lundi, 21 avril 2008

Finissons-en !

Pour en finir avec Dieu, c'est le titre du dernier ouvrage de référence signé Richard Dawkins. Vu que ce pavé s'est déjà vendu à des millions d'exemplaires dans le monde, Flammarion s'est dit que ça ne pouvait être qu'une bonne chose de publier les derniers travaux de Dawkins en français, en évitant un titre trop raccoleur, comme il se doit dès qu'on quitte le terrain du journalisme pour entrer sur le territoire de la Science.

Les éditeurs français ne reculent devant rien pour faire bénéficier au grand public des derniers progrès de la Recherche scientifique où qu'ils se logent, la recherche en général, sur les origines de l'humanité en particulier, où c'est qu'il y a plein d'animaux, c'est plus rigolo. On est en démocratie oui ou crotte de bique ? On est dans un Etat laïc et républicain qui essaie de préserver les enfants de la superstition et du voile islamique, bordel, ou pas ?

 Dawkins est une sorte de Michel Onfray grand-breton. Si je les compare sur le plan scientifique, à vue de nez je donne un léger avantage au Britannique. "A vue de nez" parce que c'est encore la meilleure technique pour jauger les truffes.

Avantage léger, vu que Dawkins gratifie ses lecteurs tout au long de son bouquin d'arguments de ce niveau : "Newton se disait effectivement croyant. Comme pratiquement tout le monde jusqu'au XIXe siècle (ce qui en dit long à mon avis)." Avec des arguments comme ça, entre parenthèses, la science est VRAIMENT à la portée de tous (à mon avis).

Assassiner Dieu dans un bouquin tous les dix ans, ça semble le meilleur moyen que la bourgeoisie ait trouvé pour se rassurer sur sa toute-puissance.

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 Blague à part, deux remarques sérieuses à propos de Dawkins. D'abord la parenté entre les théologiens qui démontrent par A+B l'existence de Dieu et les athéologiens qui cherchent à établir par A-B qu'il n'existe pas, saute aux yeux. Comme dit Simone Weil, le pari de Pascal relève de l'autosuggestion et pas de la science expérimentale. Pascal = Nitche ; Dawkins = Thomas d'Aquin ; Onfray = mon curé démocrate-chrétien.

En même temps ce qu'il faut bien voir c'est que malgré sa légèreté dans le domaine des sciences humaines, Richard Dawkins est quand même moins crétin que son homologue évolutionniste yanki Stephen Gould, archétype du kantien inepte, de l'épistémologue forcené, que Dawkins ne peut s'empêcher d'égratigner au passage, respectant ainsi une vieille tradition anglaise de mépris de la science et de l'art étatsuniens, dissimulée derrière des gentlemen agreements commerciaux.

Car Dawkins postule que si Dieu n'a pas de réalité, si c'est juste une invention humaine, alors la recherche scientifique ne peut pas ne pas en tenir compte. Bravo ! A l'inverse, le scientifique qui croit dans l'objectivité de Dieu, comme Poincaré, ne peut se satisfaire de la théorie du hasard ou de celle du chaos, de la physique quantique mathématique "empruntée" aux nazis par les Yankis. Dawkins n'est pas un scientifique qui fait abstraction, volontairement, comme Gould, de la nature (à l'exception notable du panda).

C'est-à-dire qu'on doit au moins savoir gré à Dawkins de n'être pas un faux-cul de première comme Gould. Un faux-cul viscéral.

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Et puis j'ai quand même appris un truc dans le bouquin de Dawkins, qui s'est cogné de lire Mein Kampf dans le cadre de ses travaux, ce qui est au-dessus de mes forces.

Comme Drieu la Rochelle, Hitler relève la convergence entre Karl Marx et saint Paul. Je me dis que si Hitler a été capable de voir cette convergence, il y a une chance pour que Benoît XVI finisse lui aussi par s'en rendre compte et arrête de nous bercer avec saint Augustin, produit de la décadence de l'empire romain.

 

 

mercredi, 02 avril 2008

Le Mâle absolu

Je n'avais pas fait gaffe que le criticule en question qui diffame Drieu La Rochelle, c'était Pierre Assouline. Connu surtout pour rédiger un blogue littéraire, n°1 au classement Wikio.

