vendredi, 30 octobre 2009
De Marx à Shakespeare
En démolissant le discours sur le "sein" et le "dasein" de G.W.F. Hegel, discours qui est la recette de base de la béchamel existentialiste (réduisible à néant ou un petit bout de carbone, une goutte de pétrole pour figurer le miroitement de l'âme nazie), K. Marx isole le principe de la mutation. L'idée de mutation, dit-il, est ésotérique. Or la science bourgeoise, qui n'en est pas une, pas plus que l'existentialisme n'a de fondement dans la réalité, cette spéculation repose presque exclusivement sur ce principe de mutation, ce que Simone Weil comprendra elle-même plus tard, dénonçant l'insanité de Max Planck, monument de connerie bourgeoise boche, aussi solidement fondé sur les jongleries de Helmholtz que la science économique capitaliste sur le jeu de bonneteau ou le "Black Jack". Le sable du temps, dont Shakespeare démontre tout le noir projet qu'il implique.
L'historien (Michel Winock) qui appuie sa "science" sur le principe de mutation ne fait ainsi que sacrifier à la religion nationale-socialiste en fonctionnaire exemplaire, c'est-à-dire fournir une explication ésotérique au changement historique, interpréter l'histoire comme le destin collectif. Difficile d'être plus sectaire béotien. La mort est le grand projet capitaliste, et tous les efforts du clergé capitaliste tendent à le dissimuler. L'existentialisme, que la grenouille de bénitier laïque appelle aussi "fin de l'histoire", est plus étriqué encore que l'idée nazie ou romaine de destin. A chacun son petit carré de cimetière et les vaches seront bien gardées. Pas étonnant que la grandeur d'âme d'Hitler fascine autant à côté du cinoche à petit buget de Sartre.
D'ici que le capitalisme canonise Judas Iscariote et son évangile avec l'aide de Joseph Ratzinger... ce projet semble tellement proche !
Le grand Volontaire Shakespeare, lui, c'est en Ajax, le vertueux Ajax qu'il voit le principe satanique, sachant bien que l'idée de potentiel et celle de destin sont identiques. Ajax c'est Hegel, mais aussi Einstein ou Planck : des aliénés ou des zombis, comme on voudra. On peut vivre en restant mort, et mourir en restant vif comme Shakespeare. Le sang versé d'Ajax dans le sol qui se change en narcisse. La métaphore d'Homère est plus forte que la métamorphose d'Ovide. Bacon notre Shakespeare nous dit que le sort du suppôt est d'aller engraisser la terre-mère.
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lundi, 26 octobre 2009
French attacks
If glorious Body of Renaissance classical art and science is under Baroque principles carefully buried, materialistic painting translated into religious music, without forgetting the praise of phallic architecture by the horde of german grave-diggers such as Hegel, Proust, Panofsky... the reason is that Renaissance is far too much politically uncorrect for the bourgeoisie. 'Sexual revolution' is the paederastic choir-boy's revolution.
When it is speaking with its prudishness about 'collective unconsciousness', Shakespeare says more acurately 'Lucifer'. K. Marx himself is defining capitalism as a fiendish virtual principle (Puritan clerks are hating Marx who does underline the link between marriage and prostitution, pornography, although Freud has been masking this link. A puritan guy made a book to try to demonstrate that Marx was possessed by the devil whose name was... Richard Wurmbrand, a program in itself!).
The agreement between Lucifer and Puritan virtue on which French people are educated thanks to Moliere (Don Juan & Sganarelle) is illustrated by the USA now. Louis XVIth wanted to change the rules too as B. Obama does, but he could not.
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Pour un art communiste
Si le corps glorieux de l'art de la Renaissance est soigneusement enfoui sous un chaos de principes baroques, l'éloge de l'architecture phallique, par la horde des fossoyeurs allemands (Hegel, Proust, Panofsky, etc.), c'est que la Renaissance est beaucoup trop politiquement incorrecte pour le petit-bourgeois.
