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  • L'anti-journal d'Elkkabach

    • Petite noblesse : le vicomte de Villiers, heureux qu'on lui tende enfin un micro sur "Europe 1" pour s'exprimer sur sa vision du foot. Il songe à rebaptiser son club de supporteurs "Mouvement pour le foot".

    • Démocratie : vingt millions de téléspectateurs qui veulent forcer les quarante millions restants à se réjouir devant leur poste.

    • Ferveur : l'indice de ferveur est actuellement de cinq morts en France. On est encore loin du score obtenu à La Mecque.

    • Catch : il paraît qu'il y a seulement une poignée de supporteurs de catch à croire encore que les matchs de catch ne sont pas truqués. Plus naïf, tu meurs… ou tu cries « Allez Zizou ! »

    • Italiens : peuple d'Europe du Sud à peine sorti du fascisme ; Berlusconi a encore quelques-uns de ses hommes dans l'équipe nationale : No pasaran !

  • Didier, Pierre, Sébastien, etc.

    • Didier s’est marié alors que Delphine était déjà enceinte. Elle voulait pas qu’il l’épouse sous l’emprise du devoir, de son point de vue à elle c’était une mauvaise idée. Mais Didier avait le sens du devoir trop aiguisé, il a passé outre cette objection.
    La première fois que Didier a voulu échapper un peu à la promiscuité de la vie moderne qu’il menait dans le XVIIe arrondissement de Paris avec sa femme et son fils - escapade avec une jeune préposée de passage -, sa femme en a profité à son retour pour grimper sur un perchoir de moralité en soulevant sa robe à fleurs, et, de là-haut, elle lui a tenu un discours nettement condescendant, comme si c’était un gosse qui se branlait trop souvent après le couvre-feu, et elle sa mère ! Didier n’a pas supporté longtemps ce ton : il a dû se résoudre à trahir son devoir et à demander le divorce.

    • Quant à Pierre, pas loin d’être aussi critique que moi à l’égard de l’Église, qui envoie de jeunes innocents au massacre matrimonial en se contentant de leur bourrer le trousseau avec quelques slogans pseudo-évangéliques, quelques trucs et astuces psychologiques, il voulait juste pas qu’on puisse l’accuser d’avoir trahi son camp. Il avait la fleur au fusil, mais c’était juste pour la photo. Je suis sensible à l’argument du patriotisme religieux, mais il semble que le divorce de Pierre en cours ne lui donne pas entièrement raison. « À moins que je parvienne à convertir mon divorce en annulation de mariage !… Mais autrefois il suffisait de graisser la patte de l’official, aujourd’hui il faut le séduire, le draguer. C’est dégueulasse… » J’ai rien répondu pour une fois, je me suis contenté de hocher la tête et de remplir son verre.

    • Sébastien est un cas un peu à part. Un gars spontané, peintre impressionniste. La théologie moderne, il s’en tamponne le coquillard. Pas assez sensuelle. Ce qui l’a rapproché de l’autel où son union a été célébrée, par un vendredi très froid de novembre, la nef était entièrement blanche, fraîchement ravalée, l’impression de pureté bien rendue, Séverine la mariée que je découvrais pour la première fois, elle, était d’une finesse de bouche et de jambes remarquable, je crois pouvoir dire que c’est la peinture, les grands maîtres, les caravagesques surtout.
    Les grands sermons n’avaient pas beaucoup d’effet sur mon pote, mais un tableau de trois mètres sur deux, il se sentait tout minable à côté. L’humilité lui nouait la gorge, le mettait à genoux.
    Séverine était violoniste, elle, aussi le jeune vicaire a-t-il beaucoup abusé de métaphores artistiques dans son homélie romantique. Sébastien et Séverine ont conjointement demandé le divorce au bout de six mois. Pas le genre à se contenter de métaphores ?

    • Erwan, lui, s’est marié par intérêt avec une aristo toulousaine - petite noblesse -, assez riche pour subvenir à ses caprices. Moi, les foucades de mon pote Erwan m’ont toujours pas mal diverti, mais il n’y a jamais eu de contrat entre nous qui m’oblige à supporter ad vitam aeternam ses coups de fil en pleine nuit pour tenter de m’enrôler dans telle ou telle guérilla sud-américaine ou africaine. Le jour où j’en aurai ma claque de ses coups d’État, où il voudra déclencher une grande offensive informatique contre la Maison Blanche, je pourrai toujours dire stop, raccrocher et brûler tous les documents.
    Claire, elle, a pris la poudre d’escampette, un train en pleine nuit, pour rentrer chez ses parents. Elle est revenue un peu plus tard récupérer ses deux mômes.

