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dieu

  • Dieu et la Science

    La même disposition d'esprit est nécessaire vis-à-vis de Dieu et de la Science. Cela explique que la Science soit devenue UN ENJEU MAJEUR dans les Temps modernes, au cours de l'ère dite "chrétienne".

    Vous êtes persuadé que la science occidentale contemporaine est la plus vaine et la plus fausse de tous les temps, avec son darwinisme qui se mord la queue, ses mondes multiples supposés par des savants en blouses blanches proches de l'aliénation mentale? Cela n'enlève rien au fait que la Science est devenue un enjeu majeur.

    Pour le païen qui assimilait Dieu à la Nature ou à un démiurge créateur de l'Homme, c'était une manière de péché que de vouloir comprendre entièrement la Nature, une façon pour l'Homme presque sacrilège de tutoyer son créateur.

    C'est d'ailleurs par parenthèse pourquoi la doctrine écologiste moderne est une sorte de paganisme sans queue ni tête : car rien ne peut faire que la Science ne soit pas un enjeu majeur, pas même la culture de masse produite par les élites afin d'abrutir le peuple et le tenir le plus éloigné de la Science.

    Voyez comme cette notion propre aux chrétiens, à savoir que la superstition est pire que le blasphème (le Messie des chrétiens demeure indifférent au blasphème et ne s'emporte que contre la superstition), comme la superstition scientifique est pire que le blasphème contre la Science.

    Une sorte d'athée proclamant partout que la vérité scientifique n'existe pas passera aux yeux de la plupart des hommes pour un fou, c'est-à-dire pour cette sorte d'homme qui fait de ses propres sentiments et de son propre mobile une cause universelle. Bien plus nocives s'avèrent les pseudo-sciences telles l'astrologie ou les statistiques, qui ont le rang d'arts divinatoires imparfaits, mais que certains esprits superstitieux font passer pour de véritables sciences.

    De même il n'y a pas de "génie scientifique" comme il peut y en avoir dans le domaine de l'art; l'humilité est requise de la part du savant vis-à-vis de la Science, ainsi que la conscience que le jugement humain est faussé, l'outil scientifique forcément imparfait.

    Peu importe en revanche que l'art soit faux, du moment qu'il a de la valeur pour l'homme. Il y a des génies en art, et même des génies pour faire croire que leur art a de la valeur, alors qu'il est le plus artificiel. Quant à la Science, contrairement à l'Art, elle est incommensurable avec l'homme, d'une valeur nulle.

    De même il n'y a pas de chrétien "génial", et l'exigence d'humilité est la même vis-à-vis de Dieu tout comme la conscience que l'humanité n'est qu'une chute, quels que soient ses efforts pour s'accommoder à cet enfer.

     

     

     

  • Du Fanatisme

    Contrairement à la rumeur, le fanatisme n'est pas axé autour de la notion de "dieu", mais autour de la notion de "mort".

    Ce qui signifie que pour un former un combattant djihadiste disposé à se sacrifier, ce qui compte n'est pas tant d'exalter Allah ou Mahomet que la mort, en attribuant au sacrifice de la vie le plus grand prix.

    Le fanatisme le plus meurtrier de tous les temps, et qui demeure le plus actif aujourd'hui, quantitativement, à savoir le nationalisme, se passe parfaitement de l'exaltation d'un quelconque dieu. En revanche, pour fabriquer un soldat nationaliste prêt au sacrifice, il faut prêcher la "bonne mort". Dans cette perspective, inculquer la croyance dans la survie de l'âme après la mort est un premier élément de prédication. Certaines utopies politiques totalitaires, telle la démocratie, ne font que transposer dans l'ordre temporel la croyance religieuse dans l'au-delà.

    L'exaltation du travail, dans la culture démocrate-chrétienne/capitaliste, nazie ou soviétique, est un autre élément de la culture de mort fanatique. L'exaltation du travail prolonge le sermon mensonger du clergé sur les oeuvres, qui selon l'apôtre Paul ne contribuent pas au salut.

    Opposés dans le schéma du "choc des cultures", combattants djihadistes et combattants nationalistes au service de telle ou telle nation sont mus par la même impulsion macabre.

  • Preuves de Dieu

    Du point de vue païen, la preuve de dieu est physique ou psychologique ; il y a une forme d'humilité de la part des païens à accepter de se soumettre aux forces de la nature ; mais aussi une forme de résignation à la mort, qui est probablement l'aspect le plus antichrétien.

    Certains païens ont foi dans l'au-delà, d'autres non - l'au-delà n'est qu'une construction anthropologique, une religion faite pour rassurer le peuple.

    Du point de vue chrétien, la preuve de dieu est historique. On pourrait multiplier les exemples de bouleversements introduits par la révélation chrétienne dans le cours du monde. On se contentera ici de mentionner que la philosophie des temps modernes est axée autour de l'histoire. Sur le sujet de l'histoire, Marx, Hegel et Nietzsche ont des avis et proposent des doctrines divergentes ; cependant Nietzsche lui-même, qui s'emploie à nier que l'histoire a un sens, ne serait qu'un poète subalterne si sa doctrine ne touchait pas à l'histoire.

    On peut mesurer l'enjeu moderne de l'histoire de différentes façons, hormis la notoriété des philosophes modernes dont le propos tourne autour de l'histoire. La force d'attraction de l'histoire explique en grande partie la dévaluation presque complète de la vertu, considérée autrefois comme le plus grand des trésors. Là encore on peut remarquer que Nietzsche, acharné à restaurer la vertu contre la moraline moderne, prêche quasiment dans le vide ; ses disciples préfèrent se référer à ses avis les moins sûrs, concernant la culture antique.

    Ici il faut remarquer l'importance de la vertu du point de vue de l'homme d'élite, et l'importance de l'histoire du point de vue de l'homme du peuple. La religion de l'homme d'élite consiste dans une conception mystique de la vertu (proche de l'art). Tandis que les religions populaires ou populistes tournent autour d'une issue heureuse de l'histoire. L'extraordinaire confusion de la politique moderne résulte du fait que les élites gouvernent toujours, et le peuple jamais, mais que les élites ne peuvent plus gouverner au nom de leurs seuls intérêts...

