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  • Baudelaire s'éloigne

    À la limite, contre Céline, la position de Charles Dantzig, le chouchou des lectrices de Elle en 2006, qui juge que Céline écrit comme un chauffeur de taxi, ça vaut mieux que tous ces hypocrites qui font le distinguo subtil entre l’homme, auquel on doit refuser de serrer la main, et l’écrivain, dont la jactance fait passer Gide ou Camus pour de vieilles momies à côté.
    Ils veulent gagner sur tous les tableaux, tandis que Dantzig, lui, il n’aime pas les idées de Céline, alors il essaie de l’égratigner, c’est logique, quitte à se discréditer en tant que critique (sauf auprès des lectrices de Elle, bien sûr).
    Il fait ça pour tous les écrivains un tant soit peu politiquement incorrects, Dantzig, au passage, de Bloy à Céline en passant par Waugh, Aymé, Barbey - peut-être pour être sûr d’obtenir la voix de Jean d’Ormesson quand il se présentera à l’Académie, il a le profil.

    *

    Sinon j’ai écouté un type interviouvé par ce lèche-bottes de Frédéric Taddéi, un “agent littéraire”, un certain "Samuelson". Paraît que c’est l’agent de Houellebecq, en particulier ; comme si c’était pas assez moche que des types comme ça existent, il faut en plus qu’on les invite à causer à la radio, et de littérature en plus ! Donc Houellebecq prépare vraiment un film, financé par Lagardère ; Baudelaire s’éloigne de plus en plus, on dirait ; comme si les navets existentialistes de Catherine Breillat ou de BHL, ça ne suffisait pas…

  • Bande-annonce

    Maudits Soupirs pour une autre fois, présenté comme un inédit de Céline, ou plutôt comme le brouillon de Féérie pour une autre fois, m’est adressé par un pote ; ma concierge me le monte ce matin. Avec, sur la garde, la recommandation du pote de lire en priorité les pages 23 à 60, et celles concernant Marcel Aymé - dans ces premiers jets, Céline raconte ses copains de la Butte.
    Pp. 23-60 : j’aime ça, les gens qui n’ont pas de temps à perdre en littérature. On pourrait aussi bien lire Jean d’Ormesson ou Yann Moix, après tout, il faudrait autre chose pour se rendre malade, mais puisque Céline est là :

    « Ah ! Je vais m’endormir quand même… ça vient… Marcel ronfle… il geint, il ronfle… je ne sais plus… encore des courtes giclées de pluie… ça dure pas, c’est drôle… dans mon oreille qu’entend y a un bruit qui reste… pflac ! pflac ! pflac !… un petit tintement mat pflac… c’est comme une eau qui s’écrase, un robinet pas fermé, enfin dans le mou… sur du bois… pflac… c’est un bruit qu’est peut-être plus près… ça serait peut-être la fenêtre qui fuit… pflac pflac je devrais me lever aller voir… voilà ce que je pense… une impression comme un malaise… mais je ne suis pas bien vaillant je le sens, et puis comme ça dans la nuit… je connais pas la pièce après tout, l’hôpital ni rien… Elle aurait dû rester la blonde, rester avec nous… ça suffit pas de faire du café… Pfla Pfla… d’où ça sort ?… c’est un bruit que je reconnais pas, enfin ni d’à moi, ni de la nuit, ni de la campagne… c’est quelque chose qui coule dans la pièce… je devrais me lever… Marcel reronfle… c’est la force qui me manque, une chiffe là et tout abruti… en plus je bourdonne droite et gauche… Ah ! je suis coquet !… et puis je m’inquiète… je sais pas pourquoi au fond… La lumière doit être près de la porte, là près du loquet le bouton ? Enfin il me semble… faudrait que je tâtonne dans le noir…
    - Marcel ! Marcel ! eh dis donc !
    Faut qu’il se réveille merde alors… Y a peut-être un bouton de sonnette… Ça fuit quelque part en tout cas… Elle nous a embrassé la blonde, mais elle nous a pas indiqué comment la rappeler rien ni personne… on connaît rien sur les lieux, et dans le noir c’est terrible quand même… Je me soulève, je suis décidé, c’est l’effort… et yop ! un coup de rein, je suis comme en plomb, je peux plus me retourner sur moi-même tellement que je suis lourd… je me fais tomber une jambe par terre, je la pousse à deux mains… mon pied fait flac sur le parquet, ça y est c’est gluant, ça poisse. Je me pousse l’autre jambe hors du lit. Ah ! Je me raidis terriblement, je suis debout maintenant… C’est tout mouillé… j’aurais un vertige si je cédais mais je veux pas, je me raidis dur… je vais à la porte, je vais au bouton, je tâtonne le rebord à Marcel, je suis sûr qu’il est là…
    Pflac J’allume !… c’est rouge partout, c’est pas mes yeux, c’est du sang par terre partout… (…) »

