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Culture de Mort

Tâchons de donner un peu de consistance à la notion de "culture de mort", car cette expression est souvent employée à tort et à travers dans un but polémique.

La "culture de mort" dans la Bible, l'ancien testament comme le nouveau, est une notion liée au péché, ainsi qu'à l'antichristianisme et son avènement (nombre de la bête 666) ; et encore à la "femme-piège" (Eve, ou encore la grande prostituée décrite dans l'apocalypse de Jean). La misogynie antique (juive, grecque ou chrétienne) a souvent pour cible la "culture de mort".

Tout soldat ou guerrier est bien sûr nécessairement mû par une "culture de mort", c'est-à-dire sous l'emprise d'un mysticisme macabre. C'est souvent le cas aussi des prostituées, compte tenu du risque important de mourir que la prostitution fait courir.

Dans ces cas-là, on peut parler de "religion de la bonne mort".

Notons ici que les soldats "affranchis" de la culture de mort, et en quelque sorte "athées", tels les mercenaires, qui ne combattent pas pour des principes, l'argent ou le pur plaisir de tuer représentent un substitut.

Notons encore que l'exaltation du "travail humain", typiquement moderne dans la mesure où aucun philosophe antique n'a exalté la condition humaine ou l'esclavage comme les "modernes", l'exaltation du travail est un des volets de la culture de mort.

Voilà pour des aspects saillants et facilement repérables de la "culture de mort", qui ne concernent directement qu'une petite partie de la population.

- La mort est un principe de précaution contre la vie : par ce biais on peut comprendre pourquoi l'Etat moderne, hyper-policé, qualifié par certain de "totalitaire", repose sur la culture de mort. Rien d'étonnant à ce qu'une partie de la population dont l'existence est protégée par un Etat de type totalitaire soit proche du suicide ou développe une culture proche du suicide, comme on peut l'observer ici ou là.

Comme la fourmilière, qui recèle la philosophie naturelle du régime totalitaire, est organisée en différentes castes, remplissant différentes fonctions, la fourmilière humaine est conçue de sorte qu'une large majorité des sujets obéit à la culture de mort (privée du savoir-vivre), tandis qu'un petit nombre seulement peut se permettre de vivre, affranchi de la norme.

Précisons encore que la culture de mort étatique moderne n'est pas seulement observable dans l'aspect "hyper-sécuritaire" des politiques libérales, mais aussi dans les risques inconsidérés des politiques libérales, tout aussi macabres. Autrement dit l'incitation (puritaine) à ne pas vivre, et l'incitation (libertine) à jouer sa vie sur un coup de dé, c'est-à-dire à la gaspiller, sont deux méthodes complémentaires, qui se justifient et se facilitent l'une l'autre.

Dieu est mort... mais il a été remplacé dans le cadre de l'Etat de droit totalitaire par la Mort, qui n'est pas moins susceptible de fournir d'appui à la religion et au fanatisme, pour ne pas dire que c'est l'inverse qui est vrai. Le fanatisme religieux obéit à la Mort, quel que soit le déguisement de celle-ci.

Commentaires

  • Je ne peux pas m'empêcher de penser en lisant votre billet Lapinos que cette omniprésence de la culture de la mort est quelque chose de pré-apocalyptique. Comme si l'on voulait faire accepter inconsciemment la mort de notre monde pour créer sur ces ruines, un nouveau monde : celui de l'antéchrist.

  • - Avec la diffusion de l'évangile du Christ commence le Jugement dernier et donc la pré-apocalypse.

    - On ne peut pas comprendre la culture contemporaine autrement que par l'inversion de l'amour chrétien par de soi-disant chrétiens. Marx, Nietzsche ou Hegel, que je cite ici comme les plus grands esprits de leur siècle (2/3 avaient entrepris de démolir la philosophie moderne pour découvrir la vérité) ne disent pas exactement cela, mais leurs tentatives d'élucidation ont chacune un rapport avec l'idée d'inversion du message évangélique.

