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Bilan (intermédiaire) des Gilets jaunes

Le rôle de la presse oligarchique, ce pourquoi elle est payée, est d'étouffer ou de contenir le mouvement des Gilets jaunes. Depuis le mandat de F. Hollande, les représentants de l'oligarchie se démènent pour prendre le contrôle des réseaux sociaux américains, au risque de laisser apparaître à une large part de l'opinion publique que la Chine est le modèle politique des dirigeants de l'Etat profond européen.

Les dispositifs sécuritaires trahissent une dimension essentielle de l'Etat profond : il est gérontocratique. Le corps électoral vieillissant, qu'il soit "de gauche" ou "de droite", adhère très largement aux décisions arbitraires de la Commission.

Le terme de "lutte des classes" est impropre à qualifier la grève générale étendue des Gilets jaunes en 2018. La comparaison avec la révolution libérale MAGA s'impose plutôt. Il est plus juste de parler d'un combat intergénérationnel que de lutte des classes, compte tenu de la division du travail à l'échelle mondiale.

Les Gilets jaunes marxistes qui luttent contre le meurtre massif de migrants par l'oligarchie européenne (40. 000 suivant une estimation basse depuis 1990) sont probablement minoritaires. De nombreux Gilets jaunes estiment qu'il y a une solution franco-française à un problème qui n'est pas franco-français (les Gilets jaunes "constituants" ou "souverainistes"). Ils sont proches des Britanniques qui ont voté le Brexit... en vain.

- Discernons les deux réactions oligarchiques contre-révolutionnaires : la première consiste à combattre le risque MAGA, c'est-à-dire le risque de révolution populiste ; la seconde, financée par l'oligarque breton Bolloré, consiste à tenter de récupérer le mouvement révolutionnaire ; cette dernière méthode est typiquement fasciste, si ce n'est qu'elle ne mobilise pratiquement aucun jeune Français en dehors des forces de police. L'oligarchie escompte donc écraser le mouvement révolutionnaire dans les esprits ou, faute de mieux, le récupérer. Cette hésitation fait penser à celle de l'oligarchie allemande qui flanqua A. Hitler en prison, avant de l'en sortir peu de temps après.

On estime que les Gilets jaunes étaient composés, au plus fort de leur mobilisation, de 30% d'électeurs du FN, 25% d'abstentionnistes et 20% d'électeurs de J.-L. Mélenchon.

L'électorat ouvrier du FN a contribué à démasquer les grandes centrales syndicales et la mythomanie du "rapport de forces" entre le patronat et les syndicats (enseigné par le roman national). Pour ma part, je fais partie des "abstentionnistes", car le gouvernement oligarchique et la démagogie sont historiquement liés - autrement dit, dans un tel système il n'y a pas d'électeurs, il n'y a que des cocus.

L'électorat de Mélenchon est très hétéroclite, culturellement porté aux manifestations de rue (strictement encadrées) ; une partie de cet électorat, sans doute la plus jeune, a pu être séduite par l'aspect authentiquement révolutionnaire du mouvement des Gilets jaunes. A cela il faut peut-être ajouter une part des électeurs d'E. Macron, qui ont très vite compris que leur candidat leur avait vendu du haschisch au lieu des réformes promises. Rappelons que le programme du candidat E. Macron en 2017 était quasi-trumpiste.

Quelques conséquences politiques du mouvement des Gilets jaunes : les médias oligarchiques ont procédé à l'épuration des quelques publicistes qui avaient marqué de la sympathie vis-à-vis des Gilets jaunes. Les efforts pour imposer le contrôle des réseaux américains se sont intensifiés (ouverture d'un bureau spécialisé par la Commission à San Francisco) ; on peut penser que, sans la victoire de D. Trump aux élections, ces efforts auraient fini par aboutir. L'oligarchie française garde de plus en mémoire la chute des dictateurs arabes qu'elle soutenait (et soutient encore).

La "dédiabolisation" du FN est une conséquence de la grève générale des "Gilets jaunes" : elle consiste en effet dans un resserrement des liens entre l'oligarchie et un parti dont le score atteint 70% dans les forces de police. Le FN est presque devenu un syndicat de police ; les signes ostentatoires qu'il donne de soumission à l'oligarchie expliquent peut-être que ce parti "plafonne" et que la tactique de la dissolution d'E. Macron a échoué. On a décrit cette tactique comme une idiotie : elle le serait si, depuis le début de son premier mandat, E. Macron n'avait pas les Gilets jaunes aux trousses.

A l'opposé, en décrédibilisant l'opposition socialiste, à commencer par les syndicats, les Gilets jaunes ont poussé Jean-Luc Mélenchon à se radicaliser pour adopter un programme proche de celui qui a conduit (brièvement) au pouvoir A. Tsipras en Grèce en 2015, et son ministre anticapitaliste Y. Varoufakis. L'Etat profond n'a fait qu'une bouchée de la Grèce ; à cela J.-L. Mélenchon peut répliquer que la France n'est pas la Grèce. De plus, dix ans se sont écoulés depuis la révolution populaire grecque, et l'Etat profond n'a fait que s'enfoncer un peu plus depuis. J.-L. Mélenchon représente donc pour l'Etat profond une menace équivalente à celle des Gilets jaunes. Il subit comme D. Trump les tirs d'artillerie médiatique de l'oligarchie.

La principale différence entre D. Trump et J.-L. Mélenchon est que la France n'est plus une grande puissance impérialiste depuis longtemps. La France se contente de profiter du déploiement de troupes nord-américaines sur tous les continents. D. Trump est placé face à une contradiction radicale : le noyau dur de son électorat est anti-impérialiste, mais la politique impérialiste façonne les Etats-Unis depuis presque un siècle. La souveraineté des Etats-Unis et le dollar sont deux termes synonymes.

La prise du pouvoir n'est pas la part la plus difficile pour un parti révolutionnaire. Le pouvoir est tombé entre les mains des bolchéviks alors qu'ils ne s'y attendaient plus, que les forces réactionnaires semblaient l'avoir emporté. Le plus difficile pour un mouvement révolutionnaire est de surmonter ses contradictions, qui sont inévitables. Le capitalisme lui-même est révolutionnaire, disaient Marx et Lénine ; mais les contradictions du capitalisme le condamnent à mort.

Comme les Gilets jaunes sont divisés idéologiquement, superficiellement en quelque sorte, ils ont intérêt à se réunir sur des objectifs concrets. La liquidation de l'Etat profond peut constituer un objectif commun aux Gilets jaunes libéraux et marxistes ou socialistes. Lénine n'envisageait pas la liquidation de l'Etat profond comme une liquidation radicale, anarchiste de l'Etat, mais comme la liquidation des ministères dont la fonction est d'opprimer le prolétariat et les paysans (qui, en Europe occidentale, ont presque disparu depuis). En 1949, Orwell désigne symboliquement le ministère de la Culture comme le plus emblématique de cette oppression. Petit budget, dira-t-on ; pas si l'on considère qu'il supervise et cautionne des entreprises culturelles privées gigantesques.

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