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  • Les mains pures

    Le débat actuel sur l'Education nationale permet de voir que le véritable enjeu, derrière les prêchi-prêcha laïcs dont ni la droite libérale ni la gauche libérale (jusqu'à Besancenot) ne sont avares, ce n'est pas tant l'EDUCATION des enfants que la GARDE des enfants.

    La droite libérale insiste pour que les mères de famille puissent se délester en toutes circonstances de leurs enfants et se rendre sur leur lieu de travail - en général, que cette mère de famille exerce la profession de pute, de caissière ou de sage-femme, car dans la logique libérale le travail n'a pas d'odeur : il rend libre, point à la ligne.

    A ce motif, la gauche libérale n'oppose pas un programme éducatif, mais simplement une conception de l'éducation de masse un peu différente, un système dans lequel le pouvoir d'achat des professeurs se verrait revalorisé.

     On aurait tort de croire que ces deux logiques libérales sont faciles à départager ; elles sont en réalité complémentaires. Comme Marx l'explique, le capitalisme est pris dans la contradiction de la capitalisation et de la consommation. A propos des 35 heures, la gauche libérale a défendu le volet "consommation" (plus on travaille, moins on a de temps pour consommer) et la droite libérale le volet "capitalisation" (moins on produit, moins les cartels accumulent de plus-values).

    Il n'y a pas là un discours économique plus stupide que l'autre, les deux discours sont aussi stupides car ils ne tiennent pas compte de la réalité politique (en l'occurrence la montée dans le Tiers-monde de la haine vis-à-vis des Occidentaux, hypocrites esclavagistes munis de leur chapelet de droits de l'homme virtuels).

     Il convient de relever la position démocrate-chrétienne particulièrement cynique. Michelin ou Edouard-Leclerc dans le domaine du commerce international détaché de toute contingence morale - Xavier Darcos dans le domaine de l'Education nationale, qui défend en principe une Education nationale qui ne serait pas soumise aux lois du marché, tout en défendant en réalité une Education nationale qui répond d'abord aux exigences du marché. Le cours de l'évolution de masse suit le cours des besoins du marché français, particulièrement avide en employés du "tertiaire" désormais, en ingénieurs, informaticiens, boursicoteurs douteux, etc.

    La propagande de droite aime à se moquer du petit fonctionnaire en gris, à s'offusquer du désir manifesté par des cohortes de diplômés d'entrer (en sommeil) dans la fonction publique.

    La propagande de gauche se garde bien de remarquer que la carrière d'un chef de rayon yahourts ou d'un conseiller de clientèle bancaire est loin d'offrir un grand contraste et de ressembler à l'existence d'un super-héros nitchéen comme Indiana Jones.

    Le consensus est général pour laisser aux immigrés le soin de tenir les marteaux-piqueur sur les chantiers de Jean Nouvel ou autre crétin multimédaillé. Il faut surtout garder les mains pures.

     

     

     

     

     

  • Marx pour les Nuls

    Le bureaucrate international d’origine helvétique Jean Ziegler milite médiatiquement contre la faim dans le monde.

    Après l’échec des organisations internationales, SDN et ONU à assurer la paix mondiale, c’est le fiasco des organisations internationales chargées d’assurer un minimum de nourriture aux habitants du tiers-monde, qu’un ancien membre comme Ziegler est obligé de constater.

    Si Ziegler évite bien sûr de citer le nom de Karl Marx, il établit un lien direct entre le déséquilibre alimentaire à l’échelle mondiale et le capitalisme :

    - La division de la production agro-alimentaire à l’échelle mondiale, sous l’impulsion de cartels de l’industrie agro-alimentaire yankis, notamment, a éradiqué l’agriculture vivrière dans de nombreux pays, soumettant les habitants de ces pays aux aléas des cours de la bourse de Chicago. Le Mali produit des noix de cajous pour l’apéro des Occidentaux, le Kenya des roses pour la saint-Valentin et autres cérémonies stupides, etc.

    - La spéculation est intensifiée par le monopole des cartels sur le tiers de la production mondiale de céréales qui peuvent ainsi mieux organiser la disette.

