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  • Où sont les hommes ?

    Je veux pour preuve de la féminisation de l’Église cette jeune femme brune qui s’agenouille un rang devant moi à la messe, avec son mari. Elle porte une jupe de tulle blanc si légère qu’elle laisse apparaître un string surligneur et le reste. Comme si de rien n’était, comme si je n’étais pas là, à quelques centimètres derrière, à essayer de me recueillir, de chasser mes pensées profanes, dans une église et non dans un boxon !

    Nulle intention de provoquer de la part de cette gonzesse ; c'est ça qui est significatif ; le couple montre en effet tout les signes extérieurs de piété, ce ne sont pas des touristes.

    Avec un peu de recul, le mari aurait dû dissuader sa femme de pénétrer dans cette tenue, voire de circuler dans un tel accoutrement sur la voie publique.
    “Aux purs tout est pur” ; à la limite, je suis assez bien placé pour comprendre ce qui a pu passer par la tête de cette paroissienne qui s'est sapée comme une pute pour se rendre à l'office. Son buste, ses hanches, ses jambes sont bien dessinés ; son corps a toute la fermeté, la santé que requiert la beauté, tandis qu’elle a un visage assez ingrat, les joues creuses, les yeux ternes. Il a dû lui paraître inconséquent de cacher ce qu’elle avait de plus beau…
    Mais, manifestement, elle ignore tout de la façon dont sont faits les hommes et les caractéristiques de leur instinct - malgré son mari (Il faut dire que celui-ci a un peu un physique de démocrate-chrétien à la François Mauriac.)

    L’Église ne devrait pas laisser les paroissiennes faire la loi. Ici l’adultère est encouragé dans les murs mêmes de l’Église. Il faut retrouver le bon sens perdu au profit de discours fuligineux. Les hommes ne sont pas faits pour être des chevaliers servants.

  • Romantisme et romantisme

    J’avais promis à ma lectrice d’hier une ou deux pistes de réflexion, idées de lecture…
    Le discours que l’Église tient aux jeunes couples est teinté de romantisme, un romantisme qu’il est intéressant, je trouve, de confronter à celui de Baudelaire.
    Comme tu sais, M., Baudelaire est le fils d’un prêtre défroqué en raison de circonstances politiques ; il ne s’est jamais marié lui-même et s'amouracha d’une putain. Sa mère s’est remariée après le décès de son paternel avec un officier supérieur - il a de ce fait une idée du fonctionnement du "mariage bourgeois".
    Son point de vue est particulier, mais il n’est ni truqué ni superficiel. Autant dire qu’entre l’amour selon Baudelaire et l’amour selon une journaliste de “Madame Figaro” ou de “Elle”, par exemple, il y a comme un gouffre, un gouffre de spiritualité.
    (D’ailleurs le vigoureux militant catholique Louis Veuillot ne s’y trompa pas : comme il avait reconnu la spiritualité profonde de Baudelaire, il ne manqua pas de se rendre à ses obsèques, au grand dam des amis “ésotériques” du poète incompris, et, sans doute, de quelques catholiques bourgeois déjà soucieux, à l’époque, de lécher le fondement du Capital.)

    Un regard différent sur l’amour :
    - « L’amour, c’est le goût de la prostitution. Il n’est même pas de plaisir noble qui ne puisse être ramené à la prostitution. » (Bruckner et Finkielkraut n’ont rien inventé, ils ont tout pillé, taillé Baudelaire à leurs mesures de bourgeois socialistes fadasses.)
    (…)
    - Anecdote du chasseur, relative à la liaison intime de la férocité et de l’amour.
    (…)
    - « Je crois que j’ai déjà écrit dans mes notes que l’amour ressemblait fort à une torture ou à une opération chirurgicale. Mais cette idée peut-être développée de la manière la plus amère. Quand même les deux amants seraient très épris et très pleins de désirs réciproques, l’un des deux sera toujours plus calme ou moins possédé que l’autre. Celui-là, ou celle-là, c’est l’opérateur, ou le bourreau ; l’autre, c’est le sujet, la victime.
    Entendez-vous ces soupirs, préludes d’une tragédie de déshonneur, ces gémissements, ces cris, ces râles ? Qui ne les a proférés, qui ne les a irrésistiblement extorqués ? Et que trouvez-vous de pire dans la question appliquée par de soigneux tortionnaires ? Ces yeux de somnanbule révulsés, ces membres dont les muscles jaillissent et se roidissent comme sous l’action d’une pile galvanique, l’ivresse, le délire, l’opium, dans leurs plus furieux résultats, ne vous en donneront certes pas d’aussi affreux, d’aussi curieux exemples. Et le visage humain, qu’Ovide croyait façonné pour refléter les astres, le voilà qui ne parle plus qu’une expression de férocité folle, ou qui se détend dans une espèce de mort.
    Car, certes, je croirais faire un sacrilège en appliquant le mot : extase à cette sorte de décomposition.
    - Épouvantable jeu où il faut que l’un des joueurs perde le gouvernement de soi-même !
    Une fois il fut demandé devant moi en quoi consistait le plus grand plaisir de l’amour. Quelqu’un répondit naturellement : à recevoir, et l’autre : à se donner. - Celui-ci dit : plaisir d’orgueil ! - et celui-là : volupté d’humilité ! Tous ces orduriers parlaient comme l’Imitation de Jésus-Christ. - Enfin il se trouva un impudent utopiste qui affirma que le plus grand plaisir de l’amour était de former des citoyens pour la patrie.

    Moi, je dis : la volupté unique et suprême de l’amour gît dans la certitude de faire le mal. - Et l’homme et la femme savent de naissance que dans le mal se trouve toute volupté. »

    ("Fusées")

    Décidément, Baudelaire est un antidote aux discours démocratiques.

