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  • Si Dreyfus n'avait pas été Dreyfus

    Paul Valéry a dit un truc du genre : “Si Dreyfus n’avait pas été Dreyfus, il aurait sans doute été antidreyfusard” ; là, c’est plutôt : “Si Marie-Léonie n’avait pas été mythomane mais qu’elle avait été Juive, elle n’aurait sans doute pas causé autant d’antisémitisme.” Difficile tout de même de ne pas être agacé par tous ces effets de manchettes, cet empressement morbide des journalistes à fabriquer une affaire Dreyfus tous les quinze jours. Je décide de me réfugier dans la prose de Paraz. C'est un écrivain complètement imperméable au bourrage de mou. Le bourrage de mou n’est pas né après la guerre, bien sûr, mais il a pris alors des proportions inquiétantes. Lu dans le “Gala des Vaches” (1948) : « L’antisémite et le philosémite ont la même formation avec une idée fixe de base (essentielle) qui leur est commune, celle qui fait voir des Juifs partout. On change de pôle avec la plus inquiétante facilité. J’ai vu, à l’inverse, des aryens philosémites délirants, une engeance de dogues hargneux tourner au bout de quelques mois antisémites pour des raisons cachées d’intérêt ou d’entraînement, sans avoir changé grand’chose à leurs éléments d’appréciation. Leur éclairage avait varié d’un angle imperceptible mais qui suffisait à colorer d’ombres hostiles les traits de leur obsession.(…) En bref, tout bien pesé et dans une pensée d’apaisement, je ferai miennes ces maximes : "Les Juifs allemands sont des Français comme les autres.”, et celle-ci, tout à fait capitale : “Les Juifs français sont des Aryens comme les autres !” A condition que les Juifs consentent à y souscrire. Ce sera long, mais ils y viendront. »

  • Je bous d'une ardeur hystérique

    À vrai dire, j’ai été plutôt surpris de découvrir Georges Fourest (1867-1945) dans l’attirail de Chirac, au milieu d’un pack de bières Corona éventré, de photos dédicacées de lutteurs de sumo, de sandwiches au foie gras et de romans de Dumas. Zemmour affirme pourtant que c’est l’auteur préféré du Président. J’ai peine à le croire. Pourvu qu'il n'aille pas foutre Fourest, avec Zola et Hugo, dans un coin du Panthéon. Oserais-je lever un coin du voile qui recouvre cet auteur méconnu ? Disons seulement que son sens aigu du ridicule l’empêcha toujours de se prendre au sérieux. “Il haïssait les sciences au point de donner dix francs à son fils quand celui-ci avait un zéro en mathématiques.”, peut-on lire aussi sur le site des éditions José Corti. Ce trait ne fait qu’accroître ma sympathie pour ce génie. Ne me remerciez pas de vous offrir ce long poème de sa main, car j’aime à recopier les sonnets truculents et baroques de ce grand poète pour me pénétrer de son esprit.

    La Singesse

    Donc voici! Moi, Poète, en ma haute sagesse

    respuant l’Eve à qui le Père succomba

    j’ai choisi pour l’aimer une jeune singesse

    au pays noir dans la forêt de Mayummba

    Fille des mandrills verts, ô guenuche d’Afrique,

    je te proclame ici la reine et la Vénus

    quadrumane, et je bous d’une hardeur hystérique

    pour les callosités qui bordent ton anus.

    C’était dans la forêt vierge, sous les tropiques

    où s’ouvre en évantail le palmier chamœrops ;

    dans le soir alangui d’effluves priapiques

    stridait, rauque, le cri des nyctalomerops ;

    l’heure glissait, nocturne, où gazelles, girafes,

    couaggas, éléphants, zèbres, zébus, springbocks,

    vont boire aux zihouas sans verre ni carafes

    laissant l’homme pervers s’intoxiquer de bocks ;

    sous les cactus en feu tout droits comme des cierges

    des lianes rampaient (nullement de Pougy) ;

    autant que la forêt ma singesse était vierge ;

    de son sang virginal l’humus était rougi.

    Le premier j’écartai ses lèvres de pucelle

    en un rut triomphal, oublieux de Malthus,

    et des parfums salés montaient de son aisselle

    et des parfums pleuvaient des larysacanthus.

