Une tête de veau endurcie d’une paire de cornes, celle des "muses" cocufiées sur la place publique, c’est le portrait de Guillaume Durand. Significative brochette de starlettes convoquées sur son plateau pour nous abreuver de laïus démocratique : Alain Finkielkraut, Bernard-Henri Lévy, Alain Minc, Michel Onfray - le carré des hyperténus.
Aucune des quatre tares cardinales ne manque à l’appel : le sectarisme (Onfray et BHL), le libéralisme (BHL et Minc), l’existentialisme (Finkielkraut et Onfray), et le journalisme (Minc et Finkielkraut).
Je philosophe à peine, car Guillaume Durand aurait très bien pu imaginer, si j’ose dire, de réunir sur le même thème permutable, “Tu votes Sarko ou Ségo ?”, d’autres professionnels du débat-citoyen : Sollers, Luc Ferry, Enthoven Jr, d’Ormesson, Sorman, qui sais-je encore ? C’est pas les volontaires qui manquent. Mais non, ceux-ci ne sont pas aussi exemplaires. Il fallait aussi que l'humour soit totalement absent pour que la démonstration soit parfaite. À la réflexion le débat a bien été émaillé par un ou deux sourires carnassiers de BHL et Minc, tout de même… mais pas un éclat de rire. Durand a un talent quand même, il sait mettre les pieds dans le plat avec ses gros sabots…
(Admettons, hypothèse peu orthodoxe, que la charité m’impose, parmi ces quatre sinistres évangélistes, d’en sauver tout de même un ; c’est Minc que je choisirais. Le "petit mobile économique personnel", de la bande c’est encore lui qui l'incarne avec le plus de franchise et de naturel. Mais ça c’est "une question d’appréciation personnelle", chacun ses goûts comme on dit.)
-
-
Au moins Sunsiaré
Misère de l'édition française. Au rayon "Fruits et légumes", il n'y a peut-être plus de saisons, mais je vous garantis que dans les supermarchés culturels il en va autrement. Après la rentrée littéraire, la saison des prix, voici venue la morte-saison des petites vendanges. Eva Kristina, Stéphanie Pollack, Fanny Carel, Camille de Peretti, Élise Fontenaille, Colombe Schneck, Cypora Petitjean-Cerf, Karine Tuil, Blandine Le Callet, elles me font penser à ces grosses pommes granny vertes, tellement dures qu'il est impossible de mordre dedans, mais que les ménagères achètent quand même parce qu'elles brillent.
Elles ont un principe commun ces romancières, je regrette si j'en oublie : un style quelconque, imité d'un imitateur de Céline ou de Proust, pas trop de pages, pas trop de vagues, et surtout un bandeau avec la photo de leur frimousse presque jeune dessus ; c'est important que la consommatrice puisse s'identifier. Espoir de "jackpot"… Une chance sur dix ? Une chance sur cent ? Une chance sur mille ? N'importe, ça serait vraiment trop con de ne pas tenter sa chance, même si elle est infime, d'être un jour cotée au Salon du Livre, comme Amélie Nothomb.
Sur ce segment de marché, les publicitaires ont l'imagination particulièrement frileuse, comme une ménagère qui attend la ménopause en bouquinant. Aucun éditeur ne tente le coup du jeune écrivain musclé exhibant une bite avantageuse en couverture. Je note tout juste un : « La critique et le public l'ont déjà épousée. » un peu vulgaire, mais qui suffira peut-être, qui sait, à distinguer la jeune mariée ?
Au moins Sunsiaré était jolie.
Sur la couverture du premier bouquin de Raphaël Enthoven, il n'y a pas sa photo avec un sourire ou un regard. C'est sans doute, pense-t-on, qu'on est dans le domaine de la littérature. -
Marx au pays des menhirs
Un peu plus et j'oubliais ce que j'étais venu faire dans ce rayon. Les bouquins de Marx et les bouquins sur Marx sont malheureusement classés au rayon "Philo" : contre le poids des préjugés, il est difficile de lutter.
