L'espèce des philologues est, parmi la race des experts, la plus méprisable ; Nitche, ou plus récemment J. de Romilly, à peine plus virile.
Il semble que la philologie soit une passion typiquement romaine puisque la théologie de saint Augustin est émaillée de remarques philologiques, parfois des erreurs manifestes de traduction.
Le philologue n'atteint pas le bon sens moyen, celui d'un maçon ou d'un boulanger par exemple, étant donné que son outil est à la fois l'objet et le moyen de son ouvrage, ce qui est la façon la plus sûre de s'emmêler les pinceaux, de dire ou faire n'importe quoi. Autrement dit, un philologue sera prédisposé à gober les salades d'Einstein ou de Poincaré, qui apparaîtront à un homme plus sensé comme une vaste blague.
Peut-être est-ce aussi la raison pour laquelle Voltaire a admis et fait de la publicité à une théorie, celle de Newton, qui pour décrire les interactions entre les corps célestes s'inspire d'équations censées encadrer la force centrifuge, équations dans lesquelles la masse - je répète pour ceux qui ont du plomb dans la cervelle : la masse, n'intervient même pas ; ça aurait dû mettre la puce à l'oreille de Voltaire, au moins le problème de la traduction de l'algèbre au "phénomène physique" supposé, dans la mesure où par ailleurs, pour des raisons d'ordre culturel et théologique, Newton identifie quasiment l'espace à la matière.