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Nietzsche ou le Christ ?

C'est une remarque juste de la part de Nietzsche que l'artiste, en tant qu'il va au-devant du risque, se retrouve isolé dans les Temps modernes où le confort est surtout recherché par le commun des mortels, comme une sorte d'anesthésie ante-mortem, une vie de chat.

Où courent tous les citoyens des grandes villes modernes au petit matin ? Ils ne courent pas gagner leur vie, ils courent gagner leur confort. S'ils se contentaient de gagner leur vie, ils couraient sans doute moins vite. Où courent-ils le soir ? Jouir du confort qu'ils ont payé de leurs efforts.

(L'amour n'est pas la seule chose qui rend l'homme stupide - la peur a sa part aussi.)

Mais l'exhortation de Jésus-Christ à la pauvreté n'effraie pas seulement le jeune homme riche de la parabole, elle fait prendre aussi à l'homme moderne ses jambes à son cou.

A en croire Nietzsche, Jésus-Christ et son évangile seraient derrière ce mouvement de lâcheté général. A trop prôner le pardon, le Juif Jésus-Christ aurait encouragé le laxisme et la décadence, d'une certaine manière. Ou bien Nietzsche n'a pas lu l'évangile, ou bien il ment, car le Christ a découragé tout mouvement social de s'exprimer en son nom. La meilleure réponse est, je pense : Nietzsche défend l'intérêt de sa caste. Le mensonge est un ingrédient de l'art comme il est un ingrédient de la civilisation.

Il ne devrait rien y avoir de plus suspect qu'une civilisation qui prétend se diriger vers la vérité, ou encore se laisser conduire par la science.

Commentaires

  • Y'a t-il une vie avant la mort ?

  • Dans tous les cas une mort avant la vie, ça oui!

  • Aux yeux de Nietzsche, la mort avant la vie, c'est sa maladie physique ; comme son père, pasteur protestant, était lui aussi d'une constitution peu robuste, Nietzsche assimile le christianisme à la maladie ou au vice.
    Mais cette assimilation est abusive : la culture protestante puritaine n'est pas la vérité chrétienne, pas plus que la culture catholique romaine.

  • Sans aucun doute, un paternel protestant, bouddhiste ou neo-païen revient à être deux fois pris par la matrice, ce qu'on pourrait appeler le coup du chapeau, un coup dans le chat un coup dans le pot comme disent les gaies personnes. Ce serait pas aussi pour N. l'orgueil littéraire "achilien"?
    La mort avant la vie c'est la vie avant la révélation, d'où la seconde naissance chrétienne.

  • Certainement l'orgueil se traduit par un manque de lucidité ; Homère illustre bien ce phénomène, car si Ulysse est plus lucide qu'Achille, cela se traduit aussi par une plus grande humilité de la part d'Ulysse. Homère est très "éclairant", car il montre que l'esprit religieux repose, non pas sur la foi en dieu, mais sur la foi dans l'au-delà, dans lequel Achille place tout son espoir. On peut supprimer dieu du vocabulaire religieux, dès lors qu'on conserve l'idée d'au-delà sous une forme ou une autre, la mécanique religieuse ne sera pas altérée.
    - Mais, pour revenir à Nietzsche, je ne crois pas que l'orgueil caractérise sa démarche. L'orgueil est beaucoup plus caractéristique de l'esprit moderne que Nietzsche a entièrement rejeté, même s'il fait erreur sur le sens ou la visée de l'esprit moderne.

  • Te fais confiance pour N., pour autant j'ai pu constater que ses suiveurs, surtout les adeptes du surhomme, qu'on trouve aussi dans le peuple car le peuple sait lire désormais, sont bien souvent en plein délire orgueilleux (vrai qu'il sont plutôt modernes que nitchéens; le rejet du moderne chez N se traduit chez ses lecteurs par un regain de modernité?)

  • Le truc qui fait mouche dans la doctrine de Nietzsche, d'où vient le nitchéisme du garçon de café (l'expression est de Rilke), c'est son refus de la souffrance et du sacrifice inutile. La culture moderne est une culture masochiste, selon la démonstration convaincante de Nietzsche, et ce dernier propose de s'affranchir de cette culture masochiste (par l'art plutôt que par la psychanalyse).

    - Les idéaux au nom desquels l'homme moderne se sacrifie ne sont que du vent, dit Nietzsche. Mais, comme la démocratie fait partie du lot, les élites doivent paradoxalement (Nietzsche écrit pour eux) le censurer, car leur pouvoir est lié au mode de gouvernement démagogique.
    Je ne dis pas que Nietzsche n'est pas orgueilleux (quel homme ne l'est pas ?), je dis que les saints ou les héros modernes le sont plus encore. Nietzsche a prédit sa gloire posthume, en quoi il ne s'est pas trompé, et je ne crois pas que connaître la gloire de son vivant aurait beaucoup ajouté à sa jouissance, ni stimulé sa volonté.

  • Avant de devenir un picaro j'ai connu un nitchéen, le genre artiste (monte-en-l'air version moderne il cassait des vitres de bagnole pour en barboter les autoradios), mézigue dans le rôle du candide j'étais effrayé par son mépris des flics, du bourgeois et du danger, une nuit on a failli se faire canarder par un beauf à la Cabu. Du coup j'ai lu Zarathoustra quelques temps après, trop trop chiant, j'ai préféré Zorba. Peut-être que mon gazier a fini garçon de café ou député, va savoir... Nitche, par lui et d'autres présenté, me paraissait le nec plus ultra de l'esprit, ma jeunesse inculte ou presque y voyait des himalayas intellectuels, mais son Zarathoustra c'était du grand n'importe quoi à mes yeux, niaiseux et prétentiard à la fois. Vers la trentaine j'ai lu sa "Généalogie de la morale" un peu plus convaincant, mais j'étais passé alors par la moulinette de la fac de Lettres, donc, piège à con, j'ai cru comprendre... Ce qui m'épate le plus aujourd'hui c'est d'entendre des graphomanes (les écrivaillons invités par l'IFU) se référer à N. pour justifier leurs ours de cirque. Nitche, Freud, Descartes, c'est un peu la trilogie des purs pour ces traîtres à l'esprit français qui œuvrent pour la francophilie bochisée, ces assassins de Molière, La Fontaine et Balzac qu'ils piétinent de leurs stylos à crampon américains.
    (Pénélope vient de découvrir un humaniste ukrainien, Skorovoda, (1722- 1794) qui lui aurait appris entre autre que le diable en grec veut dire "celui qui comprend"... Meilleure façon, sans doute, de gagner du temps que le "détissage" de suaire la nuit!)

  • Freud, dont la doctrine n'est guère éloignée de celle de Nietzsche (il manque à Freud la dimension artistique), est sans doute plus orgueilleux.
    "Zarathoustra" a en effet peu d'intérêt en comparaison de la "Généalogie de la morale" ou de "L'Antéchrist/Ecce Homo", son ouvrage le plus intéressant.

  • L’Antéchrist de N. m'est apparu un test chrétien pour qui veut savoir s'il est bonne terre ou sable et rocaille, pour reprendre la parabole de Jésus. Sans honte, confiteor, ma pomme j'ai été ébranlé dès les premières pages. Bon, ébranlé est sans doute un peu fort, gêné conviendrait mieux, le ver se cache assez bien mais une fois tombé dessus, tout le machin s'écroule, les belles phrases, les raisonnements en béton, les arguments char d'assaut, en reste une impression de chute du Reich, quasi prophétique...

  • Nietzsche dit tout haut ce que beaucoup de suppôts de Satan plus retors pensent tout bas (en effet un peu comme A. Hitler).

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