    Il faut enfin distinguer la "preuve de dieu" de ce que Paul de Tarse nomme foi véritable, et qu'il oppose aux oeuvres prétendument chrétiennes, suivant une exégèse conforme à l'apocalypse. La preuve de dieu n'est pratiquement rien au regard de l'engagement qu'exige la foi à suivre le Christ dans son combat de propagation de la vérité.

     

  • Besoin d'amour

    - Je n'ai pas besoin de Dieu pour vivre.

    J'ai déjà entendu cette formule athée plusieurs fois. Elle me semble correspondre à la religion de Ponce-Pilate qui, comme chacun sait, "s'en lave les mains".

    Cette formule est assez juste, car on se passe très bien d'amour pour vivre. Parfois, on se dit même, en observant certaines personnes fragiles - femmes enceintes, vieillards, enfants souffreteux, que l'amour les tuerait.

  • Dieu et la Science

    La fin de toute science est Dieu, c'est-à-dire une connaissance plus pure et limpide de Dieu avec le sentiment de sa grandeur.

    Le fait de diviser la science en plusieurs domaines plus ou moins bien articulés entre eux résulte de la difficulté pour l'homme d'appréhender ce qui le dépasse.

    Le stade technocratique où nous sommes rendus résulte d'une volonté, qui là encore dépasse l'homme (qui n'est pas maître du Temps), de faire obstacle à la science véritable.

    La culture technocratique/totalitaire repose sur des mensonges grossiers dans le domaine de l'histoire des sciences - des mensonges qu'un individu peut aisément reconnaître comme tels. La force de tels mensonges est de nature politique et sociale, dans la mesure où la science n'est d'aucune utilité sur le plan politique ou social. Ainsi le roi Hérode tente-t-il symboliquement d'empêcher par tous les moyens les mages de cheminer vers l'étoile, épiphanie du Fils de Dieu.

    L'un de ces mensonges, prêché comme une vérité par bon nombre d'universitaires contemporains, consiste à prétendre que les pères de la science modernes étaient "laïcs" et, par glissement de sens, "athées". Ce n'était nullement le cas ; au contraire la plupart étaient animés par la foi chrétienne, et non seulement Blaise Pascal comme on entend dire parfois, mais aussi le savant anglais Francis Bacon Verulam plus tôt, ou, plus connu en France, René Descartes. Cela ne fait pas d'eux d'infaillibles savants sur tous les sujets ; de cela ils furent conscients, comme de la médiocrité de leurs découvertes au regard de la "science métaphysique", terme utilisé pour désigner la science du vrai Dieu.

    L'opposition entre la science et la théologie est donc une invention récente, dépourvue d'histoire cohérente et reposant sur des sophismes.

    La clef des rapports entre Dieu et la science se trouve dans la cosmologie, aujourd'hui entérinée au profit de l'astronomie, dont la cause et la finalité sont technocratiques.

    Je recopie ci-après un extrait du livre d'Henri Gouhier dédié à la pensée religieuse de Descartes ; il explique de façon assez claire et utile ce qu'il est convenu d'appeler "l'affaire Galilée" ; cette "affaire", où se mêlent des questions religieuses et scientifiques, mais aussi politiques, joue un rôle important dans la propagande technocratique, qui substitue habilement la science à dieu, en même temps qu'elle tient la science à distance du commun grâce à un discours et un langage que seuls quelques initiés ou spécialistes peuvent comprendre.

    En effet l'idolâtrie scientifique repose largement sur la division des sciences en différentes spécialités. Le passage de la cosmologie à l'astronomie, expliqué dans l'extrait qui suit, a joué aussi un rôle dans la confusion entre la science fondamentale et de la mécanique. La culture technocratique/totalitaire est une culture dont les lois fondamentales sont des lois mécaniques.

    *

    C'est le Galileo Galilei de Bertold Brecht qui déclare : "Pendant deux mille ans, l'humanité a cru que le soleil et tous les astres du ciel tournaient autour d'elle." Pour celui de l'histoire comme pour ses contemporains, l'héliocentrisme est "la doctrine de Pythagore" : c'est encore sous ce nom qu'elle est condamnée dans le décret de l'Index du 5 mars 1616.

    Le pythagoricien Philolaus fut, semble-t-il, au Ve siècle avant J.-C., le premier à mettre le soleil au centre du monde et à faire de la terre un "astre errant" ou planète. Vers 270 avant Jésus-Christ, Aristarque attribuait à la terre la révolution annuelle qui est celle apparente du soleil et la plaçait entre Mars et Vénus. Mais il s'agissait là de cosmologie, cosmologie qui, à l'époque présocratique du moins, mêle la réflexion philosophique à une vision poético-religieuse de la nature. L'"astronomie technique", comme dit M. Giorgio de Santillana, se constitue avec les mathématiques et alors apparaît une idée très importante : on se propose de décrire les mouvements célestes et de s'en donner une représentation qui rende la prévision possible ; on va donc construire des modèles mathématiques abstraits ne prétendant pas représenter la réalité des cieux mais permettant de calculer d'avance les positions des planètes. C'est dans cette perspective qu'au IIe siècle de notre ère, Ptolémée construit son système avec la terre au centre d'un monde clos et circulaire.

    Une distinction fondamentale est donc posée entre l'astronomie proprement dite et la physique ; la première est l'oeuvre des mathématiciens, la seconde, celle des philosophes, relevant de la philosophie de la nature ; la première a pour devise : "sauver les phénomènes" ; elle ne cherche nullement à représenter la réalité cosmique.