    - La bureaucratisation de la paysannerie en Europe et aux Etats-Unis, qui s’accompagne de subventions gouvernementales aux “agriculteurs”, a un effet de “dumping” qui rend la production des Etats-Unis ou de l’Europe compétitive sur les marchés du tiers-monde.

    Il faudrait aussi parler de la forte consommation de haschisch et de cocaïne des pays occidentaux qui oriente les pays d’Amérique du Sud, notamment, vers la culture du cannabis ou de la coca.

    *

    Mais surtout Jean Ziegler se garde d’évoquer le rôle joué par la propagande évolutionniste malthusienne dans cette faillite économique et morale.
    D’abord parce que la fausse science évolutionniste, fondée sur la prospective malthusienne, est au centre de l’idéologie écologiste, celle qui a légitimé que les cartels de l’industrie agro-alimentaire se tournent vers la production de biocarburants et détournent la production de maïs de sa fin.

    Secundo parce que l’évolutionnisme a servi à endormir l’opinion publique occidentale, aussi bien qu’il avait servi la propagande nazie. Comment ? En fourrant dans la tête des gens que la planète est trop exiguë pour accueillir des milliards d’êtres humains, et par conséquent que la famine dans le Tiers-monde est une fatalité - alors qu’elle est le résultat d’une politique dite “libérale”.
    Le sort des juifs fut aussi perçu par une majorité d’Allemands au cours de la dernière guerre mondiale comme une fatalité… ALORS QUE CES ALLEMANDS ÉTAIENT EUX-MÊMES DANS UNE SITUATION PRÉCAIRE, ce qui n’est pas le cas de l’Occident sur le plan alimentaire aujourd’hui.

    On se souvient des propos récents du crétin médiatique Pascal Sevran à propos de la famine en Afrique ; cet imbécile pontifiant a été largement réhabilité depuis par ses pairs : il ne faisait qu’exprimer une opinion évolutionniste largement répandue dans la “patrie des droits de l’homme”.
    Le milliardaire Ted Turner aux Etats-Unis est aussi un militant actif de cette idéologie de mort.

    Un dernier point : Jean Ziegler est-il naïf ou cynique lorsqu’il propose d’inclure dans les Droits de l’homme le droit pour tout homme de manger à sa faim ? Nul n’est mieux placé qu’un type comme lui, pourtant, pour avoir connaissance de l’hypocrisie profonde de la religion des Droits de l’homme. Une hypocrisie au service du capitalisme.

    Nul mieux que Karl Marx, qui déjà prédisait les conséquences catastrophiques de la mondialisation il y a un siècle, nul mieux que Marx n’a démasqué la supercherie laïque des Droits de l’homme et son caractère particulièrement pervers (In :Critique de l’Etat hégélien).
    Un chrétien est censé savoir qu’on ne peut servir deux maîtres à la fois, Dieu et l’Argent, ou Dieu et l’Etat ; cependant il a fallu que ce soit un penseur anticlérical comme Marx qui dénonce avec le plus de netteté le principe laïc.
    Néanmoins si Veuillot, Bloy, Péguy, Claudel ou Bernanos ont été trahis par le clergé démocrate-chrétien, de gauche comme de droite, les partis communistes européens de leur côté ont étouffé tout ou partie des révélations contenues dans la leçon d’histoire de Marx…

    Malheureux les riches en esprit.

  • Religio depopulata

    « Lu la première encyclique de Benoît XV. Étonnante médiocrité. »
    L. Bloy (décembre 1914)

    Que dire du panégyrique que Benoît XVI a tenu à prononcer des institutions laïques des Etats-Unis, comme si les Etats-Unis n’idolâtraient pas le dollar et le sacro-saint taux de croissance ? Qu’auraient pensé d’un tel éloge un Bloy ? un Péguy ? un Bernanos ?

    L’engouement de Benoît XVI pour les Etats-Unis ne me surprend guère, au vrai. Une de mes premières impressions en effet, quelques instants à peine après avoir posé le pied sur le sol des Etats-Unis, fut de m’y sentir comme en… Allemagne.
    « Arbeit macht frei ! » : cette devise pourrait être la devise morale des Yankis ; encore faut-il bien comprendre qu’il ne s’agit pas ici d’une libération par le travail en soi, comme pour les nazis ou pour Baudelaire, mais d’une libération par le travail en tant qu’il enrichit en biens matériels le travailleur, comme pour Sarkozy ou Guizot.

