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Science

  • Darwin et le christianisme

    Commentaire d'un ouvrage de François Euvé, jésuite diplômé en physique et théologie, intitulé "Darwin et le christianisme" et sous-titré : "Vrais et faux débats" (2009, Buchet-Chastel).

    Comme je l'ai déjà exposé auparavant sur ce blog, l'idée que la science athée darwinienne renverse des convictions religieuses chrétiennes est un point de vue superficiel qui relève de la propagande ; l'instrumentalisation de la science, tout autant que l'instrumentalisation de la religion sont deux phénomènes (politiques) qui gênent l'examen de la foi chrétienne autant qu'elles perturbent le progrès de la science.

    Contemporain de Darwin, Alfred Russel Wallace formula ainsi la même hypothèse transformiste que son confrère naturaliste ; il s'en est fallu de peu, disent certains historiens de la science, pour que l'on parle de "wallacisme" afin de désigner la science naturelle transformiste. Or, pour Wallace, le schéma transformiste n'exclut pas l'intervention de Dieu. Par ailleurs les rapports de Darwin avec son éducation chrétienne, et plus encore sa formation scientifique imprégnée de "théologie naturelle", sont pour le moins compliqués.

    L'auteur de l'essai dont nous allons dire quelques mots prouve par sa personne qu'il est abusif d'opposer systématiquement le darwinisme au christianisme (comme on fait souvent en France) ; François Euvé est en effet jésuite (catholique) et convaincu par l'hypothèse transformiste darwinienne. Je dirais qu'il a "foi en elle", afin de souligner l'ambiguïté des rapports entre les questions scientifique et religieuse, ambiguïté sur lequel le principal mérite de son essai est d'attirer l'attention.

    Sur le plan scientifique à proprement parler, l'auteur est moins convaincant, en particulier quand il s'efforce de démontrer que le statut hypothétique de la théorie darwiniste ou post-darwiniste n'altère en rien son crédit scientifique.

    Il faut dire (plus nettement que F. Euvé) que la foi est très présente dans le domaine de la science moderne, ne serait-ce que parce que beaucoup font confiance aux manuels de science et enseignants qui dispensent des cours, se contentant en quelque sorte de dogmes et d'axiomes, sans pousser plus loin les vérifications ni l'étude. Au cours de l'ère industrielle, dont on peut croire la science darwinienne typique, la science est largement un substitut de la religion. Ne voit-on pas la science invoquée en toutes circonstances, y compris les moins sérieusement scientifiques, d'une façon qui évoque la superstition religieuse ? La théorie darwinienne n'est-elle pas le lieu du glissement de dieu à la science ? La structure hypothétique de la science transformiste peut le faire soupçonner. 

    - De façon utile, l'auteur souligne le rapport étroit entre l'hypothèse darwinienne et l'idée de "progrès social" ; il est en effet beaucoup plus juste de dire qu'une telle utopie politique, sous diverses bannières ou étiquettes, se trouve appuyée par l'hypothèse transformiste darwinienne, plutôt que l'athéisme proprement dit.

    L'idée de progrès social ne séduit pas particulièrement Darwin lui-même, mais incontestablement le succès public de son hypothèse, fulgurant, vient donc de ce qu'il fournit un arrière-plan scientifique à l'utopie du progrès (hypothèse morale et/ou politique).

    J'ajoute ici en disant qu'un philosophe tel que F. Nietzsche (célèbre en raison de son antichristianisme), doctrinaire le plus résistant à l'idée qu'un quelconque "progrès social", stigmatisée par lui comme une illusion chrétienne, ce philosophe est également sceptique devant l'hypothèse darwinienne ; il se demande si elle ne consiste pas à plaquer sur la nature une idée (fausse) de progrès social.

    - F. Euvé indique que les anti-darwinistes, chrétiens ou non, se sont beaucoup appuyés sur le principe "hypothétique" du transformisme darwinien pour le combattre, insistant sur l'inachèvement de la science darwinienne. L'auteur combat cet argument, mais sans grande efficacité ; il nous faudrait en effet admettre, selon lui, que l'hypothèse est la meilleure formulation de la science, désormais, de sorte qu'il serait rationnel de penser que la science "évolue" comme son objet. Un tel raisonnement est plus proche de la science-fiction que de la science ; que faire des certitudes scientifiques acquises (sphéricité de la terre) dans ce nouveau cadre épistémologique évolutif, qu'il nous est demandé d'entériner sans émettre la critique qu'il est plutôt le signe d'une crise de la méthode scientifique ?