    • Pour pas qu’on dise que c’est Lapinos qui porte la poisse, je me sens obligé de citer aussi le cas de mon pote Ludovic, qui n’a pas divorcé du tout. Bien sûr, je lui en veux un peu, à Ludovic, d’ailleurs, parce qu’avec son physique à la Alain Delon (en plus viril), ses onze enfants, il entretient un peu artificiellement le mythe de Tristan et Iseut, du Prince charmant (avec une grosse bite), il me donne tort.
    Mais Ludovic s’est marié très jeune parce qu’il avait très envie de baiser. On voit bien ce que son cas a d’exceptionnel.
    Je ne parle même pas de quelques autres couples que je fréquente plus ou moins, qui sont encore mariés, eux aussi. Parce que dès le départ ils ont montré un pragmatisme, un sens de la préservation de leurs intérêts très solide, ou bien on pouvait deviner une quasi-absence de besoins sexuels. Des mariages tout juste valides, en somme.

    On note que dans mon petit conciliabule de crise, je tiens à éviter autant que possible le style administratif ecclésiastique dont je suis pas un spécialiste, et à examiner le problème sous l’angle de la politique. Je sais bien qu’Aristote a moins la cote aujourd’hui que les paragnostiques ou les fumistes complets, mais je préfère m’en tenir au constat que l’homme est un animal politique et ne pas multiplier les références inutiles.
    Ma manière de présenter les quelques cas vivants ci-dessus peut manquer au goût de certains de neutralité. C’est que je ne crois pas beaucoup à la pensée neutre, je suis plutôt adepte de la théorie des pics et des saillies. La neutralité est un concept bio-physique. Il ne faut jamais faire confiance à la bio-physique pour régler un problème grave.

  • Mes divorces

    Je suis passé très vite de l’âge où tous mes potes se mariaient les uns après les autres, faisant fi de mes conseils amicaux de prudence, à l’âge où ils sont contraints désormais d’entamer de douloureuses procédures de divorce.
    Compte tenu de la crise de la féminité*, pas sûr que j’atteindrai l’étape suivante un jour, l’âge où ils se remarieront ! À vrai dire, je prie même pour que ça leur serve de leçon, que ce soit “la der des der”. Parce que moi, un homme aux prises avec des avocats et des magistrats, ça m’émeut comme l’hallali (Les femmes sont faites pour s’entendre avec la gent judiciaire, bavarde, procédurière, irrationnelle, en robe, mais les hommes se perdent facilement dans les arcanes de la Justice, eux.)

    Qu’est-ce qui a donc poussé mes potes à se jeter dans la gueule du loup, à se marier, au fait, je tâche de me rappeler aujourd'hui ? Il faudrait que j'examine leurs raisons spéciales, à Didier, Erwan, Pierre et Sébastien…

    Mais avant ça, je tiens à mettre les points sur les “i”, à préciser que mes potes ne sont pas des lopettes, qu’ils ont pas hésité à embrasser la logique maritale : après avoir rempli toutes les formalités civiles et religieuses, promis au maire, à leurs parents, à Dieu, etc., zou, ils n’ont pas hésité à faire à leurs femmes autant de gosses qu’elles voulaient. Ils n’ont pas pris prétexte du trou dans la couche d’ozone ou de je ne sais quelle transformation hypothétique de la planète en pomme-de-terre radio-active pour se branler confortablement à l’intérieur de leurs gonzesses en attendant la fin du monde.
    Non, mes potes se sont mariés comme les pious-pious de 1914 montaient au front, la fleur au fusil, le sourire aux lèvres ! Et moi j’aimerais être leur général Pétain, quelque chose comme ça, mobiliser toute mon astuce pour éviter la débâcle totale, pendant que le Haut Commandement tire des plans sur la comète.


    *Bien sûr, je balaie d’un revers l’argument qu’inévitablement quelque bonne femme qui se targue d’être un peu cartésienne ne manquera pas de m’opposer, pour tenter de me déstabiliser, que la crise de la féminité se double d’une crise de la virilité. Mais de quoi et à qui croit-elle causer, cette féministe ? On ne peut pas être plus convaincu que moi que le commandement revient à l’homme. Et, par conséquent, si tout est parti en quenouille, a dégénéré jusqu'au "mariage gay", c'est forcément à l’homme qu'il faut l'imputer, il n'a pas su tenir son rang (l'homme en général, parce qu'en particulier il y a des cas de résistance héroïque notoires).
    Je ne m’inquiète pas de chercher des coupables mais de trouver une solution ou des remèdes. Dans cette perspective le redressement de la femme par l’homme me paraît être la seule voie- clouer le bec aux hystériques un préalable
    sine qua non.

  • Sous-humanité

    L’animateur d’Europe 1, Pierre-Louis Basset, voulant balayer définitivement le soupçon qui pèse sur l’internationale des supporteurs de foot d’être qu’un ramassis d’oblitérés, balance à ses compères sur le plateau, starlettes, politiciens et autres baveux qui tentent de s’approprier une parcelle de la gloire de l’Équipe de France, de sa voix gouailleuse :

    « Faut pas croire que le foot ça intéresse pas les intellos. Y’a même des écrivains qui aiment le foot, par exemple Philippe Claudel et Philippe Delerm ! »

    Ben je suis pas un spécialiste de la culture bobo, mais quand même, ça doit pas être difficile de trouver des arguments plus sérieux que Philippe Claudel et Philippe Delerm, si ?