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  • Banalité du nazisme

    Le propos d'Hannah Arendt sur la "banalité du mal" demeure subversif sous cet intitulé. J'en veux pour preuve l'effort pour le déformer ou le contester de certains intellectuels. Le propos d'Arendt n'est pas conforme au roman national tel qu'il est enseigné depuis la Libération, conçu pour diaboliser le régime nazi, tandis que H. Arendt s'efforce de mettre à jour son mécanisme.

    On ne peut manquer de remarquer que les deux partis qui dominent la scène politique française à la Libération sont des partis de gouvernement technocratique, à savoir le PCF et le parti gaulliste ; c'est même à peu près leur seul point commun. La conscience antitotalitaire s'est logiquement exprimée en "Mai 68" contre ces deux partis, sans produire de résultat politique. "Mai 68" n'a pas entamé la "société du spectacle" que ce mouvement dénonçait, ni la structure technocratique de l'appareil d'Etat gaulliste comparée au fascisme.

    H. Arendt elle-même était sensible à la pression sioniste qui s'exerçait sur elle ; elle "comprenait" que l'impression qu'elle donnait de minimiser les massacres du IIIe Reich pouvait choquer la communauté juive. Mais, plus Américaine que Juive, le propos politique d'H. Arendt épargne surtout la démocratie-chrétienne états-unienne. Les Etats-Unis peuvent encore passer en 1950 pour le refuge des damnés de la terre, en particulier des migrants européens chassés pour des raisons religieuses, raciales, ou tout simplement en raison de leur grande pauvreté (les catholiques irlandais).

    C'est là tout ce qui oppose H. Arendt à Aldous Huxley ("Brave New World"), puisque ce dernier insiste au contraire sur la dimension états-unienne du totalitarisme, c'est-à-dire culturelle, ce qu'il est convenu d'appeler -pour en dissimuler la violence morale- le "soft power".

    George Orwell et Aldous Huxley sont tous les deux des théoriciens de la "banalité du nazisme". C'est ce qui en fait les deux romanciers les plus subversifs de la seconde moitié du XXe siècle. Le fait qu'ils soient Anglais n'est pas un hasard, car le totalitarisme a, au XXe siècle, une dimension qui échappe à la politologue démocrate-chrétienne H. Arendt : c'est un impérialisme. Comme le catholicisme romain n'existe pas en dehors de la formule impérialiste, la démocratie-chrétienne est historiquement liée, elle aussi, à l'impérialisme.

    L'idéologie démocrate-chrétienne est tout aussi pernicieuse et dangereuse que le nazisme ou l'idéologie soviétique, et elle l'a prouvé à de nombreuses reprises, dès 1945.

    En posant l'équivalence des idéologies soviétique, nazie et démocrate-chrétienne, A. Huxley a condamné son oeuvre à la contre-culture, c'est-à-dire à l'Enfer. Orwell n'en pensait pas moins, mais il est moins explicitement subversif car il conçoit le régime soviétique comme la formule totalitaire idéale, en particulier en raison de sa dimension séculière de culte de l'Etat-providence. La démocratie-chrétienne rend un culte à l'Argent, qui ne pose pas de problème au stade des Trente Glorieuses, mais qui s'avère problématique au stade de la crise capitaliste. Quant au nazisme ou au fascisme, Orwell était conscient qu'il était limité aux circonstances de la guerre. Et si Hitler gagnait la guerre ? A cette hypothèse Orwell répondait : - L'Allemagne se soviétiserait. Ce qui vaut encore aujourd'hui à Orwell la haine des idéologues soviétiques. Pour éviter la récupération par les idéologues démocrates-chrétiens, Orwell a situé la capitale du bloc totalitaire anglo-saxon à Londres.

    En résumé, tandis que H. Arendt oppose au totalitarisme la démocratie-chrétienne, G. Orwell lui oppose la nation, au sens historique et non démagogique du terme, c'est-à-dire une politique anti-impérialiste. L'opposition d'Orwell trouve sa cohérence dans le marxisme d'Orwell.

    Le propos d'Huxley est le plus désespéré et, d'une certaine façon, le moins politique. On note qu'à la fin de sa vie, H. Arendt est tout de même en proie au doute : en effet, si elle ne caractérise pas la culture de masse démocrate-chrétienne comme un "soft power" (ce qu'elle est avant tout), Arendt est consciente que la culture de masse est nécessairement barbare, en contradiction avec l'aspiration démocratique de Tocqueville.

    L'antinazisme est devenu un élément à part entière de la propagande totalitaire, états-unienne notamment, une manière de blanchir la démocratie-chrétienne. La propagande de l'Etat russe poutinien est pratiquement symétrique : il l'a utilisée en Ukraine pour blanchir son opération spéciale dès lors qu'elle s'est enlisée. Le cas de "Tintin & Milou", familier de beaucoup de Français, est caractéristique : il s'agit en effet d'une propagande belge européenne, doublement antisoviétique et antiaméricaine (antisémite), c'est-à-dire équivalente de la propagande nazie dans les années 1930, qui mobilisait à la fois contre les soviétiques et contre les massacreurs capitalistes (juifs) d'Amérindiens. Hergé et ses commanditaires blanchissaient de surcroît l'impérialisme belge au Congo, particulièrement brutal.

    Peu regardante, la propagande a gommé après la Seconde guerre mondiale la dimension antisémite antiaméricaine de Tintin & Milou pour la recycler et l'adapter aux besoins de la mondialisation sous la bannière états-unienne.