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  • L'imposture Jancovici

    L'imposture Jancovici mérite d'être disséquée car elle est typiquement technocratique. Tous les penseurs humanistes du XXe siècle ont mis en évidence que l'Etat totalitaire est fondamentalement technocratique. A. Huxley et G. Orwell vont un peu plus loin en montrant que la technocratie nazie, libérale ou soviétique, renonce à la science pour se contenter d'exploiter les données des découvertes empiriques à des fins technologiques. J'ajoute que c'est dans ce contexte technocratique que la mécanique est devenue une "science fondamentale", quand bien même elle n'est qu'un langage commun aux ingénieurs.

    On peut décrire J.-M. Jancovici comme un écologiste, un adepte de la décroissance compatible avec les centrales nucléaires. Celui-ci a transformé les centrales nucléaires en argument écologique. Cette apologie du nucléaire est-elle vraiment une coïncidence, au moment où les dirigeants européens, privés de gaz russe bon marché par la CiA, entendent relancer l'industrie de l'armement avec de l'électricité produite par des centrales françaises ? Le revirement soudain des dirigeants français et allemands sur la question du nucléaire n'a sans doute pas grand-chose à voir avec l'écologie et l'exigence de la "décarbonation".

    Cet ingénieur de formation explique que la manne pétrolière a fait oublier la notion de limitation des ressources naturelles. En réalité l'esclavage capitaliste sournois fait perdre la notion de limite des ressources humaines. La manne pétrolière n'a fait que doper la mondialisation, qui débuta il y a deux siècles et demi sur les bases d'une exploitation sans limite. Une manifestation de l'hubris capitaliste est précisément le statut de "science dure" accordé aux mathématiques dans les régimes totalitaires.

    Le développement technocratique de l'ingénierie nucléaire n'a pas moins contribué que la manne pétrolière à abolir les limites dans lesquelles l'économie ou la physique empirique et expérimentale sont logiquement enfermées.

    En admettant que la technologie nucléaire soit relativement sûre et efficace, comme le prétend J.-M. Jancovici, elle représente depuis le projet Manhattan une menace terroriste constante pour l'humanité.

    En réalité J.-M. Jancovici est le même genre d'idiot utile que les écologistes antinucléaire avant lui, manipulés tout au long de la Guerre froide par le bloc russe et le bloc OTAN.

    Jancovici a conscience que l'économie capitaliste repose sur le taux de croissance, y compris sur le plan de son organisation politique (plus la croissance est forte, plus l'Occident totalitaire ressemble à la description d'Huxley, plus la croissance est faible, plus il ressemble à la description d'Orwell), et il a conscience que la croissance implique le gaspillage des ressources. Les propositions économiques de Jancovici consistent donc à réduire le gaspillage d'un système fondé sur le gaspillage. Le préjugé technocratique de J.-M. Jancovici l'empêche de voir que la technocratie elle-même est l'une des plus grandes sources de gaspillage. La technocratie ne repose pas sur des principes rationnels, mais comme le montre Orwell sur le principe du "pouvoir pour le pouvoir". Autrement dit le pouvoir technocratique n'a pas d'autre but, fondamentalement, que de se maintenir en place.

    Concluons sur un aspect sincère du personnage : son athéisme. L'avènement de la technocratie en Occident à la faveur des guerres mondiales est celle de l'Etat tout-puissant, baptisé par les technocrates qui lui rendent un culte "Etat de droit". L'Etat-providence est une manifestation de ce que Lénine appelait la "métaphysique bourgeoise" (l'économie capitaliste est la part "providentielle" de l'Etat moderne totalitaire). Jancovici n'est pas athée au sens strict : il croit dans l'Etat tout-puissant et sa capacité de renaître comme un (super)phénix.

    Disons pourquoi le clergé catholique est aussi tolérant vis-à-vis de la formule totalitaire (bénédiction du projet d'UE par le pape Ratzinger) : le clergé catholique est, en fait, platonicien.

    Orwell est athée aussi mais marxiste, c'est-à-dire conscient des conséquences délétères de l'économie capitaliste sur la vérité scientifique "objective".