jeudi, 12 juin 2008
Nombrilisme
Tout le monde a au moins une bonne raison de détester Céline - moi par exemple, c’est son jansénisme et son hygiénisme qui me débecquetent. Et en même temps, tout le monde a aussi une bonne raison d’aimer Céline. Puis il n’y a pas loin du jansénisme de Céline à son esprit rabelaisien, ou de son hygiénisme à son esprit “bohême”. En fait, il est de deux siècles à la fois, un homme du XVIIIe et un homme du XIXe superposés. C’est le secret des plus grands romanciers : le dédoublement. Chez Voltaire, chez Rousseau, chez Balzac, il y a ça. Proust, lui, au contraire, est monolithique, un produit manufacturé de son époque dont il ne révèle rien mais qu’il se contente d’exprimer. Le vrai nihilisme est là. Une poésie pour les temps à venir, Proust ? Je n’en crois rien : une poignée de cendres.
09:42 Publié dans Critique littéraire | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : celine, proust, litterature, rousseau, balza, voltaire
samedi, 05 janvier 2008
Le point sur Fabrice
Que ce merlan frit de Fabrice Luchini s'approprie la littérature populaire de Céline et en fasse profiter ses admiratrices bobos, soit : il ne sort pas de son emploi. Le moins qu'on puisse dire, c'est que les bobos savent faire fructifier la littérature nazie !
Après, qu'il lise les vers de La Fontaine, au petit bonheur, sans savoir lire la poésie, en pensant que sa gouaille effeminée fera illusion : il ne se trompe qu'à moitié.
Mais il commence à me soûler grave à faire l'article pour Paul Valéry, poète mineur, ou les penseurs pour étudiants en philo. attardés, Schopenauer, Cioran, etc.
Et ne voilà-t-il pas maintenant que cet histrion veut se mêler de politique !? Comme si les gesticulations de Sarkozy ne suffisaient pas ?!!!
Il faut cependant admettre que Luchini a créé un type nouveau : le bourgeois-gentilhomme-coiffeur-pour-dames.
16:30 Publié dans Critique littéraire | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : fabrice luchini, nicolas sarkozy, la fontaine, celine, cioran, paul valery
mardi, 11 décembre 2007
Théâtre surréaliste
Petit extrait de la bio de Jacques Lambert, un témoignage déjà cité par Adry de Carbuccia (In : "Du tango à Lili Marlène").
C'est Céline et Gégène en goguette chez les Boches. Céline et Gen Paul (et le peintre Zuolaga) se sont rendus à l'invitation de Fernand de Brinon à la Délégation générale allemande à Paris afin de rencontrer les diplomates Scheller et Aschenbach (1942).
"- Trêve de pommade, s'écria brusquement Céline. J'ai fait de l'antisémitisme lorsque c'était mal vu. Maintenant que la chasse aux Juifs est religion d'Etat, vous ne voudriez quand même pas que je passe dans les classiques. Je retire mes billes.
(...) Le ministre Scheller eut un violent sursaut, le conseiller Aschenbach lui fit signe de patienter, essaya de ramener l'harmonie.
"- C'est convenu, reprit Céline, je peux dire ce que je veux ?
A contrecoeur, le ministre fit un signe d'acquiescement. Aschenbach essaya de détourner la hargne de Céline par des amabilités.
"- Ca va, reprit Céline, pas de bobards entre nous. Dites donc, ça ne marche plus chez vous ? Vous ne seriez pas foutus ?
Le ministre, qui dégustait un excellent bordeaux, s'étrangla.
"De quoi parlez-vous, monsieur Céline ?
- De la défaite, nom de Dieu... Pas des tapineuses du coin... Vous commencez à vous tirer sérieusement... Vous n'allez plus être capables de vous arrêter...
- Tu vas nous faire mettre en tôle, Louis-Ferdinand, l'interrompit Zuolaga.
- Il n'en est pas question, protesta Aschenbach, mais nous ne pouvons laisser tenir de tels propos. Les mouvements des armées sont voulus par l'état-major. Bientôt, vous assisterez à une contre-offensive.
- Récite pas ta note d'orientation, mon pauvre pote, interrompt Céline. Ca ne prend plus.
(...) La conversation languit pendant le café. Commençant à s'ennuyer ferme au milieu de ces lambris dorés et de ce salon solennel, Céline proposa d'égayer l'assistance à condition, bien sûr, de jouir de la liberté promise. Dépassé, le ministre fait un vague geste.
"- Vas-y, Gen Paul, fais leur voir ce que tu sais faire.