Yves Quiniou, ça tombe à pic, se propose de bousculer quelques-unes des idées reçues sur Marx. Décidément, après le Père Le Calvez, encore un Breton… On peut dire que la Bretagne participe à l'exégèse marxiste ! Il est vrai que Marx a été exilé dans le Morbihan, je crois - mais ceci est une autre histoire.
Et puis des bouquins autour de Marx, il y en a des centaines, des milliers, une vraie jungle. Autant éliminer Jacques Ellul tout de suite, obscur penseur démocrate-chrétien qu'on réédite parce qu'il ne mange pas de pain ; fatras incohérent, même pas sûr qu'Ellul ait vraiment pigé le propos de Marx…
R. Aron est plus intéressant, mais un peu trop "pontifiant" à mon goût, pas assez dynamique, un centriste de plus. Althusser n'est pas mal non plus, le cas d'un professeur qui étrangle sa femme, c'est forcément plus pittoresque que le cas d'un travailleur de force qui étrangle sa femme. Sur la différence entre la vision de Hegel et le regard critique de Marx, Althusser dit des choses intéressantes ; le seul problème c'est qu'il s'exprime sous le contrôle du PCF et que ça l'oblige à alambiquer son propos au maximum pour que les cadres du Parti ne le comprennent pas.
Le livre de poche de Quiniou est assez clair. Sur Marx et la démocratie, par exemple : l'égalitarisme démocratique ne coïncide pas avec l'idée d'égalité qu'il y a chez Marx. L'idée du partage "équitable" des richesses, défendue par les terroristes de la Convention française, ou plus "médiatiquement" par Besancenot aujourd'hui, cette idée qui s'appuie concrètement sur la jalousie des moins riches vis-à-vis des plus riches, elle n'appartient pas à Marx. Ce que Marx explique et voulait combattre, c'est l'oppression du Capital, une oppression dont les capitalistes eux-mêmes sont les victimes. Un raisonnement "qualitatif", pas "quantitatif". D'ailleurs Marx méprise l'argent.
S'il ne se trouve aucun homme politique pour répliquer à Besancenot qu'il est écœurant et ridicule à force de pédaler derrière la cassette du CAC 40 en prenant des airs de moujik joufflu opprimé, c'est parce que ce sont tous des libéraux - de droite ou de gauche. Au fond ils partagent le même idéal que Besancenot.
De l'athéisme de Marx aussi Quiniou est précis. Peut-être ne va-t-il pas assez loin ? Sur les questions religieuses, j'ai tendance à me méfier des Bretons, des païens christianisés en surface, à l'image des menhirs christianisés qu'on voit parfois en plein champ de maïs génétiquement modifié.
Bref, voici la citation de Marx que Quiniou commente en disant qu'elle n'est pas vraiment athée : « C'est l'homme qui fait la religion, ce n'est pas la religion qui fait l'homme. » Je dirais même plus, non seulement cette manière de présenter les choses n'est pas athée, mais elle est conforme au récit évangélique, puisque Jésus bâtit son Église sur les épaules d'un homme, Simon-Pierre. Cette citation peut choquer un protestant à la limite, mais pas un catholique. Maurras, par exemple, est plus choquant lorsqu'il réduit le christianisme à un mythe - sans parler des démocrates-chrétiens qui admettent la relégation de Dieu dans une sphère privée fictive en se fondant sur une interprétation truquée de l'Évangile de Matthieu. -
Au rayon "Jouets"
J'ai trois points communs avouables ici avec Raphaël Enthoven - Raphaël Enthoven de chez « Enthoven et Cie, Philosophes médiatiques de père en fils ». Le premier c'est que j'ai désiré coucher avec Carla Bruni. Quand j'avais seize ou dix-sept ans, un soir, devant le poste de télé, elle a même incarné pour moi brièvement l'idéal féminin. Au plan spirituel s'entend, car c'est son élocution qui m'a mystifié, l'Italie qui sortait d'elle, pas ses miches de rat. J'ai revu Carla Bruni récemment, pistonnée par son mari, dans une émission littéraire. Le charme s'est rompu. Je dois dire que les visages modifiés par la chirurgie esthétique me mettent très mal à l'aise. Il y a quelque chose de démoniaque dans ces faces à moitié momifiées.
