur du Monde des Religions aura un léger tremblement de la main en ouvrant son magazine chiant. Chrétien encore, passe, mais catholique, mâtin, il faut oser avec un pape allemand !

    Dans quelques années, lorsque Le Pen aura passé l'arme à gauche, je sens que Sollers nous fera le coup du : « EN 2002, J'AI VOTÉ LE PEN ! » dans Le Monde de l'Éducation.

    Puisque BHL lui a piqué son titre de "Maquignon des lettres" à Sollers, bien qu'il n'y ait pas chez BHL un côté paysan, mais plutôt un côté grand propriétaire terrien, eh bien je suggère à la place le titre de "Caméléon des lettres", qui lui va bien aussi parce qu'il aime darder sa langue pointue entre ses dents, ça sidère les mouches.

  • Comme un ballon

    Il m'a fallu pas mal de sang-froid et un bouquin pour ne pas sombrer dans la mélancolie, hier soir, perdu au milieu de ces supporteurs de football s'adonnant à leur sport favori, sous prétexte d'une finale de coupe d'Europe jouée en banlieue entre un club de Londres et un club de Barcelone. « Peu importe la coupe, pourvu qu'on ait la lie ! », voilà la devise des supporteurs.

    La veille sur les Champs-Élysées, j'avais déjà croisé un bœuf britannique qui faisait le tapin, une pancarte autour du cou, cherchant une place pour assister à la finale. Le genre de bétail qu'on mènerait volontiers à l'abattoir en sifflotant le God save the Queen.

    Dieu sait que j'aime Paris, son métro, ses petites femmes, mais dans ces moments-là j'aimerais mieux être en province, où on doit quand même pouvoir plus facilement échapper à ce spectacle affligeant. Il n'y a pas encore d'écran géant au milieu de la forêt de Tronçais, je suppose. Un spectacle ? Même pas, car c'est très ennuyeux le football, encore plus que le basket, le tennis ou le rugby. Blandine jetée en pâture aux lions, ça c'est du spectacle ! La boxe, à la rigueur, c'est encore du spectacle. Mais avec le football, on est en plein dans la société du non-spectacle. Juste un peu de suspense, Londres ou Barcelone ? Vachement excitant.

    Si je devais tuer un supporteur dans un accès de colère, dans quel camp le choisirais-je ? Mon problème, c'est que je veux tout politiser, je pars du principe que l'homme est un animal politique, alors qu'il y a plein de moutons encadrés par des chiens enragés.

    Il paraît qu'il y a beaucoup de joueurs français dans l'équipe de Londres. Le Français, y'a pas pire espèce en Europe de nos jours (La preuve : le lendemain l'entraîneur français, Eugène Wenger, déclare que ce n'est pas parce que l'attaquant français de Londres était nul que son équipe a perdu mais parce que l'arbitre a accordé un but qui n'en n'était pas un à l'équipe adverse ; ce Wenger, c'est vraiment la quintessence de l'esprit français !) Mais je n'aime pas les Barcelonais non plus, pour des raisons historiques. Et du coup, faute de pouvoir tuer tout le monde, je ne tue personne.

    À la fin, n'y tenant plus, et comme des rumeurs de cette grande partouze stérile me parviennent quand même à travers la couverture de mon roman de Jacques Perret, je sors faire un peu de sport pour me défouler.
    Je me demande pourquoi Erik Orsenna a rédigé la préface de cette histoire de pirates de Perret ? Qu'est-ce qu'il vient faire là ? Sous prétexte que son prénom s'écrit avec un "k" et qu'il a franchi trente-six fois l'isthme de Bréhat, il se prend pour un aventurier ?

  • Le tract orange

    J'avoue que je n'ai pas écouté le sermon. J'étais absorbé dans la lecture du tract orange distribué à l'entrée de l'église pour permettre aux fidèles de participer au "karaokékato" habituel. Aussi un certain nombre d'annonces paroissiales, horaires des kermesses et autres sessions de méditation et de lévytation (œcuménisme oblige).
    Et Monsieur le Curé avait cru bon de reproduire en sus sur deux colonnes dans son tract orange une lettre ouverte du Conseil des Églises de France à Dominique de Villepin, signée par Mgr Ricard, l'archevêque de Bordeaux, pour l'Église catholique. À propos de la politique d'immigration.

    En critiquant les mesures prises par Villepin ou Sarkozy pour tenter de restreindre l'immigration, le Conseil des Églises de France se place "de facto" dans le camp de l'opposition socialiste, à un an de la présidentielle (sauf coup fourré), sur un sujet qui sera sans doute au centre de la campagne. Les arguments du Conseil des Églises sont d'ailleurs à peu près les mêmes que ceux de la gauche. Je m'abstiendrai de les énumérer. On les connaît par cœur depuis pas mal de temps déjà, grâce à la presse française qui propage l'information avec un zèle inflexible.