Ce que la bourgeoisie appelle pudiquement "inconscient collectif", Shakespeare l'appelle par son nom : Lucifer. "Politique d'abord !", pour finir par le massacre légal des innocents, l'holocauste à Bel.
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samedi, 24 octobre 2009
Total négationnisme
Il est assez facile de comprendre pourquoi le slogan de la "fin de l'histoire" ne peut que sortir de la bouche d'imbéciles néo-nazis ou capitalistes. Il ne s'agit pas seulement en l'occurrence de nier ou remettre tel ou tel point de l'histoire en question comme le voyage sur la lune, les "chambres à gaz" ou la réalité de l'attentat contre le Pentagone, mais d'un négationnisme total de l'histoire, ramenée à l'enregistrement chronologique des faits.
La "fin de l'histoire" : dans cette religion primaire, manière pour les bobos de "croiser les doigts" en attendant le sceau du destin, l'existentialisme joue un rôle décisif. Il constitue l'une des plus stupides philosophies de l'histoire de l'humanité, une sorte d'épicurisme plus près de la palinodie que de la poésie. L.-F. Céline devine en un clin d'oeil le tempérament colonial et bactérien de Sartre.
Je rappelle pour ceux qui ont subi le lavage de cerveau de l'Education nationale vouée à former des caissières exemplaires ou des informaticiens nitchéens comme Houellebecq, des pornographes kirkegaardiens, que l'existentialisme s'achève par la réponse de Sartre : "Pt'être ben que oui, pt'être ben que non." à la question : "Dieu existe-t-il ?", pour conclure les "Mots".
Sartre est une sorte de philologue qui voit Dieu comme une phrase ; les mots ont, de fait, la propriété d'être vrais... ou faux. Le dieu de Sartre est facécieux, comme celui de Pascal.
*
Mais revenons à l'histoire et à des systèmes moins décomposés que la merdre existentialiste, qui colle si bien à la pédérastie capitaliste.
La philosophie nationale-socialiste INVENTE la théorie du progrès de la politique sur la mer de l'histoire, sur une base mathématique (architecturale). Cette invention a pour but -ou au moins pour effet- de dissimuler le principe statique de la politique ou du capitalisme derrière un simulacre d'histoire. Donner l'impression du progrès sur le mode ondulatoire ou trigonométrique, telle est l'oeuvre du docteur angélique Hegel. La svastika, en tant que somme des signes mathématiques essentiels, est plus directement évocatrice encore de ce branlement que l'abeille impériale et la cellule hexagonale.
Ainsi le lien entre la politique et la science est postulé au XIXe siècle, parodie de la manière dont le moyen-âge affirmait le lien entre politique et théologie (nul besoin d'avoir lu Lénine ou Marx pour comprendre le caractère satanique d'un tel rapport : les théologiens du début de la Renaissance comme Dante ou de la fin comme Bacon ont vu ce satanisme dans l'islam ottoman, et il n'est pas difficile de comprendre que le "Saint Empire romain germanique" une doctrine semblable, que Leibnitz nomme théodicée).
A quoi sert que Hegel se décarcasse si c'est pour que les crétins existentialistes, Kierkegaard en tête, ramènent la svastika au néant, c'est-à-dire au point central d'où elle part ! Autrement dit l'existentialisme revient à dire que le cinéma ne bouge pas mais qu'il est une succession de photographies immobiles. Tu parles d'un scoop ! L'inspiration médiévale de la philosophie bourgeoise du XIXe, que le nazisme recouvre d'orgueil polytechnicien, redevient apparente dans le branlement existentialiste de Heidegger ou sa secrétaire Arendt (que la bourgeoisie atlantiste a fini par blanchir). Hegel est donc la matrice de "la fin de l'histoire", mais la subtilité de Hegel, jongleur hors pair, l'aurait empêché de voir "la fin de l'histoire" autrement que comme la banqueroute de sa thèse. L'existentialisme ne fait que traduire une déception du nazisme, en panne d'essence. Le néo-nazi ne se distingue de son père que par son déficit intellectuel.
