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  • Engouement

    L'engouement actuel des ados pour Baudelaire a peut-être quelque chose de providentiel ? Je suis encore trop jeune pour faire la sortie des lycées, mais on m'a parlé de cette nouvelle tendance, et j'ai pu la vérifier auprès d'une ou deux pucelles enthousiastes.

    Pourvu que les ados sachent encore lire !

    "Il est encore une erreur fort à la mode, de laquelle je veux me garder comme de l'enfer", dit en effet le Baudelaire qui ne figure pas dans les programmes scolaires : "Je veux parler de l'idée du progrès. Ce fanal obscur, invention du philosophisme actuel, breveté sans garantie de la Nature ou de la Divinité, cette lanterne moderne jette des ténèbres sur tous les objets de la connaissance ; la liberté s'évanouit, le châtiment disparaît.

    Qui veut y voir clair dans l'histoire doit avant tout éteindre ce fanal perfide. Cette idée grotesque, qui a fleuri sur le terrain pourri de la fatuité moderne, a déchargé chacun de son devoir, délivré toute âme de sa responsabilité, dégagé la volonté de tous les liens que lui imposait l'amour du beau : et les races amoindries, si cette navrante folie dure longtemps, s'endormiront sur l'oreiller de la fatalité dans le sommeil radoteur de la décrépitude.

    Cette infatuation est le diagnostic d'une décadence déjà trop visible."

    Supplique géniale du poète qui n'a pas pu constater comme nous le fiasco sanglant des divers projets "humanistes", projets qui n'ont concouru qu'à la ruine de tout ce que l'homme avait de précieux, à commencer par l'Art. Des ruines encore fumantes. Emporté par son élan, la bêtise humaniste n'en finit pas de faire des ravages sur son passage.

  • Beaucoup de sang-froid

    A en croire BHL (Bernard-Henri Lévy), dont je parcours exceptionnellement le bloc-notes dans le kiosque d'une gare pour me tenir un peu informé de ce qui se passe au Liban, il y aurait en France un puissant lobby médiatique pro-palestinien, pro-arabe, qui passerait son temps à calomnier Israël. Je pense qu'il fait allusion à Siné, dans Charlie-Hebdo, presque gâteux, mais dont le pouvoir de nuisance reste intact. En effet, les présentateurs des grands journaux télévisés sont très influencés par les critiques de Siné. Leur manière partiale de présenter les faits, accablante pour l'armée israélienne, vient de là. On a vu trop peu d'images de femmes-soldates israéliennes pleurant leur(s) camarade(s) mort(e)(s) au combat !

    Accablé depuis Pharaon par les persécutions, le peuple hébreu mériterait de vivre enfin en paix. Au lieu de ça, il est obligé de déployer toute son armée pour désarmer des fous de la roquette qui ne songent qu'à canarder le peuple martyr. Et il est obligé de déployer toute sa ruse pour que son grand-frère yanki, ce gros lourdaud, se décide enfin à renverser Saddam Hussein... comme si la moustache de Saddam ne devenait pas inquiétante pour le genre humain tout entier !

    Lorsqu'on est reporter de guerre comme BHL, on est bien obligé de fréquenter des journalistes, mais ça empêche pas de les rappeler à l'ordre lorsqu'ils dépassent les bornes, qu'ils flanquent la déontologie aux orties.

    Bien qu'il soit assez fâché de tout ce débordement de bons sentiments imbéciles en faveur des enfants libanais massacrés, BHL, magnanime, permet quand même qu'on discute de la stratégie, de la tactique militaire israélienne. Ouf. J'aurais été frustré, devant mon bock, en présence de mes potes, de devoir me contenter de parler de la pluie et du beau temps. Je ne sais pas grand-chose mais j'ai toujours une théorie en réserve pour distraire mes potes.

    Cette théorie, c'est qu'à chaque fois qu'on extrait un macchabée des ruines d'un immeuble démoli par une bombe israélienne, c'est cent vocations de kamikaze qui naissent dans le monde arabe, vu que les gens qui n'ont pas l'agrégation de philo. ont parfois tendance à tenir des raisonnements un peu simplistes. Voilà, hem, si je peux me permettre, la tactique d'Israël ne me convainc donc pas tout à fait.

  • Je pleure déjà

    Veillé devant ce reportage sur l'avortement diffusé sur une chaîne publique... Retour brutal à la "civilisation".

    Quand je parle d'une reprise des hostilités, c'est pas pour l'appeler de mes voeux, mais parce que la propagande ne me laisse aucun répit. Bien sûr, il y a encore de rares pacifistes à officier, comme Franck Ferrand sur Europe 1 ou ce pianiste brillant, Jean-François Zygel, qui propose une nouvelle émission musicale sur France 2, captivante, même pour moi qui préfère le silence... mais jusqu'à quand tolèrera-t-on qu'un Ferrand ou un Zygel se permette de faire ressortir ainsi par contraste la féroce ignorance de ses confrères ?

    Le reportage sur l'avortement était précédé d'un film de propagande en faveur du divorce, L'Amour au soleil (B. Botzolakis). A la fin, un couple âgé organise une boum pour l'anniversaire de la petite-fille, et ils en profitent pour annoncer leur divorce programmé. Enlacés. Ils se roulent même une pelle pour bien montrer que c'est par amour qu'ils divorcent, contrairement au préjugé qu'on pourrait avoir. Je me tape sur la cuisse. Je suis sensible au comique de propagande.