  • A propos de ses soi-disant chrétiens, ce qu'ils cherchent à obtenir réellement est le triomphe de la raison humaine, ou encore l'homme déifié. Et il s'agit sans doute de la religion de l'Antéchrist. Et quelque chose me dit que nous arrivons bientôt au dénouement de tout ceci...

  • Je devrais utiliser l'expression de "chrétiens charnels", plus précise que les "soi-disant chrétiens".

  • On ne peux plus commenter chez vous ?

  • Bonsoir Lapin. Aucun rapport, mais les commentaires étant fermé sur la note "Lettre à Flora" je me permet d'utiliser cette note-ci en pure opportunité, pour soumettre à votre attention cette note qui vous intéressera peut être, concernant la figure du "Roi du Monde", qui me fait penser à ce qu'évoque la Lettre à Flora. Le Roi du Monde est un ouvrage du traditionnaliste René Guenon, que je n'ai par ailleurs que parcouru pour l'instant. Bonne soirée.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Roi_du_monde

  • - Primo, Guénon me semble assez confus, contrairement à Ptolémée, l'auteur de la Lettre à Flora, qui contribue à expliquer comme l'apôtre Paul pourquoi les chrétiens tiennent la religion juive pour une religion caduque.

    - Deuxio, avec la mondialisation, qui s'opère sous la houlette de nations démocrates-chrétiennes qui présentent la "culture de mort" comme la religion chétienne, se fait sentir pour les élites dirigeantes le besoin d'une religion unique, à l'échelle mondiale. Les scribes et les pharisiens du moment oeuvrent donc à inventer un monothéisme en dissimulant les antagonismes religieux. Le syncrétisme religieux a le vent en poupe dans les médias, canaux ordinaires de diffusion de la religion unique.
    Or il y a là un leurre (le leurre de l'unité sociale).
    Il n'est pas difficile de montrer, à partir des Evangiles, que la religion chrétienne est la seule qui ne soit pas "nécessaire".

  • J'ai failli vous devancer sur le syncrétisme, je précise à toute fins utiles que René Guénon s'opposait, et avec la plus grande véhémence, au syncrétisme de son temps, justement. Je n'entend pas vous convaincre, mais je précise que la tradition primordiale, que l'on la juge fondée ou non, et qu'il décrit et détaille dans son oeuvre est par ailleurs dans son idée statique et éternelle, car métaphysique, et donc bien en amont des éparpillements religieux historiques qui la figurent, la manifestent, ou la déforment.

  • - Guénon écarte-t-il la fausse métaphysique platonicienne (d'origine égyptienne) ?
    - Bacon a combattu activement le syncrétisme médiéval, qui consiste à introduire la philosophie de Platon dans le christianisme et à faire passer ainsi la tradition païenne égyptienne pour une tradition chrétienne. La hiérarchie établie par Bacon dans le domaine de la recherche scientifique me semble la mieux à même de combattre le syncrétisme médiéval (persistant à travers de nombreux théologiens contemporains).
    La confusion me paraît une des meilleurs armes de l'antichristianisme, et je ne vois pas bien en quoi Guénon la dissipe ?

  • "Il n'est pas difficile de montrer, à partir des Evangiles, que la religion chrétienne est la seule qui ne soit pas "nécessaire"."
    Je sais que vous le répétez sur tout les tons, mais je dois être le plus récalcitrant des imbéciles pour ne pas l'entendre aussi simplement que vous. Je trouve par ailleurs que votre raisonnement tient quelque peu de la tautologie. Les Evangiles montreraient que la "religion chrétienne est la seule[...]", et bien, oui, comme le Coran montre que "la religion islamique est la seule", et que Mahomet est le sceau de la prophétie...