    Mais, au cours de l'histoire, cette claire distinction se trouve compromise par un double voisinage. D'une part, la philosophie aristotélicienne de la nature met la terre au centre d'un monde clos ; d'autre part, le langage de la Bible est géocentrique. De là, une tradition à la fois universitaire et théologique qui interprète le système de Ptolémée comme une image du monde réel, qui prend l'astronomie mathématique pour une cosmologie.

    L'oeuvre de Copernic va ramener l'attention sur la distinction entre le modèle mathématique et la philosophie de la nature.

    Le chanoine médecin fut sans doute très tôt séduit par la vision pythagoricienne du monde. Vers 1513, il fait circuler un opuscule : De hypothesibus motuum coelestium a se constitutis Commentariolus ; il publie en 1543 à Nuremberg "De Revolutionibus orbium coelestium libri VI" avec une lettre dédiant l'ouvrage au pape Paul III ; mais en 1540 un jeune disciple protestant à qui Copernic avait confié le manuscrit, avait fait paraître : "De libris Revolutionum Eruditissimi Viri et Mathematici excellentissimi reverendi D. Doctoris Nicolai Copernic... Narratio prima...

    "Ni le Pape, ni personne d'autre à Rome, écrit Alexandre Koyré, ne semble avoir été choqué par le nouveau système du monde cosmologique". Alors commence l'histoire d'une équivoque.

    Copernic entend refaire ce qu'avait fait Ptolémée ; un modèle mathématique qui sauve les phénomènes et permette la prévision, mais en reprenant l'idée pythagoricienne ; autrement dit, l'héliocentrisme n'avait jamais reçu une traduction mathématique ; Copernic le fait entrer dans l'astronomie scientifique. Ceci dit, Copernic ne croit pas que l'astronomie du géomètre puisse être différente de celle qui représenterait la réalité dans la physique... Mais le jeune éditeur protestant de "De Revolutionibus" prend la précaution de faire précéder le livre d'une préface du théologien Andréas Osiander qui affirme le caractère strictement hypothétique de l'héliocentrisme : comme cette préface n'est pas signée, les lecteurs croient qu'elle est de Copernic.

    Désormais la distinction entre hypothèse mathématique et réalité physique devient un moyen d'éviter les objections faites au nom de l'aristotélisme et de la Bible.

    Derrière Galilée (1564-1642), il y a donc Copernic (1473-1533) et aussi Tycho Brahé (1546-1601) ; à côté de lui, il y a Kepler (1571-1630).

    Galilée est en rapports personnels avec Kepler, mais comme Descartes, il semble avoir ignoré la portée de son oeuvre, constate Koyré. Tous les astronomes contemporains de Galilée et de Descartes connaissent l'importance des travaux de Tycho Brahé : d'abord "il avait réuni une masse énorme d'observations inconnues jusqu'à lui" ; ensuite, il a, comme Copernic, abandonné le système de Ptolémée, mais en imaginant un système moins directement opposé que celui de Copernic à l'aristotélisme et à la Bible : les planètes tournent autour du soleil et l'ensemble ainsi constitué par le soleil avec ses satellites tourne autour de la terre."

    In : "La Pensée religieuse de Descartes", Henri Gouhier (1972) 

  • Des Miracles

    Au sujet des miracles, la question n'est pas de savoir si l'on y croit ou pas ; l'opposition des esprits "cartésiens" à ceux qui ne le sont pas n'a pas plus d'intérêt.

    En effet, la foi dans le hasard est très répandue de nos jours, et le hasard est une forme de miracle. Le miracle s'étale d'ailleurs quotidiennement et en permanence sous nos yeux. Pour les personnes prudentes, dont je suis, la survie des personnes imprudentes est un miracle qui ne lasse pas de me surprendre. Parfois j'en sursaute, même : - Certainement ce con-là doit avoir un ange gardien à son service ! me dis-je en voyant toujours vivant, malgré le temps qui passe, un qui a le don de se jeter dans tous les pièges mortels de la vie.

    On pourrait multiplier les exemples ; je suis sûr qu'à l'inverse, l'existence des personnes prudentes a quelque chose de miraculeux pour les têtes brûlées.

    L'économie capitaliste fonctionne à partir d'impulsions irrationnelles ; on peut donc dire que son fonctionnement relève du miracle.

    D'une certaine façon, le miracle est banal et ce sont les choses qui n'arrivent pas par miracle qui sont rares.

    La signification du mot "miracle" a changé depuis que l'Eglise catholique s'en est emparé pour le besoin de sa propagande. On le voit actuellement, où l'Eglise romaine multiplie les décrets de canonisation, piétinant allègrement au passage la doctrine de saint Paul sur les oeuvres et le salut.

    En présence d'un miracle, la vraie question est de savoir si c'est Dieu qui opère, Satan, ou bien un démon quelconque ? Comme la question est ardue, les théologiens s'y risquent rarement, même si beaucoup indiquent la réticence de Jésus-Christ à accomplir des miracles.

    L'évangile de Jean, dans sa partie la plus prophétique, évoque les grands miracles accomplis par "la bête de la terre" (dont le nombre est 666) à la fin des temps afin de détourner l'homme de Dieu ("Elle [la bête] opérait de grands prodiges, jusqu'à faire descendre le feu du ciel sur la terre, à la vue des hommes, et elle séduisait les habitants de la terre par les prodiges qu'il lui était donné d'opérer (...)" Ap. XIII, 14-).

    Comme la culture est le principal argument contre Dieu (notamment au sein d'Eglises soi-disant chrétiennes), et que la culture contemporaine est essentiellement "technocratique", on peut déduire que les grands miracles accomplis par l'Antéchrist sont les grandes découvertes techniques que l'homme s'attribue, et qui ont bouleversé son mode de vie au cours des dernières décades, tantôt lui apportant plus de confort et de sécurité, tantôt se traduisant par des fléaux dévastateurs pour l'humanité. Ces fléaux font apparaître que l'homme n'a qu'une maîtrise relative de ce qu'il présente comme son oeuvre.

