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  • Recopié

    Pendant ma retraite chez les moines, j’ai eu le temps de recopier une page de Louis Veuillot dans la bibliothèque. Veuillot (1813-1883), c’était le directeur de L’Univers, l’ennemi juré de Victor Hugo, pour ceux qui ont quelques notions d’histoire du XIXe. Mais n’importe, c’est une page où Veuillot raconte comment il s’est marié.
    J’ai un peu hésité avant de le recopier cette fois-ci sur mon blogue, vu que c’est un peu long, mais je trouve ce récit exemplaire. On est très loin des sermons actuels des psys et des curés sur la communication dans le couple. Tant mieux, car s’il y a bien un truc qui me dégoûte, c’est le “glamour catholique”, comme je le répète souvent à ma cousine Sophie qui fait bien sûr semblant de pas piger ce que je veux dire et qui écarquille les yeux.

    « Je me suis marié à trente-deux ans, un peu par hasard, comme tout le monde. Deux abbés, dont l’un connaissait ma future et un peu moi, l’autre moi et un peu ma future, avaient arrangé cela avec les parents de Mathilde Murcier, très petits bourgeois de Versailles, fort simples chrétiens. Ils me dirent que ce mariage me convenait, je me laissais faire. Dans le fond, il me convenait fort, mais eux, ni moi, ni elle, n’en savaient rien. C’est l’ordinaire.

    La jeune fille, âgée de vingt et un ans, n’était ni riche, ni laide, ni sotte, ni mal élevée. Rien de marquant. Elle avait de l’esprit, mais je n’en savais rien. On ne le sait jamais. Il était simplement visible qu’elle avait des habitudes de piété et une grande modestie. Mais qu’est-ce que cela devient ? Rien ne me fixait là-dessus. On lui donnait quarante mille francs ; j’avais six mille francs d’appointements et un millier de francs de dettes, ce n’était pas de quoi vivre. Son nom de Mathilde ne me plaisait pas. Je n’étais nullement pressé d’aucun côté. Néanmoins, je bâclai l’affaire pour en finir. J’avais alors dans la tête qu’il fallait se marier à trente-deux ans et toutes mes réflexions me démontraient qu’on se marie sans savoir ce qu’on fait, et que le plus sage était de s’en fier à la prière.

    Au moment de conclure, il m’était venu, cependant, une inquiétude plus forte. La grand-mère, celle qui faisait la dot, vieille marchande enrichie, n’était décidément pas à mon gré. Elle était fière de son argent, commune, grognon ; elle trouvait que sa petite-fille se mésalliait, car enfin elle appartenait au commerce, et moi, je n’étais qu’un journaliste, profession non classée. Cela ne lui allait pas. Elle avait mille fois raison, mais je ne voulais pas qu’elle me le fît trop voir. Comme je ne manquais pas de faire aussi des réflexions assez brisantes, je pris l’occasion d’une parole un peu trop vive qui lui échappa de trop bon gré et je brisai.
    M. Murcier vint chez moi le lendemain avec une figure triste et me dit que sa fille était désolée. Je lui dis qu’elle oublierait cela ; qu’elle n’avait pas eu le temps de me voir assez pour concevoir tant de chagrin, et qu’elle verrait bientôt qu’elle n’avait pas perdu grand-chose.
    - Il ne s’agit pas de vous, me dit-il simplement ; c’est le linge.
    - Comment, le linge ?
    - Oui, le trousseau est acheté, marqué à votre nom. Les couturières de Versailles savent le mariage, tout le monde le sait : vous comprenez l’effet que produira la rupture ! Que dira-t-on ? Je fis un geste pour montrer que je n’y attachais point d’importance.
    - Oui, reprit le bonhomme, cela vous importe peu à vous ; mais pour nous ce n’est pas la même chose, nous sommes désolés.
    - Eh bien, lui dis-je, si Mademoiselle votre fille y tient, nous ferons le mariage. Il m’importe beaucoup qu’elle n’ait point à souffrir à cause de moi. Seulement, je suis forcé d’exiger qu’elle se marie sans dot.
    - Je ne vous comprends pas, dit-il.
    - C’est votre belle-mère, dis-je, qui fournit la dot, et je ne veux rien recevoir d’elle qu’elle ne m’ait fait des excuses. Pour Mlle Mathilde, cela ne la regarde point. Elle pleure, allons tout de suite la consoler, et marions-nous.

