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  • Table rase de la télé (7)

    Altercation sur le plateau de Guillaume Durand entre deux philosophes contemporains, Michel Onfray et Jacques Attali :

    "- Libéral !

    - Irresponsable ! (c'est pareil)"

     Vont-ils s'entretuer ? Hélas non, la réalité de la promotion commerciale de leurs petits ouvrages les rattrape bien vite. Ils se réconcilient au pied de cet autel, à coups de compliments :

    "- J'aime beaucoup votre micro-crédit !

    - Et moi votre université populaire !"

    Xavier Darcos, la seule lueur d'intelligence qui brille au gouvernement, n'a pas de mal à mettre en miettes les petits fétiches de nos deux prophètes de bonheur.

    Mais lorsque le ministre de l'Education faisant l'éloge du pragmatisme et de la raison déclare qu'il fera tout pour s'opposer au pouvoir de l'argent dans l'Education nationale, on ne peut s'empêcher de penser à toutes les promesses que les démagogues de sa famille politique n'ont pas tenues. Et "C'est en vain que Sarkozy prospère..."

    Un symptôme intéressant : les trois interlocuteurs, le ministre en uniforme de ministre et les deux philosophes en uniformes de philosophes s'accordent pour dire que Marx et la révolution sont dépassés. Quand on se réclame de Nitche comme Onfray, il ne faut pas manquer de culot pour dire ça vu que Nitche était déjà ringard dès sa publication ; mais ce que pensent Attali, Onfray et même Darcos de Marx, on s'en beurre le museau, ce qui est intéressant c'est que Marx ait surgi tout d'un coup, comme ça, comme un spectre dans cette conversation entre bourgeois libéraux.

    *

    Sur une autre chaîne, encore un documentaire sur les kamikazes japonais du maréchal Ugaki. Ce documentaire occulte évidemment un fait historique majeur, à savoir que les Etats-Unis n'ont jamais remporté une véritable victoire militaire de leur histoire : avec toute leur armada ils n'ont pu aller au-delà de l'île d'Okinawa. La victoire des Etats-Unis sur le Japon est la victoire d'un terroriste, MacArthur, mieux armé, sur un autre terroriste, Ugaki. Ben Laden réveille de vieux souvenirs.

    Les documentaires sur les kamikazes sont assez nombreux sur les chaînes publiques, entre horreur et fascination. Logique, vu que le samouraï-kamikaze est en quelque sorte l'antithèse du démocrate libéral, de Michel Onfray par exemple.

     

  • Marx pour les Nuls (1)

    Je tombe par hasard sur le site d'Alain Soral sur une phrase de Roland Gaucher, un ex-pote de Le Pen aujourd'hui décédé qui dit à peu près : "Maurras et Karl Marx sont utiles pour qui veut bien comprendre la politique."

    En réalité, lorsqu'on lit Marx on comprend à quel point Maurras et la politique, ça fait deux. Bref, si on est pressé, on n'est pas obligé de lire Maurras, on peut passer à Marx directement.

    Quant à Le Pen lui-même, je ne crois pas à sa conversion au marxisme une seconde. Même s'il a un petit côté Lénine, fondamentalement Le Pen est un anarchiste, un trublion, ce qui explique pourquoi il a été séduit à la fois par les thèses libérales (Blot, Mégret, Le Gallou) et maurrassiennes. Le libéralisme, l'anarchie et le royalisme ne sont que trois facettes d'une même utopie, que chacun choisit en fonction de son tempérament.

    D'ailleurs Le Pen comme son pote Gaucher, je crois, est l'auteur d'une étude sur le mouvement anarchiste, je ne parle pas des guignols qui servent de service d'ordre à l'UNEF dans les manifs aujourd'hui.

