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pablo picasso

  • Ma conversion

    L'art joue le premier rôle dans ma conversion au communisme. Notamment cette démonstration d'Engels que le "génie artistique" est une utopie, et que c'est vouloir faire de chaque homme un artiste qui est humain et raisonnable. Démonstration d'Engels dont le plus petit artiste, à condition qu'il soit humain et non déjà démoniaque, éprouve la vérité. Je ne peux m'empêcher de faire part à un élève des Beaux-Arts de ce trait d'Engels, et il me répond immédiatement :

    "- Bien sûr, c'est évident. Ton type a raison."

    Le "système Picasso" a sa limite dans Picasso lui-même, dans l'idolâtrie que ses adorateurs lui vouent, fétichisme qui finit, après qu'il en a engrangé les avantages, par dégoûter le "Maître", qui ne maîtrise plus rien. Ce qu'un artiste désire plus que tout, c'est l'amour, non sa parodie conventionnelle, le fanatisme. Bien sûr je ne peux pas éviter la comparaison avec W.A. Mozart, espèce de petit crétin possédé par le génie de la musique.

    S'il faut citer un équivalent de Hegel et de sa phénoménologie démoniaque en peinture, le nom de Manet s'impose, qui donne bien l'illusion du progrès. En algèbre, les exemples fourmillent ; vu que les sophismes d'Einstein sont trop grossiers, disons plutôt Poincaré ou tous les géomètres-experts contemporains de Hegel, persuadés, ces crétins, de surpasser Euclide.

  • Parallèle cubiste

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    C'est le hasard si je lis en ce moment en parallèle deux biographies, celle de Roger Nimier (1925-1962) et celle de Pablo Picasso (1881-1973). À première vue, tout semble séparer ces deux types. Pas de risque de confusion, j'ai pensé d'abord : autant Nimier est grand, autant Picasso est petit, autant Nimier est large, autant Picasso est pingre, autant Nimier est fidèle, autant Picasso est lâche, autant Nimier doute, autant Picasso est sûr, autant Nimier est anticonformiste, autant Picasso est communiste.

    Le hasard car je ne m'attendais pas à ce qu'on m'offre la biographie de Nimier par Marc Dambre le jour où j'ai acheté celle de Picasso par Arianna Huffington. J'étais prévenu contre la biographie d'Huffington ; elle est Américaine et je ne devais donc pas espérer beaucoup de subtilité psychologique de sa part. De fait, A. Huffington ne peut s'empêcher de réitérer sa désapprobation féministe dès qu'il est question des conquêtes de Picasso, à chaque nouveau chapitre par conséquent, alors que personnellement je trouve que c'est un des aspects les plus sympathiques du personnage. Néanmoins l'aspect documentaire de cette biographie m'attirait. A. Huffington a en effet compulsé bon nombre de bouquins et d'articles sur son sujet, avant de composer son ouvrage, et elle n'a pas "poussé les mégots sous le tapis".
    Même si A. Huffington préfère s'en prendre à la statue de Don Juan plutôt qu'à celle du Commandeur, on sent que déjà la gloire de Picasso entre dans l'ombre. Après tout Picasso appartient au moins autant aux Amerloques qu'à nous, ils peuvent bien jouer avec sa cote si ça les amuse.

    Plus sérieusement, ne peut pas se poser des questions sur l'art spéculatif - et je m'en pose quelques-unes -, sans se pencher un minimum sur les spéculations de Picasso, largement inspiré par un rhéteur plus habile que lui, à savoir Apollinaire. Madame Huffington les cite l'un et l'autre assez souvent. Un exemple comique de jugement de Picasso sur Pollock, par exemple :

    « Je suis contre ce genre de peinture : je crois que c’est une erreur de se laisser complètement aller, et de se perdre dans un geste, cette foi en l’acte pur me déplaît énormément. Ce n’est pas que je m’accroche à une conception rationnelle de la peinture. Je n’ai rien de commun avec un homme comme Poussin, par exemple. De toute façon, notre inconscient est si fort qu’il s’exprime toujours d’une manière ou d’une autre, en dépit de nous. »

    Il y a dans cet arrêt toute l'impudence naïve de Picasso, sa foi dans les idoles du moment. Il ne voit pas qu'il tend des verges pour se faire fouetter, ou plutôt il s'en moque, ses bêtises n'ont-elles pas toujours été couronnées de succès ? Quel besoin a-t-il lui-même, Picasso, de rajouter des arêtes, des angles et des saillies dans sa peinture ? N'y en a-t-il pas assez dans la nature ? Et puis, surtout, on ne peut pas jouer sur la spéculation et en même temps vouloir la stopper lorsqu'on le désire.

    À la réflexion, il y a quand même ce point commun entre Nimier et Picasso qu'ils sont tous les deux des génies précoces, gâtés par leurs mères. La spéculation non plus n'est pas étrangère à Nimier, elle est même sans doute plus spontanée chez lui. Et la vitesse, bien sûr, qui n'aura pas été fatale qu'à Nimier. Comme quoi on n'échappe jamais complètement à son époque.