    - De même, François Euvé est conscient que la place accordée au hasard par la science évolutionniste heurte la méthode voire l'esprit scientifique. Le hasard a été rapproché par les plus éminents savants naturalistes, de l'Antiquité comme des temps modernes, de l'ignorance. Etudier la physique (nature), aux yeux d'Aristote, c'est combattre le hasard, explication marquée par la superstition.

    Le hasard représente donc une sorte de "trou noir" au milieu de l'hypothèse transformiste. F. Euvé s'emploie à le combattre en décomposant ce hasard à son tour dans plusieurs "définitions" qu'il donne de ce mot complexe, selon lui : "chance", "aléa", "contingence", de sorte à faire émerger, à côté du "mauvais hasard" un "bon hasard" compatible avec la méthode scientifique. Ce "bon hasard" est avant tout compatible avec les lois de la mécanique moderne (géométrie algébrique).

    Au milieu de cet exposé lexical, se trouve une assertion fort discutable, à  savoir que "l'une des composantes importantes de la connaissance scientifique est la capacité de prédiction." La capacité de prédiction est une capacité attribuée à l'astrologie, ou à sa petite soeur moderne la science statistique, voire à l'histoire ; mais chacun ou presque s'accorde à dire que ce sont là des sciences inexactes.

    Une remarque importante doit être faite ici à propos du malthusianisme ; les travaux de Malthus sur la démographie humaine, qui ont un caractère prédictif, ont influencé Darwin dans la formulation de son hypothèse transformiste. Or plusieurs historiens ont réfuté avec des arguments sérieux l'exposé théorique de Malthus ("Essai sur le principe de population"), qui n'a qu'une valeur probabiliste et politique relative.

    De surcroît la place du hasard dans la science darwinienne n'a fait que croître au fil du temps, de sorte qu'il n'est pas certain que Darwin lui-même, compte tenu de sa formation scientifique, serait encore darwinien aujourd'hui (c'est sans doute là une hypothèse excessivement audacieuse) ; en effet, au-delà de la ou des définitions du "hasard", celui-ci sert dans la science évolutionniste à accorder des indices non-concordants voire discordants entre eux. Une science dont tous les éléments de preuve expérimentaux se complètement logiquement n'a pas besoin de faire appel au hasard. On parle (depuis Ernst Mayr) de "synthèse évolutionniste" pour qualifier le dernier état de la science post-darwiniste ; c'est une expression inappropriée pour parler d'une théorie qui s'appuie sur de nombreux indices et détails observés, dans des disciplines aussi diverses que la génétique, la botanique, la géologie, la biochimie... qu'il faut de très épais volumes pour compiler ensemble et établir une convergence.

    - Encore à propos de vocabulaire, François Euvé fait observer que l'évêque de Rome, la plus haute autorité de l'Eglise romaine a fini par reconnaître que l'hypothèse transformiste est "plus qu'une hypothèse" (sic) ; on veut montrer ainsi que l'Eglise romaine ne campe pas sur des positions conservatrices. Cependant on se doit d'ajouter immédiatement que cette formulation est dépourvue de sens sur le plan scientifique. Le pape susciterait l'hilarité générale s'il disait estimer que Dieu existe à 99% ou que la terre est très probablement sphérique.

    Le propos de François Euvé touchant à la méthode scientifique fait craindre que la science darwinienne ne reflète une méthode qui accorde une place excessive à la mécanique (statistiques et probabilités), au détriment de la preuve expérimentale. La confusion entre la théorie transformiste de Darwin et les différentes formes de darwinisme social serait ainsi entretenue par le "flou scientifique" de la théorie.

    L'essayiste s'efforce d'ailleurs de laver Darwin du soupçon de compromission avec le "darwinisme social", ou encore l'eugénisme, propos dérivés de l'hypothèse transformiste de Darwin ; étant donné la proche parenté du "darwinisme social" avec le nazisme ou le capitalisme, cette accointance trouble certains savants darwinistes.