    Elle se redressa, fière de sa blessure,

    à demi souriante et confuse à demi ;

    le rugisssement fou de notre jouissure

    arrachait au repos le chacal endormi.

    Sept fois je la repris, lascive ; son oeil jaune

    clignotait langoureux, tour à tour, et mutin ;

    la Dryade, amoureuse, au bras du jeune Faune

    a moins d’amour en fleurs et d’esprit libertin !

    Toi, fille des humains, triste poupée humaine

    au ventre plein de son, tondeuse de Samson,

    Dalila, Bovary, Marneffe ou Célimène,

    contemple mon épouse et retiens sa leçon :

    mon épouse est loyale et très chaste et soumise,

    et j’adore la voir aux matins ingénus,

    le cœur sans artifice et le corps sans chemise,

    au soleil tropical montrer ses charmes nus ;

    elle sait me choisir ignames et goyaves ;

    lorsque nous cheminons par les sentiers étroits,

    ses mains aux doigts velus écartent les agaves,

    tel un page attentif marchant devant les rois,

    puis dans ma chevelure oublieuse du peigne

    avec précaution elle cherche les poux,

    satisfaite pourvu que d’un sourire daigne

    la payer, une fois, le Seigneur et l’Epoux.

    Si quelque souvenir de douleur morte amasse

    des rides sur mon front que l’ennui foudroya,

    pour divertir son maître elle fait la grimace

    grotesque et fantastique à délecter Goya !

    Un étrange rictus tord sa narine bleue,

    elle se gratte d’un geste obscène et joli

    la fesse puis s’accroche aux branches par la queue

    en bondissant, Footitt, Littl-Tich, Hanlon-Lee !

    Mais soudain la voilà très grave ! Sa mimique

    me dicte et je sais lire en ses regards profonds

    des vocables muets au sens métaphysique

    je comprends son langage et nous philosophons :

    elle croit en un Dieu par qui le soleil brille,

    qui créa l’univers pour le bon chimpanzé

    puis dont le Fils-Unique, un jour, s’est fait gorille

    pour ravir le pécheur à l’enfer embrasé !

    Simiesque Iaveh de la forêt immense,

    ô Zeus omnipotent de l’Animalité,

    fais germer en ses flancs et croître ma semence,

    ouvre son utérus à la maternité

    car je veux voir issus de sa vulve féconde

    nos enfants libérés d’atavismes humains,

    aux obroontchoas que la serpe n’émonde

    jamais, en grimaçant grimper à quatre mains !…

    Et dans l’espoir sacré d’une progéniture

    sans lois, sans préjugés, sans rêves décevants,

    nous offrons notre amour à la grande Nature,

    fiers comme les palmiers, libres comme les vents !!!

  • Dix minutes, douche comprise

    Fièvre toute la nuit. Légère, mais pas moyen de pioncer. J’arrête pas de secouer mes courbatures. Je divague un peu. J’appelle trois filles sur leurs portables. Je commence par Isabelle, puis j’essaye Hélène, enfin Katia. Chou blanc sur toutes les lignes.
    Fièvreux, courbaturé, insomniaque, pas envie de lire, c’est rare que je sois dans des dispositions aussi favorables au coït, quel gâchis ! Sonnerie à 4h30 : c’est Hélène. Elle m’invite à plus de discrétion, fini les messages ! Elle est fiancée depuis un mois et ne veut pas laisser son Frédéric s’échapper. À l’entendre, c’est la perle rare : beau, riche, jeune et bien né, et le bon goût de vouloir l’épouser sans traîner. J’acquiesce en silence, mais je trouve qu’elle exagère un peu : le pognon, d’abord, elle n’en a jamais manqué, son père possède une petite manufacture qui tourne bien ; et puis, elle aussi est plutôt agréable à regarder et, surtout, bien élevée. Le mérite de son Frédéric n’est donc pas si grand.

