Le résultat de quarante années de féminisme en France, c’est l’érection de la pute en idéal moral commun : pute-chanteuse, pute-actrice, pute-écrivain ou pute-pute… quelle fillette ne réclame pas à sa mère une panoplie de pute, ne rêve pas ouvertement de devenir une pute célèbre ?
Mais attention, pas n’importe quelle pute, on est en démocratie : ces demoiselles veulent devenir pute de luxe, c’est-à-dire récolter un maximum d’argent et de célébrité pour un minimum d’efforts, pas comme la pute venue de Roumanie qui travaille comme une ouvrière à la chaîne sur les “maréchaux”, dans l’anonymat le plus complet ; non, on veut être une pute propre, une pute libre, qui bosse en “free-lance”, sur papier glacé, à la télé ou sur internet, un pute sans maquereau, coupée de la clientèle libidineuse par un écran pudique.
Un rêve de pute, en somme, habite la plupart des jeunes gonzesses abreuvées de féminisme chic par Elle, Madame Figaro, Christine Ockrent ou Claire Chazal.
Dans ce contexte, le succès de Jean d’Ormesson, largement entretenu par les magazines féminins, Le Figaro, et les prestations télévisées de l’homme de lettres, ce succès est parfaitement logique.
Cet académicien poli, aux dents blanches et aux yeux myosotis, qui ne bande plus très dur, représente l'homme exquis, le partenaire achevé pour une jeune fille d’aujourd’hui. S'il épousait Lorie, Alizée ou la Schtroumpfette en dernières noces, quel beau couple ça ferait !