Je lis rarement les réclames. Celle-ci m'aurait fait gagner du temps, pourtant, mais je l'ai inopinément découverte après. Tant pis.
Plus exactement, c'est une "auto-réclame", un exercice assez scabreux de racolage auxquels les éditeurs modernes demandent à leurs chevaux de manège de se livrer pour tâcher d'épater le chaland.
« L'idée générale de ce livre [C’est bien, ça, toujours commencer par une idée générale] qui n'est pas un recueil d'articles est qu'on apprend des choses sans s'ennuyer, j'espère [J’avoue que je me suis bien marré parfois (cf. La Fontaine]. Sur des écrivains, des œuvres, des personnages, des notions, sur la littérature, en un mot, et même à côté : que la France doit la laitue et le platane à Rabaissais, par exemple ; tous les écrivains n'en ont pas fait autant [Aucun n'a fait mieux, même, sans doute].
Et leurs “morts inhabituelles” ! J'ai été étonné par le nombre d'écrivains morts écrasés par un véhicule [Dans un platane ? Soit ce Dantzig est complètement pistonné, soit il se fout de notre gueule et dans ce cas il est très fort]. Émile Verhaeren, Roland Barthes, Fagus, Claudien, Jean Follain, Catulle Mendès, le gendre de Théophile Gautier, dont on trouve une caricature dans les Portraits souvenirs de Jean Cocteau [Notez bien la précision de bibliothécaire en chef].
J'ai essayé de varier les façons de raconter : plutôt que d'exposer ce qu'est “À la recherche du temps perdu”, ce qui me paraissait assez vain, j'ai cherché ce que ce roman n'est pas. [Tout l'esprit de Dantzig est résumé dans cette phrase. Plutôt que d’écrire un dictionnaire de plus, il aurait peut-être été judicieux d’en écrire un de moins.] »
C. Dantzig
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Dialogue de sourds
- Excusez-moi, je…
- Oui ? (Elle sourit)
- Euh, je me demandais si vous n’étiez pas Sarah ? (Elle sourit plus)
- …
- Sarah ?
- Oui, je m’appelle Sarah, mais vous, je ne…
- Si. Vous aussi vous me connaissez !
- Hein !? Parce qu’alors j’ai oublié quand et où ?
- Sur internet.
- Ah, vous devez faire erreur alors, parce que - je peux te tutoyer ? parce que j’ai pas internet, alors…
- Ah ? Et c’est indiscret de vous demander ce que vous avez choisi comme bouquin, dans le rayon ? (J’aime passer du coq à l’âne et les dialogues de sourds)
- Attendez, on parlait d’internet… vous chattez ? Vous avez rendez-vous avec une Sarah ? Ici ? Sans déconner ?
- Oui, enfin non, c’est une longue histoire, une histoire de blogues… Mais vous ne trouvez pas que la littérature érotique c'est plutôt chiant dans l’ensemble ? C’est-à-dire, à part les “Mémoires d’une chanteuse allemande”, je ne vois rien de très…
- Très ?
- Rigolo. (J'aimerais bien qu'elle sourie de nouveau)
- Ben si, peut-être “Justine ou les infortunes de… Attendez ! je sais même pas ce que c’est qu’un blogue, moi, de quoi est-ce que vous parlez ? Et puis d’abord je comprends rien… Vous, tu veux pas prendre un café là, à la cafète, tu m'expliqueras tranquillement…
(À l’idée d’un café américain dans un gobelet en carton, je grimace, mais comme elle a l’air de mal interpréter cette grimace, je souris).
- Bof, les libertins sans-culottes, moi, c'est pas trop mon truc, je trouve ça un peu… disons : éculé. Oui, je prendrais bien un café. Mais à une condition : que ça soit moi qui règle !
- ???
- Oui, vous comprenez, ça me gêne plutôt qu’une femme me paye mon café ou qu’elle refuse que je lui offre un verre sous prétexte qu’on ne se connaît pas assez et qu’il faudrait pas que je m’imagine des trucs, et patati et patata.
- Ah ? Vous êtes un peu bizarre, non ? Moi ça me gêne pas du tout qu’on m’offre un verre… au contraire.
- Ah bon, très bien… Ben, si vous êtes bien comme vous dites alors ça me gêne plus que vous me l’offriez ce café, dans ce cas, vous voyez… Allons-y ! (Je souris)
À partir de là nous avons entamé une conversation sur les blogues qui a dérivé lentement mais sûrement vers l’érotisme dans l’œuvre de Houellebecq. Mais je réutiliserai peut-être cette tranche de vie dans mon roman, alors motus. Eh oui, je sais bien, moi aussi… c'est d'un commun… D'ailleurs je n'en parle pas trop, beaucoup moins que Raphaël Juldé, car j'ai un peu honte.
