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  • La canicule a bon dos

    Pour les Français capables de prendre du recul sur le cirque médiatique lors de la crise sanitaire de 2020, ce qui revient à peu près à porter des lunettes teintées lors d'une éclipse solaire, un phénomène totalitaire correspondant à la description de "1984" fut observable : la nécessité pour un Etat totalitaire de terroriser et de rassurer ses administrés. Julia fait observer à Winston Smith que certains bombardements sont opérés par Big Brother lui-même, et non par Eurasia ou Estasia comme les citoyens d'Océania le croient.

    La psychose sans doute exagérée répandue par les médias d'Etat à propos de la pandémie de coronavirus, "traitée" comme s'il s'agissait d'une épidémie d'Ebola, a été suivie de peu par les propos extrêmement rassurants sur les nouveaux vaccins permettant à nouveau de circuler librement. Terroriser et rassurer : il est étonnant que les services publics hospitaliers psychiatriques ne discernent pas ce dispositif de gestion des masses. On peut le repérer dans la culture de masse totalitaire.

    Ce qui rend Winston Smith à la fois complotiste et utopiste, c'est l'ignorance de cette nécessité pour l'Etat totalitaire de terroriser et rassurer. La Guerre froide a, de ce point de vue, une fonction structurante de l'Etat totalitaire selon Orwell. A la suite de Marx et Lénine, Orwell définit l'utopie comme un sentimentalisme politique impuissant face à l'Etat totalitaire. Winston Smith est seulement conscient du mensonge d'Etat (roman national) auquel il est lui-même employé, un peu comme un prof d'éducation civique serait conscient que la police d'Etat gaulliste, puis mitterrandienne, puis macroniste, n'a pas grand-chose à voir avec le civisme, mais qu'elle est elle-même un outil de gestion des masses.

    Indirectement "1984" signale la menace fantôme que fait peser le dispositif totalitaire, dont la fable de la grenouille qui voulait se faire plus grosse que le boeuf fournit une image ; un tel Etat est menacé de paralysie et d'effondrement en raison de sa dépendance au mensonge et à la culture de masse, qui ont un coût économique extraordinaire. On constate qu'au cours de son mandat, E. Macron et ses gouvernements successifs ont tenté tant bien que mal de réduire les dépenses de l'Etat, taillant plus ou moins discrètement dans certains budgets : a contrario ils n'ont pas lésiné sur toutes les dépenses liées à la gestion des masses.

    La canicule et ses conséquences sur les incendies de forêt qui sèment la terreur parmi les touristes et les habitants des régions concernées ont suscité un cirque médiatique qui, toutes proportions gardées, n'évoque pas par hasard celui de la crise sanitaire. Le cirque médiatique est quelque peu oblitéré par le scepticisme des Français dans la capacité des technocrates au pouvoir à faire des réformes pragmatiques ; au stade totalitaire, la réforme sociétale est destinée à fournir l'illusion du progrès.

    La corporation des pompiers, au coeur du problème des incendies de forêt dopés par la canicule et le vent, est logiquement la plus choquée par le cirque médiatique et les efforts de l'Etat pour s'attribuer le beau rôle de la puissance rassurante sur le pied de guerre. Non seulement les pompiers ont récemment été réprimés par la police d'Etat, mais ils sont bien placés pour voir que l'Etat a des priorités budgétaires éloignées du "service public" ; l'Etat se montre bien plus préoccupé par le soutien au tourisme de masse, qui est probablement une cause de nuisance sanitaire majeure. Au stade de l'Etat capitaliste, répétons cet adage marxiste que le krach financier de 2008 a illustré de façon éclatante : "l'Etat et le Capital sont solidaires", et il est totalement inepte de croire que l'Etat peut arbitrer en faveur d'investissements dans les services publics.

    La classe moyenne doit comprendre que l'élection du président de la république au suffrage universel paralyse la France par le fond tout aussi sûrement que son surendettement. Les masses réclament des promesses sécuritaires démagogiques, la paranoïa de gauche faisant écho à la paranoïa de droite, pendant que le poisson pourrit par la tête.

    L'élection de D. Trump par les MAGA est, à cet égard, une leçon : presque au même moment où il s'applique à détruire les mensonges de l'ancien système piloté par les "faucons" Clinton, Bush et Obama, le président nouvellement élu est obligé de reconstituer un nouveau mensonge à base d'Eldorado, de bitcoin et de conquête spatiale, et une nouvelle menace (l'Iran plutôt que la Russie) pour assurer la consistance et la cohérence de l'Etat.