    J'ai remarqué depuis longtemps que les grandes trouvailles technologiques impressionnent beaucoup plus les esprits dévots et superstitieux que les esprits sérieux. Ces derniers font un effort pour que les super-pouvoirs (à double tranchant) de la technologie empiètent le moins possible sur leur existence.

  • Preuve de Dieu

    "Le suicide prouve Dieu." Léopardi

    J'ai déjà écrit sur ce blog comment la pensée de Léopardi réduit à néant la doctrine athée de Nietzsche, qui doit être comprise comme un néo-paganisme, c'est-à-dire comme une "culture de vie" (le mot "culture" ne fait pas partie du vocabulaire chrétien) différente du nihilisme athée contemporain (qui repose surtout sur l'argent, et que l'on peut définir sommairement comme une "culture du hasard").

    Il importe de comprendre pourquoi Léopardi a tenté de se suicider, ce qui n'était pas seulement un moyen de mettre fin à la souffrance inhérente à la condition humaine ; les amis de ce poète italien ont écrit que cette volonté n'était pas teintée d'amertume, ni de misanthropie - en quoi elle était d'autant plus surprenante.

    Bien qu'il fût malade et difforme (à l'inverse de sa poésie), la mélancolie de Léopardi ne venait pas tant de sa maladie, qu'il avait apprivoisée, que de sa difficulté à se résoudre à l'absurdité de la vie, qui est comme une blessure ouverte pour un homme de science, bien que la parole divine contribue largement à refermer cette blessure ; contrairement à l'estomac d'un imbécile, celui d'un homme de science ne se rassasie pas avec des paradoxes.

    Face à cette absurdité, que les religions superstitieuses ou absurdes ne font qu'accroître, resserrant encore plus l'étau de la condition humaine, Nietzsche propose une forme de conciliation, un moyen terme, à savoir l'Art ; un art qui, contrairement à la tendance moderne, vise avant tout la jouissance (l'art moderne est plus religieux, qui vise la démonstration). C'est pourquoi Nietzsche a proclamé l'art supérieur à la science, sachant ou devinant que celle-ci n'ouvre pas droit à un compromis. Pour Nietzsche il n'importe pas tant de triompher de l'absurdité de la condition humaine (suivant l'invitation de Jésus-Christ), que de s'en accommoder de la meilleure manière, en quoi l'art pur consiste.

    D'une certaine façon, on peut dire que Léopardi a moins craint de s'exposer à la métaphysique que son homologue allemand Nietzsche, pour qui la vertu et la jouissance qui en découle furent d'abord une question de survie, avant de devenir un système et une doctrine utopiques (le nazisme a prouvé qu'ils l'étaient), dans la mesure où il ne suffit pas de nier les choses métaphysiques pour qu'elles soient privées d'effet.

    A l'inverse, Léopardi a démontré l'absurdité et le paradoxe de la quête de jouissance, sans pour autant nier que l'homme ne soit contraint de se soumettre à cette quête.

    Cela n'a pas empêché Léopardi, paradoxalement, de produire une poésie plus belle et limpide que celle de Nietzsche, et de se raffermir grâce à elle.

    - De la même façon nous pouvons dire que "le suicide de la civilisation occidentale prouve Dieu", car l'Occident est écartelé entre des aspirations aussi contradictoires que la jouissance et la liberté, dieu et l'humanité, etc.

    Au chrétien les preuves de dieu ne manquent pas plus qu'au païen, en raison de l'histoire qui se déroule sous ses yeux.

     

  • Dieu et l'Etat totalitaire

    Nietzsche aurait pu écrire : "Dieu est mort, vive l'Etat !", car ce dernier a pris la relève en termes d'idolâtrie ; dieu n'est plus aussi utile et nécessaire dans la configuration totalitaire.

    L'Etat totalitaire contemporain peut se définir comme "le plus anthropologique des dieux". On aurait tort d'opposer la conception de Dieu en vigueur dans la France de Louis XIV à la conception de l'Etat qui prévaut aujourd'hui. La définition que donne le mathématicien janséniste Blaise Pascal, "Dieu est un point", est aussi applicable à l'Etat moderne omnipotent ; l'Etat est aussi un point, symbole de potentialité infinie.

    De même on ne peut opposer l'institution catholique romaine, matrice de l'antichristianisme, à l'institution républicaine. La transition s'est faite lentement, en quelques générations.

    Les tyrans de l'Antiquité tiraient leur légitimité de la nature sacrée ; l'Etat totalitaire tire, lui, sa légitimité de l'homme : c'est en quoi cette oppression sournoise est essentiellement occidentale, le produit de la culture dite "judéo-chrétienne" (dont sans doute nul n'a mieux souligné l'ignominie du point de vue chrétien que W. Shakespeare).

    La tyrannie moderne, que l'on qualifie habituellement de "totalitarisme", a une tournure judéo-chrétienne. C'est notamment visible à travers la notion de "démocratie" ; la démocratie est de nul effet politique, dans la mesure où elle n'entame pas l'inégalité entre les hommes selon son objectif ; ce que les ressortissants des nations pauvres envient dans les régimes dits "démocratiques", c'est leur puissance et leur richesse surabondante ; en revanche la démocratie a un effet de sidération utile aux élites politiques.

    L'essence religieuse du pouvoir totalitaire moderne est contenue dans l'idée de démocratie égalitaire. D'un "démocrate-chrétien", on peut déduire qu'il n'est pas chrétien, mais un artisan du chaos voulu par Satan, à cause de cet idéal démocratique qui consiste à noyer l'apocalypse dans un océan de bons sentiments. La démocratie-chrétienne n'est pas moins fantoche que le pouvoir de droit divin de Louis XIV ne l'était ; elle l'est exactement pour la même raison qu'elle assigne à l'homme une vocation étrangère à l'esprit de l'Evangile - une vocation sociale.

