Le terme de "catholicisme zombie" ou de "religion zombie" décrit opportunément la place que tient la mort dans les religions vidées de leur force spirituelle. C'est ici la signification du fameux "Laissez les morts enterrer leurs morts" de Jésus-Christ (Matthieu 8:22).
Emmanuel Todd, qui a répandu la notion de "catholicisme zombie", ne paraît pas se douter que la sociologie est la formule zombie du protestantisme ; de telle sorte que si l'on retranche la foi chrétienne du luthéranisme, on obtient à peu près la sociologie de Max Weber, c'est-à-dire l'évincement de la foi chrétienne par la raison sociologique. Il serait inexact de parler de laïcisation, car la laïcisation s'accompagne en Europe entre 1580 et 1750 d'un progrès spirituel ; au stade de la sociologie, la laïcisation est un culte de l'Etat (tel qu'il est parfaitement décrit par Orwell dans "1984").
On pourrait parler au XXe siècle en Europe de démembrement de la Foi, d'une part, attribuée au clergé catholique et protestant, et de la Raison attribuée aux sociologues-statisticiens d'autre part.
La raison athée d'E. Todd ou de la sociologie n'est pas un athéisme critique (comme celui de Voltaire), mais un déterminisme.
Pour les chrétiens, la Foi est surnaturelle ou elle n'est pas. C'est ici ce qui fait toute la différence avec les religions païennes juridiques, qui postulent un ordre naturel schématique (géométrique). La démocratie libérale ressuscite la théocratie sous la forme des "droits de l'homme", tout aussi virtuels que le "droit divin" des empereurs romains.
Les Grecs en général, et Homère en particulier, ont arraché pour ainsi dire la civilisation athénienne à l'ordre naturel, ce qui leur fait un point commun avec les Juifs et les chrétiens.
Le judaïsme qui s'opposa au Christ il y a deux mille ans était un judaïsme zombie. Le Christ parle pour le décrire de "complot de pharisiens et de veuves".
Etudiante athée, plus française que juive-allemande, Simone Weil s'était convertie à la Foi chrétienne, tout en restant fermée à la formule catholique (le contraire du journaliste E. Zemmour, en somme). S. Weil élucide le processus de zombification de la façon suivante (je cite de mémoire) : - quand les préoccupations sociales finissent par l'emporter sur la Foi, alors on peut dire qu'une religion est sclérosée. De fait, on pourrait presque dire que la dynamique du luthéranisme à ses débuts est une dynamique antisociale : le purgatoire catholique est une sorte d'aménagement social. S. Weil peut s'appuyer sur les questions du clergé juif et des femmes juives posées à Jésus-Christ, qui sont presque toutes des questions sociales (les taxes, le mariage...).
On peut voir que le communisme, qui est la grande religion populaire-ouvrière en Europe au XXe siècle, compte tenu de l'exode rural massif et de l'urbanisation, a connu la même sclérose en devenant une religion du "progrès social", alors qu'elle fut d'abord une religion du progrès politique, contre le capitalisme qui exploite la dimension sociale de l'individu.