    Je vous lis toujours avec intérêt, mais rien ne m'a assez convaincu pour m'ôter l'idée qu'il y a dans votre christianisme moins de préjugé que dans l'attachement à la tradition primordiale de Guénon (par ailleurs autrement plus rigoureusement dessinée, car Guénon est un doctrinaire tout à fait savant, méthodique, autrement plus rigoureusement dessinée donc la dite tradition, que votre christianisme ne l'est par quelques notes de blog. J'ajoute que le fond de votre christianisme apparait, et je dis bien apparait car je ne présumerai pas de ce qui l'anime plus profondément, ni ne mettrai en doute le caratère scientifique que vous lui prettez, donc, à mes humbles yeux (mais vous n'écrivez pas pour vous seul, si ?) apparais, avoir comme fondement votre sens de la contradiction avec l'esprit du temps, et qu'il ne se pose que par opposition à ce qu'il n'est pas, qu'en négatif des erreurs auquel il échapperais : l'anthropomorphisme, l'esprit religieux, la superstition, ce qu'il y a de charnel dans les autres visions du christianianisme, au platonisme, et toujours d'après vos définitions flottante et très extensives, à mes yeux surtout assez relatives, de ces choses là etc... ).

    Je précise tout de même que je me veux modeste ici, et que je vous parle surtout de moi, de ce qui ne ME convainc pas totalement dans certaines de vos thèses (et dans leur parfaite et indépassable concordance avec l'Evangile, que vous semblez le seul avec Bacon peut être à avoir percé à jour), qui ne me convainc pas donc tout à fait probablement par méconnaissance, attavisme personnel, ou parce que vous n'êtes pas convaincant, ou que vous avez même tort, je laisse toutes les hypothèses ouvertes.

    "La confusion me paraît une des meilleurs armes de l'antichristianisme, et je ne vois pas bien en quoi Guénon la dissipe ?" Guénon, dans ses objets de commentaire ou de doctrine, est extrêmement clair, on lui reproche au sein même de son "école", son esprit trop français, son "catégorisme", la rigueur excessive de sa méthode. Et puis, "la confusion", je vous trouve bien confus moi et vous l'ai assez dit. Quant à la dissiper, il n'y a guere que les Evangiles, non ? Je présume que ce que vous ne trouvez pas clair, ce sont ses références à l'hindouisme ? Elle ne figurent en effet pas dans l'Evangile ! Dans sa charge contre le règne de la quantité, dans son procès en général à la modernité, dans ses évocations de l'eschatologie (qu'il estime semblable dans l'ésotérisme de toutes les religions "justifiés"), Guénon est tout sauf confus. Il est peut être longuet, et fais ce qui est pour vous de "long détours" par les traditions orientales, et pire, il persiste dans cette erreur, et y siège (il estime que le coeur de la métaphysique n'est nul part plus purement évoqué que dans l'hindouisme). Pouquoi appelez vous "confusion" ce qui est surtout très nettement un désaccord ? Vous avez de ces pudeurs !

  • - Je ne contredis pas Guénon, que je connais (très) mal ; je m'interroge seulement sur la postérité et la fécondité de cette notion de "tradition primordiale". La religion de Guénon donne l'impression d'être une religion d'initiés, comme celle de Platon, au contraire du christianisme, égalitaire sur ce point : Jésus accepte de répondre aux questions des femmes ou des enfants aussi bien qu'aux docteurs de la Loi, au riche comme au pauvre.

    - L'exégèse de Paul de Tarse a le mérite de dissiper la confusion : - en quoi le message évangélique diffère de la religion juive ; - qu'est-ce que le sacerdoce nouveau ; - pourquoi les oeuvres ne sauvent pas ; - qu'est-ce que l'antéchrist...

    - Pour ma part je fais remarquer sur ce blogue à quel point l'idéologie démocrate-chrétienne contredit l'exégèse de Paul de Tarse sur des points essentiels, en usant de moyens rhétoriques et de différents artifices, à défaut de pouvoir fonder la chair et les oeuvres humaines sur la Parole divine.

    - J'admets que les notes éparses de ce blogue peuvent donner le tournis, voire prêter à confusion, compte tenu du classement un peu chaotique. C'est un dommage collatéral qu'il m'est techniquement difficile de réparer. J'essaie de le compenser par la répétition et la clarification de certaines notes plus anciennes.