  • Revue de presse (XIX)

    Je ne peux pas m'empêcher de jeter régulièrement un oeil dans l'hebdomadaire "Famille Chrétienne". C'est le dernier organe d'expression de la démocratie chrétienne, une idéologie en voie de liquéfaction. La plupart des démocrates-chrétiens sont devenus des démocrates tout court, des démocrates banals, sauf "Famille chrétienne" et de petits bulletins comme "La Nef", l'"Homme nouveau".

    Mais la démocratie chrétienne a joué naguère un rôle historique non négligeable, elle a même eu un homme fort en la personne du général De Gaulle.

     On écrira plus tard le tort que la démocratie chrétienne a causé au catholicisme en le compromettant avec le libéralisme et la démocratie. Il y a bien eu au XIXe des écrivains catholiques réactionnaires de talent pour s'opposer à cette trahison, Louis Veuillot et Léon Bloy en tête, et même un pape, Pie IX, mais en définitive ils ont perdu cette bataille, l'appui de la bourgeoisie libérale a permis aux démocrates-chrétiens de triompher.

    *

    J'étais surtout curieux de voir comment "Famille chrétienne" jugerait le cirque de Cécilia et Nicolas Sarkozy, qui ont transformé la politique française en mauvaise pièce de boulevard, ce bovarysme politique, alors que "Famille chrétienne" s'obstine à promouvoir le cadre familial comme le rempart le plus solide contre à la décadence des moeurs modernes, la famille que le Président de la République et sa deuxième épouse ont ridiculisée.

    La réaction du rédacteur en chef de l'hebdo, Philippe Oswald, la voici : "La rupture d'avec l'esprit de Mai 68 fut un leitmotiv de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy. Force est de constater qu'on reste loin du but (...). Car les esprits restent prisonniers de cette révolution libertaire qui érige les désirs et les satisfactions individuelles en norme du bien.

    Quel redressement espérer pour notre société, si chacun, jusqu'au sommet de l'Etat, s'enferme dans la recherche du souci de soi et en fait profession publique ? A cette sincérité-là, on préférerait, à tout prendre, cette bonne vieille hypocrisie qui savait, dans son vice, rendre hommage à la vertu."

    Assez comique, je trouve, cet hommage du démocrate-chrétien à l'ancien régime. En gros Philippe Oswald s'estime trahi par Sarkozy. Cette blague ! C'est plutôt les lecteurs de "Famille chrétienne", s'ils avaient deux sous de catholicisme, qui devraient se sentir trahis par Oswald et son magazine qui a fait campagne en faveur de Sarkozy.

    Et puis il n'y a pas de "révolution libertaire", ni d'"esprit de 68", c'est un mythe complet. Il y a au contraire une continuité du pouvoir et le terme de "manif de consommateurs frustrés" est plus adapté. Cohn-Bendit, un révolutionnaire ? Foutaises !

    Alors, une prise de conscience de la part d'Oswald et des démocrates-chrétiens ? Non, car "Famille chrétienne", sur le fond, est une véritable incitation à regarder la télévision, ne cesse de faire l'apologie du cinéma yanki le plus niais, d'Harry Potter, les plus étronimes sottises ; des prêtres psychologues navrants, Tony Anatrella par exemple, dispensent leurs conseils "zen" à deux balles sous couvert de "modernité"... Bref "Famille chrétienne" dégouline d'existentialisme chrétien. Et Oswald prétend faire de la politique ?? Toute l'hypocrisie démocrate-chrétienne est contenue dans cet édito d'Oswald ("Famille chrétienne", 27 oct.-2 nov.).

     

     

     

     

     

  • Dieu mais pas Maistre

    Plutôt que de qualifier Baudelaire de poète "romantique", il paraît plus juste vu que cet épithète est un vaste fourre-tout, de qualifier Baudelaire de poète "renaissant". C'est pour ça qu'il est moderne et réactionnaire à la fois. C'est aussi pour ça qu'il est puissant, car la force d'un art, ou d'une science, se mesure au nombre de ses rejetons, et Dieu sait que Baudelaire n'a pas manqué de suiveurs de génie.