    Mais, s'il est exact que Darwin ne pensait pas que l'on puisse améliorer la race humaine par le moyen matérialiste de la biologie, il n'est pas moins vrai que l'hypothèse transformiste ouvre droit à différentes hypothèses "technico-sociales" ou "juridico-sociales" - et c'est bien là tout le problème, d'un point de vue strictement scientifique. Autrement dit, l'éthique et la science répondent-elles aux mêmes buts et motivations ?

    L'aspect prédictif du transformisme darwinien incite à se demander s'il s'agit bien là vraiment d'une science fondamentale, et non de la transposition d'une représentation anthropologique (progressiste) dans l'ordre naturel ? Le nazisme et le libéralisme (capitalisme) sont des idéologies progressistes, quoi que l'on pense de leurs méthodes et résultats.

    Le principe de la transposition d'une loi naturelle dans l'ordre humain est un principe qui relève de la technique (imitation de la nature) et non de la science au sens strict.

    Un élément jette cependant le discrédit sur l'ensemble de l'essai de François Euvé ; il est cette fois d'ordre théologique. L'auteur explique que la théorie transformiste de Darwin, dont nous venons de voir qu'elle a des ramifications d'ordre philosophique chez Darwin lui-même, se heurte notamment à la notion de "péché originel", telle que celle-ci est esquissée de façon imagée dans le récit de la Genèse, puis précisée par Jésus-Christ et les apôtres.

    Dans un chapitre intitulé : "La mort est-elle naturelle ?", F. Euvé écrit : "Les textes de l'Ecriture sont sans équivoque, en particulier saint Paul : "C'est par un homme que le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort."

    F. Euvé fait bien de fournir cette précision : la mort est un phénomène biologique dont l'amour, selon les évangiles chrétiens, peut affranchir l'homme. Il y a bien une idée de "progrès spirituel" dans les évangiles, mais cette idée est absolument étrangère à l'idéologie du progrès social à laquelle le transformisme darwinien conduit (voire d'où il vient).

    Aussitôt après avoir dit cela, l'auteur propose de s'écarter de la théologie de Paul élucidant la mort comme l'effet du péché, en suggérant que l'apôtre, par "mort", ne parle pas de "mort biologique" [?] ; il n'hésite pas à conclure, comme un slogan ou une profession de foi personnelle : "Renoncer à retenir sa vie est le gage de l'accès à la vie authentique."

    On a ici le choix de croire vraie l'opinion d'un jésuite ou celle de Paul et de Jésus-Christ (dont le propos sur la mort et le péché précède celui de l'apôtre).

    Voilà donc un jésuite qui prétend rapporter avec soin l'hypothèse scientifique de Darwin, refuse certaines simplifications abusives, mais se met à broder dès lors qu'il aborde le sujet de la théologie !?

    Ce que le jésuite F. Euvé ne dit pas, c'est que la doctrine catholique, en de nombreux points s'affranchit de la notion évangélique de péché originel. En effet il n'y a pas de "doctrine sociale chrétienne" possible, car les chrétiens sont les mieux prévenus (par les évangiles) contre l'idéologie du progrès social. Or le catholicisme n'a pas le monopole de ce détournement des écritures saintes à des fins politico-sociales : c'est aussi le fait de la "théologie naturelle", cette discipline académique qui servit au jeune Darwin de cadre philosophique à ses études. 

    Cette question théologique paraîtra peut-être au profane éloignée de la question de la théorie darwinienne du transformisme ; qu'il se souvienne, dans ce cas, que Darwin est un disciple de la "théologie naturelle" chrétienne, c'est-à-dire d'une discipline académique qui, d'un point de vue théologique chrétien, comme du point de vue de la science naturelle, est une discipline étrange qui justifie que l'on approfondisse le rapport de Darwin avec ses convictions religieuses.

    (inachevé)

  • Preuve de dieu

    Le suicide prouve dieu. Encore une fois j'aime beaucoup cette preuve, qui me paraît particulièrement adaptée à notre temps de confusion entre science et enquêtes policières. L'idée moderne de la civilisation est en effet une idée de la civilisation qui se situe au niveau de la police, très proche de l'idée d'une théologie qui consisterait à prouver l'existence de dieu, c'est-à-dire d'une théologie sans métaphysique. Le calcul humain transpire en effet à grosses gouttes dans le problème de la preuve de dieu.

