Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Prescience de Drieu

    Et la prescience de Drieu, n’est-elle pas étonnante ? Car il est isolé ou presque dans son “living room” mais avec quelques années d’avance prévoit la tournure que vont prendre les événements. Il y a sans doute des cartes d’état-major étalées chez lui, il connaît le nombre de divisions allemandes, britanniques, françaises, par cœur, il a beaucoup moins de préjugés que ses contemporains, et cela suffit.

    Comparons avec les politiciens actuels, incapables, avec leurs bataillons de soi-disant experts en économie et tous leurs logiciels, de prévoir ne serait-ce que six mois à l’avance une crise économique ! Tous les Attali, Cohen, Boissonnat, quelle bande de radoteurs inutiles ! Ils justifient après coup tout ce qu’on veut, ça, pour ça on peut compter sur eux. Attali publie un bouquin où il annonce la multiplication des i-pods, et tous les crétins qui sortent de Sup. de co. se ruent pour l’acheter.

    Le diagnostic de Drieu sur les campagnes d’Hitler : six mois de retard par année. Évidemment c’est le jugement d’un homme de méditation sur un homme d’action, mais il n’a pas tort, Hitler fond sur sa proie, puis il ne sait trop qu’en faire ensuite, il paraît tergiverser.

    *

    Ce goût pour la conjecture politique, dont Drieu affirme qu’il se passerait bien pour se consacrer entièrement à l'histoire des religions, est plus fort que lui. Conséquence directe, l’avortement est un sujet qui l’obsède. Il a déjà écrit une nouvelle qui tourne autour et a le projet d’écrire tout un roman dessus.
    La réaction des démocrates-chrétiens, qui sont en quelque sorte les “derviches tourneurs” du catholicisme, face à l’avortement, est beaucoup plus “calme”. “L’avortement ? Ah, oui, c’est embêtant, mais tant que le business va, tout va”, voilà à peu près le ton et l’esprit d’un évêque français moyen, pas très éloigné de celui de Fillon ou Sarkozy.
    Lorsqu’on se souvient de l’inaptitude de Mgr Lustiger au calcul politique, à miser sur Balladur plutôt que sur Chirac (Parce que celui-ci avait intercédé en faveur de Mgr Lefebvre ?), on se dit que les évêques feraient mieux de s’en tenir aux principes, ce pourquoi ils sont payés, au moins en partie.

  • Déclin et suicide

    Fin du "Journal" de Drieu. Ça se lit comme un roman existentialiste. Le meilleur jamais lu à ce jour en ce qui me concerne. Gilles, il y a une dizaine d’années, m’avait rasé. Moins de néant que chez Sartre, mais plus de suicide.

    Il y a des passages comiques, comme chez Rousseau. Ils tiennent au masochisme de Drieu, flagrant, et qu’il reconnaît lui-même : il parle de rêves érotiques où des femmes se tripotent entre elles ; d'après lui, ce genre de rêve est une preuve de masochisme. Tiens donc ?
    Plus nettement maso lorsqu'il se définit sévèrement comme le chantre de la force virile… en pantoufles. Certes, Drieu n’est pas un guerrier et passe le plus clair de son temps vautré dans son canapé, à lire et à méditer sur les religions, mais il a quand même fait la guerre de 14-18 vingt ans plus tôt, subi de terribles assauts aussi bravement que possible. Un autre que lui aurait pu bâtir toute une épopée à sa gloire à partir de ces quelques faits d’arme et tirer la couverture à lui. Céline, qui n’est pas aussi masochiste ne se prive pas de rappeler sa médaille et ses cicatrices d'ancien combattant pour mieux faire ressortir la lâcheté de ses détracteurs.
    Qu’on songe à BHL aujourd’hui : un petit tour dans une tranchée de Sarajevo, quelques caméras attestant sa présence là-bas ont suffi à ce paltoquet chafouin dépourvu de style et d’ambition pour se confectionner un cévé d’intellectuel résistant héritier de Malraux…