    *

    Je préfère le Céline qui raconte son enfance à celui qui raconte sa guerre. Il épingle sa médaille d’ancien combattant dans la gueule des autres, les chacals, les vautours, les parasites, les Jean d’Ormesson, les Yann Moix d’alors. On préférerait l’ignorance, le mépris superbe. Mais Céline n’est pas Montherlant ; et ces Maudits Soupirs valent mieux que le papier sur lequel ils sont imprimés. Et ça se vendra. Et Gallimard le sait. Car Céline a beau être le “collabo”, le vendu aux nazis qu’on enseigne, « Du temps où nos ancêtres étaient malfaisants, il fut le plus malfaisant d’entre eux. » - dans une dissertation, un article, faire gaffe de bien dissocier l’homme du style, recopier une tirade sur le “génie malfaisant”, n’empêche, c’est une vache à lait. Gros tirage. Logiquement, le scandale devrait être encore plus grand. Mais non, au contraire, ça l’atténue, c’est comme si Céline payait sa caution. On taxe bien les putes.

  • Un zeste de tyrannie

    Mon caractère, comment dirais-je… mettons “tyrannique”, rend donc mes relations avec les “personnes du sexe” difficiles, pour ne pas dire impossibles, du moins durablement.
    Pour ce qui est de l’amitié virile je m’en tire mieux, bien que la plupart de mes potes soient mariés maintenant, alors ça n’est plus tout à fait comme avant.

    Reste les enfants. Je m’entends très bien avec les enfants. Ils s’accommodent très bien de la tyrannie, que dis-je, ils la réclament. Dans mon collège, les “châtiments corporels” étaient encore appliqués, et il régnait un climat tout à fait sain qu’on ne retrouve plus guère aujourd’hui où le libéralisme est partout, à gauche et à droite. Même, certains faisaient tout pour se faire rosser régulièrement ! Sans ça, ils auraient été désemparés. Je parle de garçons naturellement, les filles, elles, ne mouftaient pas. Je préfère d’ailleurs les petits garçons aux petites filles, chez qui la ruse, naissante, est perceptible, ce qui empêche un vrai rapport de confiance.

    Mais ça serait une erreur d’en déduire, constatant l’évolution des sociétés et des régimes politiques, que le despotisme convient mieux aux états primitifs et la démocratie aux civilisations plus avancées. Dans le fond, on sent bien que les Français d’aujourd’hui ne demanderaient pas mieux que de se faire botter le cul par un brave dictateur plutôt que d’entendre les salamalecs de Sarkozy et de Fillon, toute cette vaseline…

    *

    Aussi était-il logique que mon frangin me demande d’apprendre à lire à ses mômes*.
    Je n’ai pas pu m’empêcher de me livrer à de petites expériences, de tester différentes méthodes… On sait que, dans ce domaine aussi, en France, règne la philosophie ; deux philosophies, plus exactement : les partisans de la méthode dite "globale" et ceux de la méthode dite "syllabique" s'affrontent. Les philosophes des deux camps prétendent démontrer scientifiquement, “par a + b”, le bien-fondé de leurs techniques d’apprentissage. Je connais de ces philosophes femelles, en particulier, qui sont véritablement enragées de leur système ! Notamment, elles s’appuient sur le fonctionnement du cerveau - vaste blague, puisqu’on n’en sait à peu près rien… Ah, si, on sait vaguement que le cerveau des hommes n’est pas tout à fait organisé comme celui des femmes. Si tout ça était sérieux, le moins serait de proposer une méthode d’apprentissage de la lecture pour les filles et une méthode pour les garçons différentes.

