Pour une fois, je suis d’accord avec les bobos, s’il y a bien un truc profondément abject, c’est la nostalgie des régimes totalitaires, véhiculée par le goût des uniformes un peu tape-à-l’œil, napoléoniens, hitlériens, etc., ou par certains films ambigus, sans compter l’inclinaison des adolescents à faire la nique à leurs parents (moindre dans les milieux bourgeois/petit-bourgeois, où la rébellion se doit d’être plus souple afin de ne pas se couper complètement de l’héritage - on se contentera bien souvent d’écouter Manu Tchao en fumant des pétards et en soufflant dans des capotes).
Ainsi, même si nos voisins allemands semblent plus touchés par cette Sehnsucht, comme qui dirait, dont un cartésianisme de bon aloi a su nous préserver, il convient de rester vigilants, pour éviter que nous, Français, garde-fous de l’Europe, soyons à notre tour contaminés par ce qu’il est convenu d’appeler “L’Esprit de Munich” (der Münchner Poltergeist).
Or, une certaine presse ne se gêne vraiment pas non plus pour entretenir le mythe, et je crois qu’il est de mon devoir de la dénoncer ici et maintenant : je veux parler de l’hebdomadaire Télérama. S’emmêlant complètement dans son politiquement correct et son politiquement incorrect correct et son politiquement correct incorrect, il a en effet cru bon de réserver lors de sa sortie un accueil chaleureux à ce film, Good Bye Lenin, du cinéma carrément, et, je pèse et soupèse mes mots, NAU-SÉ-A-BOND.
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Chasse au sorcier
Le parti socialiste peut-il remporter des élections sans l’appui de Jean-Marie Le Pen ? Loin de moi l’idée de faire à Le Pen un procès d’intention, mais il aurait voulu mettre Chirac et sa clique de politiciens gominés à la Perben dans l’embarras, il ne s’y serait pas pris autrement…
Ce qu’il y a de bien avec les blogues, c’est qu’on peut s’élever au-dessus du niveau des querelles politiciennes, des slogans éculés du Monde, de Libé ou du Figaro.
En effet, les propos de Le Pen, que tout esprit désireux d’être éclairé entièrement aura pris soin de lire in extenso dans l’hebdomadaire Rivarol, ne se démarquent guère des études historiques sérieuses, un peu CHIFFRÉES, sur l’Occupation allemande… Là, je sens qu’un certain nombre de bobos se désabonnent de mon blogue… mais n’était-ce pas inéluctable ?
Je disais donc que, lorsqu’on se penche posément sur le passé de la France, de l’Europe, et que l’on COMPARE les occupations, on peut conclure en vérité que cette Occupation allemande ne fit pas tant souffrir nos grands-parents, au regard de ce que leurs contemporains polonais ou hongrois endurèrent. Si je voulais ajouter une dose de soufre à mon propos, je dirais que les Palestiniens souffrent davantage de l’occupation israélienne, les Irakiens de l’occupation américaine, ou que les Kurdes souffrirent plus de l’occupation irakienne ; mais vouloir rivaliser avec Le Pen dans la provocation ne serait pas raisonnable de ma part.
D’abord, parce que l’occupation allemande ne fut que partielle, dans un premier temps, et puis qu’on pouvait en pères peinards aller au théâtre voir les pièces de Sartre ou les concerts d’Arletty. Si plusieurs centaines de milliers (les chiffres sont là) de jeunes Françaises copulèrent avec des feldgraus, c’est après tout parce que l’envahisseur barbare fleurait bon l’après-rasage parfumé à l’edelweiss, qu’il n’était pas si farouche que ça.
Je parle d’autant plus à mon aise de tout ça que je n’ai aucune goutte de sang teuton dans les veines et que mes grands-parents ne furent, ni de près ni de loin, mêlés à une quelconque exaction au cours des plus sombres années de notre histoire. Pas plus que les parents de Le Pen, en fait. Précision à l’attention de ceux qui croient à l’hérédité des crimes, et, surtout, à celle des vertus.
Avant-hier, au BHV, j’assistai à cette scène étrange : je vis un jeune homme coiffé en crête, manifestement à la pointe du progrès, essayer sur lui un ticheurte blanc et rouge estampillé CCCP, sans qu’il se trouve personne dans le bazar, pas même moi, pour venir lui cracher à la gueule en mémoire des millions de victimes du goulag.
Maintenant que les derniers bobos ont zappé sur un autre blogue intellectuellement plus confortable, je peux me permettre cette analyse plus subtile. Le Pen n’a sans doute pas bien digéré que Gollnisch lui dispute la palme de l’incorrection, dernièrement. Il y a des gens comme ça qui ne peuvent pas s’empêcher de faire du hors-piste quand tout le monde fait la queue-leu-leu devant le télésiège. -
Nécro bidon
Partouze tragique à l'hôpital Necker : un mort. Je suis impatient de lire la nécro du Professeur Choron dans Le Monde, l’hommage du conformisme à l’anarchie en quelque sorte, du balai dans le cul à la flatulence. Il vont derechef déployer des trésors d’hypocrisie. Comme pour ADG. Ça leur écorche la gueule de dire un peu de bien d’un libre-penseur, mais il faut bien faire semblant.
Hara-Kiri - et donc Charlie-Hebdo - doivent beaucoup à Choron, colporteur génial qui écoula lui-même les premiers numéros à la criée, mais il y a beau temps que Cavanna, Siné et compagnie, sont rangés des bombes sous la houlette de Philippe Val, chansonniais jospinien. Ils se contenteront donc de jeter quelques fleurs fanées sur le cercueil de leur ancien acolyte - aussi intempérant qu’imprévisible. Pensez, Wolinski vient même de se faire épingler la Légion d’Honneur au revers de sa veste en peau d’anar retournée… Pauvre Daumier !
Qui n’a pas rêvé d’avoir un grand-père comme Choron (à part un bobo, bien sûr) ?
Faudra donc compter sur Nabe, une fois de plus, pour rectifier le tir ; sur son site, par exemple… Au fait, pas si mal le dernier Nabe. Il invente au moins un nouveau mot : “collabeur”, qui devrait coller comme une fatoua à la peau de la racaille enrichie qui roule des mécaniques chez Ardisson, les Joey Starr et autre Djamel Debbouze.
Le mariage homosexuel à Bègles inspire aussi à Nabe quelques bons mots, mais il fait surtout, navré, ce constat : ni les partisans, ni même les opposants sérieux de cette union débile, devant cette pantalonnade bouffonne, ne s’avisèrent un seul instant du comique de la cérémonie… Pauvre Rabelais ! -
Lourd, sucré et crémeux
C’est seulement rendu aux trois-quarts de ce roman de Félicien Marceau que je saisis enfin qu’il est censé se dérouler aujourd’hui, lorsque le téléphone portable de François sonne dans sa poche, le trahissant. Je croyais que nous étions en 1960. C’est cette politesse dans les manières et le langage des protagonistes qui m’avait abusé. Il y a comme un hiatus.
Dans le même genre de roman futile, je préfère celui de Patrick Besson : Lettre à un ami disparu.
Besson s’embarrasse sans doute un peu trop de considérations psychologiques, mais certaines, à mon goût, ne manquent pas de saveur : « Il était paresseux. Il avait beaucoup de mal à se lever le matin et le chocolat, surtout quand il le préparait, lourd, sucré et crémeux, n’a jamais donné à personne le désir de conquérir le monde. Il donne plutôt celui de se recoucher. »


