En vingt ans de spectacles divers et variés, je n'ai recueilli si ma mémoire est bonne qu'une seule réaction de bon sens. À la sortie d'une pièce d'Anouilh, Becket ou l'Honneur de Dieu, un vieillard à sa petite-fille qui le soutenait : « C'était très mauvais, surtout cet acteur, là, Giraudeau, il déployait des efforts ridicules. » ; celà après une "standing ovation" et trois ou quatre "rappels" de la foule enthousiaste.
Il faut dire que, comme le laisse deviner le titre de la pièce, le théâtre d'Anouilh est médiocre et les acteurs avaient peu de chance de sauver le morceau.
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Sur la pente
De Sarkozy, bientôt, on dira peut-être : « Il faisait pourtant un bon maire de Neuilly ! »
Mon antipathie vis-à-vis de Sarkozy est proportionnelle à la confiance qu’ont placée en lui les démocrates-chrétiens de tous poils et autres experts-comptables patentés.
Cette quasi-unanimité du patronnat français, aussi, de Bolloré à Pinault en passant par Arnault, Dassault, Lagardère, Bouygues, Michelin, etc., est inquiétante. Car que vaut cette élite ? Sur le plan intellectuel, le “Figaro” est un bon indicateur : la théologie de Jean d’Ormesson, la critique littéraire de Philippe Tesson et la politique d’Eric Zemmour, voilà pour les sommets. Sur le plan moral, Pinault et Arnault donnent le “la” en collectionnant les boîtes de sardines "customisées" et "millésimées", et en inaugurant des fondations pour entreposer leurs trésors de bêtise.
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Il faut replacer les choses dans le contexte historique. Dès le début, avec plus ou moins de franchise, les artistes ont détesté le régime démocratique et bourgeois, Baudelaire et Delacroix en tête. Mais cette bourgeoisie était encore capable de singer l’aristocratie dans son comportement et ses goûts. Moins d’un siècle plus tard, le désespoir de Drieu La Rochelle est complet.
Petit extrait de L’Œuvre de Zola, une description de la réaction de la foule devant la peinture nouvelle exhibée au Salon :
« Dès la porte, il voyait se fendre les mâchoires des visiteurs, se rapetisser les yeux, s’élargir le visage ; et c’étaient des souffles tempétueux d’hommes gras, des grincements rouillés d’hommes maigres, dominés par les petites flûtes aiguës des femmes. En face, contre la cimaise, des jeunes gens se renversaient, comme si on leur avait chatouillé les côtes. (…) Le bruit de ce tableau si drôle devait se répandre, on se ruait des quatre coins du Salon, des bandes arrivaient, se poussaient, voulaient en être.
(…) Ceux qui ne riaient pas, entraient en fureur : ce bleuissement, cette notation nouvelle de la lumière, semblaient une insulte. Est-ce qu’on laisserait outrager l’art ? De vieux messieurs brandissaient des cannes. Un personnage grave s’en allait, vexé, en déclarant à sa femme qu’il n’aimait pas les mauvaises plaisanteries. »
L’hypocrisie de Zola, qui raille ici les bourgeois, est connue. En effet il a fourni sans scrupule à la bourgeoisie brutale une caution sans réserve, faisant l’éloge du travail quand les mineurs crevaient dans les puits, s’acharnant contre les derniers restes de l’Eglise et de l’armée, qui auraient pu faire trébucher ses commanditaires.
Mais ce n’est pas le point où je voulais en venir. On est plutôt frappé dans cette description par la capacité à réagir des bourgeois, quelle que soit cette réaction. Ils seraient même capables de distinguer, selon Zola, différentes façons de "noter la lumière" !? Que l’on compare cette réaction à celle du bourgeois contemporain. Visitant un musée, siégeant à l’opéra ou au théâtre, il applaudira sur commande, quel que soit son rang. Qui aurait l’idée de faire un scandale au musée Pompidou, au milieu des fétiches en plastique, serait immanquablement dénoncé aux flics dans la minute qui suit.
La bêtise du public est telle qu’elle a même ébranlé dans ses convictions modernistes mon pote Henri des Etats-Unis, pourtant élevé dans la propagande yankie, lorsque je l’obligeai, pour son édification, à suivre un groupe de badauds et leur guide, au Pompidou. Même les employés aux guichets y sont frappés d’une stupidité particulière que les caissières de supermarché n’ont pas, comme s’ils se prenaient pour les gardiens du Temple. -
Table rase de la télé
C'est toujours au moment de partager le magot qu'on voit le vrai visage des gangsters.
"- Salauds de patrons libéraux, profiteurs !
- Bande de syndicalistes irresponsables, khmers rouges !"
Mêmes visages écoeurants à gauche comme à droite, franchement il est difficile de dire si la vulgarité de Valérie Pécresse ou de Xavier Bertrand excèdent celle de Bernard Thibaut, ou si c'est l'inverse ? Je zappe aussi vite que je peux pour éviter ces visages mous et autoritaires à la fois. Je tombe sur Catherine Robbe-Grillet, égérie d'un autre académicien décadent (pas Jean d'Ormesson cette fois). C'est une sorte de mamie Nova du sado-masochisme, lancée dans des explications techniques : ennui mortel ! Elle dicterait sa recette de confiture de myrtilles, ça serait plus excitant. Seul cet acteur débile, François Berléand, sur le plateau, semble intéressé.