*
La version "populaire" de ce satanisme canonique hégélien est sans nul doute le transformisme darwinien, dont la fortune est liée au national-socialisme comme au capitalisme. L'idéologie évolutionniste de Darwin passe par la même géodésie que la doctrine nationale-socialiste. La traduction de l'homme en fonction (bipédisme) par Darwin est une vue de l'homme à travers le prisme politique (On la retrouve même dans le mythe politique d'Oedipe-tyran et de la divination de ce héros de l'énigme posée par le Sphinx, qui définit déjà la politique comme un système anti-historique ; l'engouement de la culture juive ou germanique pour Oedipe, jusqu'à occulter le tempérament pédophile et incestueux de ce héros, assassin et tyran qui plus est, tend à accréditer la sagesse apocalyptique de François Bacon pour qui la mythologie grecque s'inspire assez largement de l'Ancien Testament ; d'ailleurs pour un chrétien français (cf. Léon Bloy), judaïsme comme germanisme incarnent le refus du progrès et de l'histoire - l'archaïsme.)
Plus significative encore que l'idéologie de la fin de l'histoire de crétins journalistes au "Figaro" ou à "Marianne", formés à l'école du confort intellectuel et entraînés à recouvrir l'odeur de pourriture du Danemark, journalistes qui ne sont après tout que des factotums, l'idée de "mutation historique" assenée récemment par un historien diplômé, Michel Winock, sur un plateau de télé (désormais le lieu du prêche laïc).
Cette idée sort directement de l'arsenal idéologique national-socialiste. Ce type de rhétorique vaut à Hegel d'être qualifié d'"ésotérique" par Marx. L'explication du changement ou du virage historique par la "mutation" est un procédé grossier de non-explication. Alors que la critique historique se donne pour objectif de comprendre pourquoi la pensée matérialiste ultra-moderne d'Aristote précède de peu la décadence grecque, par exemple, le sorcier* laïc répond : "Parce que : c'est une mutation", se foutant ainsi de la gueule du peuple avec une effronterie infinie.
Et si l'on veut l'explication de la mutation au plan biologique, pour essayer par analogie de piger quelque chose à ce discours, les évolutionnistes sont là pour répondre : "Parce que, c'est le hasard (=destin)", ajoutant la non-explication à la non-explication.
La théorie transformiste prend même l'aspect de la glose scolastique jadis, et l'amoncellement de non-preuves, l'emploi d'un vocabulaire juridique étranger à l'observation et à la science naturelle de la part du néo-darwinien yanki Stephen Gould évoque le mot ironique de Marx à propos des traités médiévaux de Duns Scot, dont le volume seul suffit à faire autorité. La théorie transformiste de fait, question de kilogrammes, pèse très lourd.
*Sorcier : le mot s'impose s'agissant de la science laïque antihistorique, vu son emprunt à la secte pythagoricienne de tout le matériel géométrique efficace pour réintroduire l'idée de fatalité - l'élément eau. Il va de soi qu'il faut être chrétien comme Marx pour faire au capitalisme un procès en sorcellerie.
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jeudi, 10 septembre 2009
Essence de la laïcité
Le prêtre perd son rôle de directeur de conscience au profit de l'instituteur au cours du XIXe siècle ; l'instituteur est remplacé à son tour par le journaliste après la Libération (sic). Le flux des décrets moraux vient à dépasser l'écluse de la politique, "signe rétrograde du temps" comme dit Frédéric Engels.
On peut considérer que la trigonométrie de Hegel décrit le processus de vie et de mort des civilisations (Le philosophe souabe conçoit la politique comme une sphère, et son progrès, son histoire - qui n'en est pas une -, comme un cercle vertueux, au contraire de la sagesse des Anciens qui le sait vicieux.)