    Le résultat de mon expérience, c’est que la variable la plus variable, ce n’est pas la méthode - ni le professeur, en l’occurence -, c’est celle dont évidemment aucun ministre ne parle, c’est l’aptitude du novice. Un novice doué avec une méthode rocambolesque et un prof idiot apprendra plus vite qu’un benoît avec moi.

    Au point où j’en suis de mes spéculations, je suis par conséquent fondé à dire que la philosophie est de sexe féminin.

    *Mon frangin estime que la lecture relève de la sphère privée et ne souhaite donc pas laisser à l’État le soin d’apprendre à lire à ses enfants.

  • Supplice cannois

    La "palme d'or" décernée à Cannes à un film roumain quelconque au motif substantiel, matraqué en chœur par la critique, qu'il fait l'apologie de l'avortement, c'est l'hommage de l'industrie du divertissement à l'industrie pharmaceutique et à ses prétendus "progrès".

    « Ceaucescu interdisait l'avortement. » : ce message subliminal, diffusé sur toutes les ondes et sur toutes les chaînes, n'est pas bien difficile à décoder : Ceaucescu interdisait l'avortement, le pape est le seul à l'interdire encore, donc le pape = Ceaucescu.
    Il est entendu que les veaux qui composent le troupeau démocratique sont des êtres libres et indépendants, mais mieux vaut leur indiquer le chemin quand même ; et le cinéma est l'outil idéal pour ça. De Nuremberg à Cannes en passant par Hollywood, le cinéma a toujours défendu des causes plus que douteuses.

    Les bobos doivent penser que, si l'avortement avait été libéralisé en Roumanie, ils seraient moins emmerdés aujourd'hui dans les rues de Paris par des mendiants roumains qui mettent leur hygiène en danger.

    On peut se poser la question : boycotter le cinéma pour reverser le prix de la séance à un mendiant, est-ce vraiment un sacrifice ?

  • Revue de presse (2)

    « Jean-Marie Colombani a été chassé mardi de la direction du "Monde-Vie catholique-Télérama" par un vote-sanction des rédacteurs de ces publications. Ils lui reprochent le déficit pharaonique de sa gestion financière et la perte d’indépendance de ces publications (…) il y a très peu de journaux (…) dont les actionnaires soient uniquement les journalistes fondateurs et leurs successeurs (…) comme ce devrait être le cas normal. »
    J. Madiran (“Présent”, 24 mai 2007)
    Madiran est trop gentil, bien que Colombani ait tenté de lui clouer le bec en lui réclamant devant les tribunaux des dommages-intérêts pharaoniques. Plus que cela, Colombani incarne le journaliste moderne, dépourvu de style, procédurier, mauvais gestionnaire, en cheville avec le ministère de l'Intérieur et s'acoquinant avec des politiciens (comme Michel Noir). On n'aura guère de difficulté à lui trouver un remplaçant…

    ***

    « (…) Le capitalisme est responsable de l’érosion des valeurs, mais il en a secrété l’antidote, le mariage d’amour directement lié à la naissance du salariat, moment essentiel du capitalisme.
    (…) Le bouleversement commence là : le mariage d’amour se prolonge dans un nouveau rapport aux enfants, contribue à la sacralisation de l’humain dans laquelle nous baignons aujourd’hui. Cette sacralisation est sans doute le seul cran d’arrêt face à la logique d’expansion de la consommation qui renforce, comme je l’ai dit, la logique de déconstruction des traditions.
    (…) Comme tous les croyants, sans doute, j’ai le sentiment qu’il y a du mystère en ce monde. Mais je ne souhaite pas aller au-delà de ce constat.
    L’expérience esthétique est sans doute la plus proche de l’expérience religieuse, car elle donne la conscience de quelque chose qui vous dépasse. »
    Luc Ferry, ex-ministre & philosophe kantien (“Le Monde des religions”, mai-juin 2007)
    Quand on voit Luc Ferry, sa bourgeoise et ses caniches de compétition, on ne peut s’empêcher d’être un peu sceptique sur cet “antidote au capitalisme” que serait le "mariage d’amour". Hélas, on note que l’Église elle-même développe cette idée un peu sotte.
    Le couple idéal dans le système capitaliste, étant donné son faible taux d’épargne et sa tendance à la surconsommation de gadgets inutiles, notamment, c’est le couple d’homosexuels sans enfants.
    La persistance du cabotinage kantien, malgré la nullité intrinsèque de cette philosophie sans point d’appui, s’explique parce qu’elle est la mieux adaptée au système en place.
    L’abus de mystère et d’“esthétique” (comme il dit) peut nuire à la santé de la société de consommation. On voit bien que Luc Ferry en est vaguement conscient, mais le peu d’intelligence qu’il a, il l’emploie à se fabriquer des œillères.
    Aux kantiens de tout poil, Claudel répond avec ironie : « Ce n’est tout de même pas ma faute si Dieu existe ! »