  • Je trouve Guénon d'une clarté très éclairante pour ma part. Guénon fait référence et décline les aspects de ce qui est en effet une religion d'initiés, c'est indéniable, mais ses écrits mettent en évidence avec une manière assez abordable, certains aspects tirés de ces ésotérismes, non comme des "mystères" à destination de je ne sais quelle élite, mais d'une manière assez abordable et unifiante (clarifiante me concernant). Puisque vous parlez de postérité ou de fertilité, je ne sache pas que ce soit des critères quant à la Vérité, ou alors il faudra que vous me disiez dans quel sens vous entendez "postérité", qui m'évoque pour l'instant la patrimonialité politique, ou fertilité, qui m'évoque le champ de la culture, toutes choses qui interessaient très peu Guénon qui était tout à fait détaché des affaires politiques de son temps (ce en quoi d'ailleurs je pense que vous auriez certaines affinités avec son approche, à défaut de sa pensée et de ses conclusions).

    Concernant votre critique à priori de l'élitisme, elle me semble chez vous formulée par analogie avec la critique de l'elitisme politique et plus historiquement de l'élitisme sacerdotal du pharisaïsme et de la rétention/déformation de la vérité qu'il illustra dans l'histoire, en somme avec votre critique de formes où l'élitisme est renversé en principe anti-spirituel et donc antichristique (bouchant l'accès au salut en prétendant le servir). C'est un fait que l'élitisme présente cet aspect négatif (que Guénon qualifie de contre-initiatique, et que la modernité illustre abondemment), mais dans un sens initiatique il a aussi des raisons de préservation des "voies étroites" et de la possibilité d'accès à ces voies. Vous faites vous même le constat de l'inanité spirituelle des voies communes (la démocratie-chrétienne avatar parmi d'autre, dont l'égalitarisme masque mal l'élitisme négatif, le détournement de mineur, et le salut truqué enchainé aux cycle menant de la génération à la corruption, le messanisme du progrès, inversé lui aussi dans sa destination, etc)

    Une petite chose au passage sur la démocratie-chrétienne. Pour Guénon il n'est pas besoin de beaucoup d'élucidation pour en définir l'inanité et la condamner : elle ne présente aucune conformité avec la tradition primordiale, et s'appuie au contraire sur des principes issues de l'intelligence rationnelle humaine seule, asséchée de tout autre source, paroles ou révélations supra-humaines. Etant entendu que Guénon n'oppose à la rationalité humaine qu'une chose : elle n'est qu'une porte et il ne faut pas la prendre pour la Vérité. Nous ne sommes dans le monde moderne pas loin d'une telle fornication reductionniste qui prend une partie (la raison humaine) pour le tout (la Vérité), et qui divinise la partie, en fait l'alpha et l'oméga de la connaissance, et dont on voit les fruits blet qu'il porte jusqu'à nos jours.

    Je joint ici un texte qui présente assez bien la méthode unifiante de Guénon, et en quoi la tradition primordiale, si elle n'est pas un syncrétisme superficiel, dépasse la multiplicité religieuse en unifiant le sens religieux qu'elles "abritent", au coeur (métaphysique) des traditions séparées dont le noyau apparait très semblables. La lecture que Guénon fait par exemple de la figure de l'arbre de connaissance du bien et du mal me semble assez proche de la vôtre je crois, évangélique, mais élargie, et unifiée analogiquement à d'autres traditions (Guénon était converti musulman et arabophone).

    Morceau choisi : "L’attachement à la multiplicité est aussi, en un certain sens, la « tentation » biblique, qui, en faisant goûter à l’être le fruit de l’« Arbre de la Science du bien et du mal », c’est-à-dire de la connaissance duelle et distinctive des choses contingentes, l’éloigne de l’unité centrale originelle et l’empêche d’atteindre le fruit de l’« Arbre de Vie » ; et c’est bien par là, en effet, que l’être est soumis à l’alternance des mutations cycliques, c’est-à-dire à la naissance et à la mort. Le parcours indéfini de la multiplicité est figuré précisément par les spires du serpent s’enroulant autour de l’arbre qui symbolise l’« Axe du Monde » : c’est le chemin des « égarés » (Ed-dâllîn), de ceux qui sont dans l’« erreur » au sens étymologique de ce mot, par opposition au « chemin droit » (Et-çirâtul-mustaqîm), en ascension verticale suivant l’axe même, dont il est parlé dans la première sûrat du Qorân (17)."

