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Histoire contre Ethique

Comme le rappelle Jacques Ellul, le judaïsme introduit l'histoire dans le monde. Pour le meilleur et pour le pire, l'éthique païenne ne se remettra jamais de ce progrès de la conscience humaine.

Perfectionnement du judaïsme et accomplissement des prophètes juifs, le message évangélique termine l'histoire, en opérant la jonction avec le vrai dieu. Si Marx n'est pas antichrétien ou antijuif, bien qu'il a pu penser l'être au commencement de son mouvement de révolte, c'est parce qu'il combat l'obscénité religieuse, ainsi que Jésus lui-même en a donné l'exemple, obscénité éclatante dans l'idée de civilisation chrétienne. Si Marx est aussi farouchement antirépublicain qu'il s'oppose aux institutions chrétiennes, c'est en raison de son constat, historique, que l'éthique républicaine prolonge la civilisation chrétienne, très loin de rompre avec elle selon sa propagande. On peut effectivement dire l'institution chrétienne la "matrice" des nations occidentales modernes. L'idéologie démocratique est un exemple frappant, puisque la démocratie n'a aucun fondement évangélique, pas plus qu'il n'est possible de l'appuyer sur la loi de Moïse, à cause de cette idée juridique centrale dans la démocratie de "souveraineté populaire". Le gadget de la démocratie n'est que le produit de la métamorphose ou de l'adaptation de l'éthique au cours des derniers siècles. Il emprunte à l'Ancien Régime la notion de souveraineté : rien, encore une fois, au christianisme. La démonstration de Marx que l'évolution économique est le principal facteur de la métamorphose de l'éthique occidentale permet même de situer la démocratie au niveau qui est le sien du "marketing". L'économie détermine l'éthique démocratique, en même temps que les lois de l'économie démentent les idéaux démocratiques. On est en présence du pharisaïsme le plus pur, qui justifient de regarder la démocratie comme un populisme injecté dans le peuple par ses élites dirigeantes. Sur le plan psychologique, la démocratie répond au besoin d'étouffer le progrès de la conscience humaine véhiculé par l'histoire. A la conscience historique, qui réduit l'impact du providentialisme et de l'éthique, l'idéal démocratique s'oppose en restaurant le carcan de l'éthique.

"Dieu est mort !" signifie dans la bouche de Nitche : les juifs, les chrétiens et les anarchistes ont tué Dieu, celui qui dans la culture antique la plus horizontale permettait de soumettre les foules à une éthique indiscutable, d'origine divine. Nitche n'applaudit pas à la mort de dieu, il la déplore ; on retrouve la même déploration chez un logocrate parent de Nitche, Georges Steiner, sans la franchise d'avouer chez ce dernier l'antichristianisme et l'antijudaïsme, c'est-à-dire la haine de l'histoire. Ce dernier type illustre l'extraordinaire duplicité des castes dirigeantes américaines, qui consiste à masquer leur idéologie négationniste derrière des slogans judéo-chrétiens, c'est-à-dire à provoquer un choc des cultures qui n'a pas lieu d'être : le judaïsme et le christianisme sont ici destinés à militariser la conscience des citoyens des Etats-Unis. Sans ce judéo-christianisme, trucage de la plus basse espèce, la culture américaine perdrait sa vocation mobilisatrice et sa stratégie impérialiste en serait diminuée, faute de pouvoir revenir à l'éthique nitchéenne ou nazie démodées. Même un culte du dollar, non seulement officieux, mais officiel, ne permettrait pas la même mobilisation, à cause du caractère beaucoup trop pratique de ce culte, contre lequel Nitche ou Hitler ont eux-mêmes précédemment été forcés d'ériger leurs morales pures respectives, le premier pour des raisons aristocratiques ou esthétiques, le second au contraire pour des raisons électorales ou démagogiques.

- La conscience païenne éthique droite, c'est-à-dire non pas gauchie par le besoin d'adaptation aux changements économiques de l'ère moderne, cette conscience incite l'homme à la vertu, et à refléter ainsi le dieu le moins caché de tous : la nature. Le régime de la vertu est aussi celui qui permet le mieux de jouir. L'athéisme moderne tient beaucoup à l'extension du domaine de l'esclavage, et à la frustration qu'elle engendre, dissuasive de rendre un culte à dieu. Dans la conscience païenne gauchie, et comme étriquée, les systèmes d'exploitation de la nature paraissent plus puissants et féconds que la nature elle-même. Dans la foi païenne antique, la nature ne peut trouver dans l'homme un concurrent vraiment sérieux.

- La conscience historique, elle, non seulement dissuade de la nostalgie de croire le retour de l'ancienne vertu possible (L'histoire ne repasse pas les plats, au contraire de la culture qui ressert toujours les mêmes mets, accommodés différemment), mais elle oriente l'homme vers la révélation d'un dieu caché, dépourvu d'utilité dans ce monde, dont il ne permet pas de satisfaire les besoins temporels. Tout l'intérêt de la poursuite de l'éthique ou de la vertu est pour l'homme, en revanche, sans qu'il y ait aucun progrès véritable à attendre. C'est, du point de vue historique chrétien, par l'espoir de l'amélioration de sa condition, ou la suggestion de celle-ci, que l'homme se coupe du progrès de l'esprit, et verse dans les illusions de la morale pure ou de la religion. Une fois l'homme déçu par la vertu, sur le plan social parce qu'il ne l'a pas vue accomplie, mais le rapport d'asservissement social indéfiniment perpétué, ou bien parce que sur le plan personnel, la jouissance est derrière lui, ou il ne l'a jamais obtenue, l'homme déclare le progrès nul et non avenu, celui-là même qui l'avait toujours déterminé et n'a jamais existé que dans l'inconscient social. L'éthique n'est du point de vue chrétien historique qu'un fruit qui, une fois consommé, laisse sur sa faim.

- Il n'y a pas de leçon de morale dans la vie de Jésus, mais une leçon d'histoire, en quoi l'apocalypse correspond parfaitement avec la vie du Messie. Les obstacles rencontrés par Jésus au cours de sa vie publique préfigurent tous auxquels l'humanité se heurte au cours de l'histoire moderne, à commencer par la consolidation de la civilisation à tous les étages contre la vérité et la liberté, les mille ruses et objections des tenants de l'éthique afin de faire passer l'individualisme pour ce qu'il n'est pas -un existentialisme ou un narcissisme-, mais le refus de soumettre son esprit au plan social macabre.

 

 

 

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