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Du ghetto
“Homos, comme ils lisent”, c’est le petit ghetto à pédés de la Fnac, un rayon pour eux tout seuls. C’est le petit côté nazi de la Fédération nationale d’achat des cadres. C’est aussi l’ambiguïté du ghetto : on les pousse là où ils veulent aller, en fin de compte. Décidément, encore une fois j’ai l’impression qu’il n’y a plus de pédés, qu’il ne reste plus que des caricatures plaçant mal leur fierté dans le cul. Bon, mais on va encore me dire que je suis nostalgique, alors je me calme.
Un peu plus loin, grande, avec de longues jambes et de jolis reins cambrés comme il faut dans un jean semi-moulant, une chevelure châtain veinée de blondeurs un peu vulgaires, un minois de fillette perverse. Et puis cet appétit, cet enthousiasme qui se mélange à son teint lui donnent un joli vernis.
Je l’observe de dos tandis qu’elle fait son choix dans les étagères réservées à la “Littérature érotique”. Ce sont plutôt des hommes qui traînent là d’habitude, ou des lycéennes en bande qui gloussent nerveusement en tripotant les jaquettes ; ou encore des femmes d’une quarantaine d’années, frustrées, incapables de se payer un gigolpince à cause de ce satané crédit contracté à trente piges et qui court sur vingt – c’est plus rare de voir une femme épanouie y faire ses courses.
Je repose le volume prétentieux de Dantzig que je soupesais des deux mains, m’empare d’une biographie de Diderot et l’accoste, après qu’elle s’est penchée une troisième fois vers l’étagère d’en bas… -
L'égoïste s'évertue
Et un dictionnaire de littérature française de plus, un ! Celui de Charles Dantzig. Un dictionnaire, ça occupe suffisamment de place pour qu’on réfléchisse à deux fois avant de l’ajouter à ses étagères, hein, n'est-ce pas ? Qu'a-t-il de plus que les autres, celui-là ? Serait-il plus précis, moins lourd mais plus dense ? D’après son titre, il serait “égoïste”… Tiens donc !?
Ben moi je ne trouve pas, en fait. Il rabâche comme Lagarde et Michard sur Balzac, Proust, Hugo et Zola ; rien sur Paraz, Fourest ou Rebatet. C'est bien classé, par ordre d'importance : plus l’auteur est coté à l’argus, plus longue est la notice. À la rigueur, les élèves de première L pourront s'en servir pour l'antithèse : il n'est donc pas si "égoïste" que ça, ce dico.
Contaminé par son humour de bibliothécaire-en-chef, j'ajoute même que ce Dantzig a l'esprit de corridor. On sent qu'il a compris qui sont les maîtres et quels sont les malappris qu'il faut éconduire en faisant briller sa livrée.
Ainsi, une de ses trouvailles, c'est que Céline écrit comme un chauffeur de taxi ("Il écrit à coups de klaxon"). Après le jazzman, le chauffeur de taxi ; c'est un progrès, mais faut voir l'air qu'il prend pour dire ça, d'un qui pense qu’il faut au moins avoir fait des études d'expert-comptable pour être un génie de la littérature.
Quant à la haine de Bloy, elle est de bon augure. Je ne peux pas m’empêcher de citer ce trait, confondant de bigoterie pour un type qui se la joue "libertin de la critique" :
« Si j’étais la Sainte Vierge, moi [Encore un pédé, probablement], je n’aimerais pas qu'on m'annonce en gueulant comme un forain » (des comme ça, on en ramasse à la pelle).
J’incite ceux qui doutent encore de la force de Bloy, j’en connais (si, si), à y voir un signe. D’autant que Bloy, n’ayant pas écrit de "pamphlet antisémite", dispose de moins d’arguments que son disciple pour susciter le ressentiment tiédasse du bobo contemporain.
Certains diront que c’est un peu empirique pour juger d’un auteur. Et alors, je suis empirique, moi, et j’emmerde les raisonneurs ! Ainsi, quand j’entends Durand ou Giesbert dire qu’un bouquin est “génial”, eh bien je suis sûr à 99 % que ça doit être une belle fiente. -
En attendant Quaero
Après tout le sport qu'Isabelle m'a fait faire, je me repose en cherchant des blogues intéressants avec le nouveau moteur de recherche de Google, en attendant Quaero. Mais je suis déçu, la base de données n'a pas l'air très grosse.
Je consulte ensuite ma messagerie et je ne sais trop quoi penser de cet avertissement :
« Bonjour,
HautetFort a le plaisir de vous informer que le blog Union Locale CGT-FO-Les Ulis vient d'intégrer la communauté “Critique littéraire” à laquelle vous avez souscrit. Nous espérons que ce nouveau membre participera à développer la pertinence et la visibilité de votre communauté.
Bon blogging ! »