- Naissance due à une conjonction de phénomènes attribués au hasard ("Big-bang"), progrès qui consiste dans la sublimation des institutions morales en institutions politiques (de Dionysos à Apollon), puis dégradation anarchique des institutions politiques en institutions morales. Et mort ("entropie"). La morale "existentialiste", qu'on peut résoudre à zéro, n'a pas d'autre sens ; elle ne fait qu'inverser les spéculations médiévales. Hegel retourne la robe de Thomas d'Aquin. Le même escalier que Thomas d'Aquin a monté, Hegel le descend. Ces deux docteurs "angéliques" (reste à savoir de quel ange le message de la phénoménologie de l'esprit de Hegel fait passer) se sont heurtés d'ailleurs heurtés à plus matérialistes qu'eux - Averroès ou Sigier de Brabant pour le premier, Karl Marx en ce qui concerne G. Hegel.
L'anarchiste et le capitaliste ont en commun, l'un par naïveté, l'autre par hypocrisie, d'ignorer que la dictature morale est pire que la dictature politique, pour différentes raisons élucidées par Marx :
- parce que la dictature morale est bien plus sournoise et nous prend par les sentiments. Mettons que la dictature est "apollinienne" et le totalitarisme "dionysiaque" ; la piquette des sentiments conduit à Marx ou à Shakespeare ;
- parce que la dictature morale est un terminus et qu'on n'enfonce pas un butoir.
Signe caractéristique, le droit qui dès le moyen âge commence à envahir la sexualité sous l'impulsion de clercs maniaques, bien que le Testament invite à relativiser l'importance de la sexualité et des conventions matrimoniales (Paradoxe : le moyen âge érige le sacerdoce et l'abstinence en vocation supérieure - paradoxe dont l'Eglise catholique ne s'est jamais remise et dans lequel le protestantisme s'est engouffré.) La législation et les rituels nuptiaux ont désormais envahi complètement la sexualité, jusqu'à la promotion de pratiques sexuelles comme le sado-masochisme, importé du Japon et des Etats-Unis, qui ne relèvent quasiment plus que du droit ou de la liturgie. L'aberration du mariage gay dévoile le mobile véritable du mariage chrétien, derrière les fanfreluches sentimentales.
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mercredi, 01 juillet 2009
Un peu d'art pour tous
Deux idées fausses reviennent fréquemment dans la critique d'art contemporaine :
- le lien entre la peinture de la Renaissance et le "nombre d'or" ; il est vrai que les peintres de la Renaissance sont pour la plupart de véritables savants beaucoup plus sérieux que les soi-disant scientifiques d'aujourd'hui, fonctionnaires peu indépendants, parodies d'humanistes comme Axel Kahn ; mais l'arithmétique ou les mathématiques sont secondaires pour les savants de la Renaissance. Ils concernent surtout les artisans. Cette idée amène à confondre Michel-Ange avec Kandinsky, le "bauhaus" et la peinture du XIXe siècle, qu'on peut presque qualifier de "pythagoricienne" tant elle est obsédée par les calculs.
L'usage du nombre d'or est en architecture et en décoration, pour la composition de grands panneaux, afin d'assurer un effet d'équilibre agréable à l'oeil ; point à la ligne. Dans la partie décorative (et donc à vocation politique de son travail), c'est là que le peintre se montre le moins objectif puisqu'il lui faut réserver au spectateur des effets de clair-obscur, de relief ou d'illusion perspective, afin de le séduire. Nul n'est plus au fait de l'aspect subjectif de la perspective qu'un peintre. Or le peintre de la Renaissance est en même temps, débordant le cadre politique, celui qui est le plus préoccupé d'objectivité scientifique. C'est-à-dire que l'artiste-peintre de la Renaissance autant qu'il le peut déborde le cadre de l'architecture et de la poésie pour tenter quelque chose de plus solide. De la même manière Shakespeare n'a résisté au temps que dans la mesure où il ne fut que très secondairement poète.