Gen Paul sortit de sa poche une petite moustache, la colla sous son nez, rabattit une mèche sur son front et, sans le moindre complexe, se mit à hurler des sons gutturaux. Son imitation était parfaite.
"- Bravo Gen. Tu n'as jamais été le meilleur, clamait Céline.
Les diplomates allemands suffoquaient. Brinon restait sans voix. Zuolaga s'empressa de pousser ses amis vers la sortie.
"- Je n'ai nulle envie, dit-il en guise d'adieu, d'aller coucher au Cherche-Midi."
A cent lieues de Sartre qui intriguait pour que ses pièces soient agréées par les autorités allemandes... Et, question surréalisme, Céline se pose un peu là ! Il fait passer tous les "Dadas" & Co pour des boutiquiers, des détaillants de farces et attrapes à côté.
15:05 Publié dans Critique littéraire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : adry de carbuccia, céline, jacques lambert, fernand de brinon
Petite pause
Une petite pause dans mes "études marxistes" pour lire une biographie de Gen Paul, peintre montmartrois, par Jacques Lambert ("La Table ronde").
Non que Gen Paul m'intéresse particulièrement, mais vu que Céline a entretenu avec ce rapin pittoresque une correspondance, une amitié qui a fini par se briser, il est au centre réel du bouquin.
Jacques Lambert fait porter à Céline plus souvent qu'à son tour le chapeau, le rend fautif des querelles entre les deux lascars à la langue bien pendue. Il y a là une injustice de la part du biographe. Car, primo, que serait la biographie de Gen Paul sans Céline ? Deuxio, au XXe siècle, l'entente entre un peintre et un poète était-elle possible, dans l'Europe des banquiers et des industriels ? J. Lambert y fait bien une allusion ou deux, mais ne le souligne pas. La verve de Céline, son caractère de pamphlétaire moderne ont fini par être trop "encombrants" pour Gen Paul.
Le cas Houellebecq a montré récemment qu'un écrivain peut l'emporter seul contre la société liguée pour le faire taire. (L'usage que Houellebecq a fait de sa "victoire", c'est un autre problème. Houellebecq n'est pas Céline et il n'y avait pas entre Houellebecq et les puissants, comme entre Céline et les puissants, une opposition radicale mais un simple malentendu - qui a semble-t-il fini par se résorber, Houellebecq s'étant rangé derrière le même sponsor que Sarkozy et ayant décidé d'apporter sa graisse à l'excroissance.
La peinture, au sens noble du terme, est plus solide. Cinq siècles que Dürer dure ! Mais elle est aussi plus fragile. Tant que Gen Paul était plus ou moins dans la dèche il pouvait, bras-dessus, bras-dessous, avec son fangin Céline, ruer dans les brancards. Le succès officiel du peintre a changé la donne. La bourgeoisie se contente pas de dominer, elle exige qu'on lui lèche le cul. Plus question de lâcher des bombes, de tirer des pétards avec Ferdine, dans ces conditions. Même Picasso, pourtant solide sur ses bases, indomptable et madré comme pas deux, on peut douter qu'il a tenu le défi et qu'il s'est pas fait baiser tout compte fait.
11:35 Publié dans Critique littéraire | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : gen paul, celine, montmartre, picasso
mardi, 04 septembre 2007
Revue de presse (XII)
Interviou de Philippe Djian dans Le Monde 2 : « Dans la chanson “Les Bobos”, Renaud chante : « Ils lisent Houellebecq ou Philippe Djian, les “Inrocks” et “Télérama”/Leur livre de chevet, c’est Cioran/Près du catalogue Ikéa ». Comment le prenez-vous ? - Il m’a expliqué que c’était pour la rime : Djian avec Cioran, je ne peux pas me plaindre ! Je ne lui en veux pas. Après la sortie de l’album, il est venu sonner en bas de chez moi : « C’est Renaud. Tu peux pas descendre ? » Et, dans la cour, il s’est excusé. Mais je ne suis pas en sucre, il peut me traiter comme il veut. Le terme bobo n’est pas très beau [?]. Mais bourgeois-bohême, moi qui habite dans le 5e arrondissement de Paris et qui aime me balader à travers le monde, en ayant vécu à Boston ou à Florence, ça me va. Cela dit, je n’ai pas été tout le temps ainsi, j’ai aussi habité dans une bergerie, sans eau, sans électricité et sans chauffage, je n’avais pas d’argent. Que de grands éditeurs parisiens me paient plutôt bien est une chose relativement récente ! Je n’ai pas pour autant de 4x4 (…) » Djian ou “La vie des grands bobos parisiens”. Quelle sensibilité à fleur de peau ! Quelle dextérité dans l'usage de l'interphone ! On sent qu’un rien peut égratigner leur image de marque, à ces animaux-là… « Ma journée commence par la lecture de “Libération”, puis j’écoute “France-Inter” ou “France-Culture”. Je suis donc en phase avec mes contemporains. Ensuite, je vais faire ma gym avec des tas de petites bonnes femmes et des mecs en sueurs [torride !]