    Le suicide prouve que la volonté de l'homme est plus indécise que celle de toutes les autres espèces ; s'il semble régner dans les groupes de singes une forme de "suspens", une indécision propice aux sentiments et aux loisirs, c'est très probablement en raison d'une forme de fascination pour lui-même, qui fut baptisée "existentialisme" par la philosophie bourgeoise, que l'homme pense cela. En réalité, si le singe est plus philosophe et moins aristocratique que le lion, il n'en a pas moins un instinct de survie qui résume la plupart de ses actions.

    Au passage le suicide prouve aussi que la théorie transformiste est fausse. Elle l'est du point de vue de l'individu qui a tendance à lever la tête vers les étoiles et se trouver bien ignorant des choses essentielles. On voit que la société moderne a perdu le sens de l'individualisme, qu'elle confond avec le relativisme. L'évolutionnisme n'a pas engendré par hasard dans différentes cultures totalitaires différentes formules de "darwinisme social".

    Le suicide prouve dieu, mais les chrétiens savent que cette preuve est parfaitement inutile, et c'est pour cette raison qu'il vaut mieux s'en débarrasser en une courte phrase. On voit que Jésus-Christ n'use pas de théorèmes, mais de paraboles. Les théorèmes sont des lois sataniques, et le monde moderne serait moins complexe si les hommes de loi rendaient un hommage moins officieux à Satan.

    Nietzsche ou Hitler brillent par leur franchise, mais ils ne comprennent pas bien la stratégie de la terre brûlée mise en oeuvre par leur maître, c'est-à-dire le sens officiel, moderne, de l'histoire. Cette stratégie de la terre brûlée, c'est-à-dire le suicide de la civilisation, prouve d'ailleurs encore dieu (inutilement). Nietzsche a d'ailleurs partiellement compris la signification sous-jacente de cette incroyable baudruche à quoi s'apparente la rhétorique moderne, et que la culture moderne est une "culture de la preuve de dieu".

  • Crise de l'évolution

    La crise de la société ou de la civilisation moderne peut-elle entraîner une crise de la théorie du transformisme darwinien ? Je le pense, ayant très souvent entendu des savants évolutionnistes évoquer l'avenir de l'humanité en des termes flatteurs et typiquement religieux, c'est-à-dire prenant leurs désirs ou leurs hypothèses pour la réalité. Le fait que l'homme, sur le plan physique terrestre, domine toutes les autres espèces, débouche sur l'idée un peu facile que cet animal parviendra nécessairement à s'adapter à toute nouvelle circonstance, y compris sous la forme d'un suicide collectif de l'humanité, qui mettrait un peu de sel à mon goût, ou de variété, dans le fastidieux et lent processus de l'évolution des espèces vivantes.

    La modernité elle-même, idéologie négationniste récusée par tous les historiens sérieux, c'est-à-dire dégagés de l'obligation de démontrer que nous vivons dans le meilleur des mondes possible, où l'on n'élimine ses ennemis avant d'avoir souhaité avant qu'ils connaissent un jour la démocratie, la modernité se nourrit largement de la foi évolutionniste dans le bonheur : les animaux ne sont-ils pas toujours, invariablement... heureux de vivre, surtout quand ils ne servent pas le dessein intelligent de l'homme ?

    Un lecteur attentif m'a fait remarquer que, contrairement à mon allégation, Nitche était "moderne", mais non "darwinien". En effet, mais Nitche n'était pas démocrate non plus le moins du monde, sachant que le pinard de Dionysos est mieux fait pour maintenir le peuple dans un état d'hébétude que d'évolution. Hitler l'était beaucoup plus - démocrate -, ainsi qu'évolutionniste, "tirant des conclusions hâtives d'une science beaucoup trop bien fondée pour lui trouver des applications dans le domaine de l'anthropologie", dira-t-on pour rester "éthiquement pur".

    Mais là, moi qui ne suis pas évolutionniste, je m'interroge, je me mets à la place des nazis, comme on est un peu obligé de se mettre à la place des bêtes pour comprendre leur volonté : c'est tout de même un peu ballot, si l'ingéniosité humaine qui ne fait jamais que recopier celle de la nature, transposer son architecture ou sa structure dans le domaine de la technologie, ne trouve aucune application dans le domaine social du merveilleux mécanisme qui a permis aux animaux d'évoluer jusqu'à nous ? C'est ballot, non ? Ah ! A moins que les robots ne soient le terme suivant de l'évolution humaine ? Mais non, ce sont les femmes, ça ne colle pas.