    Baudelaire, même s'il a pu commettre certaines erreurs d'appréciation, et son engouement pour C. Guys est sans doute exagéré, est un naturaliste éclairé, c'est-à-dire qu'il laisse dans l'art place, non seulement à la nature, mais aussi à Dieu et à l'homme. Les artistes renaissants comme Baudelaire font un travail de REcréation, c'est ce qui leur donne cette profondeur. L'idée, qu'on prend en pleine figure chez Picasso, ou la nature en pleine pomme chez Cézanne ou un peintre impressionniste, se combinent subtilement pour vous envahir par les cinq sens, sans oublier le sixième, dans l'art renaissant, caricaturé par les critiques dits "modernes", pour qui Baudelaire a des mots durs, qui prennent la Renaissance pour une époque de géomètres-experts puritains, de savants froids.

    L'idée de romantisme indique plutôt une idée de nostalgie, à la limite du pastiche, et donc de décadence. Le vrai poète romantique, pour moi, c'est Proust, petit-bourgeois incapable de comprendre, contrairement à Baudelaire, la modernité de Sainte-Beuve, mais cependant auteur de quelques pages émouvantes où sa détresse est palpable, l'effort de se rattacher à de petites choses concrètes mais tellement friables, un album de photos.

    *

    Je suis quand même obligé d'avouer que lorsque Baudelaire explique que Maistre lui a "appris à raisonner", je suis étonné. Bloy reconnaît d'ailleurs la même filiation avec Maistre, bien que Bloy prétende ne rien entendre à l'art de Baudelaire.

    Je vois mieux le rapport entre Maistre et Maurras. Car le parti-pris, le systématisme, chez Maistre, on le retrouve presque à chaque page. Comme lorsque Maistre déclare que les femmes ont autant de dispositions que les hommes pour l'exercice du pouvoir politique ; jusque-là, rien à dire, l'histoire du Moyen-âge où les femmes ont eu le pouvoir plus souvent qu'aujourd'hui permet en effet d'observer qu'elles se comportent à peu près comme des hommes politiques. Mais lorsque Maistre avance que les femmes ont même plus de dispositions que les hommes pour l'exercice du pouvoir, on ne peut s'empêcher de trouver ses raisons infondées et qu'il pousse le bouchon un peu loin.

    Baudelaire, parfois idéologue - qui ne l'est jamais ? -, a cependant une vision beaucoup plus concrète des choses que son cher Maistre. Ce qu'il a peut-être appris de Maistre, c'est à ne pas se soucier de l'opinion commune sur les choses, ce qui est peut-être une définition de l'esprit aristocratique. On voit bien d'ailleurs que plus le temps passe, plus l'opinion publique dans tous les domaines semble dictée par des imbéciles dangereux et qu'il est urgent de s'en écarter.

  • Futur de Présent ?

    Je suis loin de partager toute les idées véhiculées par le quotidien "Présent". Quand par exemple un de ses critiques d'art, Samuel, y fait l'apologie de l'art de Corot contre celui de Delacroix ou d'Ingres, je ne peux me retenir de froisser mon canard de rage ! Corot, Cézanne, Monet, surtout pas de vagues ! Tout ça c'est de l'art bourgeois, une étape dans l'évolution vers l'art contemporain, encore plus mesquin : du tam-tam pour faire croire à la foudre et au tonnerre.

    En revanche, le parallèle établi par le même Samuel entre la liturgie catholique contemporaine et l'art contemporain est beaucoup plus raisonnable. Sur le sujet de l'art, les incantations des papes, de Pie XII à Jean-Paul II en passant par Paul VI, illustrent leur parfaite ignorance (de théologiens ?) en la matière, et ne sont pas très éloignées des slogans des critiques d'art contemporain branchés - peut-être pas aussi saugrenues mais aussi plates qu'eux. "Ils aiment l'art pur car ils n'ont pas d'yeux !" a-t-on envie de dire pour imiter Péguy. Alors que la devise de l'art créationniste et réactionnaire serait plutôt : "Celui qui a des yeux, qu'il voie ; celui qui a des oreilles, qu'il entende."