    « Nous allâmes sans désemparer à la gare de Versailles ; si le train n’avait pas dû partir immédiatement, peut-être que la réflexion serait survenue et aurait encore brouillé nos affaires ; car tout cela était bien précipité. Nous arrivâmes. Mathilde et sa mère étaient à déjeuner, nous entrâmes sans crier gare. Elle avait vraiment l’air fort affligé. Mais ma présence disait tout et dissipait toute crainte des couturières. Mathilde ne dit rien, mais en me voyant, elle me jeta un regard si reconnaissant et si content que je ne l’ai pas encore oublié. En ce moment-là, je fus délivré de ma plus grande et plus constante préoccupation depuis qu’il était question de mariage ; je me sentis amoureux (…) Le mariage eut lieu peu de jour après. »


    Louis Veuillot

    Chaque fois que j’entends au milieu des décombres un de ces raseurs d’évêques ou d’éditorialistes catholiques se gargariser avec la “doctrine sociale de l’Église”, je pense à Veuillot, à sa verve et à son franc-parler d’homme du peuple.

  • Bullshit

    C’est dingue le nombre de types en ce moment que j'entends ici ou là clamer leur enthousiasme pour ce feuilleton yanki, 24h, avec le fils de Donald Sutherland dans le rôle principal. De Raphaël Juldé à Nicolas Sarkozy en passant pas Stéphane Bern… Je décide de lâcher les pinceaux et de regarder ça cinq minutes, l’autre soir, pour voir ce que ça a de si extra.

    Résultat : encore et toujours du Spielberg ! Mettons “du Spielberg de bonne qualité”, si on veut de la nuance, mais c’est toujours la même chose, les gentils Yankis qui tirent sur les méchants Iraniens, après les gentils cow-boys qui tirent sur les vilains indiens. Bullshit!
    Et même pas une gonzesse, ne serait-ce que baisable, dans ce feuilleton de propagande. Elles sont toutes sapées comme des secrétaires, et soit extrêmement vulgaires et adipeuses, soit hyperviriles et décharnées.

    Si on suit l’histoire du ouestèrne, les Yankis devraient fabriquer dans quelques années des films qui se voudront moins manichéens, avec de gentils islamistes et des méchants GI qui balancent des bombes sur les populations civiles de tout là-haut dans le ciel sans prendre de risque, en faisant des milliers de morts. Il y aura un de ces bombardiers, piloté par une Yankie, qui tombera en panne d’essence dans le désert irakien. Elle sera alors capturée par la Résistance sunnite, et, bien sûr, au moment d’exécuter son otage, le petit-fils de Saddam Hussein, beau comme Omar Shérif, tombé amoureux de cette pauvre fille dont l’inculture lui aura inspiré un peu de pitié teintée d'érotisme, il la sauvera et lui donnera la première place dans son harem. Et ils se métisseront joyeusement dans les dunes. Et pourquoi pas des Eastern spaghetti aussi ?

    Le procédé à la base de 24h est simplissime. Il est calculé sur la capacité de concentration moyenne d’un Yanki sur une fiction - environ quatre minutes. Donc, toutes les quatre minutes, on passe à une séquence différente, avec des personnages différents, y’a une horloge qui fait "tic-tac, tic-tac", pour bien souligner le suspense, des déflagrations, toujours pour maintenir cette foutue concentration du Yanki qu’a tendance à partir en eau de boudin, c’est vraiment la grosse cavalerie ce nanard.

    À côté je trouve Desperate Housewifes (Mères au foyer désespérées), un autre feuilleton yanki à succès, beaucoup plus subtil. Avec toujours ce même problème que les gonzesses qui jouent là-dedans ont des gueules à te dégoûter définitivement du coït, quadras ravalées, secouées de tics, machoires carrées, regards ovins, avec des sapes de chez Monoprix. Mais au moins ce feuilleton que les Yankis prennent pour une satire donne une idée assez exacte de l'état de la société yankie. Les Français, eux, sont infoutus d'avoir le moindre regard critique sur eux-mêmes.

  • En chanson

    La chanson française, c’est pas trop mon truc, à deux ou trois exceptions près, Brutal Combat ou Chinaski, par exemple, inspiré par des thèmes bukowskiens.
    Je préfère chanter moi-même sous la douche ou en faisant la vaisselle.
    Mais quand j’entends que Renaud a écrit une nouvelle chanson sur les bobos, je tends l’oreille. Renaud est bien obligé d’admettre dans sa chanson, qu’il en fait partie lui aussi, des bobos. Pour un ex-chanteur engagé par le PC, ça la fout mal, mais bon, il a évolué avec son parti.

    Étant donc lui-même un bobo (“Par certains côtés”, comme il dit, ah, ah), Renaud pouvait pas avoir la dent vraiment dure, il lui reste plus que les gencives, alors j’ai renforcé un peu les paroles de la chansonnette. Voici ma version "remaîtrisée" des Bobos de Renaud à chanter sous la douche.