    Plus généralement un esprit français ne peut qu’être consterné par la persistance de la philosophie idéaliste allemande malgré les guerres civiles européennes sanglantes entre nations laïques capitalistes. Qu’en 2008, des théoriciens aussi débiles que Horkheimer, Heidegger, Adorno, E. Kant… aient droit de cité au Vatican, tandis que Duns Scot, Francis Bacon ou Karl Marx sont dénigrés, si ce n’est pas un signe de sclérose…

    Même les attaques de Benoît XVI contre la Renaissance n’ont guère suscité de réaction - y compris en Italie ! - encore un signe de sénilité de l’Eglise d’Occident tout entière.

  • Entre cygnes

    Alors étudiant en propédeutique à B***, petite capitale de province à demi figée dans la routine moderne, un fait divers avait frappé l’esprit en friche du jeune Xavier de J.
    Précisons que la Philosophie, choisie au hasard entre plusieurs sujets d’étude possibles, la Philosophie était loin de combler la curiosité tous azimuts de notre héros ; aussi pour compenser l’aridité de cette matière et se distraire de ses professeurs lisait-il les dépêches des canards locaux ou nationaux avec assiduité, en quête d’un supplément de métaphysique.

    « L’assassin, disait le “Petit Rapporteur de l’Ouest” en “Une”, s’est introduit à la faveur de la nuit dans le parc d’enceinte du Palais de Justice ; il s’est attaqué dans le plan d’eau baptisé “lac des cygnes” par les riverains aux trois spécimens, deux blancs et un noir, de cette espèce de palmipèdes décoratifs. Après les avoir exécutés par strangulation, sans autre forme de procès il a pendu ensuite les pauvres bêtes par le col aux grilles du parc. »
    Une photographie était censée renforcer la description de l’article, mais elle était floue et peu explicite avec ses trois taches blanches informes sur fond de frondaisons glauques.

    Dans le bec du cygne du milieu, les enquêteurs retrouvèrent un billet coincé, où le criminel avait griffonné quelques revendications. Conformément au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, l’indépendance de la Cornouaille sous quinzaine était exigée, ainsi que, et là la revendication était directement adressée au futur gouvernement de la Cornouaille libre et indépendante, l’enseignement de l’idiome cornouaillais aux jeunes enfants dès la classe de maternelle supérieure. Sinon le militant indépendantiste n’était pas près de déposer les armes et il fallait s’attendre à d’autres représailles sur la faune des espaces verts du département.

    « - Tout ça est parfaitement idiot et recèle sûrement autre chose… » songea le jeune homme perplexe. Il avait néanmoins tiré de F. Hegel et A. Allais, ses auteurs favoris, que l’absurdité, malgré les apparences, n’est pas dénuée de sens pour peu qu’on ait bon pied, bon œil.

    Une promenade de reconnaissance dans le parc qui avait servi de cadre au drame s’imposait. Y pique-niquer aussi par la même occasion vu qu’une éclaircie venait juste de se déclarer au-dessus de B*** serait une bonne idée.
    Un sandwich composé de mie de pain et de jambon sec d’Italie à la main, une canette de bière en poche, Xavier de J. parcourut toutes les allées en plissant les yeux. Mais nul détail révélateur ne vint éclaircir pour lui l’énigme, serait-ce d’un iota.
    Ce jardin public était on ne peut plus banal, avec ses parterres de fleurs criardes soigneusement entretenus, ses grappes de vieillards qui trompaient le temps en jouant aux boules, son théâtre grec en béton, ses balançoires abandonnées à l’heure de l’école, ses pelouses d’un vert désespérant, sa mare aux cygnes tristement vide…

    Jusqu’à l’architecture du Tribunal sis au milieu, qui n’était ni spécialement dissuasive ni spécialement acceuillante ; sur le côté gauche du palais, on avait érigé le buste de quelque écrivain natif de B*** afin d’entretenir sa gloire, comme font toutes les municipalités. L'étudiant passa devant sans même s'arrêter.

