Les dernières villes états-uniennes industrielles prospères ont été les premières à protester contre la politique de remigration de Donald Trump, que certains politiciens capitalistes français présentent comme une solution à "la crise migratoire"...
La France est, avec le Royaume-Uni, l'une des nations les plus hostiles culturellement à la "mondialisation", en même temps qu'elle est la plus obstinée à ignorer son mécanisme de base ; cette obstination résulte bien sûr d'une propagande intensive, non seulement des médias oligarchiques, mais aussi de l'Education nationale (étatique) : les soi-disant professeurs d'Histoire-géo qui enseignent aux gosses la "décolonisation" sont en réalité des adeptes du bourrage de crâne : au cours de cette période de "décolonisation", l'esclavage industriel s'est au contraire renforcé à l'échelle mondiale.
Le sentimentalisme de gauche et la bêtise de droite sont donc ligués pour tenir les Français éloignés de la réalité politique et économique qui les touche indirectement. La paralysie politique de la France tient largement à ce qu'une proportion non négligeable de Français consent à la gouvernance technocratique centralisée : la résistance des Gilets jaunes est minoritaires ; néanmoins, ce sont toujours les minorités agissantes qui infléchissent le cours de l'Histoire.
L'histoire des Etats-Unis illustre le bénéfice extraordinaire de l'immigration de masse du point de vue capitaliste - extraordinaire dans la mesure où elle leur a permis de combler rapidement leur retard sur les puissances industrielles du continent européen. Si les Etats-Unis ne sont pas un "Etat-nation" sur le modèle européen, c'est très largement parce qu'ils sont un Etat issu de l'immigration massive. L'erreur de Tocqueville est d'avoir ignoré, comme les Lumières avant lui, les conséquences politiques décisives du développement industriel.
La mise en concurrence des ouvriers immigrés allogènes et des ouvriers indigènes est le b.a.-ba de l'effort de la classe bourgeoise pour conserver une position dominante. L'immigration massive entrave le développement du syndicalisme, et elle dilue l'expression politique de la classe moyenne : le bipartisme, aux Etats-Unis, est l'instrument de base du pouvoir oligarchique. Le mécanisme social-démocrate de "l'ascenseur social" a pour principale fonction de dissimuler la réalité de la lutte des classes à l'échelle mondiale au XXe siècle.
L'immigration massive a toujours posé des problèmes politiques au stade de la crise capitaliste, quand le chômage augmente brutalement et que les caisses de l'Etat sont vides : le surendettement de l'Etat permet d'y remédier ; ici la comparaison avec un élastique qui se tend permet de voir le risque auquel la politique de surendettement de l'Etat expose l'Etat. A ce stade le Capital finance des partis anti-immigrés pour détourner l'attention : il n'a jamais été sérieusement question d'interdire le FN, et sa dédiabolisation ne coïncide pas par hasard avec la crise économique majeure qui frappe l'Union européenne depuis 2008.
Tout citoyen marxiste ou anticapitaliste devrait parler de l'économie "tertiaire" comme d'une économie parasitaire. Les MAGA ont élu Donald Trump pour remédier aux conséquences délétères d'une telle économie, tout en ignorant sa cause profonde. L'économiste D. Graeber ("Bullshit Jobs") a utilement démontré que ce parasitisme dépasse largement le cadre d'une fonction publique pléthorique, et qu'il ne touche pas moins le secteur privé. La chasse aux fonctionnaires inutiles dont a été chargé Elon Musk aurait dû logiquement s'accompagner d'une chasse aux agents de change et aux avocats d'affaire inutiles et néfastes. Elon Musk a lui-même bâti sa fortune sur les commandes militaires et paramilitaires : c'est un libertarien-impérialiste (et les libertariens qui ne le sont pas ne sont rien d'autre que des crétins).
Il n'est pas inutile de rappeler que la révolution marxiste-léniniste s'est heurtée principalement à la mondialisation, une mondialisation dont Marx avait anticipé avec précision les conséquences dévastatrices pour l'humanité (la réification de l'être humain).
Le destin capitaliste de l'humanité n'est jamais, suivant l'éclairage de "1984", que le sort infligé par une petite élite technocratique barbare au restant de l'humanité.