    Je me lève vers 10h - difficilement - pour aller faire le marché sous le crachin. J’achète deux belles daurades et des épinards pour les accompagner.
    - Non, mettez-moi plutôt des navets, une livre, et des charlottes… Oui, une livre aussi » (dans l’état ou je suis, il me faudrait deux heures pour nettoyer un kilo d’épinards).
    Au four, en croûte de sel, pour peu que la dorade soit royale, c’est le festin garanti.
    - C’est la dorade qu’il faut féliciter, pas moi, dis-je à Isabelle venue s’enquérir à midi de ma réponse définitive. Elle ne boude pas son plaisir et épile son poisson avec enthousiasme. Ça m’excite beaucoup, une fille qui dévore ma tambouille… Banco ! j’accepte de l'accompagner avec ses neveux en vacances pendant une semaine - du côté de Dinard.

    À part ça, Isabelle a terminé le bouquin de Zemmour (L’Autre). Difficile, en effet, en le voyant débiter ses prêchis-prêchas à la télé en dodelinant de la tête comme un vieux varan impuissant, de soupçonner la frénésie sexuelle de Chirac. “Dix minutes douche comprise”, paraît qu’on le surnomme en coulisse. Et dire qu’on a failli élire cette couille molle de Balladur à la place ! Je ne sais pas si Isabelle aurait sa chance avec le Président. Peut-être pas assez BCBG (c’est pour la charrier que je dis ça) ?

    - Au fait, je voulais te demander, qui est… Georges Fourest ? fait Isabelle sur un ton enjôleur. Mais il faut que j'aille faire une sieste, maintenant.

  • La nausée

    Dans son uniforme vert improbable, un vendeur de la Fnac m’empêche de picorer tranquillement dans Kamikaze à force de vérifier l’alignement des bouquins sur lesquels, justement, j’ai appuyé le pavé de Nabe, difficile à feuilleter dans le vide. Il m’oblige à me décaler pour le laisser s’affairer. Je lui cède deux mètres, mais, très vite, il les regagne. Le fait-il exprès ? Dire qu’il m’agace prodigieusement, c’est peu. J’ai envie de foutre le bordel dans son rangement aussi maniaque qu’absurde. D’ouvrir la fenêtre et de balourder dans la rue son Beigbeder en promotion, sa Lolita Pille primeur, son BHL étouffe-chrétien, son Dan Frank laxatif, son Gracq périmé…

    J’ai la nausée, mais je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. Ma conscience me dit que je ne suis qu’un collabo à chaque fois que je pénètre dans ce décor minimaliste, pose le pied sur cet escalator stalinien, dépasse la cafétéria qui ressemble à une salle des profs… complice d’un système communiste, additionné d’une dose de capitalisme, le plus abject qui soit. Je me dégoûte ! C’est rare, quand même, que j'ai la nausée comme aujourd’hui, au point de battre en retraite, d’abandonner Nabe au milieu de tous ces détritus matérialistes.

    Je monte dans un bus bondé pour rentrer chez moi. Le temps aussi est maussade. Je force mon attention à se concentrer sur le profil d’une jolie vierge qui minaude à peine, coincée dans un angle contre moi. Très belle chevelure ondulée. Quand elle change de position et que sa main effleure mon bras nu, ça me fait du bien aussi. Putain, qu’est-ce qu’il fait chaud ! Je voudrais bander, mais mon envie de gerber reprend le dessus tout d’un coup. Il faut que je sorte de ce bus en vitesse ! Il est bloqué dans la circulation, merde, de l’air, j’étouffe !! Il redémarre brutalement et parvient à semer ses poursuivants. À l’arrêt je m'extrait le premier. Pfffuiouh, pas trop tôt ! Je regarde à droite, à gauche. En voilà une… Je me dirige vers elle d’un pas mal assuré. Me penche soigneusement au-dessus et commence à dégueuler, proprement, en visant. Entre deux renvois, je n’en mène pas large, mais je fais un effort pour me tenir droit. Les passants qui débouchent au coin de la rue sont un peu étonné par ma position vi-à-vis de cette poubelle de rue.

