Au préalable il faut distinguer l'idéologie nationaliste de la politique nationaliste. Le sionisme relève de la première catégorie, car l'Etat israélien fait partie d'un empire plus grand, le pacte atlantique, dont la capitale est Washington. Victimes de la politique impérialiste des nations occidentales, les Juifs d'Europe de l'Est ont constitué un Etat qui en fait des acteurs des politiques impérialistes postérieures à 1945. S'il y a bien un "mensonge universel", au sens orwellien du terme, c'est l'ONU qui l'incarne le mieux. Lire "1984", c'est perdre la foi dans le mobile onusien.
Dans la mesure où la France est soumise à Washington comme Israël, de façon évidente depuis la fin du XXe siècle, on peut considérer le nationalisme français comme une pure idéologie, tout comme le sionisme. Il s'exprime assez souvent comme la nostalgie du gaullisme, c'est-à-dire d'une époque où, louvoyant tant bien que mal entre le bloc Océania et le bloc Eurasia, les Français pouvaient encore se bercer de l'illusion de leur indépendance. L'action politique de F. Mitterrand en 1981 est contradictoire dans les termes, puisqu'il a tenté une restauration républicaine tout en entamant un processus "européen", c'est-à-dire démocrate-chrétien et impérialiste. Les Gilets jaunes révolutionnaires ou républicains doivent avoir conscience de cette contradiction, à laquelle Donald Trump est aussi confronté. La destruction des organisations internationales totalitaires telles que l'OMS, L'Unesco, mais aussi la CiA, la NSA, Hollywood est suicidaire pour les Etats-Unis car elles en constituent, en quelque sorte, l'exosquelette.
La politique nationaliste, elle, n'est pas une idéologie mais une action politique visant à émanciper la nation de l'empire. On peut considérer ainsi Richelieu comme l'un des plus grands politiciens nationalistes français.
Le sionisme illustre que l'idéologie nationaliste contemporaine - c'est ce qui la rend extrêmement dangereuse sur le plan politique - est un militarisme. Comme le fascisme ou le stalinisme, l'idéologie nationaliste a pour principale fonction de mobiliser les masses. L'idéologie nationaliste est au niveau de la Marseillaise. Qu'est-ce qui a transformé le communisme anti-impérialiste en stalinisme impérialiste et technocratique ? Très largement la guerre totale et à outrance.
On ne se sent jamais plus "Français" que lorsque l'on séjourne à l'étranger, dit-on. C'est là un effet du patriotisme et non du nationalisme, qui est un fanatisme religieux. Le nationaliste est un terroriste qui a réussi, et l'on ne peut pas sérieusement (selon Orwell) examiner la question du terrorisme sans examiner celle de l'Etat totalitaire. Lors de mon séjour aux Etats-Unis, j'étais gêné par l'immoralité des Etatsuniens - immoralité au sens d'absence de savoir-vivre ; j'ai pu constater que la plupart des Français expatriés partageaient mon malaise. A mon retour je me suis documenté sur la façon dont le judéo-christianisme pouvait conduire à l'immoralité (Shakespeare fournit sur cette question les réponses les plus complètes).
L'idéologie nationaliste n'a donc rien à voir avec le patriotisme. Je force à peine le trait en disant que les nationalistes sont, en réalité, des apatrides. Un nationaliste japonais se transformera rapidement en nationaliste français, et vice-versa.
Ici vous voyez où je veux en venir : le nationalisme moderne ou occidental est babylonien car, en même qu'il est une idéologie commune, il empêche la communication entre deux nationalistes se réclamant d'une nation-mère différente, comme le dialogue n'est pas possible entre deux loups de deux meutes différentes. Il n'y a rien de plus occidental chez un Indien de Bombay que son idéologie nationaliste, en même temps qu'elle lui fournit des motifs de haine de l'Occident.
On peut considérer l'adage suivant : "Mon pays, c'est ma langue." comme un adage nationaliste, car il élève le patriotisme au rang d'une chose mystique : le langage. Cela fait de l'Académie française une institution nationaliste ; de fait elle répond à un besoin politique d'abord, et non littéraire. L'Académie française est devenue un club de fétichistes de la langue française dès lors que la nation française a été soumise à une logique impérialiste plus vaste et plus nettement babylonienne encore.
La novlangue (newspeak) a une caractéristique qui permet d'envisager la mondialisation comme un tribalisme, plus nettement encore qu'au stade de l'idéologie national-socialiste allemande, russe ou étatsunienne. La novlangue est un effort pour réduire le langage à un simple moyen de communication. La littérature écrite n'est déjà plus (à Océania) qu'un moyen de véhiculer des émotions, soluble dans le cinéma et la télévision. Winston Smith n'est pas chargé d'un travail de simplification de la langue écrite, comme la réforme de l'orthographe se présente, mais de transformation de celle-ci en un moyen de communication.
Les moralistes contemporains font parfois cette remarque que la multiplication des moyens de communication ne contribue pas à améliorer la communication. Plus utilement "1984" fait observer que l'ère de la communication globale n'est pas une ère de la communication, en réalité, mais une ère de la propagande et du mensonge d'Etat, du contrôle des masses par une petite caste.