*
On peut même dire que G.W.F. Hegel, à peine plus avisé que Diderot en matière d'art, a bâti toute une théorie de la peinture entièrement fondée sur son aspect artisanal et politique, c'est-à-dire sur les aspects séduisants de la peinture, alors que la peinture de la Renaissance plus qu'aucune autre au cours de la période moderne, sur le modèle de l'art grec tend à s'élever au-dessus du soleil de la politique et des saisons. Non pas la mesure et le calcul des proportions si on préfère, plus prosaïquement, mais l'archétype et l'histoire. La preuve en est que le dessein atteint presque à la Renaissance, bien qu'il soit d'abord plus difficile que la peinture, le statut d'art à part entière. Et le dessein ne remplit pas de rôle politique déterminé. L'art pour l'art libre, le voilà.
Au XIXe siècle J.D. Ingres est un des derniers à se souvenir que lorsqu'un peintre ne sait pas dessiner comme Vermeer, il n'est qu'un simple décorateur, aussi émouvant soient les effets de ses vernis sur l'âme étriquée d'un bourgeois. Mieux vaut un bon artisan rempailleur de chaise qu'un intello photographe comme Vermeer (un régal pour un faussaire, soit dit en passant).
- deuxième ineptie, parallèle à la première, c'est l'idée de beauté symétrique. Il suffit pourtant de regarder un portrait de Dürer ou de Véronèse pour constater que la beauté n'a rien de symétrique. S'il est une beauté symétrique, c'est celle du diable, comme la chirurgie esthétique le prouve encore aujourd'hui, tuant par la symétrie la vie dans les visages (cf. Carla Bruni, transformée en momie de son vivant, alors qu'elle avait encore un joli minois il y a dix ans). Dürer et Véronèse étaient bien placés pour savoir que la symétrie se rapproche plus de la laideur. Et ça c'est l'architecture moderne, "cellulaire", qui le démontre.
L'idée de beauté symétrique venant de la musique (ou de Platon), elle conviendrait mieux à l'art baroque du XVIIe siècle si les peintres baroques, bien que décadents, n'avaient pas une idée de la peinture quand même beaucoup moins étriquée que celle de Diderot (fasciné comme tous les jansénistes par la beauté du diable : les paysages marins).
La science laïque s'évère bel et bien dans ce domaine aussi comme l'art d'enseigner au peuple des balivernes sous couvert d'élever l'esprit de chacun.
07:11 Publié dans Misère de la science | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : nombre d'or, diderot, kandinsky, vermeer, hegel, michel-ange
dimanche, 24 mai 2009
Saint Marx
Marx et Engels démontrent, notamment dans leur pamphlet intitulé "La Sainte Famille", que le totalitarisme dérive d'une idéologie de la famille. C'est-à-dire que la sacralisation de l'Etat, ses institutions, ses lois, reprend en les développant les formules de la sacralisation de l'organisation familiale (même si d'un point de vue marxiste, bien sûr, les idées ne sont que des coquilles vides qui ne permettent pas de comprendre la logique tortueuse de l'Histoire). La famille n'est donc pas seulement l'organisation première constitutive de la société civile, sur le plan humain et économique, la "religion de l'Etat" est aussi un ersatz de la religion de la famille.
La doctrine de G.W.F. Hegel n'est pas moins médiévale ou romaine que celle de Kant en réalité, même si la "statique" de Hegel, prince des philosophes allemands, est dissimulée derrière un principe d'évolution quasiment algébrique ou fonctionnel. Montesquieu n'est d'ailleurs pas plus capable que Hegel, après avoir posé le principe abstrus de la "loi naturelle", d'expliquer clairement quel rapport les lois entretiennent avec la Nature. Le lien qui s'impose à l'esprit entre la loi et l'artifice n'est effacé par Montesquieu qu'à l'aide d'un décret.
