Cinquième fois en vingt-quatre heures que ma voisine se fait baiser par son amant et que les boiseries font remonter leurs gémissements et beuglements jusqu’à moi. Comme quoi en plein Paris on peut avoir l’impression d’habiter à la campagne. Qu’est-ce que ça va être au printemps !
À tout prendre dans les esgourdes, j’aime mieux ça que d'entendre les Beatles ou Madonna qu’ils mettent parfois à pleine sauce pour se donner le moral en dehors du coït.
Pour les spécialistes du comportement que ça intéresse, je relève que ces étreintes à répétition sont brèves, deux à trois minutes grand maximum, suivies de longues conversations enjouées (dont la teneur exacte m’échappe), et que la femelle s’est mise à gémir et à beugler à son tour à la quatrième reprise seulement (Si je n’avais pas su que mademoiselle était là, j’aurais pu croire que monsieur se branlait.)
Peut-on dans ce cas aussi parler de gaspillage et d’existentialisme exacerbé ? Ou faut-il se garder, en l’espèce, de faire une moyenne entre les tempéraments, au risque d’accréditer les thèses de Le Pen sur l’inégalité entre les races (Il est basané et ma voisine, elle, est très blanche de peau.)
En tout cas moi je suis présent, contrairement à son amant vigoureux, dans les mauvais moments comme dans les bons, lorsque ma voisine se met à gémir de douleur aussi, et pleure à gorge déployée son dernier “bon coup” envolé vers de nouveaux ciels de lit.
Et c’est reparti pour un sixième coup ! Peut-être une sorte de défi ou un record à battre… L’ennui ne mène-t-il pas aux pires extrémités ?
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À quai
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Demain la révolution ?
On dit parfois d’untel qu’il “s’est dépensé sans compter” pour une cause qui le dépassait. Je crois qu’on peut dire ça de Marx ; son mariage brillant avec Jenny von Westphalen était pour Marx l’assurance d’une carrière à faire pâlir de jalousie un BHL, un Finkielkraut ou un Luc Ferry - plus sérieusement, d’une carrière à la hauteur de celle de Hegel, si Marx n’avait pas refusé le poste qu’on lui proposait à l’Université d’Iéna pour se consacrer librement à la révolution.
Non pas une révolution “matérialiste”, comme certains béotiens le prétendent, mais une révolution spirituelle, bien que Marx fût un bon vivant aimant le vin, avec un côté “rabelaisien”, ça n’empêche ; au contraire, on sait où la spiritualité puritaine qui plaît tant aux bonnes femmes, mène.
Les ravages de la mondialisation donnent aujourd’hui raison à Marx. N’est-il pas significatif que même le champion de l’immobilisme permanent, François Bayrou, se réfère aujourd’hui à Marx dans le Figaro ? Entre parenthèse il n’y a qu’un lecteur de ce canard décadent pour ne pas se rendre compte que Bayrou fait dire à peu près n’importe quoi à Marx, au gré de son ambition électorale ridicule.
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On peut dire également de Mère Térésa de Calcutta, très politiquement incorrecte elle aussi comme Marx, qu’elle s’est dépensée sans compter. Contrairement à ce qu’a pu dire Jean-Paul II, sainte Thérèse de Lisieux n’est pas particulièrement “antijanséniste”. C’est bien plutôt Mère Térésa qui est une sainte “marxiste”, au point qu’elle a pu agir dans le sens des Évangiles pendant de nombreuses années, sans même avoir la foi ! Un tel “matérialisme” est si scandaleux pour les bourgeois que les démocrates-chrétiens ont tenté de l’occulter.
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Maintenant quelle différence y a-t-il entre “se dépenser sans compter” et “se gaspiller” ? Dans ce domaine, non pas abstrait mais humain, Dieu seul est un juge équitable… Il semble cependant que Sarkozy fournisse un bon exemple de gaspillage ; le moins qu’on puisse dire c’est qu’il n’économise pas ses gesticulations et sa salive (On dirait une mise en scène vulgaire de Jérôme Savary), et qu’il ne nous épargne pas au passage.