La méthode de BHL, c'est de traîner la dépouille de ses ennemis dans la poussière, Drieu, Brasillach, Maurras, voire d'un gaulliste inoffensif comme Pierre Boutang. A ce sport dangereux, Assouline préfère la méthode ancestrale dite du "baiser de Judas", qui consiste à embrasser pour mieux dénoncer.

Entre deux platitudes sur l'oeuvre de Drieu qui peuvent presque passer pour des amabilités, Assouline énonce que l'écrivain normand était un "homosexuel refoulé". Si les hommes qui ont des liaisons successives avec des femmes sont des "homosexuels refoulés", j'imagine que l'inverse est vrai : un homme attiré par les hommes n'est au fond qu'un "hétérosexuel refoulé".

Je me demande d'où vient cette méthode qui consiste, pour mieux enfoncer son adversaire, à laisser entendre qu'il était homosexuel ? Littell fait ça avec son nazi également, et, bien qu'il n'ait eu aucune liaison, des historiens "affirmationnistes" ont prétendu que Brasillach en était. Est-ce que ça vient du Talmud ?

 

 

mardi, 01 avril 2008

La vierge et la putain

Je lis dans un magazine littéraire à se torcher l’affirmation comme quoi Drieu La Rochelle ne fréquentait que des prostituées. Il ne fantasmait, selon le criticule de service, que sur les vierges ou les putains. Il ne suffit pas à la critique contemporaine de porter aux nues des niaiseries préfabriquées, il faut encore qu’elle enfonce les écrivains déjà traînés dans la boue par la rumeur médiatique, pour faire voir ses muscles. En publiant les carnets intimes de Drieu, ses frasques, le but est double : faire du pognon et contribuer à la morale laïque qui met Drieu à l’index. Je regrette les dictatures où on brûle OSTENSIBLEMENT les livres. Rectifions les propos du baveux, faute de pouvoir le rectifier lui-même. Drieu désirait vivement être père ; mais il n’a pas pu. Avec les meilleures excuses du monde, que je suis bien placé pour comprendre. Que Drieu lui-même fût un bourgeois, il l’a reconnu, pour mieux rejeter ses vieux oripeaux et apostasier la bourgeoisie et ses valeurs, plus nettement que Flaubert ou Sartre. Drieu explique même dans son Journal que c’est son éducation bourgeoise qui l’a poussé à se faire des illusions sur l’Allemagne nazie, avant de se rapprocher du communisme à la veille de mourir. L’inverse de BHL, en somme, qui ne vomit les nazis que pour mieux lécher le cul des nantis Yankis, nazis mous qui misent sur leurs seules forces spéculatives.

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“Vierge ou putain”, parlons-en, puisque c’est le paradigme de la libido bourgeoise. À tel point que la mode consiste désormais pour une gonzesse d’un milieu bourgeois - ou qui s’en inspire -, à se saper comme une pute tout en arborant des airs de pucelle inabordable et en pratiquant une sexualité de gastéropode. Vingt-neuf ans, c’est l’âge moyen pour une femme de son premier moutard ! Ce chiffre en dit long à lui seul sur le puritanisme bourgeois… On a beau justifier ce retard par le désir de la femme de se cultiver, de “mener sa vie”, d’achever ses études, personne n’est vraiment dupe en dehors des lectrices de magazines féminins ; un petit tour dans un quartier à femmes de la capitale permet de constater qu’on est assez loin de la joie de vivre exubérante et de l’épanouissement sexuel des films publicitaires. Tout au plus relève-t-on une certaine excitation hormonale en période de soldes. La propagande de l’épanouissement sexuel est un vaste foutage de gueule conçu par des agences de pub. La bobo-type, “Rive-gauche”, androgyne, récurée jusqu’aux amygdales, est tout ce qu’il y a de plus antisexuelle, un vrai “tue-l’amour”, à moins d’aimer le faire avec une savonnette ou un tube de dentifrice - ou de chercher à marier une gosse de riche pour s’affranchir de l’angoisse du lendemain, comme Drieu fit. La consommation de produits dopants et de substances “désinhibantes” en tous genres n’a d’ailleurs jamais été aussi forte. Dans ce contexte, la mère de famille nombreuse fait office de repoussoir. On souligne combien de fois elle a dû se priver du plaisir de faire l’amour sans capote ou sans stérilet pour en arriver là ! Son statut n’est guère plus enviable que celui d’une prostituée. Comme celle-ci on la soupçonne d’être trop fourrée avec le sexe masculin, sous sa coupe. Dans Plus belle la vie !, pas de mère de famille nombreuse : c’est incompatible avec un certain niveau existentiel. Lorsqu’on réserve un rôle à la mère de famille, c’est un rôle de comique. Dans le même temps qu’il proclame sa supériorité sur tous les autres régimes, le régime bourgeois se suicide doucettement.
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Encore une fois, Drieu n’était pas si pervers que ça. Il fréquentait des putes professionnelles, tout ce qu’il y a de plus normales, avec des seins “gonflés comme des grains de raisin”, et parfois des mères de famille délaissées, faute d’aristocrates. On l’imagine mal exhibant sa bourgeoise dans un cabaret pour se faire reluire, comme c’est la tendance chez certains grands bourgeois maintenant.