Le deuxième point commun, c'est que si j'avais couché avec Justine Lévy, je l'aurais certainement abandonnée aussi, comme Raphaël Enthoven. Si mon propos paraît obscur, c'est sans doute qu'il est philosophique.
Troisième point : comme le titre du premier bouquin d'une longue série que Raphaël E. vient de publier l'indique, celui-ci considère la philosophie comme un jeu d'enfant. Là encore je dis : "banco" ! Dans le cas de Raphaël, j'ajouterais même : un jeu d'enfant gâté. Voyons un peu quels auteurs il cite dans son "premier bouquin" : Nitche, Cioran, Bergson, Schopenhauer, Montaigne… Ouf ! Non parce qu'à côté des pirouettes de Cioran, des galipettes de Montaigne ou des numéros de clown de Nitche, il y a des jeux d'enfants gâtés beaucoup plus chiants - comme Heidegger, Lévinas, Jeanne Arendt, voire Finkielkraut ou Steiner pour les enfants de la classe moyenne.
Le cas de Raphaël E. n'est donc pas désespéré. -
Petite mise à jour
Chose promise, chose due, voici la mise à jour 2007 du Dictionnaire des idées reçues. Elle s'imposait vu que depuis Flaubert le climat a un peu changé. Si je ne m'abuse il y a une sorte d'accélération et les préjugés eux-mêmes ont tendance à s'user plus vite. Voyez la pédérastie par exemple : remise à la mode dans les années soixante-dix, trente ans plus tard la société la fustige unanimement, jusqu'aux sites ouaibe où l'on fait commerce de films et de matériel pornographiques ! Même les préjugés sont fragiles désormais…
Mise à jour 2007
- A -
ACHILLE : Ajouter "le talon de”, ça donne à croire qu'on a lu Homère.
ATHÉE : Personne peu influençable. Un peuple d'athées ne saurait périr.
- B -
BACCALAURÉAT : Graal moderne.
BLONDES : Plus bêtes que les brunes.
BONNE : Le repos du curé de campagne avant le Concile. Dire "Nounou" est plus correct.
- C -
CAPOTE (anglaise) : Dans le sac-à-main des jeunes filles rangées.
CÉLIBATAIRE : Une vocation comme une autre. Le célibataire est surtaxé. Exige un héritier.
CENSURE : Enfin abolie.
CÉRUMEN : "Cire humaine", se l'ôter régulièrement pour mieux profiter des programmes télé.
CHASSE : Réservée au brutes sanguinaires en voie de disparition. « Un lapin a tué un chasseur, pan ! »
CHRISTIANISME : Une secte pas plus prospère que les autres, en définitive.
CYNISME : Diogène était devenu un peu fou à force de s'exposer aux rayons du soleil.
CLASSIQUES (les) : Ringards célèbres.
COCU : S'accorde au féminin aussi. Tend à disparaître comme le mariage.
COLONIES (nos) : S'indigner quand on en parle.
CONCESSIONS : Le ciment du couple.
CONVERSATION : Le sexe en est le sel.
- D -
DESSERT : Meilleur sans sucre.
DICTIONNAIRE : Un volume rassurant. Larousse ou Robert ?
DICTIONNAIRE DES SYNONYMES : Pourquoi tant de mots ? Pourquoi tant de dictionnaires ?
DIEU : Confort intellectuel. Quelques personnes âgées y croient encore - inutile de les détromper.
DIVORCE : Privilégier la formule dite "à l'amiable". Blesse moins les enfants que les bris d'assiettes.
DOULEUR : Perversion des sens. La morphine n’a pas été inventée pour les chiens.
DRAPEAU NATIONAL : En vente dans les stades de foot.
DROITS : Nul n'est censé ignoré les siens.
DOUTE : Est nécessaire pour croire.