    Maintenant, je suis complètement vidé et m’allongerais volontiers sur le trottoir pour reprendre des forces, mais la place des Ternes n’est pas assez hospitalière. Pfuiitt ! Quel soulagement de ne pas avoir aspergé la fille du bus. Et tous ces passagers entassés. Quel bazard ça aurait été ! Mais de quelle pittoresque description mon respect humain et mon sang froid privent ce journal. J'imagine des cris d'effroi, des larmes, des insultes !
    Je crois que c’est surtout ce gratin de coquilles St-Jacques que j’ai mangé à midi qui m’a bouleversé, plus que mon détour par la Fnac, faut être honnête.

  • Coming out & flash back

    Question piège n° 1 - Êtes-vous raciste ? - Non merci, sans façon !… Hop, hop, hop, pas si vite ! Qu’est-ce qu’un raciste, d’abord ? Un con ! Affirmatif. C’est un des signes distinctifs. Or, un con qui déclare qu’il ne l’est pas, vous le croyez, vous ? Non, hein, vaut mieux se méfier… C’est pas si simple, donc. Ça se complique, même, car si quelqu’un avoue qu’il est un gros con, on va se méfier encore plus. Ferait pas une petite dépression, lui ?

    Question piège n° 2 : - Êtes-vous homophobe ? - Homo… quoi ? Ah, non merci, ça non plus !… Oui, mais là, c’est beaucoup plus compliqué, un vrai casse-tête. C’est quoi un homophobe ? C’est une autre espèce de con, un con qui n’aime pas les homosexuels, ce coup-ci. Et ça, c’est pas facile, de savoir si on aime ou pas les homosexuels, sexuellement je veux dire - car c’est une question éminement sexuelle, l’homosexualité.

    Comme Socrate, je vais illustrer mon propos par un exemple. J’avais 18 ans. David aussi. On avait pas mal bu. Je devrais dire : il m’avait beaucoup resservi (c’est pas trop difficile de me faire picoler). La tête me tournait un peu et je m’allongeai sur la pelouse. Jusque-là, j’ignorais qu’il en pinçait pour moi. Quand il m’embrassa sur la bouche, ce fut le déclic, je compris enfin : ce foulard Hermès qu’il nouait délicatement autour de son cou, ces eaux de toilette coûteuses dont il s’aspergeait… Mais, comme je ne fermai pas les yeux, que je ne soupirai pas d’aise, David devina ma réticence. Sans se vexer, il s’enhardit alors à m’attraper les couilles, gentiment, à travers mon jean, pour essayer de me séduire par là. Bon réflexe, je m’abstins de m’énerver bêtement, genre : “Lâche-moi la grappe, gros pédé !”. Je dis “réflexe”, mais à vrai dire j’étais médusé. Comme une fille à qui tu mets la main dans la culotte sans crier gare, alors qu’elle te trouve sympa, certes, mais qu’elle n’apprécie pas particulièrement ton physique. J’étais très gêné, surtout pour lui. Il s’acharna deux minutes sur mes parties génitales, me sussurrant à l’oreille des flatteries sur mon anatomie, puis, voyant que je ne bandais pas d’un chouïa, lâcha prise. Je refoulais peut-être mes désirs homosexuels, mais tellement bien que c’était pas la peine d’insister. Un peu plus tard dans la soirée, il a pleuré, je crois que c’était parce qu’il avait un peu honte, il voulait pas que sa mère l’apprenne, et puis il s’était mis à écluser à son tour le Bordeaux. Moi, j’étais fixé sur mon compte, je savais désormais que j’étais homophobe, confusément, parce qu’à l’époque le mot n’existait pas encore, c’était il y a un peu plus de dix ans.

  • Boycott

    Dans “Le Monde” d’hier, je lis : « Ces prêcheurs [musulmans] attisent l'idée selon laquelle ils sont "victimes de discrimination et de racisme", générant un racisme antifrançais en retour. » Et je sursaute. J’écarquille bien les yeux et je relis ces mots incongrus : “un racisme antifrançais” (!?). Ça y est, les riches aussi commencent à flipper ! Ça fait vingt ans que Le Pen use de cette expression, et, un beau matin, vous la retrouvez recyclée dans “Le Monde”, comme si de rien n’était.
    D’accord, “Le Monde” est une usine à recycler les vieux matériaux idéologiques, mais quand même, il y a certains signes qui ne trompent pas ! La banlieue déborde. Neuilly se sent menacé et appelle St-Cloud à la rescousse… À moins que notre quotidien de référence, après avoir soutenu Mitterrand, puis Balladur, puis Jospin, ne se prépare à soutenir Sarkozy. Rester du côté du manche, c’est la ligne du “Monde”.

