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yves riou

  • Ma conversion

    Petit retour en arrière sur ma conversion au marxisme qui date d’il y a deux ans tout au plus. A dire vrai, j’ai toujours eu une conception marxiste de l’art, sans le savoir. J’ai toujours tenu les artistes contemporains pour des valets du capitalisme et l’artiste, au sens noble du terme, comme un artisan politique.
    Mon retard à découvrir Marx, à trente ans passés (!), a plusieurs causes ; un préjugé religieux, d’abord : je croyais que Marx était un de ces athées stupides comme Nitche, à cause des idées assez fausses que le parti communiste propage sur Marx ; alors que Marx et Nitche divergent complètement ! C’est la mort de la philosophie que Marx décrète ou appelle de ses vœux.
    Ce qu’il y a de séduisant au premier abord dans le marxisme pour quiconque a une « disposition artistique », c’est sa cohérence, comparé aux billevesées libérales.
    Les artistes sont amoureux de l’ordre. Il n’y a qu’à regarder une eau-forte de Rembrandt pour le comprendre. Je suis persuadé que ce qui a dégoûté Baudelaire de la révolution, alors qu’il était proche de son principe, c’est l’anarchie qui en découla. Idem pour Delacroix.
    Quand je tombe sur Finkielkraut à la télé, pas plus tard qu’hier soir, j’ai une réaction quasiment épidermique de rejet. Finkielkraut tient à la fois du caméléon, ses vues s’adaptent à celles de son interlocuteur ou aux circonstances, et de l’anguille pour sa façon d’éviter de se mouiller en faveur de tel ou tel, et de la volaille pour son arrogance et sa superficialité. En dernier ressort, lorsqu’il se sent acculé, et n’importe quel sous-réthoricien a les moyens d’engluer Finkielkraut dans sa propre toile, en dernier ressort Finkielkraut n’a qu’un seul argument, racial : « Oui, mais je suis Juif ! ». Au plan ethnologique un cas d’espèce intéressant à condition de surmonter son dégoût. BHL fait figure de Philistin « classique » à côté.
    Mais une telle hybridation, si elle a un côté burlesque « médiéval », est trop révélatrice du degré de médiocrité de l’élite bourgeoise pour prêter à sourire franchement.

    *

    La sûreté du jugement littéraire de Marx n’est pas un mince argument en sa faveur non plus. Shakespeare est une des figures de proue de la bibliothèque de Karl Marx. Au point qu’il fit apprendre par cœur à ses filles des actes entiers de Shakespeare. Les lettres de sa fille Laura sont étonnantes ! On a là l’idée du résultat que peut donner une éducation aristocratique. Quel rapport avec ces mères qui se débarrassent de leurs gosses entre les mains d'instituteurs à demi-savants pour aller glaner un peu d’oseille par ailleurs et qui ont le culot de se plaindre ensuite de  récupérer à la sortie de cette usine à gaz des nouilles mal élevées ? Fossé aussi entre Marx et les bourgeois contemporains qui font lire à leurs enfants des mièvreries comme Harry Potter, « pour leur donner le goût de la lecture », ah, ah ! - bouquins que les gamins en général, pas si cons, s’empressent de refourguer par-derrière en échange de quelques bonbons, quand ce n’est pas un téléphone portable pour singer leurs parents.
    L’exemple de Shakespeare est important car il contient le principal malentendu à propos de Marx, une galéjade en réalité, mais dans la société où nous sommes il faut TOUT expliquer. En effet, de la même manière que Marx, Shakespeare est suspect aux yeux des bourgeois d’être « matérialiste » ou « cynique », alors que c’est l’écrivain le plus spirituel de l’Occident moderne !
    Enthousiasme de Marx pour Balzac également. En ce qui me concerne, je préfère Barbey d’Aurevilly, plus aiguisé à mon avis que Balzac. Mais on reste en famille. Pour être équitable, Marx aimait aussi se distraire avec les enfantillages d’Alexandre Dumas. Comme quoi nul n’est parfait, même pas Marx.