- E -
ÉGOÏSME : Revers de la médaille.
EMAIL : Pester contre les "spams". Seuls les snobs disent "courriel".
ÉTÉ : Canicule. Il n’y a plus de saisons.
- F -
FAISCEAUX : À l'origine du fascisme. Ne pas oublier d’éteindre ses phares.
FEUILLETONS : Principal sujet de conversation (Voir "conversation").
FŒTUS : Terme technique. Amas de cellules vivantes potentiellement appelé à remplir la condition humaine. Intéresse l’industrie pharmaceutique.
FONCTIONNAIRE : Juron répandu. Idéal répandu.
FONDS SECRETS : Servent à acheter des petits fours.
FOULARD : Remis à la mode par les musulmans. Cause d’hécatombes dans les cours de récréation. Hantise des instituteurs.
FRANC-MAÇONNERIE : Dépassée par la Scientologie.
- G -
GRAMMAIRE : Vieilli. Mère Fouettard. Fait peur aux enfants et à leurs parents.
GRAS : Matière bourgeoise. Ne pas dépasser 40 %.
- H -
HALEINE : La garder fraîche est un véritable sacerdoce.
HUILE D'OLIVES : Vierge. Pressée à froid. L'italienne est la meilleure. Aphrodisiaque.
HYSTÉRIE : Sans rapport avec l’utérus. Pas d'automédication ni de gifles. Consulter un psy.
- I -
IMPRIMERIE : Menacée de disparaître.
IMAGINATION : Les enfants et Jacques Séguéla en ont beaucoup.
INFANTICIDE : Pas de confusion possible avec l'avortement.
INHUMATION : En chansons. La crémation permet d'éviter les vers.
INNOVATION : Leitmotiv. Exemples marquants : le fil à couper le beurre, le string.
INQUISITION : Peut revenir. Rester vigilant.
- J -
JÉSUITE : Sorte de prêtre particulièrement pervers. Porte un uniforme.
JOUIR : Bruyamment.
- L -
LITTÉRATURE : Intimidante. Ni entr'acte ni pop-corn.
LATIN : Déclin des déclinaisons : un scénario, des scénarii. Même l’allemand est plus utile.
- M -
MACHIAVEL : Ne pas l'avoir lu, mais le regarder comme un génie.
MAHOMET : Misogyne ET polygame.
MALADE : Ne pas dire qu'on est "en bonne santé" mais "hypocondriaque" si on veut être remboursé.
MALTHUS : Incompris pendant deux siècles.
MARSEILLAIS : Plus sympathiques que les Parisiens. Accent chantant (la "Marseillaise").
MISSIONNAIRES : Ont inventé une méthode d'accouplement fastidieuse.
- N -
NÈGRES : Vocabulaire primitif.
- O -
OPTIMISTE : Citoyen vertueux.
- P -
PARADOXE : Se dit toujours sur le bd St-Germain, entre deux bouffées de cigarette light.
PAUVRETÉ : Faible pouvoir d'achat. Épée de Damoclès. Investir dans la pierre.
PÉDÉRASTIE : Amalgame utilisé pour flétrir les homosexuels.
PHILOSOPHIE : La recette du bonheur. Existe en plusieurs parfums.
POÉSIE : Elle est partout, surtout dans les aires d’autoroute.
PRÉJUGÉS : Notre époque en a peu.
PUCEAU/PUCELLE : Se percer l’hymen ou ronger son frein de toute urgence pour échapper aux quolibets.
- R -
RELIGION (La) : Le haschisch est la religion du peuple.
RÉPUBLICAIN : Ça va de soi, mais ça va encore mieux en le disant.
ROMAN : Peut rapporter gros.
- S -
SAINT-BARTHÉLÉMY : Prémices de la Choa.
SUICIDE : Geste républicain. Jospin y a songé. Carence en vitamines et en fer.
- T -
TEMPS : Subjectif au début, de moins en moins vers la fin. Un temps peut en cacher un autre.
- V -
VOLTAIRE : Valeur sûre.