Parlons un peu de la manière révélatrice dont les évolutionnistes font passer les créationnistes pour une menace grandissante pour la science, et par conséquent pour l’humanité tout entière - car pour ce qui est d’extrapoler les évolutionnistes sont fortiches.
La sortie d’un bouquin de Pascal Picq, Lucy et l’obscurantisme, me fournit l’occasion. Pascal Picq est, disons, un vulgarisateur scientifique médiatique à l’audience assez large, quelques millions d’auditeurs.
Dans ce bouquin, l’artillerie lourde est de sortie contre les blasphémateurs créationnistes, pêle-mêle les islamistes, les électeurs de George Bush et de Le Pen, en gros tout ce qui inspire des cauchemars au lecteur lambda de Libé, avide comme on sait de progrès, de justice et de liberté.
Moi j’entends Picq un peu partout exprimer ses vues ; jusqu’à preuve du contraire je ne suis pas fou. En revanche, je prétends que ceux qui entendent des islamistes prêcher un credo créationniste dans les médias ont “des voix”, et qu’ils feraient bien de se faire ausculter. À commencer par Picq.
Le “danger créationniste”, ça fait doucement marrer… Alors que les évolutionnistes ont été en mesure d’obliger le pape, en dehors bien sûr de ses fonctions, de son rôle et de sa spécialité habituels, à admettre officiellement que la théorie évolutionniste est une théorie plausible. Un tel geste aurait eu du sens pour protéger un art ou une science menacée, mais nul ne peut prétendre que le darwinisme n’a pas un très large écho, y compris chez les catholiques eux-mêmes, qui l’admettent souvent comme une vérité immanente.
Les évolutionnistes ont ainsi remporté une victoire, puisque les médias se sont empressés de traduire la déclaration du pape comme une caution, un peu ringarde, certes, à leurs yeux, mais une caution quand même, fournie à la théorie de Darwin. Un comble de la part d’évolutionnistes qui se réclament de la science, de la logique et d’une certaine forme d’athéisme !
C’est exactement comme si on avait forcé le pape à se convertir à l’esprit du temps.
Car il ne s’agit pas vraiment d’un complot évolutionniste, mais plutôt d’une manifestation de la force de l’esprit du temps, des préjugés contemporains, qui n’ont jamais été aussi univoques et indiscutables que depuis que les moyens de propagande moderne, télévision, cinéma, journaux “gratuits”, se sont imposés en Occident, au point de contraindre un pape à légiférer “in nihilo”.
Il faudrait être un scientifique bien naïf pour prétendre que l’esprit du temps, les croyances communes, qui forment en définitive une religion nouvelle, n’ont pas une influence déterminante sur la recherche scientifique. Il faut avoir une cervelle bien kantienne pour isoler Copernic, Newton, Darwin ou Poincaré du socle de leurs croyances ou de leurs convictions.