    http://esprit-universel.over-blog.com/2014/01/rené-guénon-–-el-faqru.html

  • Pour établir qu'il y a un pont entre Guénon et le christianisme, ce dont je doute, il faut se situer au niveau de la métaphysique ; la métaphysique de Guénon est-elle chrétienne, ou bien est-elle égyptienne (= platonicienne/pythagoricienne) ?

    Il y a dans la culture grecque antique des éléments, notamment chez Homère ou Aristote, qui font penser à la métaphysique des prophètes juifs - d'autant plus que Platon et son école prirent pour cible Homère).
    L'érudit expliquera cette présence de la métaphysique juive par l'antériorité du judaïsme et son influence sur la culture grecque.

    La vision apocalyptique chrétienne est aussi caractéristique ; de quelle façon Guénon parle-t-il du Jugement dernier et de la fin des temps ? Est-ce compatible avec le portrait de l'antéchrist dessiné par Paul de Tarse ?
    J'ai déjà entendu parler d'une religion apocalyptique perse, mais mes recherches dans ce sens n'ont rien donné, faute de temps et d'ouvrages qui abordent l'aspect métaphysique. Aristote et Homère sont beaucoup mieux documentés.

    Je vous accorde qu'il y a des points de comparaison entre Guénon et Bacon ; mais il y aussi beaucoup de "sous-Bacon", ayant exploité une partie de sa pensée ou croyant la poursuivre, la trahissant parfois volontairement ou non - Voltaire et Nietzsche font partie de ces "disciples de Bacon".

  • "de quelle façon Guénon parle-t-il du Jugement dernier et de la fin des temps ? Est-ce compatible avec le portrait de l'antéchrist dessiné par Paul de Tarse ?"

    Il y a déjà que Guénon est musulman, et que certains érudits ou savant à la fois chrétiens (orthodoxes dans les exemples dont j'ai connaissance) et musulmans établissent d'assez nets parrallèles entre l'eschatologie islamique et l'eschatologie chrétienne. Quant à la figure de l'antéchrist, elle est très proche de la figure du Mes'kh. La littérature guénonienne est profuse à ce sujet, je vous cite un court extrait m'étant tombé vite sous la main :

    "C'est encore ici l'antithèse du Christ disant : « Je suis la Vérité », ou d'un walî comme El-Hallâj disant de même: « Anâ el-Haqq ». (7) « On n'a peut-être pas suffisamment remarqué l'analogie qui existe entre la vraie doctrine et la fausse ; saint Hippolyte, dans son opuscule sur l'Antéchrist, en donne un exemple mémorable qui n'étonnera point les gens qui ont étudié le symbolisme: le Messie et l'Antéchrist ont tous deux pour emblème le lion » (P. Vulliaud, La Kabbale juive, t. II, p. 373). – La raison profonde, au point de vue kabbalistique, en est dans la considération des deux faces lumineuse et obscure de Metatron ; c'est également pourquoi le nombre apocalyptique 666, le « nombre de la Bête », est aussi un nombre solaire (cf. Le Roi du Monde, pp. 34-35). (8) Il y a ici une double signification qui est intraduisible : Mes'kh peut être pris comme une déformation de Mesîha par simple adjonction d'un point à la lettre finale ; mais en même temps, ce mot lui-même veut dire aussi « difforme », ce qui exprime proprement le caractère de l’Antéchrist."

  • "La métaphysique de Guénon est-elle chrétienne, ou bien est-elle égyptienne (= platonicienne/pythagoricienne) ?"

    Cette formulation, dans la vision traditionnelle, n'a aucun sens. L'objet de la métaphysique n'est ni chrétien ni egyptien, ni rien du tout, il EST.