    *

    Autre épisode comique : lors d’un dîner avant guerre, l’écrivain Bernstein raille le titre du dernier roman de Drieu, L’Homme couvert de femmes. Dans son for, Drieu approuve Bernstein et reste pantois, rougissant même, honteux de ne pas trouver une répartie.
    Peu avant la déroute complète de l’armée française, Drieu croise cette fois Bernstein fortuitement dans le jardin des Tuileries. Il prend pour de l’ironie un « Courage ! » que lui lance l’autre et se rue dessus, furibard, lui flanque quelques coups de poings ; Bernstein gueule alors : « Frapper un vieillard de soixante-quatre ans ! », se défend en donnant quelques coups de pied ; et Drieu : « Rien de plus lâche que les coups de pied ! »… On imagine la scène.
    Aujourd’hui les nouveaux Bernstein ne courent plus le risque de croiser des écrivains incorrects. Le dernier pugilat que j’ai en mémoire était entre W. Volkoff et trois petites frappes sans honneur, dont Karl Zéro, sur un plateau de télé... mais c’était un traquenard. Depuis, tous ceux qui admiraient Volkoff, au moins pour son franc-parler, rêvent de croiser cet immonde Zéro dans Paris pour venger Volkoff… à la régulière.

    *

    J’éprouve comme un sentiment de fraternité pour Drieu. Ça tient surtout au fait que je suis, comme lui, un Français de souche. « J’ai reporté sur la France la défaillance de l’être en moi. Mais si je suis ainsi, la France doit être ainsi puisque je porte la France dans mes veines et que leur pulsation dit prophétiquement la santé de la France. » Paradoxalement, ça fait de nous des européistes acharnés ; le simulacre de France, désormais, toutes ces cérémonies laïques d’embaumement, puent le formol ; l’Académie française aussi pue le formol, il n'y a plus aucune sève ni aucune verdeur là-dedans.
    Le nationalisme est une idéologie de métèques pour qui la France est synonyme de IIIe République. Ça vaut aussi pour le métèque breton Le Pen. Drieu est plus charnel.

  • De Blum à Kouchner

    L’hécatombe de civils en Irak est une leçon d’histoire et de morale pour les Français et les Algériens.
    Si les Algériens pendant leur guerre de “libération” n’ont pas eu à subir très longtemps le terrorisme, c’est que l’armée française, en usant de la torture, a anéanti rapidement l’armée secrète terroriste algérienne, ce que les démocrates yankis sont incapables de faire avec les résistants irakiens.
    (La défaite française, ensuite, fut de la responsabilité des hommes politiques. Jacques Chirac aurait-il mieux résisté aux pressions internationales que De Gaulle dans les mêmes circonstances ? Ce n’est pas impossible.)

    Et Bernard Kouchner voudrait nous faire admirer le néo-colonialisme ! À jouer les matamores contre l’Iran il nous rappelle Léon Blum, les “lettres” en moins. Drieu La Rochelle est encore vif :
    « Ce qui était le plus loin de toute connaissance politique sérieuse, de toute science de l’homme dans l’action (…) appelèrent aux armes et au suprême dévouement. Les enjuponnés de la synagogue et de la loge, les braillards de congrès et de parlement poussèrent au combat ceux qu’ils avaient minutieusement désarmés depuis cinquante ans par les soins de leurs instituteurs et de leurs sorbonnards, de leurs journalistes et de leurs romanciers. » (“Journal 1939-45”)

    *

    Le point de vue yanki est compréhensible ; l’Iran ne fait peser aucune menace particulière, mais lorsque tous les états possèderont la bombe, toutes ces bombes s’annuleront, et on peut penser que la dissuasion nucléaire aura vécu.
    Il est logique que les États-Unis s’accrochent à cette dissuasion nucléaire, d’autant plus que la guerre d’Irak, déclenchée par les médias plus que par l’administration Bush, a révélé au monde entier la faiblesse de l’armée yankie, connue des seuls historiens jusque-là. Elle la leur a révélée à eux-mêmes, beaucoup plus que le 11 Septembre, qui n'est qu'un accident.

    Même si les yankis baignent dans l’idéologie libérale la plus stupide, il leur reste assez d’instinct pour se douter que leur puissance économique dépend largement de leur pouvoir politique, donc du pouvoir d’intimidation de la bombe.
    Dans la partie de poker-menteur qu’ils jouent avec l’Iran, les États-Unis peuvent compter sur un atout : ils ont fait preuve précédemment en Irak d’une stupidité politique propre à inquiéter les Iraniens.
    Si les anciennes croisades étaient pour libérer le tombeau du Christ, la “nouvelle” est plus sûrement pour protéger la valeur boursière de Microsoft & Cie.