    ***

    Un dessin de Chard, dessinatrice de presse déjà condamnée pour propos incorrect dans notre grande-démocratie-qui-ne-connaît-pas-la-censure.
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    ***

    « De toutes les légendes, rumeurs, fantasmes qui nimbent la figure mystérieuse de François Pinault, l’anecdote selon laquelle il aurait été aperçu, s’infiltrant en bleu de travail, à la veille de l’ouverture, histoire de faire ses emplettes avant même le vernissage, réjouit l’âme. »
    T. Gandillot (“Challenges” + “Beaux-Arts Magazine”, mai 2007)
    Moi, François Pinault me paraît moitié moins “mystérieux” que Monsieur Bertin… Et puis les journalistes d’aujourd’hui ont-ils une âme ?

    *

    « Au début, fut Paul Sérurier (sic). Si Pinault acquiert, en 1972, pour la modique somme de 8000 F, “Cour de ferme en Bretagne”, ce n’est pas (…) parce qu’il est “du coin”, mais parce que tel était son goût. »
    (T. Gandillot, “Challenges” + “Beaux-Arts Magazine”, mai 2007)
    8000 balles pour un Sérusier en 1972, moi je trouve pas ça “donné” ; je mettrais pas ce prix-là dans un Van Gogh. À moins que le baveux Godillot ne fasse allusion à la “plus-value” de l'œuvre d'art, ou quelque chose comme ça ?

    *

    « (…) Acteur majeur du marché de l’art, ses choix influent dorénavant sur la cote des artistes. Et Pinault peut enfin s’offrir ce qu’il considère comme le luxe suprême : s’affranchir de la tyrannie du goût. »
    (T. Gandillot, “Challenges” + “Beaux-Arts Magazine”, mai 2007)
    On a bien compris que Pinault, pseudo prince de Venise en costard sinistre, s’accommode sans peine de la dictature du mauvais goût et qu’il n’a pas de mal à imposer le respect à la valetaille de la "critique" d’art contemporain, des frac, des fiac et du fnac, des galeristes, bref à toutes ces petites mains qui brassent du climat.

    ***

    « Le 4 août 2089, pour le troisième centenaire de l’abolition des privilèges, le ministre d’État chargé de l’abolition des privilèges, le ministre d’État chargé de l’égalité absolue entre les citoyens français promulgua la loi n° 99044-980, à laquelle la population accola tout aussitôt le bizarre surnom de “Lois des laids”.
    Ce texte allait bien au-delà de la directive de la commission mondiale, qui siégeait à Maripasula (Guyane), depuis 2081, depuis que New York avait vu la base de ses gratte-ciel plonger, année après année, dans plus de vingt mètres d’eau, par suite de la montée inexorable des océans.
    La loi française ne se contentait pas de poser le principe de la non-discrimination des laids dans les emplois privés et publics (…). Elle créait surtout un préjudice, ouvrant droit à indemnisation, s’il pouvait être rapporté, par exemple, qu’une discrimination esthétique avait pu de son seul fait être “le facteur empêchant de l’aboutissement d’une relation amoureuse ou affective”, et elle établissait une contravention de première classe à l’encontre de toute “belle personne” qui, sans motif valable, se serait refusée à embrassser un laid qui lui en aurait adressé poliment la demande.
    Jean-Paul Desprat (“Franco Maria Ricci”, dix-huit)
    On doit à Franco Maria Ricci, beaucoup plus crédible dans le rôle du prince italien que François Pinault, et à sa revue éponyme, d’avoir fait découvrir à ceux qui savent que l’art a un prix de magistraux fresquistes italiens méconnus tels que Fasolo ou Felice Giani.
    On peut regretter que, depuis le départ à la retraite de FMR, sa revue s’ouvre trop souvent à des trissotins tel Daniel Arasse.