    Ce que prétend par contre Guénon, comme Evola ou Shuon, ou d'autres penseurs de la "Sophia perennis", et ce qu'ils s'attachent à démontrer, c'est l'unité de vue et de principes de toutes les traditions justifiées à l'égard de la métaphysique et des réalités supra-humaines.

    J'avais essayé de retracer votre critique du platonisme ou de la "métaphysique platonicienne" sur votre blog, mais j'ai bien de la peine, si vous pouviez me retracer les contours de celle-ci de façon plus concentré et synthétique, je verrais peut être mieux les contours de l'opposition que vous faite entre "métaphysique chrétienne" et "métaphysique platonicienne", et en quoi elle peut ainsi être un critère si crucial et définitif (j'ajoute d'avance que ce que j'en ai lu sous votre plume me laissait toujours un arrière goût d'être relatif et interprétativement obtus, comme d'autres de vos approches, mais je ne demande qu'à ce que vous me montriez que je me trompe ici comme ailleurs)

  • Cette opposition recouvre t-elle, très grossièrement, l'opposition du rond (cyclique, enchainé au temps) et de la ligne (progressive, eschatologique, s'échappant du temps ?).

    Si oui, la vision de Guénon est, telle que je la comprends, celle de la spirale, qui enchasse les deux figure. Pour le dire symboliquement : une cyclologie progressive, et donc par nature eschatologique, et concernant le salut de l'homme apocalyptique par nécessité.

  • (Car le monde, c'est à dire le mensonge, nous fais TOURNER en bourrique)

  • c'est peut-être chez Platon l'équivalence/confusion entre beauté et vérité qui s'oppose au christianisme, là où ce dernier voit la beauté (sorte de perfection humaine) comme un don de Satan. Chez Shakespeare dans le dialogue entre Ophélie et Hamlet, c'est assez clairement montré. acte 3 scène 1. Hamlet pose la question entre honnêteté (vertu, bonté, vérité) et beauté et montre que la beauté l'emporte négativement sur le bien.
    "OPHÉLIE - La beauté, My Lord, peut-elle avoir meilleure compagnie que la bonté?
    HAMLET. - Oui, en vérité ; Car le pouvoir de la beauté transformera plus vite la bonté en une putain que la force de la bonté travestira la beauté à son image."

    C'est cette confusion entre platonisme, christianisme et paganisme qui conduit Ophélie à la folie, folie suicidaire qu'Hamlet ne fait que révéler. Et c'est de cette confusion que souffre l'homme moderne ou plutôt qu'il en meurt car il n'en souffre pas vraiment puisqu'il n'en a guère conscience jusqu'à ce que ça lui soit révélé, deuil, maladie, séparation. En définitive, ce qu'il prend pour une aide à vivre, voire un plus, s'avère être un poison mortel.
    Me semble qu'il y a dans le sentimentalisme (composante majeure de l'amour moderne) un rapport à la beauté (l'idéal, le rêve d'amour romantique, la pureté, etc), la beauté comme perfection, qui empêche l'accès à la vérité, à l'amour divin. Le platonisme fonctionne comme une chaîne qui lie l'homme au monde et donc à la mort. La beauté ou la perfection est un piège, justifié par la raison ou la passion, c'est la pierre où le juste trouve refuge mais qui fait tomber l'impie.