L'analogie entre "l'homme providentiel" du droit laïc, "national-socialiste", et Moïse a déjà été remarquée par tel ou tel historien (A. Hitler lui-même comme certaines de ses notes en témoignent, avait remarqué les connotations religieuses du droit allemand) ; mais les lois de Montesquieu sont elles aussi comme "tombées du Ciel", et l'ésotérisme juridique de Montesquieu précède celui du Souabe Hegel, malgré la différence de style (et le fait que, dans le domaine artistique au moins, Montesquieu émet des idées moins lucifériennes que celles de Hegel.)
*
On peut penser qu'en dehors de l'influence de Charles Fourier, ce sont les études grecques de Karl Marx qui l'ont amené à s'attaquer à une idéologie fondamentalement romaine de la famille. Trois idéologies se rencontrent ici : non seulement le droit romain, mais aussi la philosophie allemande par conséquent, sans oublier le droit patriarcal juif, pour donner naissance à la religion dite "judéo-chrétienne", devenue "laïque" sous l'effet d'un certain nombre de spéculations et de conflits d'intérêts. La mythomanie de l'"Europe latine" (cf. Rémi Brague) procède encore du même amalgame. Si la thèse de Rémi Brague n'a pas de consistance historique, en revanche elle en dit long sur notre temps, incapable de comprendre quoi que ce soit en dehors des principes qui le déterminent.
*
Pas besoin par ailleurs d'avoir fait des études de théologie très poussées pour savoir que la théorie chrétienne du sacerdoce du prêtre est elle aussi bâtie contre l'institution matrimoniale ; non pas par puritanisme comme les journalistes disent parfois, mais parce que la famille, institution éminemment patrimoniale, se heurte à la vocation spirituelle de l'homme et aux nécessités de l'évangélisation. Les théologiens du sacerdoce n'ont pas pu ne pas remarquer que Jésus exige des apôtres qu'ils quittent tout sur le champ, y compris leur famille le cas échéant.
Le journaliste C. Terras (de "Golias") n'a pas tort de relever que le sacerdoce lui-même n'est pas exempt de raisons patrimoniales et qu'il a eu parfois pour effet d'empêcher l'éparpillement des biens du clergé ; mais cette remarque n'a pas de sens sans le corollaire que le mariage, lui, ne déborde pas (d'un point de vue chrétien) le cadre patrimonial (même si la généralisation du salariat a eu tendance à gommer, dans l'après-guerre 1939-45 surtout, cet aspect essentiellement patrimonial, dont seul le monde des affaires ou le monde rural conserve la compréhension).
L'aberration est donc la suivante : non pas d'inciter l'Eglise à abroger le sacerdoce pour une forme d'action plus moderne, mais de l'inciter à abandonner le principe du sacerdoce pour permettre aux prêtres... de se marier, c'est-à-dire d'endosser les conventions et les rites d'une institution particulièrement archaïque et païenne.
Cette invitation faite à l'Eglise de se moderniser dans le sens du paganisme (!) a d'ailleurs pour effet de montrer que l'idéologie du mariage n'a rien perdu de sa vivacité, bien au contraire, dans le régime laïc totalitaire. Le "mariage gay" est certainement d'un point de vue matérialiste la conception la plus spirituelle du mariage qu'on ait jamais inventé. Les démocrates-chrétiens puritains, disons "boutinistes", qui combattent le mariage homosexuel, éprouvent d'ailleurs beaucoup de difficultés à lutter contre une conception encore plus "fleur bleue" que la leur de la réalité sociale.