    L'Église catholique réussit donc ce tour de force, à la fois de ramer dans le sens du courant - car on ne peut pas dire que les idées du parti socialiste sur l'immigration ne sont pas à la mode, dans l'ensemble les bons sentiments restent un argument de propagande électorale efficace, au moins auprès des bobos -, tout en étant strictement incapable d'attirer le dimanche matin, malgré de très beaux édifices romans, baroques, gothiques ou néo-quelque chose, plus de trois pour cent des Français.

    De ce score ridiculement bas de trois pour cent, certains tireront argument pour dire qu'il ne faut pas s'en faire pour si peu, qu'on peut bien laisser Mgr Ricard s'adonner à sa marotte de tancer mollement le Premier ministre pour épater ses ouailles, que ça ne changera pas beaucoup le cours des élections. C'est oublier qu'elles se jouent le plus souvent à quelques points, justement, les élections, comme le pactole se joue à quelques millimètres à la roulette.

    Un autre tour de force : La réplique du Christ aux pharisiens qui lui tendent un piège sur l'impôt à payer à César a été montée en épingle ; on s'est empressé d'en déduire toute une théorie selon laquelle l'Église et l'État doivent se mêler strictement de leurs affaires et ainsi tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes, une théorie qui ne tient pas compte des réalités historique et humaine.
    Derrière cette théorie bancale, l'Église de France se dissimule son devoir qui est de dénoncer haut et fort certains crimes flagrants comme l'avortement. Mais elle ne se prive pas, pour se faire mousser comme tout le monde, d'appeler à voter pour tel candidat plutôt que pour tel autre, d'appeler la majorité de droite à faire preuve de plus d'humanité vis-à-vis des immigrés, etc.
    Pour résumer sa position doctrinale, l'Église de France s'autorise donc à faire de la politique, à condition que ça ne mange pas de pain. J'observe d'ailleurs qu'il n'y a pas beaucoup d'immigrés à la messe non plus. Car pas plus que le PS l'Église de France n'a aidé concrètement les immigrés à se sortir de leur merdier.

  • Manchettes

    Pour étudier les mécanismes du polar d'un peu plus près, j'ai lu successivement deux polars de J.-P. Manchette. J'avais seulement ouï-dire de Manchette jusque-là.
    C'est donc ça le néo-polar ? Dans ce cas Ian Fleming l'avait inventé avant. Et le fétichisme aussi.

    Un bouquin regroupe des articles de Manchette sur le roman policier qu'il écrivit dans différents journaux de gauche dans les années quatre-vingt, pour éviter que les universitaires ne monopolisent le discours sur le polar et ne disent que des conneries.
    Je remarque très vite ce tic de Manchette, à chaque fois qu'il évoque la prose d'un de ses concurrents d'extrême-droite, Monteilhet ou ADG, de se démarquer des idées de l'auteur par une phrase un peu automatique du genre : « Pour venger pépère est très bien, ADG a fait des progrès par rapport à son dernier bouquin, blabla, et puis : Il faut que je fasse gaffe à ne pas trop aimer cet auteur de droite… » Ah, merde, j'aurais dû noter la phrase exacte. C'est bizarre. Ça fait très néoflic, je trouve.

    *


    Un sondage débile, l'industrie du sondage est probablement une des industries les plus stupides de toute l'Histoire de l'humanité, un sondage débile révèle que trente pour cent des Français pensent que le Da Vinci Code contient des révélations. Rien ne s'oppose donc à ce qu'il y en ait au moins autant à croire en des lendemains qui chantent sous le gouvernement de Ségolène Royal en 2007.

    À propos de révélations, il semblerait que la gauche ait décidé de porter le coup de grâce à Chirac en abordant le sujet de son investissement personnel au Japon. Ils feraient bien de faire gaffe, Chirac n'est jamais aussi dangereux que lorsqu'on l'attaque en dessous de la ceinture.

    Et on dit que l'Histoire ne repasse pas les plats ! La moitié des journalistes est-elle sur écoute comme au bon vieux temps de la gauche policière et de Mazarine ? Ah, un petit changement parmi d'autres, les blogues n'existaient pas en 1995. Les RG nous lisent-ils ? Sans doute, parce qu'ils n'ont que ça à faire, mais je ne suis pas persuadé que l'information soit plus variée sur Internet qu'en kiosque.