    Deuxième question : pourquoi les tenants de l'évolution, surtout ceux qu'on entend le plus, à savoir les médias et leurs experts attitrés, ayant posé le principe que le darwinisme social de Hitler n'a rien à voir avec Darwin et ses augustes héritiers, plutôt que de faire obstacle systématique à ceux qui constestent l'évolutionnisme, ne censurent-ils pas plutôt le "darwinisme social" dans les médias et son millénarisme économique adjacent. Les énergumènes qui nous expliquent, par exemple, que les cartels industriels et bancaires sortiront renforcés de la crise économique qui secoue actuellement la modernité, faisant douter de plus en plus de monde que cette idéologie a un sens. Je sais bien que la confiance fait presque tout dans le domaine économique, mais on n'est pas des animaux tout de même : nous ne sommes pas dotés de la même culture de vie ou de la même foi et raison qu'eux ; ce que l'animal ne fait jamais - douter de la politique et des institutions de son espèce - cela nous est encore permis.

    Ainsi les adversaires de l'évolutionnisme ne seront pas tentés de se dire que c'est le préjugé anthropologique qui est au coeur de l'évolutionnisme, à savoir que cette science n'aboutit pas au darwinisme social, mais qu'elle part du préjugé commun des anthropologues d'un progrès de l'espèce humaine.

    Pour conclure j'aimerais protester contre un thème récurrent agaçant, qui pollue le débat scientifique inutilement, et le situe le plus souvent au niveau d'un procès. Dieu n'a rien à voir là-dedans. Depuis l'antiquité, la théorie de l'évolution ou du transformisme existe, et elle s'accommode très bien de l'idée de dieu, dont il existe pratiquement autant de variétés que d'espèces animales. L'introduction de l'histoire de la science dans le débat serait beaucoup plus utile, en tout premier lieu parce qu'elle met en lumière l'usage du discours scientifique, vrai ou faux, sur le plan éthique et politique, bien au-delà du seul cas de l'Allemagne nazie. Que signifie la participation d'un soi-disant savant, par exemple, à un comité d'éthique, chargé de dire la morale (certainement la discipline la plus évolutive et adaptée aux circonstances) ?

    La logique de l'hostilité des chrétiens au transformisme biologique est bien réelle, mais les chrétiens qui, aux Etats-Unis, croient que dieu est un grand architecte qui a créé le monde vivant suivant un "dessein intelligent" sont des chrétiens d'un genre un peu particulier et pas très crédible. Parce qu'il croit la même chose, Voltaire en France évite au contraire de se dire chrétien. La logique chrétienne est historique ; il n'y a pas d'anthropologie chrétienne, à moins de faire passer les inventions pour exploiter les paysans au moyen âge, puis les ouvriers aux XIXe siècle, pour une idée de Jésus-Christ et de ses apôtres.

    Tandis que l'anthropologie, et de ce point de vue il faut bien dire que l'anthrophologie nationale-socialiste est la plus sophistiquée (G.W.F. Hegel) pose l'hypothèse d'une succession d'événements ou d'états politiques prédéterminée ou hasardeuse (le nazisme est largement une idéologie statistique), la vision historique s'oppose à ce processus, que Marx qualifie d'ésotérique. Au contraire de l'anthropologue, l'historien chrétien pense que c'est la liberté qui est la plus certaine, et non le hasard. L'histoire chrétienne, dont la fin est déjà écrite, n'est pas chronologique mais s'achève sur le salut de quelques hommes, non pas de l'humanité ou de quelques surhommes prédestinés. Il n'y a pas de progrès social dans le christianisme où chaque chrétien est invité à considérer l'apocalypse sur le plan individuel. L'idée que la spécialisation de la science ou sa ramification constitue un quelconque progrès, cette idée elle-même heurte la conscience chrétienne, tant l'observation est aisée que cette ramification a un sens organique et répond au besoin social ou anthropologique, bien plus qu'à la recherche de la vérité. Un univers réduit à une théorie de l'information, répond à un besoin temporel ou politique bien plus qu'il ne contribue à élucider cet univers, sans compter qu'en devenant de plus en plus virtuelle et inexpérimentale, cette rhétorique dissout la matière, qui n'est restituée que dans des explications paradoxales et pratiquement incommunicables au dehors des chapelles qui les ont émises.