. Je côtoie l’humanité tous les jours… » Un peu plus loin, Djian raille son confrère Marc Lambron, éditorialiste à Madame Figaro, il lui reproche d’être un peu trop casanier. Djian est de ces écrivains qui cultivent la “rebelle attitude”, comme Maurice Dantec ou Christine Angot (qui l’ont démodé). Pourtant, Madame Figaro ou 37,2 le matin, c'est un peu la même clientèle, non ? P. Djian se réclame de Céline ou de Bukowski - un Céline qui écouterait France-Culture et un Bukowski qui ferait du vélo d’appartement chez “Sport 2000”, dans ce cas. Il fait plutôt penser à Malraux ou à Sartre, Djian, avec son : "Je côtoie l’humanité tous les jours". “Le Monde 2” (18 août 2007)
10:05 Publié dans Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : philippe djian, celine, bukowski
jeudi, 31 mai 2007
Bande-annonce
Maudits Soupirs pour une autre fois, présenté comme un inédit de Céline, ou plutôt comme le brouillon de Féérie pour une autre fois, m’est adressé par un pote ; ma concierge me le monte ce matin. Avec, sur la garde, la recommandation du pote de lire en priorité les pages 23 à 60, et celles concernant Marcel Aymé - dans ces premiers jets, Céline raconte ses copains de la Butte. Pp. 23-60 : j’aime ça, les gens qui n’ont pas de temps à perdre en littérature. On pourrait aussi bien lire Jean d’Ormesson ou Yann Moix, après tout, il faudrait autre chose pour se rendre malade, mais puisque Céline est là : « Ah ! Je vais m’endormir quand même… ça vient… Marcel ronfle… il geint, il ronfle… je ne sais plus… encore des courtes giclées de pluie… ça dure pas, c’est drôle… dans mon oreille qu’entend y a un bruit qui reste… pflac ! pflac ! pflac !… un petit tintement mat pflac… c’est comme une eau qui s’écrase, un robinet pas fermé, enfin dans le mou… sur du bois… pflac… c’est un bruit qu’est peut-être plus près… ça serait peut-être la fenêtre qui fuit… pflac pflac je devrais me lever aller voir… voilà ce que je pense… une impression comme un malaise… mais je ne suis pas bien vaillant je le sens, et puis comme ça dans la nuit… je connais pas la pièce après tout, l’hôpital ni rien… Elle aurait dû rester la blonde, rester avec nous… ça suffit pas de faire du café… Pfla Pfla… d’où ça sort ?… c’est un bruit que je reconnais pas, enfin ni d’à moi, ni de la nuit, ni de la campagne… c’est quelque chose qui coule dans la pièce… je devrais me lever… Marcel reronfle… c’est la force qui me manque, une chiffe là et tout abruti… en plus je bourdonne droite et gauche… Ah ! je suis coquet !… et puis je m’inquiète… je sais pas pourquoi au fond… La lumière doit être près de la porte, là près du loquet le bouton ? Enfin il me semble… faudrait que je tâtonne dans le noir… - Marcel ! Marcel ! eh dis donc ! Faut qu’il se réveille merde alors… Y a peut-être un bouton de sonnette… Ça fuit quelque part en tout cas… Elle nous a embrassé la blonde, mais elle nous a pas indiqué comment la rappeler rien ni personne… on connaît rien sur les lieux, et dans le noir c’est terrible quand même… Je me soulève, je suis décidé, c’est l’effort… et yop ! un coup de rein, je suis comme en plomb, je peux plus me retourner sur moi-même tellement que je suis lourd… je me fais tomber une jambe par terre, je la pousse à deux mains… mon pied fait flac sur le parquet, ça y est c’est gluant, ça poisse. Je me pousse l’autre jambe hors du lit. Ah ! Je me raidis terriblement, je suis debout maintenant… C’est tout mouillé… j’aurais un vertige si je cédais mais je veux pas, je me raidis dur… je vais à la porte, je vais au bouton, je tâtonne le rebord à Marcel, je suis sûr qu’il est là… Pflac J’allume !… c’est rouge partout, c’est pas mes yeux, c’est du sang par terre partout… (…) »
11:48 Publié dans Critique littéraire | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : maudits soupirs, celine