    Pour être le plus net, disons que des régimes nazi, soviétique ou démocrate-chrétien, c'est ce dernier qui est le plus totalitaire et le plus dangereux, car il recèle la formule de l'antichristianisme, c'est-à-dire l'objectif fondamental du schéma totalitaire, dont nul n'est capable de démontrer le fondement politique rationnel.

    Pour montrer la convergence de l'Etat moderne totalitaire et de la notion de dieu forgée par l'Eglise romaine, on peut évoquer la mondialisation et le problème politique qu'elle pose ; ce problème n'est pas nouveau, puisqu'il englobe les épisodes tragiques de la colonisation et des guerres mondiales, où la sauvagerie de l'homme moderne est apparue au grand jour, bien loin de sa prétention à l'humanisme ; mais ce problème est toujours aussi crucial et actuel.

    La mondialisation, en tant qu'elle poursuit un objectif plus ou moins conscient de fabrication d'un Etat mondial unique, est animée par une philosophie mystique monothéiste. Mais dans le même temps elle apparaît comme une menace pour les disciples de l'Etat-dieu, de dissolution de cet Etat dans un magma de cultures étrangères. Deux religions s'opposent : l'une, plus élitiste, voit la constitution d'un Etat mondial unique comme une nécessité, une perspective inéluctable ; l'autre, plus populaire, redoute son écrasement dans ce cadre et souhaiterait s'arrêter à une échelle qui lui paraît plus raisonnable.

    Cet entre-deux offre l'occasion à l'Eglise romaine de reprendre la main, en feignant de ne pas être impliquée dans le processus de la marche forcée des élites vers un Etat mondial unique. En effet, au regard des Etats-nations anciens, en voie de délitement, et au regard de l'Etat unique du futur, perfectionnement du totalitarisme, l'institution catholique romaine et son chef peuvent paraître un élément de stabilité rassurant. Dans cette cacophonie babylonienne, la voix du pape peut sembler plus nette.

    Avec plus de discernement, on verra que la raison chaotique moderne a sa source dans l'institution catholique romaine, indissociable des temps modernes ; si son discours a pu paraître parfois démodé, il a le don de renaître de ses cendres, comme le phénix. Il est sans doute complètement vain, comme fit Nietzsche, d'espérer l'éradication du judaïsme et du christianisme afin que le monde retrouve la raison, et les sociétés un certain équilibre écologique.

    Avec plus de discernement le chrétien verra dans le refus du pape romain et sa clique démocrate-chrétienne ou "judéo-chrétienne" de "rendre à César ce qui est à César", suivant l'injonction du Messie, le signe d'une trahison bien plus sournoise que celle de Judas.

     

     

  • Le dieu des imbéciles

    "Le hasard est le dieu des imbéciles." Ce constat de G. Bernanos a le mérite de dévoiler la recette du totalitarisme de façon plus concise qu'un long essai, tels que ceux consacrés par H. Arendt, Simone Weil, G. Orwell, ou Bernanos lui-même, à la question de l'oppression moderne.

    L'importance du hasard dans la culture moderne dite "laïque" incite à y voir, non pas un athéisme, mais le culte du "dieu des imbéciles", jusqu'à atteindre parfois le fanatisme et ses manifestations désastreuses.

    J'ai pu observer souvent que, pour le citoyen lambda d'un régime totalitaire, qui ne croit ni à dieu ni à diable, la liberté est conçue comme le hasard. Le cas le plus typique est celui des amateurs de jeux de hasard qui, il n'y a aucun hasard à ça, sont le plus souvent des jeux d'argent. Deux traits psychologiques caractérisent leur passion 1/une monomanie de type religieux ; 1/la peine à jouir, souvent liée à une idée excessivement élevée de la jouissance.

    Le rêve de gagner beaucoup d'argent d'un seul coup est une jouissance très pure et raffinée, féminine, dans la mesure où c'est une jouissance purement intellectuelle.

    Point de comparaison, Nietzstche pose l'équivalence de Satan et du Destin positif. Dans cette perspective radicalement antichrétienne, on peut définir la vertu comme la quête d'un destin positif, c'est-à-dire d'une sorte de pacte avec la Nature afin d'une jouissance raisonnable ; le hasard, dans cette perspective, représente un destin négatif, c'est-à-dire subi - celui qui, dans la hiérarchie sociale, s'impose aux hommes et aux femmes de basse condition. Le mépris du hasard exprimé par Bernanos n'a donc rien de spécialement chrétien ; il serait plus juste de le définir comme étant "aristocratique".

    Ce que Nietzsche et Bernanos occultent tous les deux, c'est la contribution extraordinaire de l'Eglise catholique à cette culture moderne, soumise au hasard. La logique aurait voulu que Bernanos, condamnant le hasard comme mobile existentiel, condamnât le catholicisme romain.

    Il y a plusieurs biais pour apercevoir le rôle joué par l'Eglise romaine de matrice de la culture totalitaire. Celui de la science moderne est le plus significatif. Au XVI-XVIIe siècle, la science bascule peu à peu dans la spéculation sous l'influence de savants chrétiens, le plus souvent catholiques (on note que les "luthériens" sont moins prompts à adopter la nouvelle science où la "géométrie algébrique" prend une place de plus en plus grande). On peut croire que ces savants étaient indépendants du contexte culturel dans lequel s'effectuaient leurs recherches. De fait, il n'y a pas de science possible sans remise en question de la culture. Mais rien ne prouve que les savants tenus pour les pères fondateurs de la science technocratique en vigueur aujourd'hui étaient critiques vis-à-vis de leur culture ; tout porte à croire au contraire qu'ils ne l'étaient pas ou peu. Galilée a ainsi esquissé une théorie de l'enfer, du purgatoire et du paradis, typiquement catholique romaine, et qui s'accorde du reste avec le fondement de sa science spéculative.

     

  • Le droit de l'Homme-Dieu

    En s'émancipant de dieu par l'artifice, notamment juridique et technique, l'homme a perdu connaissance de lui-même. J.-J. Rousseau observa en son temps ce manque de recul croissant de l'homme sur lui-même, auquel le développement des sciences humaines ne changea rien.