  • Les Oiseaux

    L'oiseau est l'animal le mieux fait pour gober la théorie d'Einstein de l'espace-temps ou la fable du "temps réel". D'abord parce que les oiseaux n'ont pas les pieds sur terre. Ensuite parce c'est une allégorie de la vitesse.

    L'oiseau est mieux fait pour vivre en cage que l'homme. Surtout les pigeons, qui ne pensent qu'à leur plaisir et sont infiniment inquiet de le satisfaire. Sauf l'aigle, bien entendu.

  • La Fin du Monde

    "C'est ainsi que le mouvement circulaire, qui est une des premières lois naturelles de ce monde et comme le principe et la source de la conservation de l'univers, causera la destruction de cet univers et même de ses lois.

    Une fois disparus la Terre, les planètes, le Soleil, les étoiles, mais non pas leur matière, de celles-ci se formeront des créatures nouvelles, distinguées en espèces et en genres nouveaux, et des énergies éternelles de la matière naîtront un nouvel ordre des choses et un monde nouveau."

    Straton de Lampsaque

    S'il y a bien une pensée ridicule, c'est le néopaganisme libéral ou républicain, avec sa science molle, son cinéma pour foetus persistants et son écologie pour bonnes femmes dépressives. On peut le constater grâce à cet extrait de Straton de Lampsaque. Ou bien cent autres. On ne trouvera aucun penseur païen aussi vain que Luc Ferry ou Michel Onfray.

    Le païen moderne ne sait rien de la nature et du cosmos, auxquels il a substitué entièrement l'anthropologie libérale et quelques techniques de jardinage.

    Des différentes façons inventées depuis le moyen âge pour marier l'antiquité avec le christianisme, le libéralisme a retenu la plus débile, l'anthropologie, la seule qui lui permet de tenter la quadrature de son trou du cul.


  • Frayeur nocturne

    Les femmes n'aiment pas, elles adorent (c'est-à-dire qu'elles consomment). La plupart ne comprennent pas que beaucoup d'hommes redoutent leurs mandibules.

    Un homme ne devrait pas éprouver plus de complexes à avouer sa crainte des femmes que celle des eaux dormantes ou des essaims. Parce que j'ai toujours craint les femmes, je les ai toujours respectées.

    La violence des hommes à l'égard des femmes (Sade, les juifs, l'islam), indique toujours un mouvement anarchique désespéré. La société a fait de Sade une brute, il lui fait voir de quel bois il se chauffe désormais, à travers les femmes.

  • Slogan 18e

    "Police partout, Justice nulle part !" : l'homme se fait justice en condamnant autrui.

    Quant à l'institution judiciaire, elle protège les intérêts des puissants depuis toujours. Les régimes de plaideurs ont la particularité d'être les plus iniques. Ne pas croire le prêtre républicain lorsqu'il promet l'égalité pour tous. A l'aide d'un tour de passe-passe mathématique, l'arbitraire judiciaire est légitimé.

    L'égalité républicaine n'a jamais régné que dans les cimetières ou sur quelque champ de bataille. Toute l'idéologie républicaine n'est qu'une idéologie de soudards grossièrement travestie en règles civiles.

  • Si Legrain ne meurt

    J'entendais récemment un imposteur dire que le suicide n'est pas catholique, mais romain. C'est doublement faux :

    - Que le déshonneur soit un motif valable de suicide pour les païens romains (certainement la religion où il y a le plus de cocus), n'empêche que ceux-ci sont incités d'abord à l'honneur, et donc à vivre. Ainsi on peut dire la prohibition du suicide parfaitement républicaine ou romaine, ce d'autant plus que cette prohibition n'est pratiquement assortie d'aucune sanction pénale, et qu'elle a donc une valeur morale ou mystique, comme les droits de l'homme.

    - Si le catholicisme proposait pour atteindre l'immortalité de prohiber la mort ou le suicide, on pourrait penser que le catholicisme est complètement idiot.