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  • Les Gilets jaunes ont disparu ?

    Emmanuel Macron est sans doute le dernier à le croire ; sans quoi il n'aurait pas demandé à ses adjoints le ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau et le préfet de police Laurent Nunez de déployer en septembre 2025 un dispositif policier d'une ampleur probablement inégalée sous la Ve République. Dès le début de la matinée, la police procédait à des arrestations ciblées, plus de cinq heures avant le début des manifestations.

    Les partis de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon, dont on sait qu'ils étaient les mieux représentés avec les abstentionnistes parmi les grévistes de 2019 opèrent comme des brise-lames. C'est la fonction qu'ils remplissent principalement, pourquoi ils sont subventionnés au même titre que la télévision d'Etat : scinder idéologiquement la classe moyenne inférieure en deux, pour la tenir éloignée des rênes du pouvoir. Pourquoi l'oligarchie a-t-elle décerné un brevet de respectabilité à Bardella et à Le Pen, qu'elle refuse à J.-L. Mélenchon ? Parce que le parti de Marine Le Pen, en cas de victoire, serait le plus facile à contrôler. Que fait Mme Meloni en Italie depuis qu'elle est élue en dehors d'appliquer la politique de la Commission en la saupoudrant de sucre glacé néofasciste ?

    Contre la grève générale de 2019, le brise-lames s'est avéré inefficace : c'est ce qui fait du mouvement des Gilets jaunes un mouvement historique, comme "Mai 68" : ce sont les deux seuls mouvements qui échappent au contrôle de Big Brother. Les revendications de "Mai 68" sont toutes "orwelliennes". Un demi-siècle plus tard, de quoi les Gilets jaunes sont-ils victimes, si ce n'est d'une société de consommation qui les consomme au point de les empêcher de jouir ? Le krach capitaliste a transformé la société de consommation sucrée en société de consommation amère. Face aux Gilets jaunes, la politique du marche ou crève, endossée par TOUTE LA CLASSE POLITIQUE. Aucun parti n'a de programme sérieux, ils n'ont que des boucs émissaires.

    Depuis 2020, le brise-lames a été renforcé, même si les grandes centrales syndicales sortent complètement décrédibilisées de la grève générale des Gilets jaunes. CGT et FNSEA jouent la carte du pacte avec l'oligarchie - du moins leurs dirigeants.

    Elever le brise-lames ne suffit pas à faire tarir la marée. Que les Gilets jaunes qui ont essuyé les plâtres, en 2019, de l'affrontement avec la garde prétorienne de l'oligarchie soit, pour certains, désespérés aujourd'hui, voire brisés, comme ils en témoignent parfois, c'est bien compréhensible. Quiconque ose s'attaquer à Big Brother doit s'attendre à la violence subie par Winston Smith et Julia en réponse. Big Brother est aussi fait de la masse des citoyens passifs, anesthésiés par le confort moderne. Big Brother n'est pas seulement le cornac, c'est aussi l'éléphant, pour employer une métaphore qui aurait sans doute plus à G. Orwell.

    Concluons sur un dernier aspect, celui de la mythomanie de la "révolution par la rue". Cette mythomanie n'a rien de marxiste, c'est principalement la doctrine de la CGT. A aucun moment de l'histoire du capitalisme industriel, les syndicats socialistes n'ont imposé au cartels capitalistes leur volonté. La politique du Front populaire, c'est : des congés payés et des avantages salariaux en échange de la révolution : c'est une politique bourgeoise déguisée en politique socialiste.

    Si E. Macron était monté dans l'hélicoptère qui l'attendait pour fuir à Baden-Baden en 2019, la révolution restait à faire, c'est-à-dire la restauration d'un régime républicain CONTRE le dispositif oligarchique. Quand le régime s'effondre : Louis XVI, Napoléon III, Nicolas II..., c'est toujours parce qu'il était miné de l'intérieur. Cela explique largement la difficulté des gouvernements révolutionnaires à faire mieux que les régimes qu'ils abattent. Les bolchéviks ont hérité d'un Etat exsangue.

    La conscience politique s'acquiert, on ne naît pas avec. Pour les Gilets jaunes qui ont eu 20 ou 25 ans en 2020, cet événement historique joue probablement le rôle de déclic. La révolution des Gilets jaunes a naturellement pris d'autres formes que celle des manifestations de rue, dont la création des "médias citoyens", par opposition aux médias oligarchiques, sont le prolongement le plus conséquent, bien plus que les projets de réforme constitutionnelle utopiques. Le rôle des médias oligarchiques et de leur domesticité pléthorique est d'entretenir l'illusion d'une démocratie pluraliste, tandis que la Commission mène une politique de fuite en avant qui échappe complètement aux Français.