    Les Bobos
     
    « On les appelle bourgeois-bohêmes, ou bien “bobos” pour les intimes.
    Dans les chansons d’Vincent Delerm, on les retrouve à chaque rime.
    Ils sont une nouvelle classe - pour être bien vu du populo -,
    de bourges rusés qui planquent leurs liasses… Je vous trace en gros le tableau :

    « L’côté artiste, c’est du pipeau. Leur vraie passion, c'est leur boulot,
    Dans l’ciné, la pub, les journaux. Sont fiers d'payer beaucoup d'impôts.
     
    Ref. : Quels fayots, ces bobos…
    Quels fayots, ces bobos…

     
    « Ils vivent dans les beaux quartiers, ou en banlieue mais dans un loft.
    Ateliers d’artistes branchés, bien plus tendance que l’avenue Foch,
    ont des enfants bien élevés, qu’ont lu le P’tit Prince à six ans,
    qui vont dans des écoles privées, (Privées de "racaille", je me comprends.)
     
    « Ils fument un joint de temps en temps, font leurs courses dans les marchés bios,
    roulent en 4x4, mais l’plus souvent, préfèrent s’déplacer à vélo.
     
    Ref. : Quels escrocs, ces bobos…
    Quels escrocs, ces bobos…


    « Ils lisent Houellebecq ou Philippe Djian, les Inrocks et Télérama,  
    leur livre de chevet c’est Cioran, près du catalogue Ikea.
    Ils aiment les restaus japonais et le cinéma coréen,
    passent leurs vacances à l’Ile de Ré. La Côte-d'Azur, franchement, ça craint ! 
    Ils regardent surtout Arte, TF1 c’est pour les blaireaux,
    sauf pour les matches des “Bleuets”, faut bien le jouer c’rôle de prolo…

    Ref. : Quels salauds, ces bobos…
    Quels salauds, ces bobos…

     
    « Ils écoutent sur leur chaîne hi-fi, “France-info” toute la journée, 
    Alain Bashung, Françoise Hardy, et forcément Léo Ferré.
    Ils aiment Desproges sans même savoir, que Desproges les détestait,  
    Bedos et Jean-Marie Bigard, même s’ils ont honte de l’avouer.
    Ils aiment Strauss-Kahn ou Sarkozy, mais votent toujours écolo
    Ils adorent le maire de Paris, Ardisson et son pote Marco.
     
    Ref. : Quels escrocs, ces bobos…
    Quels escrocs, ces bobos…


    « Ils fréquentent beaucoup les musées, les galeries d'art, les vieux bistrots, 
    boivent de la manzana glacée en écoutant Manu chao.
    Ma plume n’est pas assez assassine pour ces gens que je n'aime pas trop,
    Par certains côtés, j'imagine…  que j'fais aussi partie du lot. »


    Maintenant que Renaud est devenu un bobo, il faudrait peut-être qu’il arrête de chanter en imitant l’accent prolo, mais ça doit pas être facile après tant d'années de se débarrasser de ses vieilles manies…

  • La fille de l'Est

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    À cette jeune Morave engageante, qui étudie la sociologie et les sciences-politiques, je demande son avis sur les Français. Peut-elle les caractériser ? Je n’ai pas fait, moi, d’études de sociologie, n’empêche que je suis assez curieux.

    Sabrina-Maria me répond qu’elle trouve les Français “diplomates”. « Hein, diplomates ?! », ça m’interpelle, je m’attendais plutôt à ce qu’elle dise “arrogants” ou “radins”… D’autant plus que je viens juste de lui avouer mon préjugé défavorable vis-à-vis de ses compatriotes. De fait, je les ai trouvés peu amènes, les Tchèques, l’air blasé, sauf en discothèque où ils ont l’air cons, mais ça c’est partout pareil.
    Je me rappelle aussi un pourboire catégoriquement refusé sur un ton offensé par un guide à la sortie d’un château des environs de Telc.
    J’ajoute ensuite tout le mal que je pense de Kundera et de ses romans prétentieux pour gonzesses. Jamais vu de roman de Kundera entre les mains d’un mec dans le métro, quand Kundera était à la mode, il y a trois ou quatre ans.

    Sabrina-Maria m’écoute sagement en opinant du chef… Si elle est du genre maso, j’ai peur de m’attacher à elle. Je pourrais lui proposer de lui servir de cobaye pour ses études de sociologie. Je me suis toujours considéré comme un Français prototypique.
    Bon, mais attention, faut pas se laisser attendrir. D’ailleurs sous la douceur de Sabrina, je devine un tempérament de fer. Je replonge donc le nez dans ma chope de bière noire.

    Et puis Sabrina m’entraîne au centre culturel tchèque, rue Bonaparte, où sont organisées des soirées, il paraît, mais nous trouvons porte close. Ouf, je sais pas si j’aurais pu rester platonique très longtemps au milieu d'un parterre de femmes tchèques ! Les femmes tchèques ont un visage plutôt large, certes un peu hiératique et inexpressif, mais quelle peau, et surtout quels bras, et quelles jambes !