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musée

  • Quand j'entends le mot culture...

    Dans la queue devant un musée qui expose quelques oeuvres de Giovanni Bellini (1430-1516), un grand-père répond à la question de son petit-fils :

    - A quoi ça sert la culture ?

    ...presque du tac-au-tac :

    - La culture ça sert à élargir l'esprit !

    Pour un adepte de la culture physique depuis de nombreuses années comme moi, elle sert plutôt à empêcher l'esprit de divaguer, suivant sa tendance naturelle. L'esprit humain peut se dilater jusqu'à contenir plusieurs univers, tant qu'il n'est pas concentré dans l'effort : certains appellent ça l'imagination, d'autre la fantaisie.

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  • Du Progrès

    L'homme de progrès détestera les musées, qui indiquent la difficulté de l'homme à franchir le cap de la culture ou de l'imitation de la nature pour son profit. Tout au plus les musées nous renseignent sur l'évolution de l'art et du goût au cours des derniers siècles, puisque l'intérêt pour l'homme s'est peu à peu substitué à l'intérêt pour la nature.

    L'homme moderne, en revanche, ne peut pas se passer des musées ; il n'existe que par eux. Qu'est-ce que Picasso serait sans les musées ? Sans doute son oeil avisé lui permet de faire le tri entre les bonnes imitations et les mauvaises, ce que le grand public ne sait pas faire ; ça fait de lui une sorte de prêtre, d'"officiant d'art". Michel-Ange fait preuve d'une capacité d'abstraction supérieure, car elle est moins rhétorique. Quoi qu'il en soit, Picasso est plus moderne et plus dépendant des musées.

    L'homme de progrès diverge donc nettement de l'homme moderne. Les efforts pour faire passer la modernité pour un progrès sont accomplis afin de dissimuler que les sociétés modernes sont indifférentes au progrès. Il est fort possible de bâtir une société sous le signe et le symbole de dieu, en réalité indifférente à dieu. Les sociétés sont comme les femmes qui, en général, se soucient d'abord d'elles-mêmes. De même on peut concevoir une société sous le signe de la science, dont la science soit le but affirmé, mais qui en réalité se complaise plutôt dans la culture.