    La ligne du “Journal de la Culture”, elle, je la pige moins bien. Mais, de toute façon, j’ai décidé de ne pas le lire. Non, je ne lirai pas la dissection du corps de Bloy par Juan Asensio (de toute façon, je l’ai déjà lue sur son blogue) ; non, je ne lirai pas le “Loft des écrivains” (déjà lu aussi) ; non, je ne lirai pas l’interview de Dan Franck (de toute façon, il n’a rien à dire ni à écrire). Pourquoi ? Parce que Juldé n’a pas été payé ! Bien sûr, il peut y avoir un certain réconfort pour lui à lire son nom dans l’ours d’une revue, mais au point où il en est, j’estime que ce n’est pas suffisant. Au noir, en liquide, au prorata des ventes ou en nature, payez Monsieur Vebret ! Pour délivrer Juldé du cancer qui le ronge, qui l’empêche de déployer ses ailes et de s’envoler enfin vers Paris et le succès : le RMI.

  • Entre Carré Otis et Raphaël Juldé

    Je crois qu’une halte au kiosque s’impose. Le kiosque à journaux, bien sûr. Entre l’“Été sexy de Carré Otis” dans “Elle” et le “Journal de la Culture” de Juldé, le choix ne va pas être facile. Eh oui, coincée entre le “Journal de La Vieille France” et “L'Officiel des Enfants”, je viens d’apercevoir la couverture caca d’oie du “JC”, dont Juldé fait la publicité sur le blogue “Palindrome”. Je préfère dire le “JC”, parce que le “Journal de la Culture”, c’est un peu pompeux comme titre.

    Comme Carré Otis a été emballée dans du cellophane, rabaissée ainsi au rang d’une simple pute (il faut payer pour pouvoir se rincer l’œil), j’opte finalement pour le “JC” de Juldé.

    Sinon, j’ai bien réfléchi, je crois que je vais accepter la proposition d’Isabelle.

  • Chirac, notre père à tous

    Je suis convoqué par Isabelle au “Guillaume Tell” à 14 heures. Elle veut me faire “une proposition originale”. Aïe, aïe, je préfère d’emblée aborder un sujet qui, je le sais, va la passionner, en espérant qu’elle oublie son mystérieux projet.

    J’ai le goût des ragots politiques. Qui couche avec qui. Et Isabelle partage mon vice. Bon, bien sûr il y a Saint-Simon, et puis Edern Hallier et ses chantages rocambolesques, mais c’est surtout Eric Zemmour, journaliste politique au Figaro, qui m’a refilé le virus. Il a écrit une bio de Chirac il y a quelques années, L’Homme qui ne s’aimait pas. Isabelle me l’a offerte en poche et, après l’avoir laissée prendre la poussière sur une étagère pendant quelques semaines, je l’ai lue d’un trait, comme on lit un bon roman de gare, sans faire attention aux fautes ni à la syntaxe.
    Chirac, c’est un peu notre père à tous, qu’on le veuille où non, qu’on l’abhorre ou qu’on l’idolâtre, comme Mitterrand avant lui. Et quel enfant ne rêve de découvrir les secrets de son père ? Surtout quand celui-ci se dissimule derrière des discours aussi lénifiants que contradictoires.

    Dans le deuxième tome de la bio de Zemmour (L’Autre), j’explique à Isabelle que Jacques Chirac a pris un pseudo. Il s’appelle François Marsac maintenant. Ça revient au même, ça lui laisse un peu plus de latitude pour sauter ses secrétaires et les engrosser, parfois. Tout comme son prédécesseur. On parle d'alternance, mais il n'y a guère que le sexe de l'enfant qui change.

