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  • Le Christ anarchiste

    Si la justice est plus juste en prison qu'elle n'est en dehors de la prison, au stade où la plus grande tartufferie règne parmi les magistrats, c'est parce que cette justice est plus naturelle. L'argent, dont le rôle est moindre en prison, fausse moins la justice.

    Si le christianisme est une religion anarchiste, dans laquelle les faussaires sont facilement repérables, c'est parce que la nature n'est pas source de justice au sens chrétien, mais seulement d'ordre.

    L'idée d'égalité sociale est donc, ainsi que le souligne le philosophe païen Nitche, une idée contre-nature insensée.  Mais l'idée d'égalité sociale n'est pas chrétienne ou juive non plus. L'idée d'instaurer un ordre social éthique abstrait, et que cet ordre social-là puisse être "viable", cette idée ne trouve aucun fondement dans les Ecritures saintes. La démocratie moderne n'est pas moins irrationnelle aux yeux d'un chrétien qu'elle est aux yeux de l'antichrist Nitche.

    Pour Nitche, la démocratie moderne est imputable aux chrétiens, descendants des juifs. En réalité, il n'est pas difficile de voir que cette magistrature cauteleuse a inventé à l'aide du christianisme, en y mêlant la philosophie de Platon, l'art pour les élites de se couvrir de sang en toute impunité.

  • Hors Humain (2)

    "Hors Humain" : un type (qui n'est pas moi) badigeonne les trottoirs de Paris avec ce graffiti peint en lettres vertes ; ça ne m'étonne pas beaucoup, car le germanophobe et francophile Nietzsche juge les femmes et les Allemands "trop humains". La "moraline" (les exemples contemporains ne manquent pas) est selon Nitche une morale trop superficielle, parce qu'elle est fondée dans l'homme. Ici Nitche n'est pas loin de rejoindre Marx pour qui la morale bourgeoise consiste dans l'art de retourner sa veste.

    Le propos sur la "banalité du mal" de Hannah Arendt ne rend pas compte du danger extraordinaire que la moraline ou la morale du Tartuffe représente - danger propre à la civilisation chrétienne.

    J'espère que ce type qui peint des graffitis "hors humain", pour exprimer un dégoût plutôt français et salutaire de l'homme et des mots, par qui seuls l'homme défie les dieux et le cosmos, sans se rendre compte qu'il n'est qu'un coq quand il se comporte ainsi, j'espère que ce type n'écoute pas trop de musique, qui est l'art le plus typiquement humain, l'art par excellence des parvenus ou de ceux qui veulent parvenir et qui n'arrivent jamais à rien de concret. On donne l'illusion de dieu dans la musique en y introduisant le silence ; en revanche le musicien qui veut inverser la preuve de dieu fera en sorte qu'il n'y ait pas de silence dans la musique.

  • Hors Humain

    La théologie et la science sont amorales et on n'a jamais autant causé d'éthique que dans les sociétés athées où la science est entre les mains d'ingénieurs.

    Si la littérature moderne, depuis le XXe siècle, est aussi peu intéressante en général, c'est parce qu'elle est beaucoup trop chargée d'éthique, ce qui est un signe de relativisme et d'hypocrisie à la fois, car les hommes de peu de principes les respectent mieux que ceux qui en ont plein. L'idée d'inventer un "troisième sexe" ne peut venir que d'un curé ou d'une nonne, car pour un savant le fait qu'il y ait deux sexes, c'est déjà beaucoup trop.

    L'art de la Renaissance et l'humanisme sont aussi forts, au regard des productions précédentes et plus encore de la chienlit de musique baroque qui a suivi, parce que la Renaissance est un âge moins corrompu par l'anthropologie et le goût de la rhétorique qui va avec.

    Il n'est pas faux de dire que l'art de la Renaissance est plus "païen" et moins chrétien, mais à condition d'ajouter que le cinéma est plus chrétien que "païen". Ainsi l'on comprend que dans cet antagonisme, voire cette lutte entre la culture conservatrice païenne et la culture moderne chrétienne, le christianisme n'est présent que sous une forme subversive qui n'est pas le christianisme ; il n'est présent que sous la forme de la démocratie-chrétienne ou du journalisme chrétien, pour citer les deux exemples de postures chrétiennes les plus évidemment proches de Tartuffe ou Sganarelle, ou encore du complot judéo-chrétien maçonnique figuré par le château d'Elseneur ("Hamlet").

    Superficiellement, la critique radicale de la culture chrétienne occidentale par Shakespeare peut faire croire qu'il est athée ou païen. Plus familier des évangiles, les chrétiens savent que ceux-ci sont dissuasifs de l'art, d'une manière plus radicale encore que l'Ancien Testament, puisque les évangiles expliquent pourquoi la vérité divine rend l'art caduc ou inutile. Si le Christ est venu apporter le glaive et non la paix, c'est pour la raison que le monde ne peut durer, et même les sociétés ne peuvent se renouveler indéfiniment qu'en se prémunissant contre l'amour. Un amour désarmé contre le monde et la société, contres les rois et les nations de la terre, ne peut pas être. Puisque le Christ se met en colère contre le trafic d'offrandes dans le Temple, imaginez sa colère contre les immondes cathédrales gothiques.

  • Amour est mort !

    Un athée rigoureux se doit de faire la démonstration que l'amour est une illusion ou un point de perspective abstrait, dépourvu de consistance physique ou naturelle comme l'infini ou le zéro.

    Cette démonstration conduit à tenir les espèces animales pour supérieures à l'espèce humaine, puisque les loups ne sont pas victimes de l'illusion amoureuse et des dégâts qu'elle entraîne. Le socialisme se nourrit de l'illusion amoureuse, et tous les régimes totalitaires modernes sont socialistes. L'amour est une arme de destruction massive.

    Le rapport entre l'homme et la femme est analogue au rapport entre la nature et la culture. La culture est faite de ruses, d'astuces ingénieuses pour se protéger de la nature.

    Une telle disposition rend, sur le plan social nécessairement "sexiste", l'amour impossible entre  les sexes opposés. La culture est entièrement paradoxale comme l'espèce humaine, dépendant de la nature en même temps qu'elle souffre à cause d'elle, maudissant et bénissant la condition humaine pratiquement au même instant. L'espèce humaine est répugnante à qui aime la logique, voire la raison, car celle des espèces animales paraît plus droite.

    C'est le fait des cultures artificielles d'abolir la différence sexuelle, c'est-à-dire des cultures où la conscience s'est perdue de la supériorité de la nature sur la culture. Le christianisme, accusé parfois d'être la cause de l'invention du progrès et de cette culture artificielle ne l'est pas. Le christianisme n'est ni sexiste, ni antisexiste, ni conservateur ni moderne, puisque la dernière chose à quoi on peut employer les évangiles, c'est à fonder une société nouvelle.