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mercredi, 04 février 2009
Signes sataniques du Temps
Convoqué avant le Père Fessard dans l'article de Milosz (in : 'Simone Weil, etc.', Bayard 2009) le prof. Leszek Kolakowski fut viré de l'université communiste de Varsovie en 1968 : 'L. Kolakowski (...) déclare carrément que toutes les structures de la pensée moderne, y compris celles de la philosophie marxiste, ont été élaborées au Moyen âge par des théologiens et qu'un observateur attentif peut retrouver sous leur nouvelle vêture sémantique, la trace de ces anciennes querelles ; et ainsi, par exemple, il montre que les marxistes discutent de l'histoire en termes de théodicée - la justification de Dieu.'
Le médiéviste Etienne Gilson note de son côté l'emprunt de Hegel à Bernard de Clairvaux.
Ce qui est remarquable et complète le tableau, c'est la dérive du régime communiste, comme le renvoi de Kolakowski l'atteste, vers un dogmatisme et une sclérose qui furent ceux de l'Eglise catholique elle-même auparavant. Extra-lucide contrairement à Trotski, Lénine a même comparé son successeur Staline à Louis XIV, despote 'janséniste' (la doctrine libérale jaillit de l'ignorance janséniste au XVIIe sicècle).
Marx savait certainement, au contraire d'un helléniste inepte tel qu'Heidegger, que sa critique radicale de la philosophie de Hegel n'était pas sans rappeler la critique de Platon par Aristote. Mais la critique de Hegel par Marx renvoit aussi à la critique de saint Augustin et de la philosophie de Plotin par la scolastique médiévale et l'humanisme de la Renaissance.
Il convient d'ailleurs de rectifier Kolakowski ou de le préciser sur un point qui n'est pas négligeable. C'est Hegel et non Marx qui discute l'histoire en termes de théodicée. C'est même un trait typique de l'idéologie allemande, qui fascine Voltaire en même temps qu'il s'en moque. Marx comme la Renaissance occitane voit l'histoire en termes d''Iliade' et d''Odyssée' : tout au contraire un combat à mort contre le Léviathan et un Voyage au bout du royaume de Neptune.
C'est ce qui rend Marx et Engels 'apocalyptiques' comme Paul et Jean, tandis qu'Hegel est encerclé derrière les murs de Troie. On peut prendre les démons acharnés à la perte d'Ulysse dans l''Odyssée' pour des préfigurations de Satan et ses ruses, des sirènes à Polyphème, Charybde et Sylla... Les mille ruses d'Ulysse lui servent à déjouer les mille pièges de la Bête. Mais ces démons et leurs suppôts préfigurent également, ce n'est pas un hasard, la caractérisation du mensonge et de la bourgeoisie par Karl Marx. Saint Paul a rendu hommage aux Grecs pour avoir bâti un Temple 'au Dieu inconnu'. On constate qu'ils possédaient aussi une démonologie élaborée.
On est très loin de la docte ignorance de rhéteurs laïcs comme Nitche et Freud, femelles impuissantes qui ramènent la tragédie grecque à la dimension étriquée d'un drame bourgeois ou d'un opéra italo-boche.
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dimanche, 30 novembre 2008
Le goût des juifs
Le goût prononcé des juifs pour la dictature et les régimes totalitaires, l'Allemagne naguère et l'Empire austro-hongrois, les Etats-Unis aujourd'hui, ce goût vient de ce que le Léviathan chrétien ou laïc de Napoléon, Bismarck ou Hitler, semble ressusciter le Dieu Tout-Puissant de l'Ancien Testament.
La religion de l'Etat hébreu est même venue aujourd'hui se substituer ou se superposer à la religion juive traditionnelle. Tant que l'Etat nazi internait les juifs dans des camps de travail en leur assignant le rôle dévolu aux femmes dans les guerres industrielles : la fabrication des armes - jusque-là les Juifs n'avaient pas de véritable raison de se révolter. Le sort des juifs en définitive a été vécu par eux comme une sorte de trahison, de défaillance impossible de Dieu Tout-Puissant. Mais nul doute que l'Allemagne luthérienne s'est sentie trahie aussi par le quasi-suicide de ce Léviathan.