mardi, 16 octobre 2007

Conversion avec Drieu

À force de voir BHL à la télé, aussi arrogant et sûr de lui qu’il est nul et borné sous son masque de démocrate éclairé, le parfait petit intello "collabo" en quelque sorte, qu’Ardisson ou Guillaume Durand ne risquent pas de déstabiliser, j’ai rêvé d’une conversation avec Drieu, l’antithèse de BHL. - Lapinos : Merci de m’accueillir dans votre garçonnière, Maître. Vu qu’il est très tard, je n’irai pas par quatre chemins avec vous. Laissons la littérature de côté, j’aimerais parler avec vous de religion et de politique, de Jésus et de Marx. - Drieu : Ça me fait drôle d’être appelé "Maître" ! Même mes maîtresses… - Lapinos : Excusez-moi, je connais mal vos romans ; lorsque j’ai fait votre connaissance, j’avais un peu passé l’âge de lire des romans. Dans votre Journal, j’ai relevé cette phrase… attendez, je sors mon calepin, voici : « Je rêve toujours d’écrire un parallèle entre saint Paul et Marx. Mais je ne suis pas assez savant. » Vous êtes irritant : vous donnez l’impression de toujours toucher du doigt la réalité sans jamais vouloir la saisir ! Qu’est-ce qui vous retient, bon sang ? Gombrowicz aussi a pigé la compatibilité profonde du marxisme avec le christianisme… - Drieu : Qui ça ? - Lapinos : Gombrowicz, un junker polonais. Mais il reste prisonnier de ses préjugés bourgeois, de tout le bric-à-brac existentialiste, cette philosophie décadente qu’il a ingurgitée. - Drieu : Tiens, c’est bien la première fois que j’entends dire qu’il peut sortir quelque chose de raisonnable de la Pologne… - Lapinos : Je n’ai pas tout à fait dit ça ! Cela dit Lech Walesa incarne une forme de révolution prolétarienne chrétienne. On peut le voir comme un précurseur de la révolution que j'espère comme vous. - Drieu : Lech quoi ? - Lapinos : Laissez tomber. Savez-vous qu’aujourd’hui il y a de soi-disant réactionnaires qui n’hésitent pas à invoquer ce crétin d’Ozanam, voire Tocqueville ? Incroyable, non ? - Drieu : Parfaitement logique au contraire, camarade. Ce sont des crétins qui ont appris à raisonner avec Maurras. Au lieu de prendre Maurras pour ce qu’il est : un orateur brillant, point à la ligne. Fascination de la foule pour les forts en gueule. Idem pour Jaurès, Daudet… - Lapinos : Vous vous êtes fait avoir vous-même avec votre pote Malraux. Quelle baudruche ce type ! - Drieu : Sans doute. L’amitié fait commettre des erreurs. C’est la plus violente des passions. Ainsi vous êtes catholique ? Il en reste ? - Lapinos : Oui, catholique de père en fils depuis une dizaine de générations au moins. - Drieu : Ah, ah, impressionnant ! - Lapinos : Ce que je veux dire, c’est que même mes ancêtres qui vécurent dans des régions soumises par les huguenots restèrent fidèles à l’unique, sainte et catholique Église romaine. Simple remarque d'ordre historique. - Drieu : Oui, c’est très net que le marxisme et le christianisme sont deux réalismes. Mais que faites-vous de cette objection : la réalité de Marx est une, c’est la matière, tandis que pour les chrétiens ce sont plusieurs réalités distinctes : le corps, mais aussi l’âme, Dieu… - Lapinos : Vous oubliez les anges, satan… pourtant vous avez lu Baudelaire ! Plutôt que le christianisme, ce sont les chrétiens qui sont divisés. Je vous garantis que, question hérésie, la doctrine de Marx a été servie elle aussi ! Les hérétiques sont même plus nombreux que les vrais marxistes. Vous assimilez le christianisme au protestantisme, Maître. Vous savez ce que vous êtes ? Un janséniste ! Nous n'avons pas le temps ce soir, mais un jour je vous prouverai que Marx commet la même erreur que vous, en empruntant un biais différent. - Drieu : Vous vous êtes un véritable inquisiteur ! J’aime ça. - Lapinos : Votre mélancolie vous pousse vers Pascal, c’est dommage. Pourtant, vous le pressentez, Pascal n’est pas catholique. Personnellement, je vais vous dire, je parie que Pascal est plus athée que Diderot. Vous comprenez bien aussi que la résurrection des corps annule votre subdivision entre l’âme et le corps, qui n’est qu’un artifice de théologien ou de poète. Baudelaire n'agite cette idée que pour secouer la racaille libérale, ces cochons immondes sans âme qui se vautrent dans la philosophie. Votre obsession de la politique, qui vous dérange, c’est votre bon côté, Pierre - vos rêves bouddhistes, le mauvais, le côté "La Rochelle". La preuve : les démocrates que nous haïssons tous les deux, parce qu’ils ont bradé la civilisation en échange d’un peu de confort, ces salauds hypocrites qui ne valent pas les nazis, désormais, ils rêvent tous de devenir des bonzes. - Drieu : Je devine la suite. Vous allez me dire que les grands théologiens catholiques modernes, ce sont Bloy, Péguy, Claudel… - Lapinos : Bien sûr. Vous voyez bien que Claudel, de sa grosse main de paysan, pousse Pascal sur le bas-côté du chemin, d’un air de dire : « Les fous à l’asile ! ». Quelle sagesse. Un antibonze. Les monastères sont faits pour les idéologues, pour qu’il s’y anéantissent en paix ; rien ne devrait pouvoir en sortir sauf des fromages, du vin et des pâtes de fruits, et encore. Rabelais, par exemple, était beaucoup trop raisonnable pour demeurer dans un monastère. Oui, Bloy, Péguy et Claudel sont les grands modernes. Allez faire comprendre ça à un pape allemand, même un Bavarois, ce n’est pas facile !