  • Correspondances

    Je me suis réveillé ce matin la queue raidie sur un rêve que m'a fait faire une fille qui s'était lovée contre moi comme une chatte angora, ce qui ne pouvait manquer d'exciter un bon chien-chien comme moi : « Ouah ! Ouah ! ». J’attends que mon sang circule à nouveau normalement et je me sers un grand bol de café.

    Dans un courrier, une de mes correspondantes me reproche d'être un peu geignard ces temps-ci. Mince, je ne pensais pas que ça s'entendait autant, j'essayais de geindre en silence dans mon coin, pourtant…

    Je dois être un peu déprimé, à force de ne pas baiser. Quand je ne bois pas j'ai envie de fumer, quand je ne fume pas j'ai envie de baiser, quand je ne baise pas j'ai envie de me bastonner, et quand je ne me bastonne pas j'ai envie de picoler. Voilà, c'est ça mon cycle de vie, grosso modo, même si je triche parfois en faisant du sport. Or mon cycle de vie est un peu perturbé en ce moment.

    On tente régulièrement de discréditer les personnes misogynes en les accusant d'avoir souffert à un moment ou à un autre d'un terrible chagrin d'amour qui les aurait laissées complètement aigries, avec le désir de se venger du beau sexe. Je répète à ma correspondante que je n'ai jamais éprouvé personnellement la cruauté féminine, j'ai juste subi quelques casse-couilles dans ma vie, comme tout le monde, pas de quoi faire naître une rancune tenace.

    C'est l'idée d'égalité qui fait des ravages dans tous les domaines et qu'il faut combattre.
    Décider a priori que c'est l'homme qui décide, c'était très pratique, ça simplifiait l'existence de nos grands-parents. Pas de débat interminable sur le point de savoir qui va tenir le volant de l'Aronde ce coup-ci pour aller pique-niquer sur les bords de la Jouarre : économie substantielle de discussions oiseuses.

    Quand l'homme s'avère incapable de battre sa femme (« Il faut battre sa femme ! » dit Baudelaire, qui a d'autant plus de mérite qu'il n'a pas de femme.) et que la femme doit porter la culotte, ça marche pas mal non plus : ne pas faire du pouvoir de l'homme sur la femme un principe qui ne souffre aucune exception.
    Le partage du pouvoir, en revanche, c'est du bidon. Ça ne marche que dans le cas de couples qui se considèrent comme associés à cinquante-cinquante, en quelque sorte. J'en connais, ce sont généralement de petits épargnants ou de petits propriétaires de leurs sentiments. Pas vraiment débordés par leur libido.

    Selon moi, la libido masculine repose sur l'idée de base selon lequel l'homme fort domine la faible femme. Ou que le sexe de l'homme transperce celui de la femme autant de fois qu'il faut pour qu'enfin elle expire dans un soupir.
    L’image de mon corps musclé attrapant le sien, tout en finesse et en petits détails charmants, de mes jointures qui viennent s’enfoncer dans ses fesses rondes et douces comme des coussins, et puis ma bite qui lime sa serrure jusqu'à la briser, bon sang, il faut que je tienne, jusqu’à ce que la porte s’ouvre et que je puisse me saisir de son âme, ne pas laisser mon regard traîner sur ses courbes délicieuses ou je vais craquer… aaargh !! elle est bien trop mignonne, ça y est j’ai craqué… c’est un schéma kitsch et simpliste, certes, mais très efficace.

    Bien sûr, si c’est moi qui suis sur le dos et elle qui m’enfourche, qui attrape ma bite dans son con et qui la branle dans ses reins en galopant comme une amazone, elle peut me faire jouir quand elle veut. C’est moi qui suis ravi à mon tour. Mais ce n’est pas la première image qui me vient à l’esprit, elle sur moi. Je vois plus ça comme une parodie amusante.
    Ça n'empêche pas les mecs, parfois, d'être attirés par des femmes fortes, désir un peu pervers de mesurer sa propre force, sans doute, de se sentir encore plus costaud en parvenant au bout du compte à faire jouir cette surfemme, quelque chose comme ça.

    Récemment je me suis confié à une danseuse - yankie mais néanmoins cultivée, connaissant par cœur l'ordre de succession des capétiens. Cette conversation m'a permis de faire le point sur la situation outre-Atlantique. Elle est on ne peut plus critique. Le niveau d'égalité entre les hommes et les femmes est tel là-bas qu'à moins d'être pédé il est à peu près impossible de s'accoupler avec une indigène yankie.
    L'affaire Monica Lewinski, c'était un cas exceptionnel : il n'y a que le Président des États-Unis qui soit assez puissant pour forcer une secrétaire à lui sucer les parties. Au demeurant on note qu'elle n'a pas voulu aller au-delà de ce simulacre.
    Bon sang, comme je plains les mecs là-bas, ils doivent en baver ! Bientôt ils ne se contenteront pas de prendre l'avion pour aller baiser de gentilles petites putes asiatiques à Phuket, ils les ramèneront carrément dans leur pays et ils les doteront d'une carte bancaire. Et ma danseuse yankie devra voyager dans le tiers-monde pour s'offrir les services de jeunes hommes affamés. Moi je préfère me dérober. Elle est charmante, mais je ne tiens pas à entendre ses revendications. Vraiment pas.