    Le reportage sur l'avortement était moins drôle - l'avortement du temps où il était illégal, histoire de démontrer qu'on a basculé depuis grâce à mesdames Veil et Neiertz dans un monde meilleur, plus hygiénique. Des femmes qui avaient avorté dans les années cinquante, soixante, soixante-dix, témoignaient. C'est toujours risqué les témoignages, même filmés. Ils auraient dû se contenter de faire parler des femmes qui avaient déjà eu plusieurs enfants. On pouvait comprendre plus facilement les motivations sociales, économiques, de ces femmes. Même si leur mépris pour les avorteurs ou les avorteuses qui s'enrichissaient en faisant un "sale boulot" n'est pas très logique. Elles croient peut-être que les obstétriciens font ça désormais par philantrophie, pour pas un rond ?

    Les témoignages de celles qui avaient avorté de leur premier enfant, qui déclaraient que la perspective d'un accouchement les avaient remplies d'horreur, carrément, m'ont laissé perplexe. Le truc frappant c'est qu'aucune ne parle du père, pas même un prénom, elles ne disent jamais "nous", même pas une accusation, un reproche, exactement comme si elles avaient attrapé une maladie se propageant dans l'air. Pas un mot sur leurs rapports sexuels non plus. Pas de contexte. C'est tout juste si l'une d'elle évoquait un vague "plaisir très cher payé".

    Là où ça vire quand même au cauchemar, c'est quand l'une, devenue militante active, après avoir elle-même avorté en Angleterre, raconte benoîtement comment elle se faisait un devoir d'assister un chirurgien et de laver dans une passoire les restes expulsés après le curetage, pour montrer à la patiente ce qui ne ressemble en fait qu'à de petits lambeaux de peau, pour la rassurer au cas où elle aurait des problèmes de conscience. Ouais, là, j'ai eu envie de pleurer. Peut-être même que j'ai pleuré, je me rappelle plus. Décidément, je suis beaucoup trop sensible, une vraie fillette.

     

     

  • Le sexe des moines

    A peine trois jours que je suis de retour à Paris et déjà je ne peux m'empêcher d'aborder un sujet trivial : la sexualité des moines.

    J'aime bien l'ombre douce des monastères, mais je ne suis pas dupe, je sais que j'ai un tempérament trop... disons belliqueux, pour m'accommoder de vivre en communauté.

    L'aptitude aussi des moines à se passer complètement des femmes ne peut que fasciner un misogyne comme moi, imparfait. Bien sûr, il y a parmi ces moines un certain nombre de pédés qui doivent sublimer leur goût sexuel en amitié virile, mais ce n'est pas le cas de tous, évidemment, j'ai pu entrevoir des personnalités plus rabelaisiennes.

    Je m'en veux un peu, je le répète, de me poser une question aussi saugrenue sous une voûte romane. Je crois y échapper en me réfugiant dans la lecture au pied d'un chêne-liège. Craignant de ne ne trouver dans la bibliothèque des moines que des ouvrages trop compliqués pour moi, j'ai emporté quelques bouquins persos, les Ecrits sur l'art de Baudelaire, comme je veux réfuter sa distinction par trop arbitraire entre "coloristes" et "dessinateurs", Une Guerre au couteau de J.-P. Angelleli, et Le Siècle de 1914, un essai de D. Venner, le fameux historien-poète-guerrier-autodidacte.

    Mais dans l'ébauche de portrait de Delacroix que trace Baudelaire, ce petit extrait me ramène à mes sottes réflexions - quasi-anachroniques :

    "Sans doute il [Delacroix] avait beaucoup aimé la femme aux heures agitées de sa jeunesse. Qui n'a pas trop sacrifié à cette idole redoutable ? Et qui ne sait que ce sont justement ceux qui l'ont la mieux servie qui s'en plaignent le plus ? Mais longtemps déjà avant sa fin, il avait exclu la femme de sa vie. Musulman, il ne l'eût peut-être pas chassée de sa mosquée, mais il se fût étonné de l'y voir entrer, ne comprenant pas bien quelle sorte de conversation elle peut tenir avec Allah.

    En cette question, comme en beaucoup d'autres, l'idée orientale prenait en lui vivement et despotiquement le dessus. Il considérait la femme comme un objet d'art, délicieux et propre à exciter l'esprit, mais un objet d'art désobéissant et troublant, si on lui livre le seuil du coeur, et dévorant gloutonnement le temps et les forces."

  • Reprise des hostilités

    J'ai un peu craqué, j'avoue. J'ai fui, je me suis retiré quelques jours en Combrailles, auprès d'un monastère bénédictin. Les psaumes en latin, le silence, l'anonymat, tout ça est réconfortant. Et pas un seul bobo à l'horizon ! La détente complète, quoi.

     

    Paris, c’est très joli, il y a tout ce qui faut, la peinture classique du Louvre, de jolies femmes, de bons restaurants, des librairies, mais je finissais par me sentir un peu assiégé, tout de même.

     

    J’ai pu communier à la “nostalgie du Moyen-âge” des moines, c’est-à-dire l’aversion pour les gadgets et une certaine lenteur indispensable pour accomplir de belles choses. Sauf au réfectoire. Ils bouffent trop vite. C’est mauvais pour la digestion quand on est pas habitué. Très nette cette nostalgie chez certains, surtout le frère Guillaume, venu de l’Arizona, habitué à l’inconfort de la campagne mais pas à l’architecture romane. Pétrifié d'admiration, il est.

     

    Avec ça un peu de “lapining” pour me défouler, ce sport dont je suis adepte depuis ma prime enfance, qui consiste à gambader joyeusement dans les fourrés, par-dessus les clôtures et les rochers, à dévaler les pentes - certains préfèrent l'expression plus martiale d'“azimut brutal”.