lundi, 24 septembre 2007

Vieilles gloires littéraires

Sur le plan littéraire, Drieu est tout aussi lucide, si ce n’est plus. Emmanuel Berl, Julien Benda, Porto-Riche, Bernstein, tous ces ex-écrivains célèbres qui faisaient chier Drieu, ils n’intéressent plus personne en dehors de quelques maniaques bibliomanes désormais. Et pourtant, Dieu sait qu’on réédite tout et n’importe quoi aujourd’hui ! Rien ne serait plus facile que de payer un critique du “Monde”, de “Match”, du “Figaro” ou de “France 2” pour dire tout le bien qu’il pense de Porto-Riche et pousser le quidam à l'acheter… Lira-t-on encore Modiano ou Weyergans dans trente ans, dans vingt ans ? Houellebecq restera sans doute, mais plutôt en raison de son anticonformisme que de sa prose (Aussi, quelle erreur de se fondre dans le moule en faisant du cinéma produit par Lagardère.)

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Préjugé favorable, tout de même, de Drieu en faveur de Nitche. Nul n’est parfait. Un préjugé partagé d’ailleurs par t’Sterstevens. Préjugé d’une époque. Et puis Drieu n’est pas un catholique conventionnel. Le superhomme, Zaratoustra, toute cette bimbeloterie… le goût pour les arts premiers n’est pas très catholique. Pour un catholique, les schémas marxistes de Simone Weil sont beaucoup plus raisonnables que la trahison par un Allemand francophile des grands moralistes français. Pourtant, Drieu le sait, le dit et le répète : les Allemands font de bons soldats, mais en politique ils sont nuls. Quant à Marx, beaucoup plus anglais qu’allemand, Drieu l’ignore presque complètement ; il est occulté par le communisme.
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Apparemment sur un point Drieu s’est trompé. À la fin, estime-t-il, les Russes l’emporteront sur les Anglo-Saxons, pourris jusqu’à la moelle par le capitalisme. Dès le milieu du XVIIIe siècle, Grimm, le La Boétie de Diderot, aussi antipathique et visionnaire que Diderot est sympathique et aveugle, Grimm prévoyait que l’empire russe jouerait un rôle de premier plan à l’avenir, ce qui était loin d’être évident. Mais la dislocation récente de l’empire soviétique semble donner tort à Drieu. À moins qu’il faille attendre encore un peu ? Une chose est sûre, outre la haine du catholicisme et le mépris des Yankis, bref de tout ce qui n'est pas russe - un signe de santé psychologique -, les Russes ont ce que les "musulmans" n’ont pas et qui les condamne à demeurer sous la domination occidentale : l’unité, l’argent, les armes, et toutes les ressources énergétiques nécessaires. À tout prendre, Drieu aimerait mieux tomber sous le joug des Russes plutôt que sous celui des Yankis. Moi aussi : entre les gonzesses yankies et les gonzesses russes, il n’y a pas photo.

