L'attaque soudaine de l'Iran par les Etats-Unis de Donald Trump pour tenter de décapiter le régime des mollahs et des "gardiens de la Révolution" a surpris la plupart des observateurs. En effet D. Trump a été élu sur la promesse de ne pas envahir l'Iran, ou du moins de ne pas répéter les erreurs de ses prédécesseurs démocrates et républicains en Irak, en Afghanistan et en Ukraine.
Les Gilets jaunes et les médias citoyens indépendants ont intérêt à scruter la révolution libérale MAGA et la politique de D. Trump, car la grève générale des Gilets jaunes de 2019 est un mouvement similaire à celui qui a porté D. Trump au pouvoir en 2016, à la surprise générale. L'alternance républicains/démocrates est un élément essentiel de l'Etat profond libéral, et la surprise vient donc de ce que D. Trump ait réussi à mettre fin à cette "alternance" dès 2016. On sait qu'au cours de son premier mandat, l'appareil du parti républicain a réussi à contenir D. Trump.
La politique impérialiste des Etats-Unis est le principal mobile de "l'Etat profond", que la révolution MAGA entend dissoudre pour rétablir une république conforme aux principes de la révolution de 1776.
L'attaque de Téhéran, souhaitée et prônée par les dirigeants israéliens, mais que D. Trump avait toutes les raisons électorales d'éviter, à quelques mois des élections au Congrès, cette attaque aéro-navale a eu pour effet la décantation de son électorat. Grosso modo D. Trump perd le soutien de la frange MAGA, dont le motif principal de voter Trump était "révolutionnaire". D. Trump conserve pour l'instant le soutien des sectes puritaines fondamentalistes qui ont voté contre l'éthique progressiste des partis du système, et pour qui le pacte des Etats-Unis avec Israël a une connotation mystique.
Autant dire que les chances de D. Trump de remporter les élections de mi-mandat (novembre) sont sérieusement grevée. Le parti démocrate adverse n'en demandait pas autant...
De nombreux ex-supporteurs MAGA influents de D. Trump n'ont pas hésité à expliquer son revirement par un chantage exercé par Israël, se servant de l'affaire J. Epstein. Compte tenue de l'étendue de ce réseau d'influence souterrain, les complotistes peuvent y voir une confirmation de leurs pires soupçons. C'est ici une des meilleures raisons de déterrer et anéantir le réseau : faire la part du complotisme et de l'influence réelle de ce réseau international.
Néanmoins, on sait que D. Trump et B. Nétanyahou sont très liés, affaire Epstein ou pas. L'isolement de D. Trump a contribué à la rapprocher du président israélien. Celui-ci a pu convaincre D. Trump que le jeu en valait la chandelle et que les risques d'enlisement du conflit étaient faibles. Le récent coup d'Etat de la CiA au Vénézuéla a pu inciter Trump a ce nouveau coup de poker.
En faisant sortir Israël de ses gonds, le Hamas a peut-être mis fin à la Guerre froide, telle que G. Orwell la décrit dans "1984", comme un conflit multilatéral sous contrôle, qui contribue à la stabilité intérieure de chacun des blocs totalitaires. Les représailles sanglantes et brutales d'Israël, comme on l'a fait remarquer, ont fait voler le Droit international et l'ONU en éclats. Or le but de l'ONU était précisément d'occulter la réalité de la Guerre froide et d'entretenir l'illusion de la paix. D. Trump comme B. Nétanyahou ne se cachent pas de vouloir changer les règles du jeu totalitaire. Le recours à des arguments religieux fondamentalistes, dans le camp sioniste comme dans le camp iranien, est en lui-même révélateur d'une nouvelle donne idéologique : le mensonge religieux (la "terre promise" a une signification spirituelle et non agricole) se substitue au mensonge d'Etat laïc.
La voie de la réforme économique et politique intérieure, que les MAGA souhaitaient voir D. Trump emprunter, est d'ailleurs encombrée d'obstacles. La contradiction de l'économie capitaliste apparaît de tous les côtés ; on peut la résumer en une phrase : l'impérialisme (incarné par le dollar) renforce les Etats-Unis, tout en les affaiblissant. De plus, l'Etat profond n'a pas rendu les armes et attend les MAGAs au tournant.
La marge de manoeuvre des MAGAs et de leur chef D. Trump est très étroite depuis 2016. L'affaire J. Epstein l'a réduite encore plus.
Une des leçons à en tirer pour les Gilets jaunes est que la révolution MAGA est beaucoup trop centrée sur D. Trump et Elon Musk, quelques personnalités médiatiques ; autrement dit, elle a une assise révolutionnaire beaucoup trop fragile. Le peuple tout entier ne fait pas la révolution, mais ses représentants les plus éclairés (sur la situation politique et économique réelle), le plus souvent issus de la classe moyenne, en dehors du processus légal mis en place par la classe ou la caste dirigeante.
La conquête du pouvoir, en soi, est peu de chose. La politique véritable commence seulement à partir de ce moment-là, et beaucoup de révolutions françaises par le passé n'ont fait que redistribuer les cartes. L'accent est mis sur la conquête du pouvoir par la culture totalitaire (fasciste, trotskiste...) : en réalité la prise du pouvoir du parti révolutionnaire résulte toujours en grande partie des erreurs commises par la classe ou la caste dirigeante. Les théoriciens de la conquête du pouvoir sont des esprits malins et triviaux, mais non de grands politiques.