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Le succès de Sade et du sadisme dans la France compassée des Droits de l'Homme peut paraître étonnant. En réalité, ça ne l'est que pour ceux qui ne connaissent pas Sade. Albert t'Serstevens fournit, lui, l'explication :
"(...) A bien examiner l'affaire d'Arcueil, celle de Marseille et celle de La Coste, les seules applications réelles des principes du fameux marquis, on découvre qu'il ne s'offrait que des débauches de petit bourgeois, prostituées de bas-étage, boniches, laquais, le tout en catimini, dans des rues dérobées ou dans une retraite campagnarde (ce qui l'a d'ailleurs perdu) ; et pour finir, à petite dépense, car il a encore plus tiré le diable par la queue que le diable n'a tiré la sienne.
Quelle autre allure ont dans la corruption le prince de Conti et tant d'autres dont les inspecteurs de M. de Sartine nous révèlent les perversions sexuelles, y compris la fustigation ! C'était priapisme de grands seigneurs, avec des femmes en vue ou même de qualité, un étalage au grand jour, qui bravait la réprobation de toute la noblesse et du roi lui même. Si les thuriféraires du triste Sade avaient impérieusement besoin d'une idole, que n'ont-ils choisis le maréchal Gilles de Rays, seigneur de Laval, qui, après avoir violé, torturé et décapité une centaine d'enfants, garçons et filles, mourut, la corde au cou (...).
Rien de plus minable que l'affaire d'Arcueil. Ce glorieux marquis ramasse dans Paris une mendiante qui n'est ni jeune ni jolie, promet un mince salaire à sa complaisance, l'emmène en fiacre dans sa villa de banlieue, la fait se dépouiller de ses guenilles, la fouette et la scarifie sans conviction, et lui propose une indemnité pour acheter son silence. Ce sont là plaisirs de petit rentier, sans goût, sans raffinement, sans générosité. C'est l'économie dans la dépravation la plus banale.
Car je n'ai pas besoin de le dire, ce prétendu novateur n'a rien inventé. La déformation sexuelle à laquelle il a donné son nom est vieille comme l'histoire et peut-être la préhistoire, à l'égal de la sodomie et du tribadisme. Tout ce qu'il érige en système est déjà dans Brantôme, dans Saint-Simon et dans Tallemant des Réaux. Il est seulement le premier à avoir délayé à l'infini ce sujet scabreux, à l'avoir poussé jusqu'au paroxysme, à avoir fait une théorie de ce qui n'est qu'un phénomène pathologique.
Ses livres sont le produit d'une imagination surexcitée par l'abstinence, par l'impossibilité d'atteindre au réel, faute de moyens, même physiques, de partenaires et aussi de courage. Il a mis dans ses oeuvres toutes les rêveries d'une surabondance luxurieuse à quoi peut se complaire un onaniste. Les trois ou quatre fois qu'il tente de réaliser ses divagations solitaires, il ne rencontre, comme il fallait s'y attendre, que le bas et le médiocre : putains de bordel, valets, maritornes, bouges à punaises, fessées et martinets, petits coups de canif, grossesse ancillaire, et pour châtiment, au lieu de l'enfer éternel, la police, le cachot, le cabanon. (...)"
Dans ces temps tristes de naufrage politique, on n'éprouve de réconfort que dans la fréquentation d'esprits aristocratiques tels que t'Serstevens. Les bons livres sont le meilleur remède contre la démocratie.
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Marx pour les Nuls (4)
Si on pouvait douter naguère du bien-fondé de la méthode d'investigation de Marx, le doute n'est plus permis aujourd'hui. Il y a cette preuve flagrante, il suffit d'appuyer sur le bouton de la télé pour l'obtenir : comment des types comme François Pinault, BHL, Guy Sorman, Finkielkraut, Sollers, Luc Ferry, et toute la clique, avec des idées aussi faibles, à faire passer Tariq Ramadan pour un humaniste, comment ce parti-là peut-il avoir le pouvoir et le conserver ?
C'est précisément la preuve que son pouvoir vient d'ailleurs que de la poésie et des idées.
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Marx pour les Nuls (3)
Comment un marxiste peut-il reconnaître un libéral à coup sûr ? (Tous ne portent pas une casquette de base-ball ou des ray-ban, il en est même qui se disent trotskystes ou marxistes, voire catholiques.)
Mon piège préféré : faire lire un roman d'Evelyn Waugh. Si le sujet rit, c'est qu'il n'est pas vraiment "libéral".
Maintenant, comment reconnaître un PHILOSOPHE libéral ? Parlez d'art et de politique en même temps, tout naturellement. Ce sont des terrains où le philosophe libéral est très mal à l'aise. Déjà, il ne voit même pas le rapport.