vendredi, 21 septembre 2007

Prescience de Drieu

Et la prescience de Drieu, n’est-elle pas étonnante ? Car il est isolé ou presque dans son “living room” mais avec quelques années d’avance prévoit la tournure que vont prendre les événements. Il y a sans doute des cartes d’état-major étalées chez lui, il connaît le nombre de divisions allemandes, britanniques, françaises, par cœur, il a beaucoup moins de préjugés que ses contemporains, et cela suffit. Comparons avec les politiciens actuels, incapables, avec leurs bataillons de soi-disant experts en économie et tous leurs logiciels, de prévoir ne serait-ce que six mois à l’avance une crise économique ! Tous les Attali, Cohen, Boissonnat, quelle bande de radoteurs inutiles ! Ils justifient après coup tout ce qu’on veut, ça, pour ça on peut compter sur eux. Attali publie un bouquin où il annonce la multiplication des i-pods, et tous les crétins qui sortent de Sup. de co. se ruent pour l’acheter. Le diagnostic de Drieu sur les campagnes d’Hitler : six mois de retard par année. Évidemment c’est le jugement d’un homme de méditation sur un homme d’action, mais il n’a pas tort, Hitler fond sur sa proie, puis il ne sait trop qu’en faire ensuite, il paraît tergiverser.

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Ce goût pour la conjecture politique, dont Drieu affirme qu’il se passerait bien pour se consacrer entièrement à l'histoire des religions, est plus fort que lui. Conséquence directe, l’avortement est un sujet qui l’obsède. Il a déjà écrit une nouvelle qui tourne autour et a le projet d’écrire tout un roman dessus. La réaction des démocrates-chrétiens, qui sont en quelque sorte les “derviches tourneurs” du catholicisme, face à l’avortement, est beaucoup plus “calme”. “L’avortement ? Ah, oui, c’est embêtant, mais tant que le business va, tout va”, voilà à peu près le ton et l’esprit d’un évêque français moyen, pas très éloigné de celui de Fillon ou Sarkozy. Lorsqu’on se souvient de l’inaptitude de Mgr Lustiger au calcul politique, à miser sur Balladur plutôt que sur Chirac (Parce que celui-ci avait intercédé en faveur de Mgr Lefebvre ?), on se dit que les évêques feraient mieux de s’en tenir aux principes, ce pourquoi ils sont payés, au moins en partie.

jeudi, 20 septembre 2007

Déclin et suicide

Fin du "Journal" de Drieu. Ça se lit comme un roman existentialiste. Le meilleur jamais lu à ce jour en ce qui me concerne. Gilles, il y a une dizaine d’années, m’avait rasé. Moins de néant que chez Sartre, mais plus de suicide.

Il y a des passages comiques, comme chez Rousseau. Ils tiennent au masochisme de Drieu, flagrant, et qu’il reconnaît lui-même : il parle de rêves érotiques où des femmes se tripotent entre elles ; d'après lui, ce genre de rêve est une preuve de masochisme. Tiens donc ?
Plus nettement maso lorsqu'il se définit sévèrement comme le chantre de la force virile… en pantoufles. Certes, Drieu n’est pas un guerrier et passe le plus clair de son temps vautré dans son canapé, à lire et à méditer sur les religions, mais il a quand même fait la guerre de 14-18 vingt ans plus tôt, subi de terribles assauts aussi bravement que possible. Un autre que lui aurait pu bâtir toute une épopée à sa gloire à partir de ces quelques faits d’arme et tirer la couverture à lui. Céline, qui n’est pas aussi masochiste ne se prive pas de rappeler sa médaille et ses cicatrices d'ancien combattant pour mieux faire ressortir la lâcheté de ses détracteurs.
Qu’on songe à BHL aujourd’hui : un petit tour dans une tranchée de Sarajevo, quelques caméras attestant sa présence là-bas ont suffi à ce paltoquet chafouin dépourvu de style et d’ambition pour se confectionner un cévé d’intellectuel résistant héritier de Malraux…

