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  • A propos du féminisme de K. Marx

    Le féminisme au XXIe siècle a perdu toute signification univoque, comme le vocabulaire politique tout entier. On entend parfois (curieusement) certaines féministes se réclamer de Karl Marx.

    La sociologie assez sommaire de Marx et Engels se borne à démontrer que les cultures archaïques sont "sexistes", c'est-à-dire qu'elles reposent sur la division du travail, sa répartition entre les deux sexes. Les femmes peuvent même être propriétaires de leur progéniture dans le cas des barbares Vikings dont l'économie repose sur le viol et le pillage. Marx et Engels prennent cet exemple pour montrer que le dispositif juridique reflète le dispositif économique.

    Selon Marx la culture grecque antique n'est pas une culture "archaïque", mais philosophique. Le mépris de Marx pour la philosophie romaine est connu. Les Romains imitent les Grecs sans les comprendre, un peu comme la Chine imite au XXe siècle l'Occident.

    Marx et Engels sont indifférents aux "chasseurs-cueilleurs" préhistoriques, qui sont à peine des "animaux politiques". C'est ici l'occasion de faire remarquer que l'archéologie n'est pas une science pragmatique, mais une science fétichiste. La sympathie pour les chasseurs-cueilleurs doit être prise pour ce quelle est : un symptôme de l'anarcho-capitalisme, c'est-à-dire de l'inconscience politique.

    - L'économie capitaliste a tendance à abolir la différence sexuelle (et raciale) pour ne plus tenir compte que du "potentiel" de l'individu, de ce que K. Marx appelle sa "force de travail". Les femmes ou les noirs ne sont pas moins aptes au travail ouvrier que les hommes blancs. Il y a probablement des secteurs de l'industrie où les hommes se montrent plus efficaces, mais dans d'autres ce sont les enfants et les femmes qui travaillent mieux. Les femmes sont souvent dotées d'une qualité plus rare chez les hommes : la résilience, ou l'endurance au travail.

    On note ici que la "guerre des sexes" est dans l'intérêt des cartels capitalistes, exactement comme la mise en concurrence des travailleurs étrangers avec les travailleurs français : plus le prolétariat est soudé, plus il représente un risque de révolution accru.

    La démonstration de J. Schumpeter (1942) que l'émancipation des femmes occidentales est un progrès imputable à l'économie capitaliste n'est donc que partiellement contredite par la critique marxiste. Le marxisme ne contredit que l'extrapolation à toutes les femmes du monde de l'utopie libérale égalitaire. Selon Marx, la division du travail capitaliste à l'échelle mondiale ne fait qu'aggraver la situation des femmes du Tiers-monde ou des pays en voie de développement. L'émancipation libérale est en réalité un privilège capitaliste restreint. L'oligarchie capitaliste finance logiquement la propagande de nombreux groupuscules féministes, chargés de faire valoir les valeurs capitalistes comme des valeurs progressistes (la cupidité principalement).

    K. Marx démontre par ailleurs l'archaïsme du code Napoléon, dès sa promulgation. Il s'appuie sur des exemples tirés de la "Comédie humaine" de Balzac, pour montrer que la société française au début du XIXe siècle, n'est plus régie par les valeurs romaines antiques, dont le "patriarcat". La nostalgie de l'empire romain dans laquelle le code Napoléon est drapé, c'est-à-dire à peu près le modèle conservateur depuis 1850, n'est qu'une illusion : au cours de la même période s'est logiquement effondrée en Europe la religion catholique associée aux politiques conservatrices. On peut constater que le catholicisme, dans les romans de Balzac, n'a déjà plus qu'un rôle folklorique : il a déjà perdu sa fonction sociale organisatrice au profit de l'argent.

    Le patriarcat est donc aux féministes libérales ce que les moulins-à-vent sont à Don Quichotte. Le législateur de 1804, en promulguant dans le code la morale du "bon père de famille" (romain), est déjà en retard sur la relégation de la famille, du fait de l'économie capitaliste, au rang d'institution subalterne.

    Le roman pseudo-orwellien de Margaret Atwood ("La Servante écarlate") et son adaptation en série télévisée à des fins de propagande néolibérale, possèdent un point commun avec le parti de Donald Trump, qui "saute aux yeux" du point de vue marxiste : la république néoconservatrice patriarcale imaginée par M. Atwood n'a aucun fondement économique - c'est un conservatisme ex-nihilo, purement imaginaire, tout comme le slogan trumpiste du retour à l'âge d'or de la production industrielle (très peu conservateur). On a ici deux théories du complot, celle du complot néolibéral (Trump), et celle du complot conservateur (Atwood) : la réalité de la division du travail à l'échelle mondiale est tout simplement "évacuée" par ces deux complotismes.

    Les féministes soi-disant "marxistes" empruntent parfois à K. Marx sa comparaison entre la soumission de la femme au foyer et la soumission du peuple aux élites. Il va de soi que Marx évoque ici la soumission du peuple à la bourgeoisie et à l'Etat capitaliste. A aucun moment Marx ne fournit d'arguments à la guerre des sexes, fomentée par l'Etat et les cartels capitalistes eux-mêmes.

    Marx ne raisonne jamais dans l'absolu, mais toujours en fonction du contexte historique ; or l'égalitarisme juridique est l'une des manifestations les plus éclatantes de la métaphysique bourgeoise. Les idéaux de la philosophie bourgeoise des Lumières, en particulier ceux de Rousseau et Tocqueville, ne sont pas à proprement parler "métaphysiques" ; mais l'économie capitaliste, impensée par les Lumières, a eu pour effet de favoriser une sorte de fanatisme platonicien égalitariste.