  • Revue de presse (XVI)

    Ce n’est certes pas un hasard si le talent de Michel-Ange s’épanouit dans la Florence des Médicis et dans la Rome d’Alexandre Borgia et de Jules II.
    Un dessinateur de Charlie Hebdo, je ne sais plus lequel, mais un peu moins benêt que son rédacteur en chef P. Val, à qui on demande quel personnage, selon lui, incarne le mieux le XXe siècle, cite Courtial des Pereire, l'ingénieur charlatanesque de Mort à Crédit, à l'affût du moindre gadget.
    Le Pr Etienne Baulieu, c'est pour moi une sorte de Courtial des Pereire, en plus dangereux. On imagine mal un tel "talent" s'épanouir en dehors du régime démocratique et capitaliste. Interviou dans L’Express (6/9/2007).


    « (…) J’ai crée une fondation Vivre longtemps (…). Parvenir et, dans un premier temps, retarder ne serait-ce que d’un an - un minimum - la survenue de la dépendance pour 10% des personnes victimes de la maladie d’Alzheimer représenterait pour la collectivité une économie de 1 milliard d’euros. »
    Au contraire l’allongement de la durée de la vie, auquel le Pr Baulieu prétend contribuer, fait peser sur la collectivité une charge économique de plus en plus lourde. Le capitalisme, avec ses fonds de pension, est décidément un système politique de vieillards cyniques qui ne reculent devant aucune contrevérité. Ce système devrait mourir avec eux dans un état de sénilité avancée.

    « (…) les sommes nécessaires aux recherches auxquelles la fondation veut s’atteler immédiatement - de l’ordre de 4 millions d’euros - sont une goutte d’eau, à la portée, j’espère, de quelques mécènes (…) »
    Les pauvres, quand ils font la manche, réclament deux euros, voire dix maximum ; les bourgeois capitalistes, eux, carrément 4 millions d’un coup !

    « (…) Et, à propos de la DHEA, même si elle n’est pas encore reconnue pour toutes ses fonctions, nous savons qu’elle peut sauver de graves maladies. »
    La DHEA, c’est l’élixir de jouvence du Dr Baulieu. De la charlatanerie pure. Mais L’Express se sent néanmoins obligé de s’incliner devant ça, de soutenir le Pr Baulieu dans sa recherche… de fonds privés ou publics.
    Pour simplifier, partant de l’observation que les taux d’hormones diminuent chez l’homme et la femme lorsqu’ils vieillissent, le Pr Baulieu a imaginé d’en injecter artificiellement pour empêcher le vieillissement. Grâce à la propagande des magazines féminins, notamment, les femmes après la ménopause ont été convaincues du bénéfice de ces traitements hormonaux. Pour le moment, ces traitements comme la contraception hormonale sont surtout fortement suspectés de provoquer des cancers. Ce qui explique la méfiance d’une partie de la communauté scientifique.
    Le Pr Baulieu est une des vedettes de la recherche médicale capitaliste dont la caractéristique est de n’avoir rien inventé depuis cinquante ans en dehors de produits dopants qui font la fortune des laboratoires yankis et de leurs petits frères européens, pilules que les vieillards yankis consomment comme des friandises.
    Le Pr Baulieu est aussi le “père” de la pilule abortive RU486 et il se vante de cette horrible “paternité”. L’enfant représente pour la société à la fois la vie et la mort. C’est comme si ce faux savant encensé par L’Express voulait abolir simultanément la vie et la mort. Ça donne froid dans le dos.


    « (…) c’est en France que j’ai entendu les choses les plus étonnantes, dans la bouche du Pr Lejeune : il m’a dit un jour, à la télévision, que j’avais fait plus de morts que Hitler et Staline réunis ! »
    Le point d’exclamation s’impose, en effet.
    Une autre chose étonnante, et significative, vu que les libéraux ne cessent d’invoquer la liberté, la loi de l’offre et de la demande, pour justifier leur système odieux : le Pr Baulieu était à la fois employé par des laboratoires pharmaceutiques et lié de très près au Planning familial, c’est-à-dire dans la position de faire prescrire par un service public ses propres pilules chimiques… au nom de la liberté de la femme, ça va de soi.
    Pour démontrer les bénéfices des pilules comme pour démontrer leur innocuité, qu’elles ne sont pas la cause d’une augmentation des cancers du sein, par exemple, il y a une science que la médecine contemporaine au service des laboratoires maîtrise très bien, c’est celle des statistiques, auxquelles il est possible de faire dire à peu près tout et n’importe quoi.


    « (…) Même Darwin, qui a écrit à peu près sur tout, ne s’est jamais attaqué au vieillissement. »
    Ça, c’est pour la psychologie du personnage. La référence à Darwin comme le “savant des savants”, forcément, puisque l’évolutionnisme fait partie de l’attirail idéologique capitaliste.
    Le Pr Baulieu ne craint pas de se positionner au-dessus de Darwin. Lorsqu’on a mené une aussi brillante carrière sur le bluff, pourquoi ne pas continuer jusqu'au bout ?