    Quand je dis "dieu", en l'occurrence je parle aussi bien de Satan, le dieu qui parle aux sens, que du dieu caché des chrétiens, auquel Satan fait écran ; en effet rares sont désormais les hommes qui, employant le mot "dieu", sont capables de distinguer ces deux puissances.

    Ainsi le "Connais-toi toi-même" antique n'a qu'un rapport assez vague avec la psychanalyse moderne. L'Antiquité n'est pas athée, contrairement à la bourgeoisie moderne, qui s'est progressivement inventée un dieu à la dimension de ses désirs - l'Etat. Le "Connais-toi toi-même" antique n'est pas une spéculation sur l'âme, trou noir insondable comme l'ignorance, et de peu d'intérêt.

    La psychanalyse, de même que la théorie de l'évolution, sont contemporaines du recul du savoir psychologique. L'homme n'a peut-être jamais autant été une énigme pour lui-même qu'il est aujourd'hui, c'est-à-dire privé de sa liberté de choix. L'exemple de cette perplexité de l'homme face à lui-même - l'admiration de la folie humaine, faute de s'être doté des moyens de surmonter cet obstacle-, l'exemple nous est donné par le truc de l'intelligence artificielle et des robots ; certaines personnes, y compris parfois ayant reçu une instruction, sont persuadées que les machines pourraient avoir barre sur l'homme et le dominer. Ils accordent ainsi à la mémoire et à la puissance de calcul un part exagérée dans la pensée.

    D'une certaine façon, les sociétés humaines sont déjà rendues à ce stade de domination de l'homme par les systèmes et les machines sophistiqués qu'il a inventés. F. Nietzsche, qui dénonçait l'irrationalité du monde et de la culture modernes, aurait vu dans les grandes guerres mondiales entre nations européennes la preuve de la justesse de son diagnostic catastrophique... en même temps qu'il aurait dû reconnaître que rien ne semble pouvoir enrayer cette folie... pas même la déchristianisation qu'il prônait comme un remède de cheval radical ; et Nietzsche n'ignorait pas que la "démocratie-chrétienne", en Amérique ou ailleurs, n'est plus qu'un bouddhisme déconnant.

    La domination des machines ne prouve qu'une chose : l'intelligence artificielle est la bêtise.

  • Preuve de dieu

    La preuve de l'existence du dieu des chrétiens, c'est l'impossibilité de déduire des évangiles la moindre règle sociale - en quoi Jésus-Christ scandalise les siècles et les actionnaires du monde ; en effet, pour les élites, un dieu qui n'est d'aucun usage social n'est pas un dieu.

    En effet l'homme n'invente que selon son besoin, et même l'art répond à une nécessité, aussi difficile à discerner soit-elle dans les temps modernes. Déchiffrez la femme, et vous comprendrez à quoi l'art moderne est utile, pourquoi tant de maquillage et de musique.

    Le dieu des chrétiens est le seul dieu qui ne soit pas rassurant, car le jugement dernier n'a rien de rassurant.

    La foi chrétienne ne peut se contenter de la preuve de dieu, sans quoi elle serait la foi païenne.

  • De l'Athéisme

    "Je respecte Dieu. En effet, c'est l'homme qui l'a inventé ; et s'il l'a inventé c'est parce qu'il en avait besoin." Dixit un athée (un peu benêt).

    On respectera l'Argent pour la même raison.

    Le Dieu des chrétiens ne répond à aucun besoin humain, c'est là sa différence avec les autres dieux, et pourquoi on peut parler de "dieu inconnu", car il n'entre pas dans le champ de la réflexion et du raisonnement humain. L'homme peut parfaitement vivre sans amour, sans paix, sans liberté, sans vérité, choses qui ne contribuent en rien au bonheur. C'est sans doute l'effet que Jésus-Christ fit autour de lui, l'effet d'un homme hors du commun, car il n'y a pratiquement aucun homme vivant qui se laisse conduire entièrement par l'amour.

    "Tu ne tueras pas" est incompréhensible du point de vue humain. Tuer est un besoin humain essentiel, même s'il convient de respecter les formes légales. Tuer : les hommes lâches tuent au nom de dieu, de la liberté, de la démocratie, de la raison d'Etat, de la révolution ; et les hommes courageux tuent en leur nom propre. L'homme a des besoins atroces, à côté d'aspiration un peu moins basses.

  • Moyens de Dieu pour le Salut

    Les moyens de Dieu pour le Salut de l'homme diffèrent radicalement des moyens inventés par l'homme pour son salut.

    Quels moyens l'homme a-t-il inventé pour son salut, demandera-t-on ? La démocratie, la technologie, le socialisme, la révolution, la gloire, etc. C'est-à-dire tous les moyens censés répondre aux besoins politiques et éthiques de l'humanité, mais qui leur fournissent une réponse inadaptée.

    Le monde oppose donc au Salut de Dieu une résistance, non pas principalement sous la forme d'une négation de ce salut, tel que le principe satanique du "droit naturel", mais sous la forme d'un "humanisme judéo-chrétien" arbitraire, dépourvu de référence physique comme de référence scripturaire.

    Cette résistance subtile et non frontale au Salut de Dieu est décrite par l'apôtre Paul comme l'Antéchrist ; cette résistance subtile correspond à peu près à la "démocratie chrétienne", dont la propagande contredit l'apôtre en suggérant à l'homme de faire son salut par ses oeuvres, c'est-à-dire sans tenir compte de la Révélation, qui donne à la charité un sens dont les oeuvres humaines sont dépourvues.

     

  • Mathématiques

    On empruntera pour démontrer que dieu n'existe pas le même raisonnement que pour démontrer qu'il existe. C'est une propriété des mathématiques de pouvoir faire la démonstration théorique d'une chose et de son contraire.

    Un mathématicien qui perd le contact avec la nature se retrouvera vite dans la position d'un aliéné mental, de postuler comme vérité première que la vérité n'existe pas.