  • Transport commun

    Voilà bientôt deux ans que sa beauté immarcescible me poursuit - la beauté de cette fille qui est la sœur jumelle de Natacha Henstridge, une actrice de série B. Deux ans que je croise Natacha fortuitement, tous les deux ou trois mois environ, toujours pressée, belle, il y a six mois elle était enceinte et ça n'altérait en rien sa beauté, au contraire, c'était plutôt comme s'il avait manqué quelque chose à toutes les autres femmes.
    Je ne l'ai jamais vue avec son enfançon dans les bras, à croire qu'elle l'a dévoré à la naissance et que c'est le secret de sa beauté.

    Ce matin, elle arborait un décolleté parfaitement déstabilisant pour tous les passagers du bus qui se tenaient à moins d'un mètre d'elle, déjà assez en peine de conserver l'équilibre à cause d'un chauffeur aussi à l'aise que s'il était au volant d'une Fiat 500, pilant net aux feus rouges.

    Ce n'est pourtant pas dans ses habitudes à Natacha de dévoiler sa gorge dans les transports en commun, l'effet produit sans ça, lorsqu'elle est vêtue d'une gabardine noire, d'un pull à col roulé et d'un béret dans le même ton neutre, est déjà assez brutal et comique. Je suis sûr qu'elle a assez d'humour pour observer tous ses admirateurs du coin de l'œil en se disant que la vie est quand même une chose assez simple quand on la regarde attentivement.
    On oubliait tous de respirer ce matin en la dévisageant. On était comme des gosses de six ans qui observent, pétrifiés, une panthère au zoo. Si Natacha avait fait : « GRROO !! », et je crois qu'elle en avait très envie, car son œil bleu saphir piqueté d'éclats de diamant a brillé d'une lueur ironique, on aurait tous sursauté comme des lapins dans leur terrier qui entendent un coup de fusil claquer.
    Je crois que j'étais le plus fébrile de la bande, sans doute parce que mieux à même de jouir du spectacle fondamentalement injuste d'une telle beauté, antidémocratique, politiquement incorrect, tout ce que vous voudrez.

    Un visage où l'os affleure, donnant une impression de derme très dur, la courbe du nez retroussé venant atténuer cette dureté ; un nez un peu épais et des lèvres finement ourlées, des pouces d'assassin, une peau reflétant la lumière du soleil, bref des détails soignés, un travail de peintre flamand du XVIe siècle.

    On s'immobilise bien quelques instants lorsqu'on passe devant une cathédrale gothique pour l'admirer…

  • Angot m'a effrayer

    Ça faisait deux mois environ que je n'avais pas regardé la télé, puisque j'essaie d'arrêter. Je l'allume l'autre jour dans un moment d'énervement, pour me calmer, et je tombe sur Campus. C'était la première fois que je voyais Angot dans le rôle de chroniqueuse, ça m'a foutu les jetons. Je crois d'ailleurs que c'est pour cette raison que Guillaume Durand l'a embauchée, pour se faire peur, car il avait l'air de flipper lui aussi, cette tête de veau, en écoutant dégoiser Angot.

    Il y avait Angot, Dick Rivers, Guillaume Durand, Francis Huster, le chanteur du groupe "Indochine", et quelques autres personnages encore plus secondaires. Et avec ça on essayait de faire une émission culturelle, c'était pathétique. À côté d'Angot, Francis Huster paraissait presque intelligent, c'est dire.

    Elle m'a paru encore pire qu'il y a deux mois, la télé. Ça doit être l'effet du sevrage, ce n'est pas possible qu'elle se soit détériorée autant en si peu de temps !

    Ça m'a fichu le bourdon, cette émission culturelle. Mais comme je suis un optimiste indécrottable, je me dis qu'à ce rythme, la télé va finir par ennuyer tout le monde, que son emprise sur les esprits va peut-être diminuer. Ce qu'il faudrait, c'est un journal qui signale à l'avance la demi-heure ou l'heure de programme hebdomadaire intéressante. Ou un blogue qui propose un zapping exhaustif des meilleures séquences de la semaine.