  • Une lectrice m'écrit

    « Cher Lapinos,
    Décidée à me marier pour fonder une famille le mois prochain, j’ai dû passer par une préparation obligatoire au mariage dans ma paroisse (Paris Xe). Pour te résumer, c’est un peu comme les séances du code de la route avant la conduite, avec un moniteur et des postulants qui posent des questions plus tartes les unes que les autres.
    (…) On m’a recommandé une méthode de régulation des naissances imitée de la reproduction des porcs modernes, que je connais bien puisque je suis originaire d’Ille-et-Vilaine où mes parents ont des fermes. Quelques postulantes ont cru bon d’approuver de la tête ce système. De quoi elles se mêlent, ces pucelles ?
    (…) Et puis pour pallier aux difficultés de la vie conjugale, on nous a recommandés “la communication dans le couple”. J’ai levé le doigt et j’ai dit :
    « D’accord quand tout va bien, mais comment faire pour communiquer calmement quand mon mari me trompera avec la voisine ? » Réponse du curé :
    « Mieux communiquer en temps ordinaire permet de mieux communiquer en temps de crise ! »
    Mouais. Comme je ne voulais pas être recalée, je me suis gardée d’insister. Mais j’aimerais savoir ce que tu penses de tout ça, car je sais que ces questions te passionnent et que tu as beaucoup réfléchi sur ce sujet.
    (…) Pendant que le curé causait, les séances étaient assez longues, il y avait un type, un des fiancés, qui faisait la sieste en douce, ça m’a paru le plus viril de la bande (hélas ce n’était pas le mien).
    Au fait, tu es invité à mon mariage si tu veux le 17 oct. à Saint-Lunaire - RSTP avant le 30 sept.

    M. de L. »


    Amusante lettre, qui soulève néanmoins un problème de société prégnant.
    D’abord M., je te fais remarquer que le verbe “pallier” est transitif direct : d’accord pour brocarder les prêtres conciliaires, mais à condition de ne pas causer comme eux !

    Le ton de ta lettre m’étonne, vu que les femmes ont pour habitude de se pâmer devant les hommes d’Église, quoi qu’ils disent. Je connais des curés qui se vantent d’avoir le dimanche un auditoire attentif à leurs sermons, des ouailles qui boivent leurs paroles. D’après moi, ils pourraient lire le bottin, ça serait la même chose. Combien d’hommes dans l’assemblée écoutent vraiment ?
    La femme est subjuguée par l’abbé qui lui parle comme un confident et non comme un maître ; pour peu que celui-ci ait un beau faciès, soit bien “gaulé”, elles ne se sentent plus d’aise.

    Ensuite, tu vas devoir te contenter de quelques remarques et de quelques pistes. Le mieux en ce qui concerne les prêtres conciliaires est d’attendre leur disparition. Bientôt on ne les distinguera plus de la foule et même les femmes se détourneront d’eux.

    La méthode de limitation des naissances suggérée par les prêtres conciliaires est moins radicale que les “pesticides” ; de ce fait on peut l’estimer préférable à la morale sexuelle en vigueur en Chine ou même dans les pays capitalistes, qui tend à réduire au minimum le nombre d’enfants sous divers prétextes philosophiques et existentialistes.
    Ce qui paraît malsain en revanche de la part du clergé conciliaire, c’est de faire passer une concession, une demi-mesure pour la panacée, en utilisant un vocabulaire flatteur vaguement écologiste, en qualifiant cette régulation de “naturelle” et autres bobards.
    On fabrique ainsi des principes douteux. L’Église d’aujourd’hui reproche à l’Église d’antan de s’être écartée des Évangiles, mais n'en passe pas moins le plus clair de son temps à bâtir des châteaux en Espagne.
    Comment le clergé conciliaire peut-il expliquer ensuite aux homosexuels que le mariage “rien que pour l’amour”, ça n’a aucun sens social, s’il tient lui-même des discours détachés de la réalité et se paye de mots qui ne veulent rien dire ? On ne bâtit pas sur du sable.

    *

    En ce qui concerne la “communication dans le couple”, dont Biba ou Marie-Claire font aussi grand cas, c’est une autre concession de l’Église à l’esprit du temps. La mièvrerie de ce genre de slogan ne résiste pas de toutes façons à la réalité.
    Quelles concessions l’Église réclame-t-elle à la société en contrepartie des siennes ? Le droit des prêtres à passer à la télé, eux aussi ?
    Au passage, cette exaltation de la vie de couple de la part du clergé, alors que les séminaires sont vides, est une aberration.
    Quand on sait que Kant est au programme dans certains de ces séminaires, il ne faut pas s’étonner que l’injustifiable soit justifié, avec aplomb de surcroît.

    *

    Je relève enfin que tu sembles inquiète, M., à l’idée que ton fiancé, une fois marié, puisse “aller voir" la voisine. Pour ménager la partie féminine de son auditoire, probablement le curé qui t’as instruite n’a-t'il pas osé rappeler que saint Augustin souligne et loue l’indulgence de sa mère, sainte Monique, vis-à-vis des foucades de son mari.
    On peut raisonnablement penser que si Monique avait attendu son mari derrière la porte avec un rouleau à pâtisserie pour se venger, elle n’aurait jamais été canonisée.
    Rien ne vaut les exemples concrets comme ça, pensaient les catholiques avant le Concile. Prends-en de la graine, M. !

    P.S. : Je te remercie pour ton aimable invitation, mais c’est plus fort que moi, les mariages me flanquent systématiquement le bourdon. Je ne les supporte que dans la peinture de Breughel. D’ailleurs on imagine mal un mariage gay peint par Breughel. Même dans le grotesque, il faut de la mesure !