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romantique

  • Folie mondaine

    Le personnage d'Ophélie, dans "Hamlet", est caractéristique de la folie mondaine, c'est-à-dire de la démence des castes dirigeantes modernes. Seul cet abruti de Stendhal peut croire Shakespeare un auteur romantique et moderne. En effet Shakespeare met la mythologie en avant, d'une manière bien plus conséquente que S. Freud ou C. Jung, tandis que l'art moderne s'éloigne peu à peu du mythe pour s'abaisser au niveau de ce que l'homme possède en propre : le goût de l'artifice.

    Shakespeare a deviné et montré subtilement que la notion de progrès moderne repose sur le fiasco scientifique. La nécessité pour l'élite aristocratique de se débarrasser du christianisme, prônée par Nitche explicitement (parce qu'il croit le christianisme moribond), est au temps de la Renaissance une subversion active au sein de l'Eglise chrétienne, dont Shakespeare ne se contente pas de témoigner, faute de quoi il ne serait "que" Boccace ou H. de Balzac : une subversion dont Shakespeare fait ressortir la dimension historique et mythologique, c'est-à-dire qu'elle est une clef indispensable pour accéder à la conscience la plus grande, non psychologique mais historique, de l'évolution du monde.

    Le quidam moderne est monté dans un train qui fonce à grande vitesse vers une destination inconnue. Shakespeare révèle le sens de ce mouvement et de la féminisation des esprits avec laquelle ce mouvement s'accorde.

    Le plus énigmatique aux yeux des élites occidentales modernes est sans doute la détermination d'Hamlet, car Shakespeare a conçu là un personnage christique, représentatif de son propre esprit, et qui désavoue l'Occident chrétien d'une manière presque aussi radicale que le Messie désavoua le monde judéo-romain. Les apôtres affirment la résurrection du Messie, Shakespeare nous incite fortement à croire dans la sienne, et l'accomplissement des prophéties chrétiennes.

    Si Shakespeare est en même temps un tragédien aussi peu "confessionnel" que possible, selon la seule et unique logique laïque apostolique possible, individualiste et anticléricale, c'est parce qu'il devine et montre que le problème posé par la science aux élites coïncide exactement avec l'intolérance de ces élites à l'égard de la révélation chrétienne, qui a pour effet d'ôter à celles-ci leur seule légitimité, d'origine naturelle. Il n'y a plus depuis la résurrection du Messie, que des philosophies naturelles truquées, et notamment truquées par des clercs et des hommes d'Eglise, dont Polonius-Copernic est emblématique. La science se heurte comme la révélation chrétienne aux philosophies naturelles les plus antiques et rationnelles, résumées par Nitche dans la formule de l'éternel retour.

    La science désavoue elle aussi la puissance et la tyrannie. Marx est l'héritier direct de Shakespeare quand il montre qu'il n'est pas d'ordre ou de doctrine sociale possible selon la vérité.

    De cela Shakespeare est parfaitement conscient, et sur ce point on reconnaît Francis Bacon Verulam et sa défense de la liberté individuelle contre le Léviathan moderne. Il n'y a que deux choix dans le monde moderne, celui de nier la résurrection du Messie au profit de la philosophie naturelle, à la manière de Nitche, c'est-à-dire de brandir l'étendard de Satan ; ou au contraire de faire la guerre à la suite de l'Esprit et grâce à la parole divine comme Shakespeare. La "modernité", et les masses qui épousent cette détermination, la plus inconsciente, non loin de "l'éthique judéo-chrétienne", service rendu par la tartufferie à la barbarie humaine, peuvent se définir au contraire comme la renonciation à la liberté et l'aspiration à l'esclavage, dans l'espoir de plus hypothétique territoire : le purgatoire.