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  • Help !

    J'ai perdu une expression. Cette perte remonte bien à deux semaines déjà. Depuis l'automne dernier aux Puces de Saint-Ouen, elle ne m'avait pas servi une seule fois, et je me réjouissais à l'idée d'en faire de nouveau usage au sens figuré dans un courriel, quand ma mémoire m'a trahi.
    J'ai pris la chose calmement au début, pensant qu'après un petit verre et un clope ça irait mieux. Rien à faire, j'ai dû expédier mon courriel sans, après avoir gâché presque toute une bouteille de Côtes-de-Bourg. Forcément, c'est un peu vexant… Sur ces entrefaites je me suis pieuté, mais ça n'a rien changé vu qu'au petit matin, toujours rien.

    Quelques recherches sur internet ensuite n'ont fait que me mettre en rage et me conforter un peu plus dans l'idée que, décidément, internet est un outil conçu en priorité pour les jean-foutres !
    Que faire ? Je pourrais aussi bien poser la question à un antiquaire, vu que c'est une expression d'artisan, mais il n'y en a pas dans mon quartier, juste des brocanteurs.
    Téléphoner à ma mère, j'y ai pensé aussi, c'est le genre de personne qui a la réponse à coup sûr, mais elle risquerait d'en profiter pour me poser quelque question indiscrète, alors je préfère éviter de l'appeler.

    Il ne me reste plus, après un dernier effort de concentration infructueux, qu'à jeter cette bouteille à la mer. Quelqu'un sait-il quelle expression simple on emploie dans le métier de sculpteur, de menuisier ou de fondeur, pour désigner une pièce taillée dans un seul morceau, fondue d'un seul bloc, qui n'est pas le résultat d'un assemblage quelconque ?

  • Idylle contemporaine

    C'était à la Poste de la Rue des Saints-Pères, mardi, vers onze heures ; j'examinais avec attention une jeune femme - à peine, une fillette ! -, dans la queue : une brune un peu joufflue, l’air sensuel d'une gourmande au régime qui se retient de toutes ses forces de grossir et ses yeux brillent ; avec ça une paire de jambes bien droites, sculpturales, de loin le meilleur morceau.
    Et je faisais complètement abstraction du fait que cette fillette était dotée de la capacité de raisonner et de s'exprimer, quand elle a rompu la file, s'est approchée de moi et m'a dit en face :
    « - Hey, ça fait bien dix minutes que tu me dévisages, toi… T'as qu'à m’épouser maintenant ! »

    Malgré tout le sang-froid qu'on m'a inculqué (chez les boy-scouts, notamment), je crois que j'ai quand même eu l'air surpris. Ces derniers temps, la presse n'a pas manqué de se faire l'écho d'un regain d'enthousiasme pour le mariage, mais comme je prends tout ce que disent les journalistes pour du bluff, j'avais négligé cette information.
    L'effet de surprise passé, j'ai donné mon consentement, sans même m'enquérir du pedigree de cette demoiselle, putain ou pucelle ?, grande noblesse ou petite bourgeoisie ?, rien, pas même son prénom.
    Je n'ai pas voulu passer pour une mauviette à la Poste. Pour reprendre l'initiative, j'ai même suggéré qu'on passe à l'acte sans plus tarder ; le temps de poster ma lettre, trouver un hôtel, et je serais à elle !

    Tout se passait bien suivant ce plan dont la simplicité me séduisait de plus en plus, hormis l'intervention d'un nain grincheux derrière moi, le sosie de Pascal Sevran, qui, trouvant que je ne me précipitais pas assez vite vers le guichet qui venait de se libérer, m'a houspillé en zozotant. Je m'apprêtais donc à entamer ma lune de miel, pas la toute première mais presque, lorsque j'ai commis une gaffe… La guichetière était une jolie blonde un peu frisée. Elles ne sont pas toutes comme ça. Je lui ai rendu son sourire un peu triste (On le serait à moins, affronter de vieux luths comme Pascal Sevran toute la journée, ça ne doit pas être une sinécure !).

    J'en ai trop fait, peut-être ? Difficile à dire… Toujours est-il que lorque j'ai voulu tirer ma nouvelle fiancée par la manche en direction de l'Hôtel du Pas-de-Calais, elle s'est dégagée vivement :
    « Tu crois que j'ai pas vu le clin-d'œil que tu viens de lancer à cette pétasse ? Puique c'est comme ça, je préfère casser tout de suite ! »

    En la regardant s'éloigner, d'un pas qui mettait en valeur ses jambes que je n'ai pas oubliées, j'étais déçu, bien sûr. Mais pour me réconforter je me disais qu'avec ces jeunes filles modernes, c'est fou ce qu'on économise comme argent et comme temps, quand même…

    NDLA : Cette demi-nouvelle est une sorte d'hommage maladroit à au moins quatre écrivains à la fois, si vous n'avez que ça à faire, retrouvez lesquels. Un indice : ils sont tous morts.

  • Aristogiton

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    En principe je préfère m'abstenir de rompre le pain avec un libéral ; cette espèce de gauchisme-là n'est pas moins rasoir que l'autre.
    Pour le Vicomte de V., cependant, je fais une exception car c'est un marginal charmant. C'est sa façon de se croire intégré dans la société française qui est touchante ; en réalité il y est juste toléré.
    Il fait partie de ces pédés raffinés qui fréquentent assidûment les musées, les livres d'histoire, arpentent le centre de Paris la fleur au fusil, et, est-ce l'effet de son intelligence ou de son raffinement, je ne sais, mais la vulgarité du milieu homosexuel est devenue telle qu'il préfère ne pas entendre du tout parler des "gays", et pousse même le "vice" jusqu'à ne pas avoir d'amant.