  • "Le beau est la splendeur du vrai", oui. Mais je pense qu'il en faut plus pour condamner la métaphysique platonicienne que cet aspect là seul, car cet aspect n'est pas à proprement parler faux. Il est ambigues et élitiste comme vous le précisez ensuite, refuge du juste, tombeau de l'impie.
    Je crois qu'en somme pour Lapinos, il s'agit de faire jouer Homère comme antisocial et Platon comme social.
    Une chose qui m'intéresse, et qui contredit quelque peu en apparence au moins ce que vous disiez sur la beauté Fodio, est la charge de Nietzsche contre Platon, parrallèle chez Nietzsche à la critique du christianisme : Platon est pour Nietzsche anti-artistique, anti-aristocratique, et représente par l'influence de Socrate une "morale d'esclave". Idéalisme platonicien et métaphysique sont pareillement des dévaluations du monde dans la pensée de Nietzsche. Il suffit de bien voir en quoi l'appui chrétien sur la pauvreté est pour Nietzsche un semblable signe de faiblesse, de refuge contre le monde, et que ce genre d'équivoques conditionne sa charge en général contre la métaphysique, pour avoir quelques doutes sur le bien fondé de la charge de Nietzsche également contre Platon, pour ce qui me concerne. A vrai dire, au nom de sa défense de l'art comme illusion et sacralisation du monde, Nietzsche a raison contre toute métaphysique.

  • La métaphysique chrétienne n'est pas "traditionnelle" : on le reconnaît à ce qu'elle ne permet pas de fonder une quelconque "éthique". C'est bien pour cette raison que les oeuvres humaines ne conduisent pas au salut, suivant l'évangile et l'explication de Paul de Tarse.
    Du point de vue chrétien, la métaphysique égyptienne (pythagoricienne) de Platon est une fausse métaphysique, qui conduit au néant.

    Fodio cite à juste titre un passage qui illustre la façon dont Shakespeare fait voler en éclat la morale médiévale, mélange de deux propositions métaphysiques antagonistes. On pourrait citer de très nombreux exemples analogues tirés du théâtre de Shakespeare ; c'est le thème principal de "Mesure pour Mesure".

    Est-ce que Guénon ne serait pas plutôt proche de la gnose (fausse connaissance) de Dante Alighieri et son rêve politique chrétien satanique ?

  • 2/Je viens de lire un (assez bref) passage de Guénon sur l'Antéchrist. En résumé, disons qu'il définit l'Antéchrist comme la subversion d'un "principe" ou d'une tradition "primordiale", se présentant comme ce principe et cette tradition authentique même.
    Je préfère les termes "vérité" ou "amour", car ils situent mieux la métaphysique en dehors des besoins humains. Par définition, les principes et les traditions sont multiples.
    Par conséquent, Guénon a tendance à utiliser des vocables qui ont une connotation péjorative pour un chrétien. Jésus-Christ et Paul de Tarse font voler en éclats la notion de clergé traditionnel où le prêtre faisait office d'intermédiaire entre le ou les principes divins et les "non-initiés". C'est pourquoi Jésus dit : "Laissez les petits enfants venir à moi..." (et les femmes) : cela contrevient au principe traditionnel d'initiation, qui conduisait à reléguer les femmes et les enfants.

    - En admettant que Guénon n'utilise pas ces vocables dans le sens commun, il reste principalement l'idée de subversion ; sans aucun doute l'Antéchrist nous est montré par les apôtres et Paul de Tarse comme une puissance subversive, capable de subjuguer les nations et d'accomplir des miracles séduisants.
    Cela posé, même du temps où Rome était accusée par Luther et ses disciples d'incarner l'Antéchrist et de trahir la parole divine, Rome n'infirmait pas ce qui est écrit noir sur blanc.
    En d'autres termes, à ce stade de ma lecture je trouve Guénon très "vague".

    - Paul de Tarse nous apprend que l'antichristianisme est un nouveau pharisaïsme ; c'est un précieux avertissement que celui qui consiste à avertir les chrétiens que la défense ultime de Satan passe par un péché et une stratégie semblables à ceux du clergé juif qui complota d'assassiner Jésus-Christ. En ce qui me concerne, cela m'a aidé à repérer dans l'idéologie démocrate-chrétienne les caractéristiques du pharisaïsme.

    - Quant à Shakespeare, il fait complètement table rase de la culture occidentale. Il fait apparaître les cathédrales gothiques comme des monuments érigés à la gloire de Satan. Ce n'est pas rien comme avertissement non plus : qui sait combien d'idiotes comme Ophélie ou de crétins comme Roméo ont tiré parti de cet avertissement ? Peut-être plus que vous ne croyez.

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