    Mazarine, avant de bien la connaître, je la plaignais, je me disais que tous ces faux-semblants, ça devait être insupportable. Quand elle est enfin sortie de sa cachette et que j’ai découvert une fille à papa ordinaire, une petite fayote mal fagotée écrivant des bouquins pour les lecteurs de “L’Obs”, je dois avouer que ç’a été une déception. Mais, pour être honnête, j’ai quand même hâte de découvrir la tronche du nouveau ; imaginons qu’il épouse Mazarine, ou qu’il couche avec elle ne serait-ce qu’une seule fois, je vous raconte pas la couverture et le tirage de “Match” !

    Ma manœuvre de diversion a échoué et je n'ai pas pu empêcher Isabelle de me proposer de partir en vacances avec elle. En Bretagne ou ailleurs, peu importe, mais en emmenant avec nous ses deux neveux, Grégoire et Alix, dont son frère se débarrasserait bien pour visiter Rome peinard avec sa femme… La proposition est un peu folle, aussi ne dis-je pas non tout de suite.

  • Un monstre de deux mètres trente !

    La télévision offre rarement de purs moments de détente comme celui que j’ai vécu hier soir en regardant ce documentaire sur les parasites. Je n’ai pas zappé une seule fois. Des parasites, c’est pas ça qui manque à la télé,
    mais là, vraiment, je suis bleuffé. Par un ténia. Un monstre de deux mètres trente. Une tagliatelle géante. Un monstre qui ressemble a une tagliatelle géante, la réalité dépasse la science-fiction, non ? Même le cerveau pervers de Mœbius n’aurait pu concevoir ça. La stupidité du gusse qui ingère ce ver, à l’état de larve, pour mieux en observer les circonvolutions dans ses tripes, est monstrueuse elle aussi.

    Avec son ténia, il forme un duo de comiques inédit. Après tout ce que la science nous a fait subir, il faut bien être un sacré couillon pour lui offrir son corps. Sur la cuvette des chiottes, le mec se tord de douleur et de terreur en accouchant de son ver. L’expérience est terminée, une petite pilule a suffi pour déloger la bestiole ; de toute façon, il doit se marier le lendemain, et pas question de traîner ça à son mariage, vous comprenez…

    Une fois remis de ses émotions, le mec se sent obligé de déplier sa nouille dehors, sur le gazon, et de s’allonger à côté pour nous montrer comme elle est grande. « Putain, gueule-t-il, quel con je l’ai cassé, j’y crois pas, je l’ai cassé ! »

    Pour un bon documentaire comme ça, je donnerais tous les vieux films des frères Coen et les prochains.

    Je crois que c’était produit par la BBC, mais je n’en suis pas sûr. Ça me met en rogne de pas trouver davantage d’infos sur internet que le bête résumé du “Nouvel Obs”, et je me venge en maltraitant ma souris. Pauline me rejoint, tenant un bol de café à la main (c’est une amie qui m’a demandé de l’héberger quelques jours). Le ténia lui a fait faire des cauchemars toute la nuit, dont un où elle sentait une petite main lui fouailler le ventre ; puis cette main jaillissait de sa fente et se mettait à remuer frénétiquement, comme pour appeler au secours.

    - T'es sans doute enceinte, je lui dis.

  • La grâce de Joëlle Aubron

    Il m’arrive de feuilleter “Metro”, le quotidien gratuit. Cette gratuité, dans un monde où tout s’achète, est suspecte. Et puis c’est un canard bricolé avec des dépêches AFP, ça en dit long sur son niveau. Mais bon, le type qui le distribue à Châtelet est aimable, poli même, donc je le prends. Il faut dire que son boulot est plutôt épanouissant, offrir, faire un sourire, “Bonne journée”, dit-il même quand il a le temps. Un ami de Battisti proteste contre son extradition. Il invoque les promesses de Mitterrand, le droit international. C’est assez comique, pour un anarchiste. Mieux : c’est Saddam Hussein, le dictateur, qui récuse ses juges et refuse de signer l’acte d’accusation… Bah, de toute façon, ça fait une pub énorme à ses polars, à Battisti, cette extradition. Et puis les Italiens, on les a déjà assez fait chier comme ça, c’est pas la peine d’en rajouter. Occupons-nous plutôt de nos ouailles. Joëlle Aubron, par exemple. La grâce de Joëlle me touche. Le sang d’un marin versé dans le caniveau par une petite bourgeoise amoureuse d’un idéal… Quelle belle action directe ! Un vrai "happening", comme ils disent dans “Libé”. Indirectement, c’est parce que l'amiral Audran s’opposait à la vente d’armes aux Iraniens, mais ce non-sens n’enlève rien à l’œuvre, au contraire. Il pleut sur Paris tout à coup. Les Parisiennes vont davantage se soucier de protéger des éclaboussures leurs nouvelles fringues Naf-Naf ou Prada que de capter les regards amoureux. Ça fait mon affaire, je vais pouvoir bouquiner dans mon canapé sans remords.

