On aurait tort d'opposer la "valeur divertissement" libérale à la "valeur travail" nazie. Cela n'a pas plus de sens que d'opposer le néolibéralisme au libéralisme, ou la métastase au cancer. Si le divertissement est désormais sacré au XXIe siècle, comme dans le Brave New World, ce n'est qu'indirectement, par rapport au travail, comme la lune emprunte sa lumière au soleil.
Un capitaliste qui pleurniche sur la désindustrialisation est un hypocrite ou un imbécile. La désindustrialisation fait partie du processus quasiment mécanique de division du travail à l'échelle mondiale. Le président national-socialiste indien qui prône la "valeur travail" et le président libéral français qui prône le divertissement et les plumes dans le cul sont sur la même longueur d'onde internationale. L'esclavage en Inde ou en Asie (l'enfer) est le principal pilier du divertissement de l'Occident (le paradis). Aldous Huxley était assez civilisé pour comprendre que ce monde-là, régi par l'instinct et la culture de vie primaire, ne l'est pas. De façon humoristique, John Le Sauvage qui préfère mettre fin à son existence, est la seule personne un minimum civilisée. Winston Smith et Julia, s'ils ne se suicident pas positivement, renoncent à leur humanité sous l'effet de la torture.