    La suite se passe de commentaires ou presque.

    « Quel est votre héros ? Louis Pasteur, pionnier de la microbiologie ?
    - Plutôt Alexandre le Grand ou Napoléon. Ou Shakespeare, que j’idolâtre… Ou Valéry, le poète qui pense [sic]. J’aime les artistes.
    - Vous auriez voulu en être un ?
    - Pour être un artiste célèbre, il faut du talent, mais aussi être malin, savoir faire son marketing [sans le marketing, Shakespeare ne serait rien, c’est évident]
    - Beaucoup de grands artistes sont de vos amis : Jasper Johns, Frank Stella… Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle vous avaient d’ailleurs rendu hommage en mettant la molécule du RU486 dans le Cyclop, la sculpture monumentale érigée dans la forêt de Fontainebleau.
    - Cela m’a touché… Je leur racontais des histoires scientifiques, cela les amusait. Andy Warhol m’avait demandé des clichés de cellules pour son travail. Un des souvenirs de Jean Tinguely que je préfère, c’est une petite feuille de papier que j’ai fait encadrer et que je garde dans mon bureau. Dessus, il avait écrit : « Etienne, t’es un artiste. »
    Un gâteux contre le gâtisme.

  • Cochons et truismes

    Tandis que je prépare ma colle de lapin au bain-marie, j'écoute "Europe 1". Encore une interviou de Finkielkraut. Je fais un effort pour comprendre ce qu'il dit, non pas tant le contenu mais la façon louvoyante dont il s'exprime. Typique.

    Effort pour démontrer que "Non, il n'est pas si souvent que ça dans les médias", évidemment, puisque toute la clef du personnage est là. « Je ne suis pas le Drucker de la philosophie », dit-il, apparemment content de sa sortie préparée à l'avance, alors que ce n'est pas très malin de souligner ce que tout le monde a en tête en l'écoutant, dans une formule concise. Ou : "de la philosophie de gare TGV".

    "Il n'y a pas une once de racisme en moi". Pardon, mais le racisme est défini aujourd'hui comme un préjugé, le pire des préjugés ; et qui est prêt à admettre à la radio qu'il a des préjugés ? C'est vraiment le niveau zéro de la philosophie, ça.

    *

    Je songe à ce que ça serait si, en lieu et place de Finkielkraut ou de ses comparses, il y avait dans le poste quelqu'un qui dit des choses précises sur un sujet précis, un historien, un scientifique, un prêtre, ou même, je ne sais pas, moi, un entomologiste, un jardinier… Ça arrive parfois, mais de plus en plus rarement : la psychanalyse, la philosophie et l'ésotérisme occupent presque tous les programmes.

    La "culture", Finkielkraut n'a que ce mot à la bouche, et il incarne assez bien, de fait, la culture démocratique qui a remplacé la science et les arts. On comprend en écoutant Finkielkraut tout ce que la culture a de superficiel, détachée de l'effort et de la discipline. "Ni Dieu ni maître", c'est la devise des libéraux.
    Ce qui prouve que les Français sont cultivés, c'est qu'ils vont souvent dans les musées nous dit-on.

    Évidemment quand Finkielkraut réaffirme qu'il n'est pas "réactionnaire", il a raison. Il faut être journaliste à "Libé" pour être payé pour proférer de telles énormités. La nostalgie de l'orthographe, de la culture, tout ça évoque plutôt la République laïque de naguère, Chevènement ou Mendès-France. La République laïque : tout ce que Baudelaire, de Maistre, Bloy, Barbey, Veuillot, détestent.
    Finkielkraut n'est pas le seul, il est juste un des plus caractéristiques. Il y a Brighelli aussi, ce prof qui occupe le créneau de fustiger la décadence de l'Éducation nationale, au nom de la laïcité, après avoir collaboré lui-même à des manuels scolaires néfastes parce qu'inutilisables, foutraques.

    Ces gens-là ont des trous de mémoire énormes. Ils oublient les pressions des laïcards pour évincer le latin, sous prétexte que c'était la langue des curés, le latin qui apprend l'effort et permet la sélection, comme les maths si on veut, mais qui a la différence des maths n'est pas absurde. Ces laïcards ont fait ainsi le lit du capitalisme, qui réclame des informaticiens, des ingénieurs, des polytechniciens, et non des savants.
    Le devoir de mémoire et autres pitreries parascolaires conduisent tout droit à l'amnésie.