    *

    Douze années plus tard, Xavier de J. avait relégué cette anecdote dans le vide-poche de sa mémoire et poursuivait ses études dans une ville plus grande lorsque, feuilletant distraitement un bouquin extrait de la bibliothèque de son dentiste, assortiment d’ouvrages jugés propices à endormir l’impatience et l’angoisse d’une clientèle aux nerfs en pelote et qui pouvait, de l’antichambre où elle se trouvait confinée, percevoir le son agaçant d’une roulette ou d’une perceuse, il se ressouvint soudain, butant sur un long couplet, de ce fait divers ancien, par association d’idées et de couleurs (la moquette de la salle d'attente était verte, elle aussi) :
    « …étant allé jusqu’à la mare de Montjouvain où j’aimais revoir les reflets du toit de tuile… en grand deuil car son père était mort depuis peu… c’est assommant, quelque chose insignifiante qu’on fasse, de penser que des yeux vous voient. »

    Avec ses phrases-boa, Proust, car il s’agissait d’une édition bon marché de Du Côté de chez Swann, Proust n’était-il pas lui aussi un redoutable tueur de signes sous des dehors bonhomme ? Par réflexe Xavier de J. porta une main inquiète à son cou alors qu'on l'appelait à son tour dans le cabinet rempli d'appareils plus monstrueux les uns que les autres.

  • Pour un art communiste

    Il y a une gradation dans la haine du bourgeois pour l'art. Ce qu'il méprise en particulier dans la peinture, où elle s'affiche, c’est la maîtrise technique : par exemple le fait qu’on ne peint pas de la même façon sur du bois, de la toile ou sur une muraille, sur un grand ou un petit format.
    Lorsqu’on parle de “siècle de la technique”, c'est un paradoxe amusant tant le dilettantisme de la bourgoisie dans tous les domaines est frappant - exceptés les domaines du football et de la gastronomie d'où la plaisanterie est exclue. Même lorsqu'un représentant de la société civile bourgeoise se pique de poésie, pour se distinguer, tel l'empanaché Dominique de Villepin, il ne peut s'empêcher de choisir des vers de mirmiton et de fuir systématiquement la poésie politique.

    Seule l’intention compte. Sur ce spiritualisme bourgeois repose la grande alchimie laïque et capitaliste qui permet de changer le plomb en or, la merde en objet d’admiration, de dociles crétins en artistes.

    La célèbre phénoménologie de Maurice Denis définissant la peinture comme : « (…) avant tout une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. » a été détournée de son sens. Du manifeste d’un artisan affirmant la solidité de son art, on a fait une formule magique, le théorème de l’art schématique.

    Aux yeux des bourgeois, le “fauvisme” passe pour une révolution artistique qui confère une plus-value aux toiles des fauves. Un matérialiste tel que moi y voit au contraire une adaptation de la peinture de salon à l’opacité croissante des mélanges de couleurs, à la diminution de l'éclat du vermillon et de l'outremer - et même la terre faiblit.

    *

    Est-ce que ce n’est pas une preuve de matérialisme que de de prétendre posséder un métier, de garantir cinq siècles son travail, comme Dürer ? Le matérialisme des peintres de la Renaissance est exactement le même que celui de Karl Marx. Sans domination, sans intelligence de la matière, pour Léonard comme pour le théoricien du communisme, il n’y a que domination de l'esprit par la matière.

    La pensée de Marx, c’est la pensée de Hegel INCARNÉE. Aussi Marx est-il, plus encore que Hegel, dans le collimateur de la bourgeoisie iconoclaste, à l’instar des peintres de la Renaissance, trahis, changés en philosophes ou en géomètres-experts sans que les historiens d'art puissent s'opposer à ces préjugés.

    La victoire du communisme sur les Philistins doit être une victoire de l’intelligence sur la bêtise. Il ne s’agit pas de chercher à concurrencer la bourgeoisie mais de la renverser. Réclamer au premier chef une meilleure répartition des richesses, pour un communiste, voilà bien un signe de son asservissement aux Valeurs actuelles.