  • Une promesse est une promesse

    Donc Popol, qui partage mon goût pour l’humour anglais, noir, vert, rouge, blanc, de toutes les couleurs, et en particulier pour celui d’Evelyn Waugh, me signale deux sites où je devrais faire un tour. Le premier, made in english, IS THE BEST SITE ABOUT WAUGH ! m’assure-t-il (http://www.abbotshill.freeserve.co.uk/home2.htm). Et je suis tenté de le croire : photos, bribes de bio, on peut même écouter la voix du maître, enregistrée par la BBC ! Ouauf, ouauf ! Y’a un petit extrait délicieux : comme Waugh est partisan de la peine de mort (shocking !), on lui demande à brûle-pourpoint s’il serait prêt, le cas échéant, à tenir le rôle du bourreau. Ça donne ça, grosso modo (je ne suis pas complètement "fluent") : « BBC : - Et vous-même, accepteriez-vous de tenir le rôle du bourreau (hangman) ? EW : - Vous voulez-dire, faire son travail ? BBC : - Oui. EW : - Je ne peux pas m’empêcher de penser que ce serait un peu risqué de demander ça à un romancier. BBC : - Mais, à supposer qu’on soit prêt à vous apprendre le boulot, vous accepteriez de le faire ? EW : - Voyons, mais certainement. BBC : - Vous le feriez… vraiment ? EW : - Bien sûr. BBC : - (ton solennel) Mais est-ce que vous pensez que ce travail pourrait vous plaire, Monsieur Waugh ? EW : Il y a pire. » L’autre site sur Waugh est plus modeste (http://waughbio.free.fr/), mais il est en français, et bien illustré également. Une fois mon devoir vis-à-vis de Popol accompli - une promesse est une promesse -, je suis allé m’acheter du pain au noix et des harengs à Monoprix. Et là, je tombe en plein dans une vente flash ! Le principe consiste à proposer des remises très alléchantes sur quelques rayons, mais pendant un quart d’heure seulement, voire dix minutes. Il faut impérativement faire valider l’étiquette du soutien-gorge ou de la paire de bas soldée dans le temps imparti. Après, top chrono, c’est trop tard ma petite Dame, on ne joue plus. Bien sûr, les ventes flash ont lieu à l’improviste, pour inciter le chaland à rôder régulièrement dans les allées pendant ses pauses. C’est pas que les hommes n’ont pas le droit de participer, mais aucun ne s’y risque. Moi-même, alors que je ne suis pas complètement indifférent à la lingerie féminine, je me contente d’observer, d’assez loin. D’abord je suis fasciné. Mais très vite je suis mal à l’aise. L’attrait excessif de la gent féminine pour les soldes est exploité ici sans vergogne. Les réductions vont jusqu’à -30 %, -50 % même ! Quel dilemme ! La réticence des femmes à dépenser, comme ça, sur un coup de tête, une somme d’argent, même ridicule, les fait petit à petit entrer dans une sorte de transe. Dès l’instant où le compte à rebours est lancé, au fur et à mesure que le temps s’écoule, jusqu’au coup de sifflet final. J’assiste à des scènes d’une rare brutalité. Tiens, une brune vient d’arracher au passage une nuisette à une blonde, en la bousculant, et elle s’en débarrasse maintenant dans le rayon suivant où l’a propulsée son élan, d’un geste rageur (??). Merde, c’est une collègue de travail, je ne l’avais pas reconnue tout de suite. Je m’éclipse, j’en ai assez vu et elle pourrait être gênée de me croiser dans cet état. Elle est plutôt timide en temps normal.