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  • Lâchage

    Ma "vieille" bécane est en train de me lâcher ; il s'en est fallu de peu que je lui mette un coup de boule ce matin, cette salope !

    Par "technologie de pointe", l'expression est bien choisie, on entend bien sûr le dernier gadget à la mode qu'il est moral, dans un régime comme le nôtre, de gauche ou "de droite", d'acquérir sans délai, mais surtout "de pointe" ça signifie "qui casse facilement". Une bagnole avec toute la technologie "de pointe", par exemple, sera équipée de tout un tas de gadgets électroniques, qui, au bout de six mois, seront hors d'usage. Une chaudière, il y a trente ans, était fabriquée pour en durer trente, justement ; aujourd'hui si les composants tiennent dix ans, il faut s'estimer heureux, ce qui n'empêche pas de devoir souscrire un contrat d'entretien onéreux.

    Dans le domaine de l'art, c'est la même chose, combien de temps Anselm Kiefer sera-t-il prisé par les bobos ? Deux ans, un an ? Si ça se trouve dans six mois on n'en entendra plus parler dans les gazettes bobos...

    Et Sarkozy, son ministre Fillon ? Vous les voyez fringuants, là, presque tout neufs, presque de droite, et vous les trouvez séduisants ? Profitez-en, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, ça ne durera pas ; tous les amis de Sarkozy dans les médias, et tous les liftings qu'ils lui feront subir ne suffiront pas à vous le conserver neuf très longtemps.

    La seule chose qui dure plus de trente ans aujourd'hui, ce sont les emprunts auprès des banques ou des compagnies d'assurance. Celles-là, elles ont l'apparence de la solidité.

    Les imbéciles de tout poil, évolutionnistes, démocrates-crétins, journalistes, philosophes, bobos de gauche et maintenant de droite, qui vous disent que tout ça, Sarkozy, Kiefer, et toute la camelote industrielle, c'est inéluctable et qu'il faut donc bien s'en accommoder, c'est de la propagande, ne les écoutez pas... C'est mon testament, au cas où je ne parviendrais pas à redémarrer.

  • Mœurs du Marais

    Je reviens brièvement sur ces queues de pétasses bobos dans le Marais. C'est en effet un phénomène nouveau pour moi, dont je ne soupçonnais ni l’ampleur ni la nature exacte. Si un habitant du quartier ne m’avait pas rencardé, j’aurais continué de croire qu’il s’agissait de queues devant le cabinet d'un gynécologue réputé dans tout Paris pour son habileté à ligaturer les trompes, poser des stérilets, ou enseigner l’art de simuler l’orgasme, tant il transpire de ce troupeau uniforme un sentiment d’antipathie à l’égard de tout ce qui est étranger à son mobile tenace… et non des soldes d’été de “Zadig et Voltaire” !?
    Car les transactions ont lieu dans des “show rooms” discrètes, bien gardées par des vigiles tout noir, qui regardent avec un mélange d’envie et de stupéfaction ces petites bourgeoises riches et superficielles poireauter en papotant, puis ressortir ensuite visiblement comblées, avec de grands sacs blancs bien remplis (je pensais qu’il s’agissait des glaires à porter à l'analyse).


    Erreur, donc, de croire que ce genre de gonzesses n’a ni but, ni idéal, ni religion, ni même une philosophie ; elles ont “Zadig et Voltaire” ! Qu'il pleuve des trombes d'eau, ou qu’un soleil brutal frappe leurs nuques grêles ou grasses, elles attendent leur heure avec une patience carrément angélique.
    Le pire, puisque la seule faute impardonnable c’est la faute de goût, c’est que, après avoir mené mon enquête jusqu’à son terme, j’ai constaté que ces fringues de bobo sont tout ce qu’il y a de plus uniformes, grises - ou beiges -, et banales. Il n'y a que le prix qui soit exceptionnel.

  • À vot' bon cœur !

    Ras-le-bol de devoir rembarrer, par principe, des étudiantes souriantes qui collectent des fonds pour la lutte contre le sida… Il n’y a plus une bouche de métro où je ne sois accosté par une de ces (souvent jolies) représentantes de la "charité business" façon Bernard Kouchner… Elles sont particulièrement actives dans le Marais, à croire qu'on veut jouer sur le sentiment de culpabilité des fiers pédés à drapeau qui s’enferment dans le périmètre autour du BHV, ou quelque chose comme ça.
    C’est la septième plaie du Marais, après cette Poste construite par Jean Nouvel (ou un de ses complices ?), les queues de pétasses bobos devant "Zadig et Voltaire", au point qu’on est obligé de changer de trottoir, les boutiques de camelote chinoise importée, les galeries d’art actuel qui insultent la façade de vieux hôtels de guingois, le hangar géant dédié à l’art pompidolien qui bouche la perspective, les bars gays qui déversent en plein jour dans la rue des flots de musique gay…