     Mais, étant donné que Marx m'a appris à raisonner, je ne peux pas me désintéresser du destin de ce petit quotidien "Présent", menacé de disparition. C'est en effet le seul quotidien à ne pas dépendre de subventions gouvernementales, ni, surtout, de la "manne" publicitaire, qui ne tombe pas du ciel contrairement à ce que les libéraux prétendent ; menacé de disparaître au moment où Jean-Marie Colombani, qui avait tenté d'étouffer par des procès les critiques de "Présent" contre "Le Monde", est récompensé de ses bons et loyaux services par Sarkozy, après avoir été viré du "Monde" pour sa mauvaise gestion, officiellement (en réalité parce que Colombani incarne de façon un peu trop voyante la compromission des élites médiatiques avec le pouvoir politique. La question de la rentabilité d'un quotidien comme le "Monde", dans la société capitaliste dans laquelle nous sommes, est une question qui n'a pas de sens. Le but du "Monde" n'est pas d'avoir des lecteurs et de dégager des bénéfices pour continuer à publier des idées, des études, des reportages ; non, le "Monde" est un organe de propagande essentiel, propagande pour les produits qui sont vantés dans les encarts publicitaires, propagande plus largement pour tout le système démocratique puisqu'on sait que les rédactions des chaînes de télévision s'écartent peu du copier-coller du "Monde", l'adaptant simplement au style "prompteur".)

    Il y a aussi "Charlie-Hebdo" et le "Canard enchaîné", mais ce sont des hebdos, et le "Canard" joue beaucoup sur le goût prononcé des Français pour la délation, comme d'autres torchons jouent sur le voyeurisme, etc. Les lecteurs attentifs de "Charlie-hebdo" auront quant à eux remarqué qu'on voit de plus en plus les dessinateurs de "Charlie-hebdo" à la télé, Tignous, Charb, en plus de cette tête de boeuf-carotte de Siné et de ce raseur de Philippe Val. Autant on pouvait admettre que le talent assez exceptionnel de Cabu s'impose jusqu'au "Club Dorothée", autant cette compromission générale des caricaturistes de "Charlie" avec les mass-médias, indique la "normalisation" de cet hebdo naguère satirique et impertinent, désormais aussi gélatineux que PPDA ou Guillaume Durand en fin de soirée.

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    Au fond, peu importe les idées défendues par "Présent", ou même le talent de ses rédacteurs, lorsqu'on lit un journal on pense presque toujours pouvoir faire mieux, je suis le premier à m'agacer de l'américanophilie primaire -ANTIFRANCAISE - d'un type comme Alain Sanders (comme quoi on ne se remet pas toujours d'avoir trop regardé de westerns dans son enfance), peu importe, si "Présent" vient à disparaître ce sera un événement significatif, que dans un pays où on ne cesse de claironner la liberté d'expression, le seul quotidien libéré des entraves de la publicité disparaisse.

    Encore une fois comment un marxiste resterait-il indifférent à ce phénomène ? D'ailleurs les penseurs politiques qui avaient anticipé d'un demi-siècle au moins l'état d'oppression dans lequel nous sommes aujourd'hui enfoncés, oppression des idées, de la science, de l'art, bref de tout ce qui est spirituel, système dans lequel les médias jouent un rôle déterminant, tous ces penseurs, je pense à Orwell, Huxley, Waugh, Simone Weil bien sûr, étaient marxistes ou catholiques, ou marxistes ET catholiques. Et on voudrait me faire avaler que le succès actuel de Kant, de Nitche, de Heidegger, de Lévinas, de Jeanne Arendt, bref de tous ces grands nuls, n'est qu'une coïncidence ?