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Sonnet 144

144 est dans le christianisme le nombre sacré (12x12) de la Jérusalem céleste, aux antipodes des cités de chair bâties par les hommes qui, à la fin des temps, doivent s'écrouler sous le poids de leurs mensonges, comme s'écroula le temple de Jérusalem, rebâti en trois jours par Jésus-Christ, sous la forme spirituelle de son Eglise.

- Attardons-nous sur le sonnet n°144 du poème théologique de Francis Bacon Verulam alias Shakespeare. On peut le comparer aux poèmes des rois juifs Salomon et David.

La "Divine comédie" de Dante Alighieri est une autre comparaison possible, si ce n'est que Shakespeare se démarque nettement du catholicisme de Dante - "maçonnique" dirait-on aujourd'hui ; "ésotérique" est le mieux pour qualifier les théologies chrétiennes qui tentent la conciliation impossible du christianisme et des institutions judiciaires.

Le purgatoire est l'élément central dans cet ésotérisme. Dépourvu de fondement scripturaire, il est en revanche nécessaire à un clergé soumis à la charge de faire respecter la morale en vigueur, comme toute projection virtuelle dans l'espace et le temps est nécessaire afin d'agréger les foules. De ce point de vue-là, l'Europe n'a pas beaucoup évolué depuis le moyen âge.

Sans la compréhension de ce progrès sur la théologie médiévale et ses enjeux politiques effectué par Shakespeare - et plus largement la Renaissance -, on ne peut guère comprendre cet art.

Politiquement incorrect, puisque privant les pouvoirs publics de références au christianisme, Bacon-Shakespeare nous propose, au travers de tragédies et sonnets, plus proches des paraboles que la filandreuse philosophie monastique (aussi filandreuse qu'il est nécessaire pour noyer le poisson), sa théologie ; il procède ainsi à la manière d'Homère, non comme Dante Alighieri par l'ajout d'éléments empruntés aux religions païennes romaine ou égyptienne.

Pour simplifier, on peut citer le célèbre conte, plus sommaire que ceux de Shakespeare, "Blanche-neige", où l'on retrouve les mêmes figures, inspirées de l'apocalypse. Une mauvaise reine opposée à une jeune fille pure, sans oublier le prince charmant christique ; les bonnes ou mauvaises fées, symbolisent l'influence des astres lors de la naissance.shakespeare,bacon,verulam,nostradamus,apocalypse,blanche-neige

Ces différentes figures opposées sont un des thèmes principaux de la mythologie chrétienne de Shakespeare, ainsi que des sonnets.

(Le dessin ci-contre, attribué à Nostradamus, montre ces trois figures emblématiques : à gauche, l'Epouse de Jésus-Christ, c'est-à-dire l'Eglise ; au centre la prostituée, symbole du détournement de la parole à des fins iniques, et Marie, mère de Jésus, à droite.)

"J'ai deux amours, l'un confortable, l'autre désespéré.

Qui, comme deux forces opposées, me sollicitent."

[Amour érotique des biens de la terre, contre amour chrétien spirituel. On ne conçoit pas que Shakespeare, qui a par ailleurs écrit une tragédie narrant les conséquences funestes de l'amour passionné, et souligné la bêtise romantique de l'aristocratie, avant qu'elle ne devienne un procédé commercial systématique, mette en scène son goût des amours charnels multiples, comme dans un roman de gare. Les anthropologues modernes prennent leur désir pour la réalité, ce qui est l'inverse du christianisme, qui exige au contraire de prendre pour la réalité tout ce qui n'est pas de l'ordre de la biologie et de sa reformulation morale ou politique.]

"Le bon ange est parfaitement clair.

Le mauvais esprit une femme aux couleurs malsaines.

Afin de me précipiter en enfer cette diablesse,

Pousse mon bon ange à s'éloigner de moi,

Et, le corrompant, tente d'en faire un démon."

["Puis je vis le ciel ouvert, et il parut un cheval blanc ; celui qui le montait s'appelle Fidèle et Véritable ; il juge et combat avec justice. Ses yeux étaient comme une flamme ardente ; il avait sur la tête plusieurs diadèmes (...)" (Ap. XIX,11) La force de l'esprit de dieu est ainsi représentée dans l'apocalypse par une sorte de "prince charmant". La prostituée aux vêtements pourpres et écarlates incarne, elle, l'esprit de chair légitimé, celui qui préside à la chute du genre humain, et persiste à égarer les impies jusqu'à la fin des temps.]


(A suivre)

Commentaires

  • "J’ai deux amours, qui sont ma joie et mon malheur,
    Deux esprits, semble-t-il, qui tour à tour me hantent ;
    Le bon ange est un homme, de blondeur ardente,
    Le mauvais une femme, de noire couleur."
    un exemple de traduction anthropologique et pédérastique incompréhensible (Pierre Leyris, en 1990). La question du désir hante tous les traducteurs des sonnets, et dieu sait s'il y en a eu. On ne peut guère comprendre l'"amour" qu'évoque Shakespeare sans l'explication de la fable de Cupidon par Bacon ou en excluant le christianisme (et donc l'Apocalypse).
    Pour mieux faire comprendre la valeur de ta traduction il faut redire que d'une traduction à l'autre on est parfois en présence de deux poèmes différents et parfois même opposés. un petit exemple, au sonnet 110, au bout de l’arc-en-ciel, l’unitariste Leyris donne :

    Un vrai dieu à qui je veux vouer un culte unique

    À l’inverse, Fuzier le rhétorique fait du même vers de 110 :

    Dieu d’amour où ma flamme ores s’est retirée.

  • Ma traduction n'est pas encore très au point. François-Victor Hugo a donné la meilleure version jusqu'ici, car il s'est le moins préoccupé de la musique, véhicule d'un paganisme combattu par Bacon-Shakespeare de toutes ses forces. Les musiciens qui se réclament de doctrines démoniaques, comme Mozart ou Nitche, sont dans le vrai.
    - La difficulté à traduire Shakespeare tient à ce qu'il faut avoir une compréhension d'ensemble de sa vision. En commençant par le b.a.-ba : la passion n'a aucun droit dans l'art chrétien, puisque celle-ci est légitimée par le besoin d'organisation sociale, auquel le Christ oppose son mépris et sa vocation spirituelle.
    L'assassinat de Jésus est le résultat du déchaînement de la passion d'hommes "qui ne savent pas ce qu'ils font". C'est d'ailleurs parce que la morale et la politique se nourrissent de la passion que la guerre de Troie ne peut être évitée. A l'arrière-plan des charniers humains, on retrouve toujours le motif romantique, et c'est à la caste de ceux qui ont en charge de cultiver la passion que Shakespeare s'attaque le plus fort.

    "The worser spirit a woman coloured ill." Le pourpre et l'écarlate, couleurs des vêtements de la prostituée, sont les couleurs du sang malade, avant qu'il ne vire au noir. Le sang est le principe vital, c'est pourquoi il est pris comme le serpent dans les cultes juridiques païens pour un symbole et une matière sacrée. On peut remarquer dans plusieurs pièces que Shakespeare s'attaque aussi vigoureusement aux légendes sataniques ayant eu cours au moyen âge (Lancelot, Troïlus le Troyen, sont ainsi des imbéciles), et destinées à concilier alors le métier des armes avec le christianisme, au mépris de leur proscription évangélique.

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