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Autre épisode comique : lors d’un dîner avant guerre, l’écrivain Bernstein raille le titre du dernier roman de Drieu, L’Homme couvert de femmes. Dans son for, Drieu approuve Bernstein et reste pantois, rougissant même, honteux de ne pas trouver une répartie.
Peu avant la déroute complète de l’armée française, Drieu croise cette fois Bernstein fortuitement dans le jardin des Tuileries. Il prend pour de l’ironie un « Courage ! » que lui lance l’autre et se rue dessus, furibard, lui flanque quelques coups de poings ; Bernstein gueule alors : « Frapper un vieillard de soixante-quatre ans ! », se défend en donnant quelques coups de pied ; et Drieu : « Rien de plus lâche que les coups de pied ! »… On imagine la scène.
Aujourd’hui les nouveaux Bernstein ne courent plus le risque de croiser des écrivains incorrects. Le dernier pugilat que j’ai en mémoire était entre W. Volkoff et trois petites frappes sans honneur, dont Karl Zéro, sur un plateau de télé... mais c’était un traquenard. Depuis, tous ceux qui admiraient Volkoff, au moins pour son franc-parler, rêvent de croiser cet immonde Zéro dans Paris pour venger Volkoff… à la régulière.

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J’éprouve comme un sentiment de fraternité pour Drieu. Ça tient surtout au fait que je suis, comme lui, un Français de souche. « J’ai reporté sur la France la défaillance de l’être en moi. Mais si je suis ainsi, la France doit être ainsi puisque je porte la France dans mes veines et que leur pulsation dit prophétiquement la santé de la France. » Paradoxalement, ça fait de nous des européistes acharnés ; le simulacre de France, désormais, toutes ces cérémonies laïques d’embaumement, puent le formol ; l’Académie française aussi pue le formol, il n'y a plus aucune sève ni aucune verdeur là-dedans.
Le nationalisme est une idéologie de métèques pour qui la France est synonyme de IIIe République. Ça vaut aussi pour le métèque breton Le Pen. Drieu est plus charnel.

mercredi, 19 septembre 2007

De Blum à Kouchner

L’hécatombe de civils en Irak est une leçon d’histoire et de morale pour les Français et les Algériens. Si les Algériens pendant leur guerre de “libération” n’ont pas eu à subir très longtemps le terrorisme, c’est que l’armée française, en usant de la torture, a anéanti rapidement l’armée secrète terroriste algérienne, ce que les démocrates yankis sont incapables de faire avec les résistants irakiens. (La défaite française, ensuite, fut de la responsabilité des hommes politiques. Jacques Chirac aurait-il mieux résisté aux pressions internationales que De Gaulle dans les mêmes circonstances ? Ce n’est pas impossible.) Et Bernard Kouchner voudrait nous faire admirer le néo-colonialisme ! À jouer les matamores contre l’Iran il nous rappelle Léon Blum, les “lettres” en moins. Drieu La Rochelle est encore vif : « Ce qui était le plus loin de toute connaissance politique sérieuse, de toute science de l’homme dans l’action (…) appelèrent aux armes et au suprême dévouement. Les enjuponnés de la synagogue et de la loge, les braillards de congrès et de parlement poussèrent au combat ceux qu’ils avaient minutieusement désarmés depuis cinquante ans par les soins de leurs instituteurs et de leurs sorbonnards, de leurs journalistes et de leurs romanciers. » (“Journal 1939-45”)