Il n'y a pas que les juifs et les Allemands, bien sûr. Le mythe gaulliste est venu masquer la réalité de la défaite-éclair française en 1940, à cause de la dimension mystique de cette défaite pour un démocrate-chrétien ou un laïc athée.
Ce qui est arrivé aux juifs ne leur est pas arrivé comme Winston Churchill l'a écrit dans ses notes personnelles parce qu'ils l'avaient plus ou moins cherché, mais à cause de la confiance qu'ils avaient placée dans le Léviathan nazi.
L'Etat laïc est une personnalité morale puissante dont le dessein demeure obscur en dehors de protéger son peuple des nations voisines y compris par des attaques violentes. Dure est la Loi de l'Etat jusqu'à la folie, mais c'est sa Loi. Qui est l'"Homme providentiel" de la religion de Hegel, figuré par Bismarck ou Napoléon, Hitler, si ce n'est Moïse guidant le peuple hébreu ?
Un des points communs les plus évidents entre le communisme de Marx et la doctrine catholique authentique, c'est le refus de toute forme de nationalisme ou de laïcité, le refus de grimper sur la galère d'un Etat Tout-puissant qui vogue tout droit vers l'Enfer.
L'Eglise catholique et l'Internationale communiste étant réduits aujourd'hui à néant ou presque, contraintes de marmotter les sacro-saintes formules mystiques de la religion laïque, et le cardinal primat des Gaules Mgr Barbarin semble n'avoir d'autre souci que ce reniement public et répété dans tous les médias où on veut bien l'inviter, de la chaîne pornocratique Canal + au 'Jour du Seigneur', la fin de la menace communiste et de la menace catholique font que c'est désormais vers la Russie de Poutine que se tourne la haine de la secte laïque prospère et des démocrates-chrétiens. Car c'est la Russie qui représente aujourd'hui le plus grand danger pour le système laïc et démocrate-chrétien.
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lundi, 17 novembre 2008
Hybride
Lu dans "Le Monde diplomatique" un article dont l'auteur propose de chercher des solutions à la crise à la fois chez J.M. Keynes et Karl Marx. C'est complètement absurde ; autant que le rapprochement que font certains universitaires gâteux entre Marx et Hegel (Ce genre de "pondérations" de Marx par Hegel ou Keynes vise bien sûr avant tout à préserver l'honorabilité des carrières des profs qui la suggèrent. Si le slogan des chrétiens est désormais : "Surtout pas l'Apocalypse !", celui du PCF depuis la Libération c'est : "Surtout pas la Révolution !".
Marx n'a rien à voir avec des crétins comme Keynes ou François Fillon ; le marxisme n'est pas une trousse à outils ; c'est une vision complète de l'homme-artiste telle qu'on n'en avait plus proposé depuis Averroès, saint Thomas d'Aquin ou Raphaël.
La tentative de réforme du capitalisme par Keynes est à peu près la même que celle qui fut tentée avec le succès qu'on sait par Hitler à partir de 1933 en Allemagne. Elle consiste à essayer de fixer la richesse nationale et à lutter contre la force capitaliste centripète. Toujours ce rythme binaire du capitalisme : sadisme Et masochisme, anorexie ET boulimie, consommation ET épargne, étatisme ET laxisme, Keynes ET Friedman.
Sans une organisation totalitaire telle que le FMI ou le Congrès yanki, les tours de passe-passe monétaires façon Friedman seraient impossibles. La politique de dépenses contrôlées par l'Etat, non seulement n'a pas sorti l'Allemagne nazie ni les Etats-Unis complètement du marasme dans les années 30, mais elle a entraîné ces nations à développer leurs industries militaires.
Par conséquent on peut dire que Keynes, autant que Hegel, c'est la guerre.
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