    Affirmer la supériorité des mathématiques modernes sur les mathématiques anciennes des Egyptiens revient à affirmer la supériorité de la folie du malade sur la raison du médecin. Entre Pythagore et Einstein, le choix est vite fait de la science la mieux établie.

  • Dieu et la Science

    "La Science est morte !" : cette exclamation devrait faire écho à "Dieu est mort !", car sous le régime bourgeois "la science" et "dieu" ont subi exactement le même attentat et le même sinistre.

  • Dieu & la Science

    Le génie n'a pas de place en science. Cette formule lapidaire permet d'indiquer le sens de la méthode scientifique révolutionnaire de Francis Bacon Verulam, développée dans le "Novum Organum" (1620) (dont la méthode de R. Descartes n'est qu'une pâle imitation).

    En effet, l'entendement humain constitue un obstacle au progrès de la science, et le génie est une manière de signifier la logique humaine ordinaire, à peu près équivalente au "bon sens".

    - A la science le génie ne suffit pas, explique Bacon ; si l'on veut que la science fasse des progrès, aussi bien sur le plan pratique que de l'élucidation du monde, la limite du génie commun doit être repoussée.

    - L'observation attentive de certaines espèces vivantes, animales ou végétales, peut conduire en effet à en admirer le génie, parfois supérieur à l'homme, en même temps qu'il faudrait être stupide pour croire que les abeilles, néanmoins leur système politique admirable, ont quelque prédisposition à la science.

     

    - Le génie humain en matière de science, complète Bacon, n'est rien en comparaison du Temps.

    A en croire Bacon, l'histoire de la science qui se contenterait de fournir une explication de la science à travers le prisme du génie humain serait proche de la superstition.

    C'est pourtant de cette façon que l'histoire de la science est enseignée le plus souvent aujourd'hui, comme une succession de "coups d'éclat géniaux", non seulement aux enfants mais parfois à des étudiants plus âgés. Sous couvert d'enseignement de l'histoire de la science, c'est donc le plus souvent la légende dorée qui est servie : légende dorée de Galilée, légende dorée de Descartes, de Newton, etc.

    Ainsi il est beaucoup plus sérieux, compte tenu des développements de la science au cours des quatre derniers siècles, dans la mesure où la voie révolutionnaire tracée par le "Novum organum" n'a été que très peu suivie d'effets (Descartes l'imite en méconnaissant certains de ses principaux aspects), de décrire la science moderne depuis Bacon comme une science "contre-révolutionnaire", notamment occupée sur le terrain de l'enseignement de la science à réduire à néant la notion de progrès scientifique, autour de laquelle la pensée de Bacon s'organise.

    Le thème du tournant ou de la révolution scientifique occidentale au XVIIe siècle, développés par certains historiens et enseigné comme une vérité, est dépourvu de consistance. Pour parodier Bacon, on pourrait dire que le génie occidental moderne (XVIIe-XXIe siècle) n'est rien à côté du Temps.

    Rares sont les historiens qui font l'effort de s'enquérir de la conception révolutionnaire du progrès scientifique défendue par Francis Bacon. Ceux qui le font ne peuvent qu'avouer leur surprise de découvrir le fossé qui sépare la science contemporaine des préceptes énoncés par Bacon afin d'empêcher l'esprit humain de s'égarer, suivant l'inclinaison de la passion, ou encore de la volonté (bien que moins néfaste, ce dernier penchant fait courir le risque d'exclure les observations qui contredisent les lois de la physique).

  • Dieu et la Science

    L'effort accompli par Francis Bacon Verulam pour promouvoir et contribuer au progrès de la science est l'oeuvre la plus admirable, impliquant le détachement de soi et faisant croire ainsi à l'éternité (car les hommes dont l'espoir n'est pas égoïste sont très rares).

    A ceux qui sont persuadés que l'éternité n'est l'affaire que de rêveurs ou d'artistes un peu fous, on proposera le contre-exemple de Francis Bacon.

    On voudrait ignorer Francis Bacon en France ; on voudrait surtout ignorer que c'est un savant chrétien. On a inventé pour cela une histoire de la science "laïque", risible sur le plan historique. Cependant il est difficile de censurer complètement Bacon, car sa révolution ou sa restauration scientifique a marqué les esprits. De très nombreux principes énoncés par Bacon comme devant permettre à la science de sortir de l'obscurantisme médiéval sont en effet devenus presque des dogmes aujourd'hui (ce qui ne signifie pas qu'ils soient largement appliqués).

    D'une part on peut qualifier Bacon de "père de la science moderne" ; mais d'autre part c'est impossible, en raison de la foi chrétienne de ce savant (qu'il est difficile de faire passer pour une simple effet de la mode de son temps), mais aussi parce que Bacon a réfuté certaines des grandes lois qui font consensus aujourd'hui en astronomie (B. n'accorde pas aux mathématiques/géométrie algébrique le pouvoir de rendre compte de manière complète des grands mouvements cosmiques.)

    La science de Bacon est aussi "énigmatique" que le théâtre de Shakespeare. Il faut dire que la science joue désormais un rôle social comparable à la théologie autrefois ; peu de monde s'avise aujourd'hui du caractère extra-scientifique des sciences dites "sociales". L'expression en vogue de "science dure", dépourvue de signification, suffit à elle seule à décrire le désordre qui règne dans la méthode scientifique aujourd'hui. Bien des ouvrages scientifiques ont le même aspect de prose impénétrable que les sommes théologiques au moyen-âge.

    Or, de la métamorphose de "l'enjeu religieux" en "enjeu scientifique", bien que ce dernier a parfois des "accents baconiens", Bacon n'est en rien responsable. Promotion de la science, le "Novum Organum" n'est en rien promotion de la technocratie, c'est-à-dire de l'usage religieux de la science par les élites politiques occidentales.

