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Marx contre Proudhon

Si la critique du Capital par Karl Marx s'est imposée comme la plus pertinente à l'échelle internationale, Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) a conservé en France une certaine aura à laquelle le chauvinisme n'est sans doute pas étranger.

Ils ont en commun d'avoir voué leur existence à l'émancipation de la classe ouvrière opprimée en élaborant un "socialisme scientifique", destiné à dissiper les fictions et les chimères dont la bourgeoisie abreuve la classe ouvrière. On mesure le danger que K. Marx représente au milieu du XIXe siècle à l'importance des moyens policiers déployés pour le surveiller à travers l'Europe et tenter de faire interdire ses articles, censés fonder une organisation politique révolutionnaire.

Le blason de l'anarchiste Proudhon a été quelque peu redoré aux yeux de ceux qui imaginent que K. Marx et F. Engels ont inspiré aux bolchéviks l'Etat soviétique, ce qui n'est absolument pas le cas (pas plus que Tocqueville n'est cause de l'oligarchie aux Etats-Unis). Lénine lui-même n'est pas un partisan de l'Etat : "Nous poursuivons le même but que les anarchistes, dit-il -défaire l'Etat-, mais nous ne prônons pas les mêmes moyens."

Le reproche adressé par Marx à Proudhon est de n'avoir pas saisi le fonctionnement véritable de l'économie capitaliste, et par conséquent de ne proposer qu'une utopie de plus, incapable de s'opposer à la marche guerrière du capitalisme (la guerre s'impose dès le début du XXe siècle comme un remède à la crise mondiale). Les socialistes français qui revendiquent en 2026 le "partage des richesses" ou l'arbitrage de l'Etat n'ont rien de "marxistes".

A la célèbre punchline de Proudhon : "La propriété, c'est le vol !", Karl Marx oppose sa propre démonstration que "le vol, c'est le capitalisme". Ainsi, involontairement, Proudhon est-il le père fondateur de l'anarcho-capitalisme.

Le Capital ne détruit pas seulement la propriété foncière privée selon Karl Marx, il abolit la propriété de l'être humain sur son propre corps, de sorte que l'on peut dire que le capitalisme est un régime de prostitution discret, dissimulé derrière l'éloge de la "valeur travail". "Lorsque les prostituées seront appelées "travailleuses du sexe", prédisait l'essayiste marxiste W. Benjamin, alors l'esclavage sera devenu une valeur universelle".

L'Histoire n'a pas tardé à donner raison à Karl Marx, qui pense d'abord à l'expropriation par de puissants monopoles industriels de petites fabriques concurrentes par des moyens plus ou moins brutaux et légaux, en abusant de leur position dominante. L'Etat capitaliste se fait à son tour acteur de cette expropriation, notamment dans le cadre de sa politique coloniale.

La guerre civile de Sécession des Etats-Unis est emblématique du procédé d'expropriation capitaliste, car le but des industriels du Nord (l'abolition de l'esclavage n'est qu'un prétexte) est le démantèlement de la propriété foncière des Etats du Sud, qui entrave la production industrielle. Les immigrés irlandais employés par les industriels du Nord n'étaient pas mieux traités que les esclaves dans les champs de coton ; ces Irlandais étaient libres... suivant la définition capitaliste de la liberté.

Karl Marx observe aussi un phénomène qui a fait tache d'huile au XXe siècle : la soumission de tous les pans de l'économie aux lois du capitalisme industriel. Telle la destruction de l'artisanat sous la forme artisanale, ou encore la transformation de l'agriculture en industrie, particulièrement observable dans un pays comme la France. En quelques décennies, les paysans ont été transformés en ouvriers agricoles avec la complicité de l'Etat bourgeois et des banques.

L'Etat capitaliste en définitive (Big Brother) est le seul propriétaire légitime et il ne fait que concéder à quelques-uns ce droit de propriété, de façon arbitraire.

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