    Je serais curieux de savoir comment se déroule l’entraînement de ces bonimenteuses, comment on leur apprend à vendre leur "produit". Manifestement, on les incite à balancer un slogan pour stopper le client potentiel, premier assaut, du genre :
    « Est-ce que le sort des séropositifs/pandas/cancéreux/victimes des mines antipersonnel te laisse indifférent, M’sieur ? (“M’sieur” pour le respect dû au client, tutoiement pour m’exclure de la catégorie des vieux schnocks radins)
    - Vous êtes bien gentille mais c’est le cadet de mes soucis en ce moment, le sida, Mlle, vu que j’ai une grosse grippe ! »
    (Réponse-type n°1 ; ou encore, n° 2 : « Je suis très superstitieux et j’ai peur que ça me porte la poisse de donner pour le sida/les cancéreux/les pandas/les victimes des mines antipersonnel ! ». Plus un prétexte est idiot, de manière générale, plus il déstabilise une vendeuse qui n’est préparée qu’à une série d’objections-types : le coup des frais de fonctionnement de la "Croix-Rouge" ou de "Greenpeace", par exemple, on pense bien qu’elles ont été préparées à y répondre).
    Se contenter de prendre la fuite n’est pas une attitude responsable.

    *

    Quand même, j’ai beau dire, j’admire l’aplomb de ces jeunes recrues. C’est vrai, c’est déjà pas facile de faire la manche dans le métro lorsqu’on débarque de sa Bulgarie ou de sa Roumanie natale et qu’on est sans le sou, mais lorsque nécessité ne fait même pas loi, que c’est juste un job pour se payer le nouvel "i-pod" ou des vacances d’été sur la “Costa Brava”, il faut vraiment avoir une bonne dose de suggestion pour taper ainsi les gens avec autant de naturel dans la rue. Voire une bonne dose d’autosuggestion, car je me demande dans quelle mesure ces étudiantes ne sont pas persuadées qu’elles sont eux-mêmes dans la dèche, et que, par conséquent, tous les moyens sont bons pour en sortir, et que bosser pour "Greenpeace" c’est quand même plus moral que faire le trottoir sur internet.
    C’est quand même une sacrée concurrence déloyale pour les vrais nécessiteux. Ces “organismes” ont beau arguer de leur plus grande efficacité, on peut penser là encore qu’il s’agit d’un argument commercial, il suffit pour ça de se remémorer toutes les affaires de détournement de fonds passées et à venir. Ou les excédents de capitaux pour les victimes du tsounami, absurdement placés en bourse par “Médecins du monde” ou “Médecins sans frontières”.

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    Ce n’était pas le cas il y a encore quelques années, mais désormais je me laisse aborder avec le sourire par une Témoin de Jéhovah, une Adventiste de la dernière heure, voire même un Mormon, bien que l’abandon de la polygamie ait ôté à cette religion une grande partie de son charme désuet ; au moins, je me dis, ceux-là n’ont rien à me vendre, ils ne font pas partie de la gigantesque secte tentaculaire des vendeurs-consommateurs.

  • Association de bienfaiteurs

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    Sous la plume d'un certain "Coriosol" dans un numéro récent de Présent littéraire, sans doute un pseudo, cette comparaison argumentée entre trois philosophes renommés, BHL, Glucksman, Finkielkraut et les "Pieds-nickelés", les non moins fameux Croquignol, Ribouldingue et Filochard.
    Cette comparaison me convient assez. Elle a le mérite d’être plus "serrée" que ma comparaison entre BHL et Voltaire.
    Sauf l’échec récent de la campagne de Ségolène Royal, BHL a mené une brillante carrière de philosophe comme le grand petit Voltaire, une carrière qui doit beaucoup à la ruse. Héritier de la fortune de son père, bâtie dans les colonies, dans l’exploitation industrielle forestière (exploitation pour laquelle Guy Carlier a travaillé, comme comptable, d'où lui viennent sans doute ses convictions antiracistes et écologistes), BHL n’en a pas moins jugé opportun de voler au secours des opprimés et de clamer son indignation sur toutes les chaînes ("Quelle tuerie, la guerre !"). Voltaire faisait ça aussi, de voler au secours des opprimés, et son enrichissement dans la traite des nègres est connu.
    Passons sur le procédé qui consiste à se draper dans la dignité du martyre juif lorsqu'on est d’une famille de colons d’Afrique et qu’on n’a pas un seul ancêtre martyr, F. Nourrissier a déjà évoqué avec beaucoup de subtilité que Jean d'Ormesson cet aspect des choses dans une chronique du Point (ne pas croire pour autant qu’il y a des choses à lire toutes les semaines dans Le Point, surtout depuis que Patrick Besson est parti à l'assaut de l’Académie française et qu'il s'efforce donc d'être aimable - un Serbe aimable, c'est une gageure difficile !).

