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croisades

  • Mise au point sur le satanisme

    Les accusations de "satanisme" sont de plus en plus fréquentes sur les réseaux sociaux américains. Les électeurs MAGA de Donald Trump ont remis ce type d'invective à la mode, en particulier la frange issue des nombreuses sectes évangélistes que comptent les Etats-Unis, fédérées par les slogans de D. Trump sur la famille (contre l'avortement) et la moraline d'Etat LGBT.

    L'idéologie libérale est d'ailleurs une idéologie chrétienne depuis le début. Les formules libérales athées ne sont apparues que tardivement, au stade technocratique, notamment dans le monde de la haute finance états-unienne (Ayn Rand).

    Le satanisme est précisément défini par les évangiles et les prophéties chrétiennes comme une attaque contre la Foi chrétienne au nom de la Foi chrétienne. Le satanisme n'est pas incarné dans les Evangiles par Judas (Judas ne prêche pas), mais par les pharisiens, et Pierre à deux reprises, qui interprète de travers la parole de Dieu. Les apôtres ne sont vraiment des apôtres qu'après la Pentecôte.

    On peut aussi citer le cas du faux prêtre satanique Simon "le Magicien", dans lequel certains ont vu le pionnier de la "gnose chrétienne", qui est une sorte d'hybridation du message évangélique avec certaines philosophies religieuses animistes.

    Les prêtres musulmans ne sont pas "sataniques", dans la mesure ils ne prêchent et n'enseignent pas selon Jésus-Christ mais selon Mahomet. Les attaques et diffamations auxquelles ils se livrent contre l'apôtre des Gentils ne les rend pas "sataniques" non plus. L'athéisme néopaïen du philosophe allemand F. Nietzsche n'est pas non plus un "satanisme" : c'est, comme il le dit lui-même, un antichristianisme (doublé d'un antijudaïsme).

    L'évêque de Rome Léon XIV a tancé dans un sermon récent "les chrétiens qui osent mettre la Foi chrétienne au service de la guerre", mais n'a pas parlé de "satanisme", ni excommunié les nombreux catholiques en Europe occidentale qui approuvent la guerre de D. Trump, que le pape visait sans le nommer. Beaucoup d'évangélistes états-uniens considèrent le métier des armes comme "satanique" en raison des paroles du Christ enjoignant les chrétiens d'être des "artisans de paix". Mais ils peuvent être accusés d'hypocrisie dans la mesure où ils bénéficient de la protection de la force publique laïque.

    Le satanisme est caractérisé dans les croisades par le motif guerrier de la "libération du tombeau du Christ", parfaitement étranger au message évangélique. La notion de "lieu saint" elle-même est suspecte, du point de vue d'une religion à vocation universelle.

    L'exemple des croisades peut paraître archaïque, il repose largement sur l'analphabétisme des populations, voire de certains chevaliers, mais le monde moderne a inventé de nouveaux moyens de manipulation des foules extrêmement efficaces, capables de faire prendre des vessies pour des lanternes. Le cinéma contribue largement à l'analphabétisation des foules et au très mal nommé "soft power", que l'essayiste G. Orwell incite à considérer comme un viol des consciences.

    Le "judéo-christianisme" est un satanisme plus subtil. Il part parfois d'une bonne intention (ce n'est pas le seul) : le combat contre l'antisémitisme. Augustin d'Hippone lui oppose que Jésus-Christ ne serait pas venu sur terre si le judaïsme et le christianisme étaient une seule et même religion. Le judéo-christianisme est l'erreur inverse des chrétiens qui prêchent que le christianisme est un antijudaïsme. Pour le dire vite, c'est la dimension cléricale du judaïsme qui est désavouée par Jésus-Christ et l'apôtre Paul.

    Pour conclure et dépasser un peu le cadre de la mise au point, quelques mots sur l'Histoire selon Shakespeare. L'Histoire des temps modernes selon Shakespeare est celle de la résistance du monde, dominé par l'esprit de mensonge, à la révélation chrétienne. Sh. montre que l'hypocrisie est aussi "spontanée" chez l'être humain que le boire, le manger et le copuler. Comme il y a une théorie générale de l'inconscient chez Freud, il y a une théorie générale de l'hypocrisie chez Shakespeare (incompatible avec la thèse de Freud). Sh. ne fait nullement l'apologie de l'hypocrisie, il la constate.

    Quand cette résistance acharnée est le fait de soi-disant chrétiens, ce qui n'a rien d'étonnant compte tenu des prophéties, on est en présence du satanisme. Shakespeare est le quasi-contemporain des guerres de religion, tache quasiment indélébile sur l'Occident chrétien, compte tenu de la violence et la barbarie des exactions commises par les différentes factions religieuses. Ces guerres justifiaient la formule laïque du théâtre de Shakespeare, qui échappe à la propagande des différentes confessions.