    J'accepte de me faire payer à dîner, quitte à passer pour une jeune personne entretenue aux yeux des serveurs, mais pas question de me laisser marcher sur les pieds. Aussi quand mon ami le vicomte commença à m'entreprendre sur les mérites de Sarkozy, je l'arrête net. Qu'il vote pour Sarkozy parce qu'il a en commun avec lui d'être d'assez vieille noblesse, fort bien, mais je ne vais pas me laisser enfumer comme ça par des arguments plus irrationnels.
    Immanquablement, on en vient ensuite à parler de la politique des États-Unis, que Sarkozy est bel et bien censé représenter en France dans l'esprit de certains, même si tout ça ne rime à rien. Elle est idiote, cette foi aveugle dans l'Empire américain !
    Pour le débouter définitivement, je lui demande de me citer un nom, ne serait-ce qu'un nom, d'écrivain nord-américain qui a un tant soit peu de hauteur… Sa réponse : Truman Capote !?

    Ça me rappelle une citation d'Edgard Poe, à ce propos, sur une jaquette, pour élever un peu le niveau :
    « Dans les lettres comme dans la politique, nous avons besoin d'une Déclaration d'Indépendance, et surtout - ce qui serait mieux - d'une déclaration de guerre ! »

    Cette guerre il semblerait que les Yankis l'aient perdue bien avant celle d'Irak.

  • Petit traité d'art contemporain (4)

    Dans la vulgate ou le jargon sur l'art contemporain, Jean-Philippe Domecq croit nettement distinguer l'influence d'une tournure d'esprit marxiste. C'est marrant, moi j'aurais plutôt vu l'influence de toute cette philosophie importée de Pologne, de Prusse ou du Danemark, les Kant, Kierkegaard, Heidegger, tous ces "boulets" que la pensée occidentale charrie - jusqu'à quand ?

    La preuve de notre désaccord sur ce point, c'est que Domecq cite Finkielkraut dans son essai, alors que selon moi on ne peut pas prétendre au sérieux ET citer Finkielkraut, c'est incompatible ! La pensée de Finkielkraut est en effet l'exemple typique d'une pensée qui s'adapte en permanence aux circonstances. Ou bien ce sont les circonstances qui sont adaptées à Finkielkraut ? J'hésite…

    Bon, mais sans doute Domecq n'a-t-il pas lu attentivement Finkielkraut… Peu importe. Qui de nous deux a raison ? Marxisme-hégélianisme ou existentialisme ? Un mélange des deux ? Le fait est qu'il n'y a aucune cohérence dans la vulgate de la critique d'art contemporaine. Qu'il s'agisse de Jean Clair, de Jacques Thuillier, de Catherine Millet, d'Yves Michaud ou d'Apollinaire (« Si la peinture de Matisse devait ressembler à un fruit, ça serait à une orange. »), chacun a ses petits trucs, joue sa petite partition personnelle. C'est un sabir en plus d'être une vulgate.

    Que faut-il en déduire ? Que Domecq se trompe ? Que je me trompe ? Ou que la critique d'art n'a pas beaucoup d'importance ? Dans ce cas-là je ferais mieux de me taire et d'aller nager un peu…

  • Climat démocratique

    Le réchauffement du pôle, la grippe aviaire, la bombe atomique iranienne, Le Pen au second tour, tous ces périls finissent par s'annuler les uns les autres et les bons citoyens continuent stoïquement de faire leurs courses et d'arrêter de fumer.
    Ce qui ne s'annule pas en revanche, et ça m'inquiète beaucoup plus que la disparition des ours blancs et l'immersion des plaines bataves, c'est tous ces débats démocratiques, toute cette sous-littérature de circonstance, en très très nette inflation.

    Affiches géantes dans le métro pour des films désolants, pour le dernier bouquin de Jean-Christophe Ruffin… Les publicitaires feront-ils faillite, au moins, si la grippe aviaire contraint les Français à rester cloîtrés chez eux pendant un mois ? Dans ce cas, vite, une prière pour la grippe aviaire !
    Ce Ruffin, c'est une vraie catastrophe culturelle à lui tout seul. Je peux pas supporter sa tronche de furet. À partir de maintenant, le premier qui me parle du désintéressement des French doctors, je le mords.

    Pourtant l'autre jour Ruffin râlait contre les écolos qui ont remis à la mode les théories malthusiennes, j'aurais dû être content… mais c'est complètement dément, Ruffin lui-même est un des représentants les plus médiatiques de la politique malthusienne menée en Afrique par les ONG et les organisations internationales… avec le résultat qu'on sait.
    De Malthus, Ruffin est passé à Darwin ; « Touche pas à mon Darwin ! », c'est tout ce qu'il a su dire sur ce sujet. Étonnante, la fortune médiatique de Malthus et de Darwin, contre le cours de la science ? Non, rien de plus logique ; c'est quand même plus facile d'expliquer la théorie de Darwin à la télé que celle de Gould, celle de Dawkins, ou même celle de Mendel.

    Si on m'avait dit quand j'avais quinze ans et que je pestais contre ma prof de sciences nat. qui m'obligeait à torturer tout un tas de pauvres bestioles qu'un jour je défendrais les scientifiques contre les barbares, je ne l'aurais pas cru.