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    Quant à Diderot, je le comparerais plutôt à Sollers. Le goût affiché de Sollers pour la Chine, Venise, Nitche, le pape, toutes ces choses exotiques, est manifestement destiné à cacher le côté profondément franchouillard du personnage. Chez Diderot comme chez Sollers, il y a un côté "provincial monté à Paris", un peu gêné par ses racines et ses habits de plouc, mais pas trop.
    Et puis l’appétit, la gourmandise de Diderot est connue. Et Sollers ? Il n’est pas un album d’images pieuses ou érotiques qui paraisse sans qu’il souhaite en rédiger la préface. Il est capable, à lui tout seul, ou seulement avec l'aide de son harem, de rédiger un numéro entier de L'Infini, sa revue, rappelant en ça le Diderot encyclopédiste.

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    Quant à Rousseau, je ne lui ferai pas l'injure de le comparer à Finkielkraut. Certes, ils ont tous les deux en commun d’être venus de l’étranger jusqu’en France pour nous faire bénéficier de leurs lumières ; mais Genève est un État francophone, tandis que les Polonais, le plus souvent, sont inintelligibles.
    Mais Rousseau est sincèrement et profondément réactionnaire, antimondain, “boy-scout” comme a marqué le documentaliste C. Dantzig sur son étiquette, il ne se contente pas d’aspirer l’air du temps, puis de l’expirer dans un édito ou dans un “essai” ; Rousseau parvient à être original et indémodable.
    Maintenant que j’y pense, puisque Finkielkraut le cite abondamment, la comparaison entre Rousseau et Philippe Muray me paraît moins frauduleuse - je parle là uniquement au plan des idées et pas du style, car Muray aussi est sincère ; inepte comme Rousseau, mais sincère.

  • Revue de presse (IV)

    « (…) C’est là tout le cocktail de Muray, un Léon Bloy qui aurait lu Guy Debord. »
    E. Phalippou (“La Quinzaine littéraire”, 1-15 juin)
    Extrait d’une rubrique intitulée “Le coin des anarchistes”. Si écrire des articles dans Le Figaro, dans La Quinzaine littéraire, ou dans Marianne, c’est être anarchiste, si fumer dans un espace non-fumeur, c’est être anarchiste, alors Muray fut anarchiste.
    L’hypothèse de Phalippou est assez stupide car on ne voit guère ce qui aurait pu intéresser l’écrivain catholique Bloy chez Guy Debord, petit penseur confus. Muray était plutôt au contraire “comme un Debord qui aurait lu Bloy”.


    ***

    « Le Monde a-t-il encore une équipe de correcteurs ? (…) Le 5 mars, c’est Dominique Dhombres, dans sa chronique de télévision, qui reproche à juste titre à l’émission "Thalassa" de Georges Pernoud (…) d’avoir “enfilé les perles” sur les gratte-ciel de New York et Frank Sinatra au lieu de nous parler de la mer. En fait de perles, Dominique Dhombres termine son article par celle-ci : "New York, la ville debout, comme disait Malraux…"
    (“Rivarol”, 7 avril 2006)
    Ce n’est pas parce qu’il est au Panthéon qu’il faut attribuer à Malraux la fameuse page de Voyage au bout de la nuit où Bardamu découvre New York ("Pour une surprise, c’en fut une… "). Si fameuse qu’un jury aussi conformiste que celui de la rue d’Ulm l’a proposée en 2004 à l’épreuve orale d’explication de texte. »
    Bien sûr que Le Monde a une équipe de correcteurs ! Mais ils sont trop occupés à rédiger un blogue ; et puis dans un cas comme ça, est-ce qu’un petit correcteur ose corriger un grand éditorialiste ?

    ***

    « Les présidents se suivent à France Télévisions, (…) “Envoyé spécial” reste. (…) Le titre du reportage (Avorter… à quel prix ?) donne dans l’interrogation. Et on se prend à rêver. À imaginer une volte-face des habituels propagandistes de la culture de mort. On pense à un aveu tardif du drame de l’avortement. Au terrible prix à payer, psychologique et moral. Non pas ! Le prix en question est celui pratiqué par certaines cliniques de Barcelone (haut lieu de l’avortement hors délai) auprès des Françaises qu’une mauvaise application de la loi Veil condamnerait à avorter ailleurs qu’en France. Déjà, en 1974, pour faire passer la loi Veil, on invoquait le mercantilisme, les mauvaises conditions des avortements clandestins, les accidents. Maintenant que la loi existe, on en dénonce la mauvaise application. Trente-trois ans après le vote de la loi, l’information s’avérerait insuffisante, les moyens seraient réduits, les médecins réticents… toutes choses restreignant l’exercice du “droit” à l’avortement et forçant les femmes à passer les Pyrénées. (…) "Lex injusta, lex nulla" (“Loi injuste, loi nulle”), dit l’adage latin. »
    B. de Givry (“Famille chrétienne”, 9-15 juin)
    Les vieux adages de droit romain impressionnent toujours le lecteur, mais il ne faut pas oublier que le pire revêt souvent l’apparence du droit dans nos sociétés modernes, justement, et que les barbares savent très bien manier les sophismes juridiques eux aussi.
    N'empêche, sans cet article signé B. de Givry dans "Famille chrétienne", j'aurais pu croire que j'avais Télérama ou La Vie entre les mains.