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Le point de vue yanki est compréhensible ; l’Iran ne fait peser aucune menace particulière, mais lorsque tous les états possèderont la bombe, toutes ces bombes s’annuleront, et on peut penser que la dissuasion nucléaire aura vécu. Il est logique que les États-Unis s’accrochent à cette dissuasion nucléaire, d’autant plus que la guerre d’Irak, déclenchée par les médias plus que par l’administration Bush, a révélé au monde entier la faiblesse de l’armée yankie, connue des seuls historiens jusque-là. Elle la leur a révélée à eux-mêmes, beaucoup plus que le 11 Septembre, qui n'est qu'un accident. Même si les yankis baignent dans l’idéologie libérale la plus stupide, il leur reste assez d’instinct pour se douter que leur puissance économique dépend largement de leur pouvoir politique, donc du pouvoir d’intimidation de la bombe. Dans la partie de poker-menteur qu’ils jouent avec l’Iran, les États-Unis peuvent compter sur un atout : ils ont fait preuve précédemment en Irak d’une stupidité politique propre à inquiéter les Iraniens. Si les anciennes croisades étaient pour libérer le tombeau du Christ, la “nouvelle” est plus sûrement pour protéger la valeur boursière de Microsoft & Cie.

mardi, 28 août 2007

Anticapitaliste primaire

Par la fenêtre du bolide, un paysage agreste à faire oublier tout l’art contemporain. Comme dit Drieu : « Restent les beautés physiques de la France. ». Deux jeunes Hollandaises en vis-à-vis aussi, qui s’extirpent enfin à moitié dénudées de leurs sacs de couchage et me dévisagent avec un sourire mi-ingénu mi-affranchi, surtout celle de droite. Pourvu qu’elles se taisent encore un moment… Je saute sur l’occasion de ce déplacement éclair, quelques centaines de kilomètres horizontalement et quelques centaines de mètres verticalement, pour analyser mon anticapitalisme dans ce qu’il a de plus primaire, j’ose dire : de “métabolique”. Ce transfert brutal d’un point géographique à un autre, me rendra tout patraque. Je suis un être sensible. Pas au sens de Proust, quand même, qui ne peut supporter le moindre inconfort et se retrouve tout bouleversé lorsqu’il passe brusquement d’un arrondissement à un autre…

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Aujourd’hui, les humains se trimballent d’un point à un autre du globe comme des paquets, cette agitation est nécessaire à la marche absurde de l’économie capitaliste. Logiquement, ceux qui résistent le mieux à ce traitement sont ceux qui, moralement, sont les plus proches du sac de voyage ou du paquet : brutes yankies inconscientes, démocrates-chrétiens gavés, athées arrogants, jet-setteurs, abonnés du Monde ou du Figaro, sportifs dopés de haut niveau, représentants de commerce, etc. C’est dire à quel point le boeing jeté sur Manhattan était symbolique ! (Pas le symbole que veulent voir ces crétins de Beigbeder et de Maurice Dantec, bien sûr, ces deux suppôts travestis du capitalisme, l’un en écrivain mélancolique, l’autre en mafioso nippon.) Un exemple précis : ce que les pédants appellent “jet lag”, l’effet du décalage horaire brutal dû à une traversée du monde en avion. Un démocrate-chrétien, il lui faudra un jour-un jour et demi pour s’en remettre, un être moyen un peu moins abstrait, trois ou quatre jours ; moi, il me faut trois semaines pour m’habituer ! Pendant trois semaines, je continue à vivre à l’heure de mon terroir, à m’endormir lorsque le jour point, à me réveiller lorsque la nuit tombe. On devine ce que ce régime a d’aliénant. Bien sûr, j’ai pris un cas extrême, mais n’empêche, je redoute ce changement de pression atmosphérique brutal entre Paris et la montagne ; il va me déboussoler pendant trois ou quatre jours ; je serai réglé de nouveau qu’il me faudra repartir vers la capitale ! (Je serais curieux de savoir si les cycles menstruels féminins sont perturbés par les déplacements brutaux, qu’en est-il par exemple des hôtesses de l’air, perdent-elles leur féminité à force de transports brutaux ?) Trois ou quatre jours de perdus, ce n’est pas rien quand on sait que la mort nous guette à chaque virage, même si le train est moins dangereux que l’automobile. Ça explique pourquoi il a fallu les arguments extraordinaires de mon pote pour que je consente à monter dans un horrible TGV à deux étages, à respirer cette immonde odeur de plastique, et à m’infliger ce décors bouffon de Christian Lacroix. J’espère que mon pote va m’accueillir comme l’année dernière avec une de ces brioches à la châtaigne émouvantes.

