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  • Interlude

    Un bruit de bottes chics martelant les trottoirs de Paris m’avait fait frissonner. C’était l’automne mélancolique et bientôt les frimas vasoconstricteurs de l’hiver feraient battre tous ces jolis cœurs au ralenti.

    Quand un rayon de soleil inespéré m'a accordé un petit sursis. Je n’ai fait ni une, ni deux, j’ai laissé Diderot en plan dans sa prison de Vincennes, et foncé là où mon instinct me disait d’aller, chez H&M aux environs de midi.

    Je ne pouvais mieux choisir mon heure…

    Shopping chez H&M, Faubourg Saint-Honoré, au Bon Marché, à la Samaritaine, aux Galeries Lafayette,
    Toute cette succession et cette répétition de féminité agglutinée…
    Ces corps nubiles, ces corps vils

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  • Abstinence

    J’ai mal dormi. J’ai rêvé que Chirac révélait à la télévision l’existence de son frère jumeau caché ; qui s’empressait aussitôt d’ajouter qu’il serait candidat à la présidentielle 2007 ! Un vrai cauchemar dont je me serais bien passé.
    Je ferais bien de regarder un peu moins la télé…

    Devoir traiter mon pied d’athlète à sept heures du matin en me massant l’entrejambe avec de la pommade n'a fait qu’accroître ma mauvaise humeur.

    Et je décide, pour m’éviter des maux de tête, de m’abstenir aujourd'hui de faire des mots d’esprit.

  • Pauvre Anastasie !

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    Evelyn Waugh, tout en raillant les fonctionnaires chargés de son application, n’hésite pas à préconiser une censure intelligente. Que ce soit à propos de la peine de mort, du colonialisme, des journalistes, etc., Waugh n’est pas du genre à hésiter en général… On dirait qu’il est effrayé à l’idée qu’on puisse le confondre avec un de ces gras moutons de Panurge. Même si je ne suis pas Anglais, je peux comprendre ça.
    Et puis Waugh est un auteur comique, il sait que l’humour c’est un peu comme une fiente de pigeon qui s’écrase sur un chapeau melon ou comme un pet qui éclate au beau milieu d’un café-philo bobo : imprévu, discordant, absurde, troublant…

    La Commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à la jeunesse, aujourd’hui, ne peut pas faire son travail sereinement. On se moque d’elle, dans un numéro spécial d’ Art Press consacré à la bédé que j’entrouvre en espérant y glaner quelques infos sur un artisan que j’admire, Christian Hincker dit "Blutch" (mais que dalle).

    En effet, cette commission a rendu un avis de première interdiction de l’album de Riad Sattouf intitulé : Ma circoncision. Sattouf est Syrien, il raconte de manière drôle et réaliste son enfance syrienne, l’éducation qu’il reçut de son père et de ses maîtres.
    Outre l’emploi de quelques mots crus tels que "bite", "couille", "ou fait chier", qui affligent la Commission mais qui n’aurait pu bien sûr à lui seul faire interdire cette œuvre, la Commission relève que « les Syriens sont présentés comme foncièrement antisémites, (…) que le but des enfants est de tuer des Israéliens, (…) et qu’on y montre des hommes pendus pour être suspectés d’être des espions au service d’Israël. »
    Et Art Press de se moquer de cette brave commission qui n’a même pas saisi que l’auteur de ces propos racistes (antisyriens) était lui-même Syrien…

    C’est pas très gentil. Moi je trouve qu’on ne peut pas en vouloir à cette commission de censure de s’être pris les pieds dans l’antiracisme. C’est un terrain vachement glissant.

    Naguère utilisé par ce finaud de Mitterrand pour stigmatiser Le Pen et enfoncer un coin dans le parti adverse, avec le succès qu’on sait, l’antiracisme est devenue une arme à double tranchant que quiconque sur la terre peut utiliser du moment qu’il est un peu basané. C'est là que ça se complique, comme un sketch d’Elie et Dieudonné. Juifs et Palestiniens se mettent sur la gueule à tout propos. Certains Juifs tentent de promouvoir un super-racisme, et donc un super-antiracisme, mais cette tentative fait plutôt flop, etc., etc.

    Un peu agacé par l'étalage de ces querelles de voisinage, par ces échanges de noms d’oiseaux dépourvus de la moindre poésie, mais néanmoins attentif aux détails, vous aurez compris que si les éditions Bréal-Jeunesse, dirigées par Johan Sfar, ont finalement passé outre cet avis de la Commission, c’est sans doute une coïncidence.

    Sur Durandur encule tout le monde, je serais curieux de connaître l’avis de la Commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à la jeunesse…

  • Vicissitudes du sevrage

    « Aujourd’hui, comme tout le monde, je m’efforce de renoncer au tabac. L’embout de pseudo-liège (“plain-tipped”) se révèle, paraît-il, d’une faible efficacité pour prévenir le cancer du fumeur. »
    Constantin Copronyme

    Comme il y a plusieurs types de fumeurs, le “fumeur jouisseur”, le “fumeur peine-à-jouir”, le “fumeur suiveur” et le “fumeur locomotive”, il est impératif d’adapter chaque méthode de sevrage à l’inconscient et au non-dit refoulé de la victime du tabac qui veut s’en sortir volontairement - ou à l’aide de béquilles psychoparapharmaceutiques (Je compte en dire plus ultérieurement dans un billet qui devrait bouleverser la lutte antitabac, mais avant de dépiauter le paquet et d’étaler toute ma typologie, je me permets de dispenser un petit conseil ou deux à mon ami Constantin qui en a besoin hic et nunc ; certes, il ne les a pas sollicités, mais Arnold Steiner, un cousin de Georges plus difficile d’accès encore, ne dit-il pas fort justement : « Les meilleurs conseils sont ceux qu’on n’a jamais demandés, ni même songé à demander. »

    La principale difficulté qui vous guette, Cher Constantin, si vous êtes un “fumeur idéologique” comme moi, ce dont je ne doute pas un instant, c'est la consternation et l'envie impérieuse de refumer chaque fois que les lyriques appels à lutter contre le vilain tabac qui menace nos vies viendront agacer vos oreilles et vos nerfs à vif. Ah, le bel idéal démocratique que voilà ! Avec les manifestations contre le dernier pantin nommé rue de Grenelle, voilà de quoi galvaniser notre jeunesse qui promet. Formons des cortèges, déplions des banderoles, et chantons :

    « Debout ! les condamnés de la terre !
    Debout ! les forçats de la pipe !
    La raison tonne en son cratère,
    C’est l’éruption, l’aviaire grippe !
    Du tabac faisons table rase,
    Foule esclave, debout ! debout !
    Le monde va changer de base :
    Nous ne sommes rien, soyons tout !

    « C’est la lutte finale, etc. »


    Le conseil est donc de se tenir soigneusement à l’écart de la radio, des journaux (sauf ceux qui ne vivent pas de la publicité), de la télé, des cinémas, mais aussi des débits de tabac où les slogans les plus crétins sont imprimés à l’encre noire sur les paquets de cigarettes, venant ainsi compléter l’abrutissante philosophie soixante-huitarde : « Il est interdit d’interdire… sauf ce qui n’a aucune importance. »

    Si malgré tout vous parvenez à vous arrêter, Constantin, je vous souhaite de ne pas éprouver comme moi le sentiment désagréable d'avoir fait un effort pour vous agréger au troupeau de Panurge. Ce sentiment vous conduirait immédiatement à en rallumer une, je vous le garantis.

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