    "Notre première raison d'espérer doit être recherchée en Dieu ; car cette entreprise [de rénovation de la science], par le caractère éminent de bonté qu'elle porte en elle, est manifestement inspirée par Dieu qui est l'auteur du bien et le père des lumières. Dans les opérations divines, les plus petits commencements mènent de façon certaine à leur fin. Et ce qu'on dit des choses spirituelles, que le Royaume de Dieu arrive sans qu'on l'observe [Luc, XVII-20], se produit aussi dans les ouvrages majeurs de la Providence ; tout vient paisiblement, sans bruit ni tumulte, et la chose est accomplie avant que les hommes n'aient pris conscience et remarqué qu'elle était en cours. Et il ne faut pas oublier la prophétie de Daniel, sur les derniers temps du monde : beaucoup voyagerons en tous sens et la science se multipliera (...)"

    "Novum Organum", livre I, aphorisme 93

    La dimension eschatologique, de révélation ultime, de la révolution scientifique voulue par Bacon apparaît dans cet aphorisme ; on peut d'ailleurs penser que le livre de Daniel fournit en partie la clef du "Hamlet" de Shakespeare, pièce que la science universitaire dit "énigmatique".

    Dans "Hamlet", Shakespeare nous montre le sort réservé à un prophète par les autorités d'un pays dont il est en principe le prince - un prince à qui ces autorités auraient dû se soumettre, mais ne l'ont pas fait (Claudius incarne le pouvoir politique, Gertrude l'institution ecclésiastique, Polonius-Copernic le pouvoir scientifique).

    Bien des indices dans le "Novum Organum" laissent penser que Bacon n'était pas dupe de l'usage qui serait fait par les élites savantes de son oeuvre de restauration scientifique. En premier lieu parce que, s'il affirme l'aspiration divine de l'homme à la science, à travers sa condamnation de l'idolâtrie ce savant décrit le penchant contradictoire de l'homme au divertissement et à l'ignorance, sur lequel les pouvoirs publics s'appuient, non seulement suivant l'exemple de la Rome antique, mais bien au-delà de ce régime décadent.

  • Du Progrès

    Le progrès est comme dieu : on en parle beaucoup, mais nul ne peut en rapporter la preuve. Le progrès démocratique, c'est comme de prétendre que les poux sont des animaux supérieurs aux lions (dixit Clemenceau), ça ne tient pas debout.

    En art comme en politique ou en droit, tout n'est qu'imitation de la nature plus ou moins subtile ; les trous noirs sont seulement susceptibles d'avaler l'univers dans les rêves de technocrates débiles.

    En même temps qu'ils sont improbables, dieu et le progrès sont la seule issue véritable pour l'homme ; car si "tout est sexuel", la vie ne vaut vraiment d'être vécue que pour les insectes et les bourgeois, les poètes auteurs de refrains totalitaires : "Y'a d'la joie !"

  • Dans la Matrice

    L'amour est tout aussi improbable que dieu, mais il est apparemment plus flatteur pour l'esprit humain de croire que l'amour existe. Y a-t-il religion plus idiote à travers les âges que celle des chanteurs chantant l'amour sur tous les tons ?

  • Dieu et la science

    Dieu et la science brisent l'un comme l'autre le cercle de la nécessité et des obligations sociales.

    La société s'organise donc contre dieu, selon l'enseignement évangélique, mais aussi contre la science. Tout mouvement social implique renonciation à la science. Les événements politiques récents fournissent un exemple de ce phénomène : le mouvement communiste a très vite rompu avec le leitmotiv de critique scientifique de Marx et Engels au profit du négationnisme de l'histoire et de cérémonies religieuses de commémoration en l'honneur des héros du passé. De marxiste qu'il était, le communisme est devenu sartrien, c'est-à-dire un culte conforme au catholicisme romain. Si l'on voit dans la critique marxiste un antiélitisme "au nom de la science et de la vérité", ce qu'elle est très largement, cette critique conserve son intérêt, car un esprit modelé par un régime technocratique totalitaire n'a pas conscience de l'opposition des plans scientifique et politique. En revanche, si l'on voit le marxisme comme une doctrine sociale alternative, ce qu'il est très peu, le marxisme perd tout son intérêt, car la bestialité humaine est insoluble sur le plan politique.

    L'intelligentsia stalinienne s'est hâtée de rebâtir le temple de spéculations philosophiques édifié par Hegel, que Marx avait entièrement démoli. La dignité de l'Etat bourgeois esclavagiste ("Le travail rend libre") a été restaurée, afin d'inspirer le respect au prolétariat, comme le clergé catholique usa autrefois de la tradition et des sacrements pour fabriquer un culte identitaire afin de subjuguer la paysannerie.

    Les lois sociales sont le produit d'un pacte avec la nature, et c'est ce pacte que le judaïsme et le christianisme dénoncent. Ils le dénoncent dès le mythe de la Genèse, à tel point qu'on peut penser, contrairement à Nietzsche, que la culture grecque antique est déjà marquée par le judaïsme et que la philosophie naturelle ne constitue pas pour les Grecs un horizon indépassable ; plusieurs philosophies et mythes témoignent de l'aspiration scientifique des Grecs par-delà la philosophie naturelle, à commencer par Homère, aussi peu juridique que possible. "Gréco-romain" ne peut se dire sans occulter complètement Homère, on ne peut plus éloigné de Virgile.

    Le voeu de la communauté des technocrates d'une science moderne qui soit "éthique" rejoint cette idée de "philosophie naturelle" antique. Elle trahit de la part des savants modernes la double ignorance, d'une part de l'origine et du but de la morale, d'autre part de la source et du but de la science. Les comités d'éthique scientifique sont donc des institutions totalitaires. Ce mariage forcé de l'éthique et de la science entraîne un double fiasco moral et scientifique, dont la manifestation est la plus visible dans la culture occidentale moderne, non pas "médiocre" comme se doivent toutes les cultures, mais qui tend vers la nullité, c'est-à-dire la pure rhétorique ou la science sociale.