samedi, 25 août 2007

Ultramodernité

N’est-il pas vain, comme je m’apprête à le faire, de verser une page de Drieu La Rochelle, tirée de son "Journal" 39-45, dans le bordel public qu’est l'internet, machine à charrier des truismes et des lieux communs à une vitesse supersonique ? Bah, on ne sait jamais : le coup de la bouteille à la mer. (Toi qui est tenté de lire le dernier radotage insane de Maurice Dantec sur le 11 Septembre ou d’aller mater le dernier navet cinématographique de Michel Houellebecq, laisse-ça aux "autres" et lis plutôt le Journal de Pierre Drieu La Rochelle.) « Sous ce régime nous n’étions pas libres. Une certaine licence, diaboliquement portée vers la morne et monotone pente du désordre sexuel, faisait un rideau devant la profonde absence de liberté morale. On ne pouvait pas dire ce que l’on voulait dans la presse ni même dans les livres. Une censure sournoise et hypocrite se faisait par le concours spontané de tous ceux qui de près ou de loin servaient le régime, en attendaient des faveurs ou même simplement la plus sordide tranquillité. J’ai éprouvé cela tous les jours en plus de vingt ans de vie littéraire. Un certain ton de fierté, de mise en demeure était interdit. (…) Et la chose incroyable fut que ces gens qui avaient organisé la médiocrité, la somnolence, la perte du sens et la démission générale, brusquement voulurent tirer de cet amas de décombres une force de guerre. Les gens qui avaient tué toutes les vertus de l’esprit et du cœur chez les Français prétendirent les redresser soudain comme des guerriers capables de force, d’adresse et de sacrifice. Ce qui était le plus loin de toute connaissance politique sérieuse, de toute science de l’homme dans l’action - les Juifs, les clercs rationalistes, les journalistes de loge et de café, les politicailleurs de couloir appelèrent aux armes et au suprême dévouement. Les enjuponnés de la synagogue et de la loge, les braillards de congrès et de parlement poussèrent au combat ceux qu’ils avaient minutieusement désarmés depuis cinquante ans par les soins de leurs instituteurs et de leurs sorbonnards, de leurs journalistes et de leurs romanciers. Les apôtres de la faiblesse et de l’abandon, de la paix bêlante s’agitèrent soudain comme bellicistes à tout crin, fauteurs de bagarre, chercheurs de querelles slovaques ou polonaises. Les pauvres Français à qui on avait seriné que compte seule cette vie d’ici-bas et cette peau sans doublure spirituelle et l’apéro et la pêche à la ligne furent poussés vers la frontière sans avions, sans chars, derrière une demi-portion de ligne Maginot, avec la bénédiction d’un vieux président de la République ânonnant de peur et de responsabilité rentrée, d’un immonde d’ivrogne de Président du Conseil et de tant d’autres présidents avec pipe ou sans pipe - sans oublier la bénédiction des évêques que les maçons recrutèrent pour l’occasion. Et que peuvent dire pour se plaindre ces paysans et ces petits-bourgeois qui ont crevé sous les piqués d’avion et sous la chenille des chars ? Rien. Les gens qui les ont poussés à la boucherie, c’étaient ces députés qu’ils étaient si fiers d’élire tous les quatre ans - cette éjaculation électorale provoquée par les plus frauduleuses masturbations démagogiques leur donnant une si haute idée de leur virilité et de leur liberté. Tous ces imbéciles étaient fiers d’être gouvernés par des imbéciles qui n’eussent pas plus qu’eux d’imagination et de courage, d’audace et de persévérance. Chaque citoyen de France se réjouissait dans son cœur d’être sûr de n’avoir au-dessus de lui aucun supérieur. Ainsi se réalisait journellement le vice essentiel des Français qui après l’avarice est l’envie. Certes ils tiraient leurs chapeaux aux présidents, aux ministres, aux sénateurs, députés, etc. mais dans le fin fond de leur cœur ils se réjouissaient de n’avoir affaire qu’à des petits voleurs et non pas à de fiers et exigeants exacteurs. Seulement ces petits voleurs deux fois en vingt ans se sont révélés de grands assassins, de grands pourvoyeurs d’abattoirs, des équarrisseurs très exacts et très épuisants. Le petit-bourgeois, le fils du peuple envoie à la mort quand il est ministre aussi bien et mieux que le noble et le prince. L’instituteur dans sa morgue rationaliste vous arrange un un tour de main une hécatombe d’un million d’hommes. L’orgie de sang de la IIIe République (après celle de la Ire) laisse loin derrière elle les Parcs aux Cerfs de la légende. » Samedi 22 juin 1940.